LIVRE yi. V^f
1) portes pus aux monarebies riticoûTenieilt des ré^ » publiques? C'est parmi les nations qui n'avaient n pas de rois que les succès ont fait des rois ; c'est » potu* Garthage y c'est pour Rome^ que des citoyens n tels qu'Annibal et César sont dangereux* Tarisses » l'ambition ; qu'un roi n'ait rien à regretter que ce » que la loi ne saurait accorder. Faites de cette gr an-' » de magistrature ce qu^elle doit être > et n'appré^ » Rendez plus qu'un roi rebelle^ abdiquant sa cou- » ropine ^ s'eipose à courir de la victoire à Téchai>fatldr)i
D^Esprëmenil ci'ié an président de rappeler le comte de Mirt^ibeatt à l'ordre; qu'il oublie que la personne du roi a été déclarée inviolable et^acrée« Le comte de Mirabeau^ jetant sur D'Ësprémenil un regard humiliant do pitié : « Je me garderai bien j» de répondre à l'inculpation qui m'est faite avec »tant de mauvaise foi. Vous avez tous entendu ma n supposition d'un roi despote ^ révolté ^ qui vient 3» avec une armée de Français conquérir la place de >xfepan 1 or > un roi dans ce cas n'est plus un tou n
liPsrétolntionnaîres s'attendaient au discours de Mk-abeaU} ils n'enfurent pas moins alarmésde l'impression qu'il pouvait faire sur le peuple et sur les députés patricien : abandonnant donc Casalès, l'abbé Maury et les autres députés attachés à la cour , trop discrédités parmi le peuple pour que leur opinion eût quelque înfïuence> trop faibles dans l'Assemblée contre l'immense majorité du côté gauche pour que cette même opinion entraînât un décret i
ils s'a ttachèrent uniquement à combattre Mirabeau^ dont les principes leur paraissaient d'autant plus dangereux , qu'ils étaient plus propres , par leur sagesse , à réunir les suffrages des gens raisonnables et bien intentionnés. Les révolutionnaires charge* rentBarnave de cette tâche difficile. Barnave^ flatté de ce choix , osa , sans consulter ses forces , se mesurer avec Mirabeau ( i ) : « Excepté ceux^ dit-il, qui^ i) depuis le commencementdenos travaux^ ont coni) testé tous nos principes , personne ici ne nie les » bases d'après lesquelles vous devez porter votre » décision. On a universellement reconnu la néces- » site de la division des pouvoii^s ; on a reconnu que » l'expression de la volonté générale ne pouvait être }) donnée que dans des assemblées élues parle peu- » pie , renouvelées sans cesse , et par cela même » propres à en exprimer l'opinion , parce que sans » cesse onen reconnaît l'impression. Yousaves^senti » quel'exécutionde cette volonté exigeait promptitu- »de et ensemble; que pour combiner cet ensemble » il fallait absolument le confier à un seul homme. »De là vous avez conclu que l'Assemblée nationkle » aurait le droit de faire la loi, et le roi celui.de la » faire exécuter. Il résulte que la détermination de » faire la guerre, qui n'est autre chose que l'actQ » de la volonté générale , doit être dévolue aux re- » présentans du peuple.
» Je laisse de côté les projets qui tendent d'attri- Il )
(1) Séance du 21 mai.
» buer au roi le droit de faire la guerre ; ils sont in- » compatibles avec la liberté et n'ont pas besoin » d'être approfondis. Je m'attache donc seulement » au projet de M. de Mirabeau^ et je dis que le vice » radical de ce projet est de donner , de fait , qx- » clusivement au roi le droit de faire la guerre. » C'est par la confusion d'une chose bien différente » de celle de déclarer la guerre que M. de Mira-^ » beau attribue ce droit au roi.
» Il est universellement reconnu que le roi doit » pourvoir à la défense des frontières et à la conser- » vation des possessions nationales. Il est reconnu ».que, sans la volonté du roi, il peut exister des >i différens entre les individus delà nation française » et les individus des nations étrangères. M. de » Mirabeau a pensé que c'était là que commençait w l'état de guerre ; qu'en conséquence, lecommence- » ment de la guerre étant spontané , le droit de déw clarer la guerre ne pouvaitapparteniraucorpsléw gislatif. Cependant il est généralement reconnu, » par tous les publicis tes, quedes hostilités premiè- » res ne sont que des duels de particuliers à partial culiers,mais que l'approbation et la protection que >) donne la nation à ces hostilités constituent seules » la déclaratio n de guerre. En effet, si le commen- » cernent des hostilités constituait les nations en }} état de guerre, ce ne serait plus ni le pouvoir exé- »'cutif ni le pouvoir législatif qui déclareraient la » guerre, ce serait le premier capitaine de vaisseau, » le premier marchand, le premier officier, qui, at-
3o LiVBÈ VI.
» taquant an individu ou résistant à son attaqi<et^ 1) s'emparerait du droit de déclarer la guerre. Des n hostilités peuvent conduire une nation à la guerre, » mais elles ne peuvent la priver dudroitdedëclarer w^'elle ne veut pas la guerre, et qu'elle préfère n de se soumettre aux plus grands sacrifices. Donc » jamais le citoyen ne peut être constitué eu guerre >i sans l'approbation de ceux en qui réside le droit » de la faire. Le raisonnement de M. de Mirabeau » n'est donc qu'un moyen d'éluder la question. >i Quelque résolution que vous preniez, soit que vous » déléguiez ce pouvoir au corps législatif, soit que n vous le déléguiez au roi , le décret proposé par IVL » de Mirabeau sera toujours imparfait : car il est inj» dispensable de savoir où et comment la nation est » en guerre , il est indispensable de savoir à qui il I» appartient de la déclarer en son nom. Du moment » que le roi la déclarera, concurremmentavec la na- » tion, il est évident que l'on confère ce droit au roi; n puisque ces fonctions précèdent l'agression, et que )) c'est lui qui prononce si les hostilités seront con^ n tinuées. Je demande si la faculté qu'on laisse au D corps législatif de décider si la guerre cessera n'eat » pas illusoire ; si lorsque la guerre sera déclarée , » qu'elle aura excité les mouvemens des puissances M redoutables, il sera possible alorsdedéclarerqu'el- » le ne sera pas continuée. C'est donc au roi que » Mv de Mirabeau attribue constitutionnellemenf le M droit de déclarer la guerre : c'est si bien là son sys^ » tème, qu'il l'appuie partons les raisonnemens dont
» ^ soot servies et se servent les personiies qui M soutienneQt cette opinion,
ï9 Mais les exemples tires des anciennes republii^
» ques et de quelques États de TEurope ne spnt pas
n applicables à notre constitution. Ceux tirés de la
M promptitude de Fexëcution et du secret des mesu-
M rçs n'ont pas plus de force. Une nation dominante
1^ d^ns l'Europe ne doit employer , selon Mably ,
j» d'autre politique que la loyauté et une fidélité
>} constai^te. On dit qu'en confiant aux législatures
» le droit de paix et de guerre^ elles se laisseront en-
H traîner par l'enthousiasme des passions et même
» par la corruption. Est-il un seul de ces dangers
H qui ne soit plus grand dans la personne des mi-
a> nîstres ? N'est-il pas plus aisé de Gorrooi]:H:ele con*
n seil d'un roi que sept cents personnes élues par le
» peuple ? On oppose vainement laresponsabilité et
M le refus des impôts. La responsabilité ne s'appli^
«I que qu'à des crimes ; la responsabilité est absolu-
>i ment impossible tant que dure la guerre, au suc-
» ces de laquelle est nécessairement lié le ministre
yi qui l'a commencée. Cette responsabilité est-elle
I) iiécessaire quand la guerre est terminée ? Lorsque
H la fortune publique est diminuée, lorsque vos ci-
» toyens et vos frères ont péri , à quoi sert alors la
» mortd'un ministre? Consultez l'opinion publique,
>i vous verrez d'un côté des hommes ambitieux, qui
a espèrent s'avancer dans les armes,parvenir à gérer
i> les affaires étrangères, les négociations ; des hom-
D mesliésavecles ministres et leurs agens. Voilà les
. - *, 3a LIVRE Vï. * ^ .
» partisan!» du système qui veut donner au .Mii^ » c'est-à-dire au ministre , le droit terrible de paix » et de guerre. Vous n'y verrez pas le peuple; vous >ï n y verrez pas le citoyen paisible^ vertueux, igno- » ré, sans ambition , qui trouve son bonheur et son » existence dans l'existence commune, dans le bon- » heur commun. Non, les vrais citoyens, les vrais » amis de la liberté, n'ont aucune incertitude. Us » vous diront : Donnez au roi tout ce qui peut faire » sa gloire , sa grandeur. Qu'il commande , qu'il dis-^ )) pose de nos armées, qu'il nous défende quand la » nation l'aura voulu : mais n'affligez pas son cœur » en lui confiant le droit redoutable de nous entraî- » ner dans une guerre, de faire couler le sang» avec » abondance , de perpétuer le système de rivalité, » d'inimitié réciproque, système faux et perfide » qui déshonore les nations. »
Barnave fut souvent interrompu parles acclamations bruyantes des i^évolutionnaires et de leurs affidés des tribunes : ils l'applaudissaient avec d'autant plus d'ostentation, qu'ils sentaient mieux euxmêmes la faiblesse de ses moyens.
Au sortir de la séance, une foule de peuple reçut et accueillit Barnave avec de nouveaux baltemens de mains , le porta en triomphe, passant sous les fenêtres du foi avec cet air d'insulte qui annonce une victoire , criant : Vive Barnave ! lui prodiguant le titre de sauveur de la patrie; tandis que Mirabeau, hué de tous, entendait retentir autour de lui le cri sinistre, A la lanterne, e# ne se dérobait qu'avec
LitRE VI. 35
peine aux traitemens dont ce même peuple se pré* parait à Toutrager.
Les deux Lameth , jaloux depuis long-temps de Mirabeau , qu'ils regardaient comme un obstacle à rétablissement de leur domination , crurent avoir trouvé l'occasion qu'ils cherchaient de le dépopala« riser. Alexandre Lameth^ à la séance des jacobins^ lui reprocha^ en termes peu ménagés^ de trahir leê intérêts du peuple. Le lendemain tous les colporteurs crièrent : La grande trahison du comte de Mirabeau (i) ; libelle composé , imprimé la. nuit même qui précéda la discussion , et dans^ lequel on assurait que Mirabeau avait reçu une grosse somme d'argent pour faire déléguer au roi le droit de guerre et de paix.
Mirabeau , instruit par cet éclatant changement que , dans les révolutions où l'opinion est une puissance , cette opinion roule et entraîne avec elle ceux même qui ont le plus contribué à la créer ^ s'attacha , lorsqu'il eut la parole (2) , à montrer que le combat qui s'était élevé entre lui , Barnave et les Lameth^ n'était quun combat d'amour-
(i) Cet écrit fut remis à Mirabeau par un de tes amis, le lendemain 22 mai , à son entrée dans la salle de l'Assemblée : Mirabeau, ayant jeté les yeux sur le titre: J'en sais assez ^ dit-il; on m'emportera de V Assemblée triomphant ou en lambeaux. ^ (Note des nouv, édit,)
(a) Séance dtt aa mai.