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54 uyRjç VI.
propre , une riyalitiç' de j^loire ; que^ d'accord sur les principes , ils différaient seuleme^ij; sur la ux9r nière de les piré^nter,
«rr- « L'oiA doit s,'^:sprîmer clair^went f, vefj^t Adfi^ Déport. U ne &.uA paâ> ds^ cette lutte cont^uelle e^tre Le pauvoir executif et le pouYoie législatif^ eno^ployei^ des pkr^es louches.,. sources (VUtern^inables débats*, Il est de la diguité de» r Assen^blée de dir^ h^ute^ient ce qu eUie a droit (le décider. Selon M- deMûrajbeau, le pouvoir exé-> cuti£ 9»v9Ai la prroposititon^ et le pouyoir législatif la déclaration. Quel ayautage rettire-t-on de cette obscurité 7 Si ]V(. de Mirabeau veut que ce soit le oorps législatif qui , sujç la proposition du 1:0! ,. dé-« cide la guerre, pourquoi n'exprioïe-t-il pas SOB. idée aussi clairen^eut qu'U la conçoit ? >t
-!- « C'est quelque diose sans doute , repartit IVJjl- )itrabeau , pour rapprocber les opinions.,^ que d'a- )} vouer nelitement sur quoi l'on est d'accord et sur nquoi fou difi^re : l^es discussions amicales, valeot n npfcieu}! , pour s'enteudre^ que les insinuations ca- »lomnieuses,. que les inculpations forceoées, que » les haines de rivalité, ^ue les machinations de l'in- » trigue et de la malveillance. On répand , depuis » plusieurs jours, que la section de l'Assemblée qui » veut le concours de la volonté royale dans Fexer- » cice du droit de paix et de guerre , est parricide de ^xlà liberté publique; on répand les bruits de perfi- » die^ de corruption; on invoque les vengeances po- » pulaires pour soutenir la tyrapj^iê des opinions...
tiVKE VI. 35
n (tcî Mirabeau se tourne du coté de Barnabe.) Et » moi aussi on voulait ^ il y £i quelques jottts , me >• porter en tridmpKe i et maintenant on erie dans » leê rues 2 L^rande eonspii^dtio«i du eomtd de Mir >i rabeau. Je n'avais pas besoin de cette leçon^ pùvtt )i tovoii" qu'il est peu de distance du Capitale à la iro^ » che Tarpâenne : mais l'homme qui combat pottir » la raison et pour la patrie ne S6 tient pas si aise- » ment vaincu. (En prononçant ces derniéi^ mots^ » Mirabeau regarde d'un œil fier les Lamethé) Celui » qui EL la eonscience d'avoir bien mérité de son pays Met suHout de lui être utile, celui que ne t*à^safsie iD paa une vaine célébrité ^ qui dédaigne les succès » d'un jour pour la vérkiable gloire , cet faommd » porte avec lui la récompense de ses services , le » charme de ses peines^^^ le prix de ses dangers : il ne » doit attendre sa moisson et sa destinée , la seule >»qui l'intéresse, la destinée de son nom , que du » temps ^ jug& incorruptible qui faif jtrstice à tous. nJe rentre donc dans la lice armé de mes seuls >» principes et de la £^meté de ma conscience. Je^ M vais poseï^ à moititoùr le véritable point de la dif- » ficulté avec la netteté dont je suis capable. Je prie' » ceux de unes adversaires qtA ne m'entendront pas » de ra'arrêter^ afin que je m'explique plus cïairei>ment : car je suis décidé à déjouer les reproches »tant répétés de subtilité^ d'évasion > de subteri>fugej et, s'il ne tient qu'à moi, cette journée » dévoilera le secret de nos loyautés respcîcfivcS. » Monsieur Barnave m'a fait l'honneur de ne ré-
» pondre qu à moi : j'aurai pour ^on talent , conti- » nue Mirabeau d'un ton ironique, le même éganl; » il le mérite à plus juste titre. » Mirabeau réfute d'une manière victorieuse les objec|îons de Barnave : il établit de nouveau les principes qu'il a posés, leur donne tous les développemens dont ils sont susceptibles. Lisant alors dans les yeux de la plupart des députés la certitude de son triomphe , il ajoute avec ce ton de confiance qu'inspire le sentiment de sa supériorité :
c( Il me semble , Messieurs , que le irai point de » la difficulté est parfaitement connu ; que M. Bar^ D nave n'a point du tout abordé la question. Ce sevrait un gain trop facile maintenant que de le D poursuivre dans les détails, où, s'il a fait voir » quelque talent, il n'a jamais montré la moindre » connaissance d'homme d'Ëtat ni des afiaires hu- » maines. Il a déclamé longuement contre les maux I) que peuvent faire et qu'ont faits les rois ; il s'est » bien gardé de remarquer que , dans notre con- » stitution , le monarque ne peut plus être despote » ni rien faire arbitrairement ; il s'est bien gardé » surtout de parler des mouvemens populaires. »
Mirabeau descend de la tribune au bruit d'applaudissemens redoublés, laissant le dépit et la confusion sur le visage de Barnave et des Lameth , la haine et le désir de la vengeance dans leur cœur : aucun cependant ne tenta de lui répondre. L'Assemblée, fatiguée d'une discussion qui, tournée en personnalités, ne pouvait plus l'éclairer, demanda
LIYRE VI. Sy
d'aller aux voix. Le décret proposé par Mirabeau obtint la priorité : il subit quelques amendemens. Enfin, après de qouveaux et très-longs débats , oii tour à tour Mirabeau , les Lameth et Barnave y s'efforcèrent d'insinuer au peuple des tribunes que c'était leur opinion qu'adoptait FAssemblée, on décréta (i) que le droit de paix et de guerre appartenait à la nation ; que la guerre ne serait décidée que par un décret de l'Assemblée nationale , rendu sur la proposition formelle du roi et sanctionné par lui ; que le soin de veiller à la sûreté intérieure du royaume, de maintenir ses droits, ses possessions , était par la constitution délégué au roi ; que lui seul pouvait entretenir des relations politiques au dehors , conduire les négociations, en choisir les agens, faire des préparatifs de guerre provisoires porportionnés à ceux des États voisins , distribuer les foixes de terre et de mer ainsi qu'il le jugerait convenable, et en régler la direction en temps de guerre.
La cour venait de remporter un grand avantage; le décret conférait réellement au roi le droit de guerre et de paix. Les révolutionnaires , moins épouvantés qu'humiliés de cet échec , n'en furent que plus âpres à regagner ce qu'ils croyaient avoir perdu : ils savaient que leur crédit parmi le peuple tenait à leurs succès dans l'Assemblée. Feignant donc des craintes pour la liberté, ils crièrent à
(x) Le même jonr »2 -mai.
38 UYHE YI,
l'influence luinisteriçUe ; et , rassemblant tous leurs efforts contre larbre antique de la monar^ chie I ils commencèi^pt à le frapper de toutes parts à coups redo^ibles.
Le premier fruit de ce nouveau plan fut 4a publication du livre roUgé (i), registre Honteux des déprédationsi , des foUea dépenses \ des turpitudes , des dons abi^ifa d'un gouvernement à la fois pillard et prodigue. La' fouille di^ ce cloaque fit faire uii pas de gé^t à la révolution. Il existait un autre registvÇji nommé des décisions , non moins déprë-r dateur. Le comité des finances en demanda la communication , sous prétesLte qu'il était nécessaire à 3Qn travail. Necker , qui reconnaissait le tort qu'il avait eu de remettre le livre rouge entre les mains du comité ji éluda ; mais plus le ministre apportait dedifQcuUés^plu&lesrévolutionnaires^qui jugeaient de l'importance de ce second registre par les efforts que Ton fesait pour le soustraire à tous les regards , sjl'obitÀuèirent à l'exiger. Camus se rendit chez le mi-^ nistre des finances t il y eut des propos très-aigres de part et d'autre. Necker i^procba à Camus la publication du livi:e rouge , contre la parole qu'il lui avait donnée que ce livre resterait au comité des pensions. Camus reproeha à Necker sa feintise^ son refus de re;abdté des comptes, de déclarer le vérita^
(i) Ferrières paraît ici confondre les époques. La publication du livre rouge avait eu lieu dès le premier avril.
( Repue chronologique. )
* LÏVRE Vï. 59
h\t état diès recettes et d^es dépenses. Le lehdèiîtiAiii de èelte tonrersâtloii, Camus se J)laïgùît à rAs^èttàbléë deô délàià qu'apportait N^cktelr àta triav^aîl dtt -comité ten i'dfasatit les éclaîrciàSemens qui Ittî étaîeiat nécessaii^es. L'Assemblée ôi^dbhnà à Neék^^ Ae fournir un état èiact des fonds tn cai^^ , A* impôisitions en l'etàrd , du déficit , Û6 isès causes, et d^s dépenses qui cxiigaient des secours eitraoï^i-inaires. La publication dû livre rOûge fut suiVlë d'un dé.cï'et qui atteignait ehcore plus directemetit le monarque et la monarchie. Les révolutioUUairëi établirent en principe que tous les dt^mâines de fe couronne appartenaient à la nation J Iqu'en conisé^ iquence ili étaient inaliénables à titiré perpétuel et iUcom mutable j quie les pi^prlétés foncières dtt prince qui parTiendrait à la coùtôhné et cfeUi^ qu'il acquerrait pendant son règne , à qUelqtt^é litige que ce fût , seraient de plein droit réunies ^t incorpoif'ées au domaine de la courohne ; que ïtÈ ^ acquisitions faites par le roi à titl:^ sih^llër, etnèti en vertu des droits de la couronne , seraient à' sa disposition pendant la durée de'^sort règne, et ledit temps pusse , se réuniraient à la couronne (i).
Ce ne fut point l'espoir d'un gain médiocre ijui •déterit\illlt tés^^.ïéTolutionnaires : ils calculèrent seulen^bt Jk'A^bdàhee dans laquelle ils allaient mettfe1L^>XVi. EU effet, le nom humiliant de
(x) Le dimunche 9 mai.
4<^ LrVBB Tl. ^
salarié ravalait Fi mage imposante de dignité atta^. chée par une habitude de quatorze siècles au noni. de roi. Le monarque devenait un impôt de l'État '| lue excroissance inutile , dont Famputation dimi-' nuait une charge pesante : car le peuple i^e savait pas que les domaines immenses nommés de la couronne n'étaient réellement que les biçns patrir inoniau}( appartenant , à titre singulier et héré-»* ditaire , à la famille de^ Bourbons. Loin de croire avoir fait un échange avantageux , le peuple croyait être magnifique , lorsqu'il n'était pas même juste^ et que toute la lésion de cet inique marché retom-* bait sur le roi.
On ne saurait concevoir l'influence qu'ont euQ quelques mots nouveaux dans l'application qu'où eu a faite , ni combien ils ont contribué à la pertç du roi et à la ruine de la monarchie. Le titre dç premier citoyen français , de premier fonctionnaire public^ que les révolutionnaires afi*ectèrent de dou-«ner à Louis XYI^ dénatura dans l'esprit du peuple l'essence même de la monarchie.^ Au lieud'uu prince revêtu, par droit de naissance, d'une autorité qui prend sa source dans l'existence même de Dieu , le peuple ne vit qu'un délégué obligé d'agir, non d'après sa propre volonté, mais d'après la velonté^du peuple; fort, non de sa propre force, mais de|a force du peuple; riche , non de ses propres richesses , mais des richesses du peuple; tirant son éclat de l'éclat du peuple, tout ce qu'il possédait de la libéralité du peuple; par conséquent son mandataire, son
UYKE Vï. 4*
comptable, et ressortissant pour toutes ses actions m tribunal du peuple.
S'il n'y eût jamais eu de roi en France, et que l'Assemblée , en établissant la prérogative royale d'après les bases de la constitution , eût choisi parmi les Français l'homme qu'elle en voulait revêtir, cet hiomme, par ce choix honorable, croissant toutà-coup aux yeux de ses concitoyens , son nouveau titre et sa nouvelle puissance se seraient identifiés avec sa personne et auraient commandé l'obéissance et le respect ; mais il n'était pas possible que Louis Xyi, tombé du faite de la grandeur au simple rang de premier citoyen français , et du pouvoir le plus illimité à la simple qualité de premier fonctionnaire public, conservât intact le dépôt de l'autorité qu'on lui confiait, ni qu'il obtînt des Français ce sentim ent imposant qu'exige l'exécution suprême de la loi ; la chute était trop grande. Ajoutez que tant et de si coûteux sacrifices ne pouvaient être supposés volontaires , et ouvraient un vaste champ aux défiances, et aux craintes.
Il ne restait plus pour compléter la ruine de la monarchie qu'à renverser l'ancienne magistrature et à créer un nouveau pouvoir judiciaire, qui, sub-^ ,.l,.-.„, ,«. parlemens des trihoB.ux oom^ de juges temporaires élus par le peuple, enlevât au roi cette partie de l'administration si dépendante par sa nature du pouvoir exécutif, et la remit, ainsi que toutes les autres, entre les mains de l'Assemblée et du peuple. Un obstacle très-^issant sem-
4tî LrVRÈ VI.
blaît devx)ir arrêter les révolutionnaires. Ciéteit te remboursement des charges de rànciehUé magistt^â^ ture; remboursetnent qui acci^oissait la dette nationale de 800 millions^ et augmentait de 40 millions la dépense annuelle t car^ pour gagner le peuple^ et lui faire aiîcepter avec j oie l'anéantissement des pàr^ lemens^ on lui avait promis la justice gratuite. Or, dans la crise embarrassante oti se trouvaient les finances, Cet inutile remboursement et cette âug^ mentation de dépense paraissaient une entreprise folle : niais les révolutionnaires regardaient les finances comme un objet presque étranger à la con^^ stitution •
Âdrieu Duport, chargé de présenter le projet du comité sur Torgantsation du nouveau pouvoir judi- <;iaire, proposa des jurés en matière civile, dés ju-ges ambulans, tenant des assises dans les difi*érens cantons; de grands juges, parcourant le royaume et prononçant sur les causes d'appel , une partie pu*blique,etun officier de la couronne.
On était généralement Convenu d'établir des jurés en matière criminelle (1)4 L'effet salutaire de cet établissement en Angleterre devenait pour tous le^ Français un sûr garant de ^on avantage. Lés ré-^ voluttonnaires étaient divisés sur l'établissement des jurés en matière' civile. Ceux qui tenaient aux grands principes de la pure démocratie soutenaient qu*il fallait arracher jusqu'à la dernière racine dé
li<nib^aA>aU^^i^ataa^-»aM-aa^>AK^idb^aa^i>ia^^Masiea^nia
(i) Cet établissement fat décrété le 3o avril.
l'ancienne magistrature; que, sans cette précaution, on là verrait bientôt pousser de nouvelles tiges , et redevenir cequ'elle était autrefois, un pouvoir dans l'État. Ceux qui conservaient quelque attachement aux formes monarchiques, en convenant de la véritédes principes, représentaient les inconvéniens de l'établissement d'un jury en matière civile, dans un moment où les lois anciennes , en partie détruites, en partie conservées , il n'existait plus aucune base de législation propre à guider les jurés dans la décision des affaires qui leur seraient soumises ; et puis, en rejetant de la constitution toutes espèces de tribunaux , ne craignait-on pas de mécontenter cette foule d'hommes attachés à l'ancienne jurisprudence ? L'Assemblée ne devait pas s'y tromper; c*était moins la haine de la tyrannie et Tàmour de la liberté qui les avaient conduits, que la haine cachée que ressent presque malgré lui l'inférieur contre son supérieur , et le désir si naturel d'occuper des places honorables et lucratives. Que diraient ces hommes lorsque, par l'établissement d'un jury en matière civile, ils se verraient frustrés de leurs . espérances ?
L'orgueil des membres du comité de législation répugnait fortement à se dessaisir d'un plan tout j^ilosopbique, conçu par l'abbé Sieyes lui-même, revu par Adrien Duport, et qui devait les couvrir d'une gloire immortelle : mais à la seule annonce d'un jury en matière civile, tous les avocats et tous les procureurs de l'Assemblée jetèrent les hauts cris.
44 LITRE YI.
Vainement Barnave^ Duport^ Robespierre ^ s'effor* cèrent d'f^p prouver la nécessite ; yainement les deux Lametk pronostiquèrent de nouveaux maU heurs, annoncèrent de nouveaux complots, de nouvelles entreprises contre-révolutionnaires , de nouveaux ennemis de la constitution. Charles La-* meth alla jusqu'à détailler , d'un ton sinistre , les malheurs a0reux qui résulteraient de l'existence des tribunaux ; il y voyait la résurrection du despotisme. Les avocats et les procureurs l'emportèrent : le Jury fut rejeté. Duport se vit contraint d'abandopuer cette métaphysique conception de l'abbé Sieyes.
Les mêmes motifs empêchèrent les assises et les grands juges, et consacrèrent les tribunaux sédentaires (i). Chaque ville espérait bien avoir son tribunal, L'Assemblée, pour les tenir toutes dans sa dépendance, leur laissait croire que celles qui lui seraient le plus dévouées obtiendraient la préférence^
Vint ensuite la question de savoir s'il y aurait des tribunaux d'appel. Le bon duc de la Rochefoucault ne voulait point de tribunal d'appel. Péthion secondait de toute la force de ses poumons le duc de la Rochefoucault, et assurait, avec sa sagacité ordinaire, que l'on serait toujours bien jugé; mais les procureurs et les avocats voulurent absolument de^
(i) 3 mai.
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tribunaux d'appel : les rëvolutionnaîres furent obligés d'en passer par-là. Duport, Barnave et les Lameth y se retranchèrent dans l'ambulance des tribunaux d'appel. Ils apportèrent les mêmes raisons qu'ils avaient apportées pour préférer les assises aux tribunaux sédentaires. L'avocat Garât l'aîné » homme démérite et vraiment bon Français , réfuta solidement ces raisons. Les intérêts secrets des villes et des individus parlant à chaque député des communes un langage encore plus pressant que la logique de Garât ^ les procureurs et les avocats détachèrent encore cette pierre de l'édifice du nouvel ordre judiciaire.
Jusque-là les évéques et les nobles, laissant les avocats et les procureurs se débattre entre eux, n'avaient pris aucune part à la délibératio n ; deux questions plus importantes, et qui tenaient plus immédiatement à leurs principes politiques, vinrent les sortir de cet état de nonchalance.
Les juges seront-ils élus par le peuple ? seront-ils institués parle roi? L'élection des juges par le peuple était trop dans les principes de l'Assemblée pour souffrir de longues difficultés : elle fut décrétée (i). Le comité voulait que les juges fussent institués par le roi , d'après la présentation qui lui serait faite de trois candidats. Cette opinion était opposée aux vues des révolutionnaires : aussi entraina-t-elle une
(i) 5 mai
46 UYRE Ylé
longue discussion. C'était^ disaient les révoluti^iv* nairesy donner une grande influence aux n^in|stres sur le choix du monarque^ dont les candidats n^^e" raient pas même connus ; c'était écarter les plus di~ gnes^ qui sont toujours les moins intrigians. Le peurple devait conserver tous les droits qu'il pouvait exercer par lui-même. On lui avait confié Félec^ tion et l'institution de ses administrateurs. U ne lu^ importait pas moins; que son honneur ^ sa vie et su fortune ne fussent pas compromis , qu'il ne lui inaportait que la chose publique fût bien administrée* Le peuple ne voulait plus ni régime féodal ni mo-<' narchie absolue. L'institution des juges par le i^oi dérivait de Tun et de l'autre. Le juge que choisirait le peuple aurait toutes les qualités nécessaires c^u peuple. Si le roi pouvait refuser le sujet du peuple^ le peuple serait réellement entre les mains du roi^ car alors il exercerait indirectement le. pouvoir j;li' diciaire^ ce qui est contre les mœurs et contre la liberté. Le pouvoir l^slatif a toujours été contrarié par le pouvoir exécutif. Le premier est indivisible^ mais le second deviendrait dangereuss'ii n'était pas divisé : la liberténe se soutient que par une surveillance continuelle.
Les partisans de la monarchie demandaient si l'Assemblée nationale ayant associé le roi à la législation^ par le droit d'opposer son i^eto aux délibérations du corps législatif, on pouvait le rendre absolument étranger aux tribunaux. Cest au nom du roi que se rend la justice 2 il ne peut et ne doit pas
être sans iafluence. Quel intérêt a legauvernement à fëduire ui^ juge qui ne concourt point à rétablissiçment de Fimpôt ni à l'administration publique ? Lies seules $éducticni$ à cxaindre sont celles qu'em* ploieront les plaideurs et les juges : les unS;^ pour acheter la justice; les autres , pour acheter dans les éloiçtîons le droit de la vendre. D'ailleurs, est-ce le peuple qui élit les juges? Non, ce sont des électeurs qui les nomment.. N'estril pa^ possible que le&électemrs. trompent le peuple? et ne serait-ce pas réellement un malheur si la nation ne trouvait pas dans, la volonté du roi la ressource d'écarter un maurvais juge? L'ensemble de tous les décrets prouve» que^l'ordre judiciaire fait partie du pouvoir exé^ cutif ; or, le pouvoir exécutif suprême est accordé au roi. Veut-^n lui reprendre d'une main ce qu'on \x^ accorde de l'autre ?
Telles étaient les raisons dont s'appuyaient les diSerens; partis. L'opinion flottait iucertaine, lorsque le comte de Mirabeau parut à la tribune (i)« Mirabeaucherchait à réparer le tort qu'avait fait à sa popularité le. décret du droit de paix etde guerre(2); car le peuple de Paris, à qui Ton répétait sans cesse
(i) Même jour 5 mai.
(2) Fenières semble encore confondre ici les époques. L'opinion de Mirabeau sur le droit de paix et de guerre ne fut prononcée que i5 jours après (le ao mai), et le décret ne fut rendu que le %% mai.
(^JVote des nouv. edit.)
48 UTRE Tt*
qu'il ëtait le véritable souverain^ et qaetouâ les poti-^ Toirs r&idaient essentiellement en lui, aurait voulu tous les exercer; il regardait comme une usurpation du monarque ceux même que TAssemblée dëpoisait entre ses mains.
Mirabeau s'attacha surtout à repousser le reproche que les nobles et les évêques faisaient à l'Assemblée de donner au gouvernement une forte tendance vers la république. Les évêques et les nobles ^ n'ayant rieù de sensé à répondre , eurent recours aux injures, (c Vous êtes un bavard, cria le comte Faucigny-Lucinge, et voilà tout. — M. lepré* sident , répond Mirabeau , réprimez l'insolence de ces gens qui osent m'insulter à cette tribune. » Le tumulte devient extrême. Les évêques et les nobles adressent à Mirabeau les injures les plus grossières ; ils les accompagnent de gestes menaçans. « Un défi public n*est pas assez noble pour que j'y réponde^ » réplique froidement Mirabeau. Le président s'efforce de ramener le calme. La discussion se chan*ge en personnalités. Les évêques et les nobles se livrent à tous les emportemens d'hommes qui n'ont plus rien à ménager, et qui espèrent que de l'extrême désordre résultera à la fin une scission devenue leur unique espoir. L'Assemblée, fatiguée, demande d'aller aux voix. L'évêque d'Uzès et Foucauld protestent contre tout ce que va faire l'Assemblée. Dufraisse-Duchey, député des communes, mais lieutenant-général de Riom , invite les amis de la monarchie à quitter la salle. La plupart des
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membres du côté droit se lèvent , déclarent qu'ils ne prendront aucune part à la délibération , et sortent au bruit des applaudissemens peu flatteurs des révolutionnaires et du peuple répandu dans les tribunes. Le président met le décret aux voix : l'institution des juges par le roi est rejetée.
Il fallait décider si les officiers du ministère pu** blic seraient nommés par le roi ou seraient élus par le peuple. Quelques révolutionnaires demandaient que la nomination de ces officiers fût réservée au peuple j et qu'on les prit parmi les magistrats du tribunal. Chabroud représenta que le monarque étant spécialement obligé de veiller à l'exécution de la loi , personne n'était plus intéressé que lui à ce qu'il fût choisi de bons surveillans à cette exécution ; que le peuple ne pouvant exercer par luimême cette action de surveillance^ devait déléguer au roi le pouvoir de l'exercer j que c'était une fonction paternelle; que le monarque concourait à toutes les parties de la constitution ; qu'il en était le lien ; qu'il surveillait l'armée , les administrations y les tribunaux ; qu'il était essentiel de l'établir entre la loi et les violateurs de la loi.
Ces raisons, aisément senties, décidèrent la ques-tion : mais le même esprit de défiance , toujours existant contre le monarque et contre les ministres , fit borner les fonctions des commissaires chargés d'exercer le ministère public à être de simples témoins de l'exécution de la loi. On ajouta qu'ils ne seraient éligibles à aucune place administrative ni
iBunicipale; et, ponr les rendre plus îndëpendans , il fut réglé qu'ils seraient à vie, et nepoumient être destitués que pour cause de forfaiture jugée (j)«
L'Assemblée s^occupa de la formation d'un trihn-n Bal de cassation auquel serait porté Fappeldes oau-r ses jugées par les tribunaux civils et criminels, quo desfautes de formes dans la procédure autoriseraient les citoyens d'y éToquer. Tout le monde était d'ac« cord sur la nécessité de ce tribunal : la seule difie-n penee des o}Mnions consistait en ce que les unt Toulaientque les juges qyi le composeraient fussent àmbulans , et les autres qu'ils fussent sédeutairea^ L'intérêt de la ville de Paris l'emporta ; le tribunal de cassation fut déclaré sédentaire, et i^é à Pa^^ ris (2i)« Les révolutionnaires, tranquilles sur toutes les parties de l'administration, qui , par les décrets de l'Assemblée , se trouvaient entièrement dans leurs mains , revinrent au clergé.
Les décrets précédens avaieut dissous ce corps et exproprié les titulaires ; il s'agissait maintenant àt déterminer les rapports qu'aurait le clergé avec là constitution, et de fixer, d'après des bases inyaria*^ blés , le traitement qu'on accorderait aux titulaires actuels, et aux ministres du culte quidemeureraient attachés au service des autels. C'était là que les évêques, les parlementaires et les ennemis de la con^
(i) 8 «laL (ft) a4 mai.
I4VRÇ Vif 5r
stitutioQ attendaient l'A^emblée. La démarcation ^tail délicate} non que les çbai^g^men^ quç prqp^H sait le comité ^cclë^iaatique to^cha8$eat réelleqient à la if^li^on ni à la véritable disciplii^e 4^ l'Ëgliae,. Çe^ cl^angemens consistaient à réduire à quatre^ Wingt-ttrois les cent dix^sept é^Yèçhés existant çn Firance, ^ faire nommer les éyêques et les curéa par les électeura qui deyaieqt agmmer les admir» nistrateurs de département etlçs députés à la légis-^ ](aturQ } à suppriopier les chapitres des cathédrales , à lea remplacer par seize prêtres qui repnpUraient las fonctions de vicaire^ , taudis que les éyêques rei^fipliraient celles de curés* . 14e comité ecclésiastique , auteur du projet^ était CQuduit par Cano^us ^Fretea^^ Treilhard^^artineau^ jansénistes outrés^ qui Toulaiejat réaliserai dans la nouvelle constitution eoclés^astique^ le régime de% mocrate et populaire quQ leajauséniste$ appelaient )a discipline de la primitiveEgliae. Les persécutions qu'ils avaient éprouvées 1 sous Louis XIV et sous (louis Xr\ ^ Içur faisaient regarder cette mesure cqtmme l'unique garant de la liberté de leur secte- Les évêques étaient bien décidés à soutenir leurs droits. « Jésus-Christ , dit l'Archevêque d'Aix (i), » a transmis à ses apôtres f et ceux-<;i ont transmis i> aux évêques leurs successeurs , le pouvoir d'enseir
(x) La discu3sion a'ouvrit le %g juin. L'arch^éqoe tJ'Aix parla le premier.
(Note des nouv. édit,)
52 LTYRE TI.
» gner ses dogmes. Il ne l'a confié ni aux magistrats^ » ni aux rois, ni aux administrateurs civils. Vous » êtes tous soumis à Fautoritë de rÉglise> parce » que nous tenons cette autorité de Jësus-Christ. » Les évêques ne peuvent être destitues que par » ceux qui les ont institués. Il ne vous appartient » pas davantage de limiter la juridiction des évê- » ques . Ce n'est qu'en leur nom queles pasteurs qu'ils » délèguent peuvent administrer les sacremens : » nul ne saurait y suppléer. Ce sont les principes » purs de la discipline , et non ses abus que nous » réclamons. Nous ne saurions consentir à ce que » vous demandez. Nous déposons même dans vos 1» mains , au nom du clergé de France , la déclara- » tion de ne point accéder à tout ce que désavoue- » rait l'Église. Nous vous proposons delà consulter » dans un concile national (i). »
Treilhard répondit qu'il existait des évêchés qui embrassaient quinze cents lieues carrées , d'autres qui n'en embrassaient que vingt ; des cures qui avaient dix lieues de circonférence , d'autres qui contenaient à peine quinze feux. Que parmi les cu-
(x) Les principes qui servirent de base à la déclaration du clergé furent plus amplement développés quelque temps après , par rarchevéque d^Aix, dans Técrît fameux intitulé : Exposition des principes. Cet acte , signé par tous les évéques de France , fat approuvé par lé pape comme contenant la vraie doctrine de l'égHse gallicane. (Bertrand de MoUeville.)
( Note des nom\ édit, )
rés, il y en avait dont la portion congrue s'élevait à peine à sept cents livres; tandis que dans leur en-^ ceinte il existait des bénéfices de dix et de douze mille liyresderente^ possédés par des .ecclésiastiques qui n'exerçaient aucune fonction du culte , et qui , ne résidant pas même sur les lieux , emportaient Iç revenu de ces bénéfices au loin, le dissipaient dans le luxe^ la débauche et la profusion. Une nouvelle circonscription devenait donc nécessaire. La nullité des chapitres et des collégiales étaitreconnue. Les chapitres des cathédrales n'étaient plus ce qu'ils étaient dans leur origine : les chanoines alors vivaient en commun, servaient de conseil à l'évêque. C'était à cet esprit de leur institution que l'on voulait ramener les chanoines, en les obligeant de remplir les places de vicaires épiscopaux , et en formant le conseil de l'évêque.... « La voie de l'élection assurait plus constamment à une Eglise le pasteur qui lui convenait : le peuple, dans les beaux siècles du christianisme , choisissait lui-même ses pasteurs. Tant que la nomination des évêques a été çoncea^ trée dans les mains du roi , ou plutôt dans les mains des ministres, on a trop souvent choisi , non celui qui possédait le plus de vertus stpostoliques, . mais celui dont la famille jouissait d'un plus grand crédit. Quels niaux n'ont pas résulté de ces choix? La plupart des évêques, incapables de remplir leurs devoirs, les prenaient dans un dégoût invincible. Ce dégoût s'étendait jusqu'aux lieux oh ils devaient ej^erçer leurs fonctions : il était devenu si général ,
que Ton citait comme des modèles le )>etit nombre de prélats qui rësidàieiit. Les mêmes abus régnaient dans le choix des gl:ands vicaires : tous sougeaient plus à solliciter des grâces qu'à les mériter. Au mî?lieu de cet abandon total de ceux qui devaient les conduire^ les diocèses demeuraientlivrés àquelques Isecrétaires obscu]^s.... Que l'on cesse donc de criet ^e la religion est perdue , parce que Ton attaque des abus qui, s'ib avaiehtde là bonne foi , paraît traient monstrueux à ceux même qui en pi^fitent. » C'était moins le bien de tous que ses intérêts que consultait chaque parti. Aussi , au moment que Ton se disposait à mettre aux voix le premier article du décret, portant qu'il serait fait une nouvelle circonscription des diocèses, conforme à celle des départemens , Tévêquede Clermont s'écria qu'il se devait à lui-même , qu'il devait à son ministère et à son caractère , de réitérer la demande faite par l'archevêque d'Aix d'un ixincile national , et de déclarer qu'il ne pouvait prendre aucune part à la délibération , ni se soumettre à aucun des décrets qu'allait i'éndrerAssemblée.Tousles ecclésiastiques séantau côté droit du président se levèrent et adhérèrent à la déclaration de l'évèque de Clermont. Cette résis-
tance à un article aussi peu important que celui d* Une nouvelle circonscription des diocèses, ne fit qu'animer les révolutionnaires à poursuivre leurs projets ; mais ils se conduisirent avec autant de prudence que leurs adversaires y mettaient d'ineptie et de hauteur. Ils attendirent une occasion favorablej
■se conteiltant d'épier «n silence les démarches das "ëréques > et de dëjèuer leurs intrigues. Les rëYolii- «tionnaires sentaient la nécessité de séparer ^ daas ropiniDn dU peuple^ la cause dte clergé de la ca'qsfe de la religion ; ils écoutèrent avec une grande tr&îifaillite la protestation de l'évéque de Clermont. -OahiUs répondit (t) que si les étéques véulaient remonter à l'origine de leur mission, ils verraient quie leur instituteur leur avait dit : Prœdwaie in unii^- S€an terram; qu'il n'avait point établi de division dite territoire ; que saint Paul conseillait à ses disciples de se fixer dans les grandes villes) qu'on avait tôujtEmrs suivi, pour l'établissement des évéchés, les divisions locales; qu'on ne s'en éthit Jamais ébaHé ; ique c'était au huitième siècle que Générales , évê- '^ue de Aletz , avait Id premier attribué att pape le droit de créer dès métropoles et d'instituer les i^véchés^
H était difficile que la ckaleur avec laquelle se -débattaient l'un et l'autre parti laissât long-temps aux orateurs le calme nécessaire à une discussion modérée é L'esprit de hainie et de vengeance éteignit bientôt tout sentiment de justice et toute idée de raison. A chaque nouvel article dû décret s'életraient un nouveau tumulte et de nouveaux débats. lies évéques ne cherchaient plus à opposer raisonttemens à raisonnemens ; ils ne dierdiaient qu'à
(i) Premier juÎD.
exciter le désordre , à empêcher par une forte scission que la délibération s'achevât^ ou^ s'ils nepour yaient parvenir à la rompre, ils voulaient au moins lui donner un air de violence qui parût exclure la liberté des opinions.
D'Esprëmenil et quelques ëvêques crièrent au schisme. L'évêque^de Clermont reparaît à la tribune, dénonce l'hérésie formelle dans laquelle toiiQe bent ceux qui donnent un conseil aux évêques, ^'élève contre l'assertion de l'abbé Gouttes , qui ose avancer quel'évêque de Rome n'a eu , dans les premiers siècles de l'Église , une espèce de prééminenr ce sur les autres évêques que parce que Rome alors était la capitiUe de l'empire romain. D'Esprémenil assure que l'expression d'évêque de Rome sent l'hé^ résie ; il proteste au nom de tous les catholiques contre le décret que l'on va rendre, qui tend, selon lui, au plus odieux presbytérianisme. L'évêque4e Clermont ajoute que la nomination par voie de l'élection est contraire au concile de Trente : il dé<clare , pour la troisième fois , qu'il ne participera point aux délibérations de l'Assemblée sur un point qui touche aux plus grands intérêts de la. religion» Tous les ecclésiastiques attachés aux évêques et plusieurs nobles quittent la salle. Les révolutionnaires, devenus les plus forts par cette im politique retraite, demandent que l'on mette le décret aux voix : il passe sans difficulté (i).
(i) Lundi 7 juin.
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f Les révolutionnaires ^ fatigues des continuelles harcelleries des évêques et du haut clergé, s'en ven- •gèrent en réduisant le traitement des titulaires actuels des bénéfices à un taux fort au-dessous de ce -que la justice exigeait pour tous , et de ce que Thumanité semblait solliciter pour plusieurs. Les évéques dont le revenu n'excédait pas douze mille livrer de rente furent maintenus dans la jouissance de cette somme; ils obtinrent de plus la moitié de l'excédant, sans toutefois que la totalité de leur traitement, quel que fût cet excédant, pût s'élever audessus de trente mille livres de rente. Tous en avaient cent mille ; quelques-uns deux cent, trois cent et jusqu'à huit cent mille. Les abbés, prieurs, 'dignitaires, chanoines, prébendiers, sèmi-prébendiers^ chapelains , et autres bénéficiers dont le revenu ecclésiastique n'excédait pas mille livres, n'é* prouvèrent aucune réduction/Ceux dont le revenu excédait mille livres obtinrent, ainsi que les évéques , la moitié de l'excédant , sans que la totalité de leur traitement, quelque fût cet excédant, pût s'élever au-dessus de six mille livres (i).
Les révolutionnaires joignirent la raillerie et l'insulte à cette violation manifeste du droit de propriété. (( Les réductions que nous faisons, dirent-ils, sont fondées sur l'éternelle considération de l'humilité et du détachement de l'Église primitive; sur
(ij.Décret du jeudi 17 juin.-
58 UTEE TI.
ropttknGC orgueilleuse des ministres du culte des autels ; sur le droit imprescriptible qu'a la natioti de disposer de l'usufruit des biens du clergé p et de retirer le salaire à celui qui cesse de le mériter ; sur l'ayantage qui ri^ulte pour le bien général de diminuer le traitement des riches ecclésiastiques ^ et d'augmenter celui des |>au vres. » Robespierre^ comr parant les ministres du culte aux ministres du roi> assura que c'étaient de simples fonctionnaires publics soumis^ ainsi que les ministres du roi , à tou^ tes les réductions que voudrait ordonner le corps législatif, (r On objecte que les évêques ont des deltes« Eh bien ! qu'ils économisent , ils les paieront : làii homme à qui Ton donne trente mille litres de rente ne doit pas laisser l'Assemblée inquiète sitr son sort. La loi canonique à prbscrit la pluralité dés bénéfices» £h ! quels soht donc les titres des éTèques? Pourquoi des sacrifices en leur fareur? Ou ^t leur patriotisme ? Où sont leurs mandémens fayorables à la plus sublime des révolutions ? On lés paye aussi bien qu'un général d'armée. »
Le traitement des ministres du culte réglé , les révolutionnaires songèrent à elfectuer la vente des biens du clergé. L'évêque d'Autun lut un long projet de décret. L'abbé Maury s'élance à la tribune, et y ne se possédant plus à la vue de la dispersion de sa propriété sacerdotale, il s'écrie : « L'opération » qu'on vous propose , Messieurs , est le chef-d'œu- » vre de l'agiotage. Les agioteurs de Paris gouver-* » nent la France et les finances. Les ^ets sontrils
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^M au pair , ils soht ruiniés^ La hausse ou la baisse iks M eflSsts , voilà l'objet de leurs spéculations. Le prd^ «> jet de l'evéque d'Autiin mérite i'bominage de la » rue Vivienne. Saùsétre sou eèufideut , je vais vous . » le re'v^ler* » Ici , l'abbé Maury est vivement inter- Shompu par les révolutionnaires ^ et l^appelé à ûi^e mbderatiou dont il était incapable dans le moment {»résieutv Le duc de la ftochefoucault réciame la pâ^ rt)le p^ur répondre, dit-il > aux injures de l'abbé Maury. Il se présenté à la tribune. L'abbé M aury^ iî^me dans sou poste , saisit le duc par les épaules , lui fait faire Une ou deux pirouettes > et l'oblige de lui céder là place. Des éclats de rire partent du cô^ té droit i des cris de fureur s'élèvent An côté gauche. L'abbé Maury, inaccessible aux hurlemens qui re*teutissent autour de lui , continue : « Tel est , Mes- » sieurs^ le Calcul dès agioteurs; si les biens ducler- » gé sont mis en vente , les assignats qui ne perdent '» que trois pour cent, tomberont àuX prix des au- 7> très eâfbts , ou bien les autres effets atteindront le » prix des assignats. Quelle Curée pour les hommes » qui ont ces effets dans leur portefeuille ! Mais » n'est-il pas indispensable» avant de mettre eu Vén- )» te les biéhis du clergé , de Connaître là dette publi- M que ? Son rapport vous prouvera qtf*6fllé monte à )^ sept milliards. Je tiens ce Êkit d'un membre même ^du i^omité de liquidation, w Cfette annonce artificieuse, si propre à alarmer les créanciers de l'État, excité les plus violentes clameurs. Tandis que les évéques et lea hobles sourient malignement , vingt
6o LIVRE VI.
députes révolutionnaires se précipitent à la tribune et demandent à repousser l'assertion calomnieuse de l'abbé Maury. «Elle est incendiaire, » s'écrie le député Lucas. « La tribune ne doit pas être souillée par d'aussi dangereuses impostures , » ajoute l'avocat Bouche. Le curé Gouttes , président du comité de liquidation , se fait jour au milieu des députés répandus dans la salle , et assure que le comité ne saurait avoir fait un pareil aveu, puisque son tra^ vail sur la dette publique n'est point achevé, Il somme l'abbé Maury de nommer le député qui lui a fait cette déclaration. « C'est un membre du comité , reprend Tabbé Maury. — Vous avez dit que vous parliez au nom du comité même^ réplique Dupont de Nemours. —M. Dupont avance une imposture ^ repart Fabbé Maury; «j'ai seulement demandé que » l'universalité de la dette fût reconnue : car si. sur M deux milliards de biens nationaux il y avait trois » milliards de dettes, les créanciers de ce troisième » milliard se trouveraient dans une situation très- » désagréable. Voici le raisonnement hypothétique » que je présente : M. le baron de Batz, rapporteur » du comité , m'a dit qu'il entrevoyait que la dette » pourrait monter à sept milliards...» Ici des huées couvrent la voix de l'abbé Maury. «Il ne s'agit pas » de huer, réplique l'abbé, il faut gémir. J'argumen- » te donc de l'obscurité et de l'immensité de la dette, >j pour combattre le projet de laisser sans hypothè- » que une partie des créanciers de l'Etat, et favo- » riser les agioteurs , en dépouillant les premiers
LÎVRE yîé 6l
» d'un gage qui appartient à tous. Outre cette hy- M pothèque , les frais du culte sont fondes sur les M biens nationaux. x>
Il était facile de s'apercevoir par les divagations de l'abbé Maury qu'il avait parlé au hasard; qu'il ne cherchait qu'à inquiéter Paris et les provinces sur la situation des finances ; qu'à empêcher la confiance quelesrévolutionnairess'efforçaientd'inspirerpour les assignats. Mais le peuple avait une foi si aveugle dans les chefs de la révolution , que l'abbé Maury, eût-il raisonné plus sensément, eût-il même apporte des preuves démonstratives de son assertion , le peuple n'eût rien voulu croire. Aussi le député Anson , grand calculateur en finance, calma bientôt ce petit mouvement d'inquiétude. Il protesta que la dette constituée ne montait qu'à un milliard, et la dette non-constituée à deux milliards ; qu'il n'était pas question de celle-ci dans le moment. L'Assemblée,, après cette explication , ne voulut rien entendre , et déclara que tous les domaines nationaux , à l'exception des domaines dont la jouissance était réservée au roi , seraient aliénés d'après les formes qu'elle avait décrétées (i).
Les évéqués et les nobles , peu convaincus de la justesse des calculs du receveur général des finances Anson , continuèrent à soutenir, dans leurs sociétés, que la dette^nationale s'élevait à sept milliards ; que le crédit public était perdu ; que les as-
(i) Mardi 29 juin.
6a UYRB YI*
signais tomberaient^ que pçr&onné n^en voudrait; que la banqueroute était certaine* Mais le peuple ^ méprisant les vains efforts des ennqmis 'de la CQU-v stitution f s'obstina h regs^rder layente des biens du elergé comme ime ressource qui rendait cette mêr^ me banqueroute impossiibie; il n'en détesta qu^. plus, forteipept les nobles et les évêques qui refu?* saient de lui doi^per ce gage nécessaire à sa sinreté-^ La noblesse avait pris une part trop active à oetlQ quenelle pour que les révolutionnaires ne cherchas* sent pas à l'entraîner dax^s la ruine générale. La no-i blesse était liée étroitement^ par son origine et par soQ ex,i$tçnce politique ^ ^ l'ançienAe çonstitutioc^ de l'empire. Les révolutionnaires sentirent qu ils nei pouvaient renverser l'une sans anéantir Tautre. Un incident hâta l'exécution* Les deux Lameth u'a-i yaient pas recueilli le £^^it qu'ils attendaient de li^ différence d'opinions éclatées lors de la question du droit de guerre entre eu^c^^ La Fayette et Mirabeau* Lea tempf de l'élection d^s membres du départe* ment e^des autres administrations approchait.Qharles Lameth ambitionnait la place de commandant général de la garde de Paris ; Alexandre Lan^eth aa^ pirait à dominer le club d^ jacobins , et , par le club des jacobins , à dominer l'Assemblée. Il leur fallait une grande popularité, Us crurent avoir trouvé uu moyen sûr de l'acquérir^ en faisant décréter l'extinction de la noblesse héréditaire. A ce ipotif se joignit un motif de vengeance. Les deux Lameth étaient l'objet de la haine de la noblesse. Cett$ bai-
ne s'étendait presque dans un égal degré aux nobles passés aux communes le a6 juin 1789 j et à ceux qui 9 depuis la réunion des ordres^ siégeaient arec Itô députés des communes dans la partie de la salle appelée le câté gauche de l'Assemblée. Quoi-* que députés du même ordre ^ et ne devant avoir qu'un même intérêt, et les uns et les autres n'a« "raient conservé de sentinsiens communs que la même haine et le même désir de se nuire.
Les nobles de la majorité de la noblesse, fiers d'avoir toujours marché , comme ils le disaient , dans le sentier de l'honneur, repoussaient avec mé*pris les avances des nobles de la minorité. Ceux-ei , reconnaissant trop tard qu'ils étaient la dupe d'ambitions particulières, hasardèrent quelquesdé-* marches pour se rapprocher du corps delà noblesse. *w II ne nous reste plus qu'à nous jeter entre vos bras, dit un jour le marquis de Oouy d'Ârcy à quelques nobles en présence de l'abbé Maury. -— IMtes à nos pieds,» répondit durement l'abbé Maury. Ces dispositions de la majorité de la noblesse de l'Assemblée , partagées par le corps même de la nobiesfiîe de France , forcèrent les Lameth de chercher un appui dans le peuple. Voyant que l^ur salut était attaché à la perte de la noblesse , ils ne balancèrent plus que sur les moyens : mais , voulant s'approprier l'honneur de ce grand événement, ils se cachèrent de Lsi Fayette, et ne s'ouvrirent qu'à quelques nobles et à quelques députés des communes dont ils étaient sûrs.
Le 19 juin , jour déjQnitivement arrête pour con-^ sommer cette grande entreprise , on arrange un spectacle inattendu, propre à frapper les yeux de< la multitude ; on rassemble soixante étrangers, vivante Paris d'escroqueries et d'intrigues , gens sans patrie ; on les de'core du nom pompeux d'envoyé de tous les peuples de l'univers ; on les affUble d'habits d'emprunt, et, moyennant douze francs qu'on leur promet, ils consentent à jouer le rôle qu'on, leur destine. Un Clootz (i). Prussien, espèce de fou, intrigant subalterne, l'un de ces hommes toujours prêts à susciter des troubles , parce qu'ils n'ont d'existence que dans le désordre, se met à leur tête, demande au nom du genre humain à présenter une pétition à l'Assemblée nationale. Menou, desti|i4^^ par les Lameth à remplir ce jour--là le fauteuil de président, ordonne à l'huissier d'introduire les pétitionnaires. Clootz entre, suivi d'une troupe de gens que Ton annonce être Prussiens , Hollandais^ Anglais, Espagnols, Allemands, Turcs, Arabes, In-
(i) Il se Élisait nommer le baron de Clootz du VaUde-Grâce. Depuis y il prit le nom d'Anacharsis Clootz et le titre di orateur du genre humain. H publia , en 1791 , un ouvrage sur le projirt d'une république universelle. Après l'invasion de la Savoie , un club s'étant formé pour délibérer sur la conservation de cette conquête , Clootz le présida avec Hérault de Sécbelles. Robespierre le fit périr avec Hébert, l'auteur du père Duchéne , connne complice de la faction des étrangers. ^
. ( Note des nouv, édit, ) ,
diens , Tarlares , Persans , Chinois^ Mogols, Tripo-. litaîns^ Suisses, Italiens, Américains, Grisons. Us portaient le costume de ces differens peuples. Le magasin de lapera s était épuise'.
A l'aspect de cette grotesque mascarade, chacun ouvre de grands yeux et attend en silence une explication. Les initiés remplissent la salle d'accla-mations bruyantes. Les tribunes, ivres de joie de voir r univers au milieu de l'Assemblée nationale, battent des mains, trépignent des pieds. Le président Menou , assis dans son large fauteuil , s'effoifp de donner un air de dignité à sa très-commune figure. Les hujssiers crient silence, et Clootz prononce d'nniton emphatique le discours suivant : ^ v^:- ce Le faisceau imposant de tous les drapeaux de » Fempire français, qui vont se déployer le 1 4 ju^î^'^ct n dans le Champ-de-Mars, dans ces mêmes lieux n où Julien foula tous les préjugés , où Charlemagne , » s'environna de toutes les vertus, cette cérémonie >i civique ne sera pas seulement la fête des Français, n mais encore la fête du genre humain. LaUrom- » pette qui sonne la résurrection d'un grand peuple » a retenti aux quatre coins du monde, et les chants » d'allégresse d'un chœur de vingt-cinq millions M d'hommes libres ont réveillé des peuples ensevelis i> dans un long esclavage. La sagesse de vos décrets, » Messieurs, l'union des enfans de la France, ce » tableau ravissant donne des soucis amers aux n despotes, et de justes espérances aux nations. » A nous aussi il est venu uae grande pensée : ose-