‹ Mémoires du marquis de Ferrières (volume 2)Chapitre 6 sur 23 · II · texte numérisé non relu

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d^ ses en£anSy mangeait ^ causait^ se promenait et sentait doucement son existence. Ici , de jeunes fiUes et de jeunes garçons dansaient au son de plusieurs orchestres disposés dans les clairières qu^on avait ménagées. Plus loin , quelques mariniers en gilet et en caleçon , entourés de groupes nombreux qui les regardaient avec intérêt , s'efforçaient de grimper le long de grands mâts frottés de savon, et ite gagner un prix réservé à celui qui parviendraità enlever un drapeau tricolore attaché à leur sommet. U fallait voir les ris prodigués à ceux qui se voyaient contraints d'abandonner l'entreprise , les encouragemens donnés à ceux qui , plus heureux où phrs adroits 9 paraissaient devoir atteindre le bot.......

Une joie douce^ sentimentale^ répandue sur tous les ivisages^ brillante dans tous les yeux^ retraçait? les paisibles jouissances des ombres heureuses dan^ les Champs-Elysées des anciens. Les robes blanches d'tine multitude de femmes^ errantes sous les arbres de ces belles allées^ augmentaient encore l'illusion. Les fédérés reprirent le chenain de leurs provinces, enchantés de l'accueil qu'ils avaient reçu des Parisiens, et la plupart pénétrés d'aniaur et de res* pect pour le roi et pour la famille royale. La bonté, l'égalitéd'humeur de Louis XVI et deison épouse, lies grâces de madame Royale, la gaieté naïve de monsieur le dauphin, avaient gagné tous les cœurs : sentiment devenu plus puissant et pltts général paf It contraste qu'offrait F Assemblée nationale, oîi k hai'ii^e, l'esprit de parti^ les cris, les fureurs, présiidarenl

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ftux détiiieratioDS. Aussi Mirabeau^ frappé dé celte impression inattendue, ne put s'empêcher de dire a^ec amertume : w Que voulezr^oué faire dJ une nation qui ne scCit que crier wVe le roi? «

Les révolutionnaires commencèrent a craindre quelcette grande mesure, jugée si' propre à cbnisoKder la révolution, n'eût miaîhqcié son b«t et ne contribuât'à là renverser* Ils liâtèreBt le départ des fédérés, fet reconnaissant que les Français, selon leur expi^ession, n'étaient pas mûrs pour la liberté, ils travaillèrent à les en rendre dignes en les précipi- Cant dans l'anarchie. Les aristocrates y comptant trop légèrémetit sur les marques d*âttaeiiénient que les fédérés arvaient données au roi , crurent la eontre-révolutibn faite. Ils né virent pas qiïo ce» témoignages fiatte'wrs s'adressaient à la persômaie de* Louis XVI et nes'adressaiént pasàl'ancien'ordredédioses; que tous les Français, en voulant un roi> voulaientla constitution. Ainsi, tandis que les révolutionnaires excitaientdestroublesdansrintérienr,soufflai0ntde toutes parts la li-cence et l'insurrection , soulevaient les soldats contre leurs officiei^Syles aristocrates travaillaient à augmenter le désordre et achevaient de désorganiser Farinée : ordonnant aux officiers d'user envers lessoldats, tantôtd'uneindulgienGe coupable, tantôt d'une sévérité outrée , aén de les d^oâter du service, et d'opter une désertion générale avant l'établiissemént du nouveau code mSïtaire. Ce nbuveau codé était avantageux a^ix soldats qu'il dérobait à l'airbitraire dès chefs et qu'il admettait aul^riHie

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d officier: il n'était pas moins aivantageiix à l'officier lui-même^ qui voyait renverser la barrière jusqu'à eejour impénétrable qu'avaient mise entre lui et les grades supëreurs le despotisme des ministres et la cupidité des gens de la cour. Mais le décret qui abolissait la noblesse^ interprété, commenté avec uneadressep€rfîde,avaittellementaigrilesofficierSy presque tous nobles, qu'ils ne songèrent point aux avantages réels que leur procurait ce nouvel ordre de choses, et qu'ils ne s'occupèrent que^des pertes factices qu'il leur faisait essuyer ; et puis la cour, les grands , les parlemens , les financiers, employaient tant d'intrigues ! Ils assuraient que cet ordre de choses, était impraticable; qu'il ne pouvait subsister; que le roi reprendrait bientôt la plénitude de son autorité ; que les princes émigrés rentreraient en France à la tête d'une puissante armée grossie de tous les mécontens de l'intérieur; que l' Assemblée nationale serait dissoute; qu'on livrerait les factieux à la rigueur des lois ; que non-seulement ceux qui avaient pris des places dans le gouvernement, mais encore ceux qui avaient approuvé la constitution , ou qui ne s'y étaient pas opposés, seraient privés de leurs emplois et punis sévèrement. On parlait sans cesse aux nobles d'honneur, de courage, de dévouement à la monarchie et au roi. Les évéques rappelaient aux curés et aux religieux le zèle des pre« miers chrétiens pour le maintien de la religion et pour les droits sacrés de l'Église. Ils traitaient les :décrets d'entreprises audacieuses, impies, dirigées

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t^titi^ Diefa même. Les journaux entretenaient les dissensions, ravivaient les haines, alimentaient les fureurs. On vit s'e'lever mille protestations indivis duelles contre les décrets des 1 5 avril et igjuin. Du-^ rosoy et Royou consignaient ces protestations dans leurs feuilles. Le curé le plus ignorant, lé prêtre le moins régulier, se refusait-il à la constitution civile du clergé, devenait tout-à-coup un Jérôme, un Amhroise, un Âthanase. Le dernier noble de la campagne, occupé tous les jours à chasser un lièvre, s'élevait-il contre le décret qui abolissait la noblesse , c'était un Bayard ^ un Gaston , un La Tremouille. Aussi n'y eut-il si mince fils de trésorier de France, ou de secrétaire du roi , qui n'ambitionnât le glo-' rieux honneur de figurer dans la gazette de Durosoy, en prenant l'univers à lémoini de son dévouement pour son roi, de son zèle pour la religion de ses pères, et des hauts sentimens que lui inspirait le noble sang qui coulait dans ses veines.

Ce fut dans le midi de la France que les contrerévolutionnaires agirent avec le plus d'activité. Ce 'pays était habité par une foule de protestans échappés à la révocation de l'édit de Nantes. Il fut aisé d'armer les catholiques. On leur dit que l'Assemblée voulait détruire l'ancienne religion et y substituer le protestantisme; que l'abolition des ordres religieux, la dét-narcation des diocèses, la réduction des paroisses, ne tendaient qu'à ce but ; que des protestans dirigeaient le comité ecclésiastique ; que le ministre Rabaud présidait l'Assemblée lôx^s

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de i etablîssenientde la çoostitution civile du clergé et de \klok qui su{)primail les vœux menastiques. Il n'en fallait pas tant po«r exciter des esprits inquiets/superstitieux; les deux partis commencèrent par s'aigrir et finirent par se battre. La formation des municipalités , des administrations de district et de département^ en opposant l'anthition des chefs, leur fournit de nouyeauX'Sujets de haine.. Les pro* testans, soutenus de clubs, s'emparèi^ent des places de l'administration. Les prêtres crièrent que la religion était perdue, hes catholiques se réunirent pour obtenir du nH)ins les places des municipalités directement nommées par le peuple , et. plus à Tabri fie l'influence des clubs. Une guerre ouverte éclata liieniot entre les catholiques et les prêtes tans. Nîmes , Béziers , Aix , Marseille*, Arles , Uzès , devinrent le tiiéàtre des violences qu'ils exercèrent les uns contre les autres. Les assassinats , les emprisonnemens, les incendies, furent tour à tour les armes des pFotestans et des catholiques. Les protestans eurentravantage; ils triomphèrent avec insolence. L'Assemblée, plus attentive à ce qu'elle présumait de llnlention des catholiques qu'aux devoirs rigoureux de la justice, vit des ennemis de la révolution dans des hommes qui n'étaient qu'égarés par les prêtres. Elle donna raison aux protestans , et tort 4IUX catholiques; elle soutint les premiers de toute la force de ses décrets , et accabla les derniers de toute l'autorité de lois très-^sévères. Les révolutionnaires , irrités de la continuelle et obstinée résis-

tance que leur opposaient le« prêtres , résolurent d'employer les moyens les plus efiicaces , fussentils les plus yiolens y pour vaincre cet olistacle : mais comme la puissance des prêtres tenait à la religion dont ils étaient les ministres^ les révolutionnaires sentirent qu'ils ne les soumettraient jamais qu'en anéantissant^ ou du moins en dénaturant dans ses rapports politiques^ eette même religion qui faisait leur force.

Paris était dans F ivresse de la fédération , lors^ qu'on apprit que Bonne-Savardin venait de se sauver de l'Abbaye (i). Cette nouvelle excita la fureur des révolutionnaires; ils ordonnèrent les plus sévères recherches, envoyèrent le signalem^ent de Bonne à toutes les brigades et à toutes les municipalités : La Fayette mit ses espions en campagne. L'évasion de Bonne avait été conduite avec trop d'stdresse^ pour qu'on pût se dissimuler qu'elle ne fût l'ouvrage d'un homme puissant , intéressé à prévenir les suites de la procédure commencée contre Bonne. Deux particuliers^ sedisantaides-de-campde La Fayette, revêtusdel'uniforme national, s'étaient, assurailnon, présentés au concierge de l'Abbaye , avec un faux ordre du comité des recherches. Le concierge leur avait remis Bonne. Ils l'avaientfait monter dans un fiacre, et étaient disparus. Bonne se réfugia chez l'abbé de Barmon , conseiller au parlement de Pa-

(i) Le 1 3 juillet.

ris, et député du clergé à T Assemblée nationale. L'abbé de Barmon le conduisit dans une maison de campagne^ située à sept lieues de Paris. Les personnes à qui cette maison appartenait n'osèrent gar^ der Bonne chez eux; Tabbé Barmon le ramena à Paris y et le logea dans un appartement écarté de sa propre maison. Bonne y demeura caché plusieurs jours. L'arrivée d'un inconnu excita des soupçons: car dans ces temps malheureux , chaque citoyen était l'espion et le délateur d^un autre citoyen. L'abbé de Barmon sentit la nécessité de placer Bonne dans une maison moins exposée aux regards du pur blic; Foucauld^ député de la noblesse du Périgord^ consentit h le recevoir. On s'occupa des moyens de le tirer de Paris et de le faire sortir du royaume : on prit un passe-port pour Strasbourg, sous le nom d'un M. Edgs, fédéré d'Alsace. Le signalement dé Bonne , envoyé par La Fayette, à toutes les municipalités et à toutes les brigades de maréchaussée du royaume, pouvait le faire reconnaître. On le déguisa le mieux que l'on put , on lui teignit les cheveux, les sourcils, le visage, la poitrine , et, le jour du départ étant fixé , la belle-sœur de l'abbé de Barmon vint le prendre, dans son carrosse, et le ramena chez l'abbé de Barmon.

Tant d'allées et de venues confirmèrent les soupçons des domestiques de l'abbé de Barmon. L'un d'eux alla trouver Maiestré et Julien , aides-decamp de La Fayette , et leur dit que son maître tenait un homme caché chez lui; que cet homme

était Bonne>Sayar4in. Les deKX aides-de-camp <!oarorent rendre compte de leur dëcouTerte à La Fayette; mais^ pendant quils se munissaient de pouvoirs nécessaires, Fabbé de Barmon^ ayant tout disposé pour un voyage aux eaux de Spa , partit dans sa voiture avec Bonne et le fédéré Edgs. Maiestré et Julien, consternés d'avoir manqué leur proie, vont prendre des chevaux de poste , se mettent à la poursuite de l'abbé de Barmon , le rencontrent sur la route de Chàlons avec ses deux compagnons de voyage. Julien charge Maiestré de ne pas perdre Fabbé de Barmon de vue; il prend les devans, arrive à Châlons , défend au maître de poste de donner des chevaux , se rend à là municipalité , communique ses ordres et requiert un détachement de gardes nationales.

Cependant l'abbé de Barmon et Bonne arrivent à la poste de Chàlons (i) : le maître de poste refuse des chevaux. L abbé de Barmon se fâche, dit qu'il est député, descend de voiture , et assure qu'il va se plaindre à la municipalité de l'obstacle que l'on apporte à son voyage : il s'achemine vers l'Hôtel-de- Ville. Au moment même, un détachement de gardes nationales enveloppe l'abbé , Bonne et le fédéré Edgs : on les conduit à la chambre commune. Bonne est bientôt reconnu. L'abbé- de Barmon se réclame de l'Assemblée j on le remet avec Bonne et

(i) Le 28 ou le %g juillet.

IQÇ I^POS TU.

le fédéré Edgs dans la même voiture qui les a amex^és. Maiestré et Julien . fiers du })rillant succès de cette glorieuse expédition^ s'assurent d'uae forte escorte^ sous prétexte de veiller à la sûreté des trois prisonniers, et reprennent le chemin de Paris,.

Si la nouvelle de l'évasion de Bonne avfiit indigné les révolutionnaires, la nouvelle de^on arrestation et de son retour à Pari^ causa de vives inquiétudes à la cour et au ministre Saint-PriesL On craignit que Bonne, épouvanté ou séduit, ne fit des aveux capables de comjnx)mettre des personnes au* gustes^ La faiblesse qu H avait montrée dans $e$ premiers interrogatoires ne laissait aucune espérance qu il se sacrifiât, ainsi que s'était sac^rifie Favra3^ pour ceux qui l'avaient fait agir.

La cour et Saint-Priestcrurentqu'ilsdevaientopposer procédure à procédure dans l'espoir , par la ré- ^procité des craintes, de fprcer les révolutionnaires à les ménager. Le Çhâtelet était prêt et n'attendait que des ordres. 0^ les lui donna. Une députa tioa vint3epréscnteràlabarrederAssemblée(i).<cNons )) allons, dit Boucher-rd'Argis , déchirer le voile qui » Xftuvrait une procédure malheureusement tropçé- » lèbre. Ils vont être connus ces secrets pleins cj-'hor- » reurs ; ils vont être révélés ces forfaits qui ont » souillé \à palais de nos rois. Devions-nous le pré- » voir, jlorsqvie vous nou3 avez confié la fonction de

(i) Le 7 août.

M |xmrsuivre les crimes qui attaqueraient la liberté n Baissante^ que nous serions l'objet des plus atroces » calomnies PJ^Ïous les braverons; nous ne cesserons ».de remplir nos devoirs. Tant d'efforts annoncent M asses ce que les ennemis du bien public ont craint » d'une procédure qui doit tout édairer. Ont-ils pu » penser qu'ils intimideraient, par tant de menaces n violentes et répétées , des magistrats qui ont su M jfësiater au despotisme ministériel? Plus forts au- ^ jourd'hui de toute l'énergie i^^ donne aux citoyens » la liberté que nous avons recouvrée , ils ne crainil dront aucun danger pour Taffermir (^ la séparer M de la licence. Nous devons distinguer dans cette M procédure les citoyens qui ont été guidés par l'en- » thousiasme de la liberté, des hommes coupables » qui, sous le masque du civisme, ont égaré la mul- » titude pour la rendre complice de leurs crimes. » Mais quelle a été notre douleur , lorsque nous » avons reconnu, parmi les accusés, d«ux membres M de cette auguste Assemblée. Ah! sans doute ils » s'empresseront de descendre dans l'arène , et de MfioUiciter la poursuite d'une procédure, dont le » complément, nous devons l'espérer, mettra au >>.jour leur innocence.

» Nous déposons sur le bureau toute cette procé- » dure ; nous sommes redevables d'une grande par- M tie des pièces à votre comité des recherches, qui , **'»' d'après-votre décret, a dû nous en donner commu- » nication. C'est à regret que nous nous plaignons n du comité des recherchés de la ville de Paris, qui

» nou^a constamment refusé celles qu il ai entre les » mains. Ainsi ^ Messieurs , après avoir tout fait et » n avoir rien négligé pour parvenir à connaître k » vérité, nous voyons s'avanceravec joie le moment M où le nouvel ordre judiciaire va mettre fin à nos D travaux. Trop heureux si nos efforts constans poar » la justice ont pu nous mériter les suffrages de i^os >i concitoyens. Nous nous démettons donc , Mes- » sieurs, entre vos mains, de la suite de cette I) grande affaire, et vousprions.de nommer un M tribunal chargé de la suivre et de la terminer, n La vue de cette énorme procédure excita deoi mouvemens bien opposés dans rÂssemblëè. Les aristocrates triomphèrent ; les gens sages , qui ignoraient les intrigues diverses que l'on faisait jouer, parurent étonnés; les orléanistes et les jacobins ne purent cacher leur rage. Le nom des deux députa désignés n'était point un mystère; on nommait le comte de Mirabeau et le duc d'Orléans. Le comte de Mirabeau monte à la tribune , et étouffant avec peine la fureur qui l'agite sous un sangrfroid appa* rent : w Notre marche, Messieurs, est tracée, les principessont consacrés, l'Assemblée nationale n'est ni accusateur ni juge. Une seule chose la concerne ; c'est de connaître les charges qui , après dix mois, conduisent à inculper deux de ses membres. Tel est Tesprit de la loi de notre inviolabilité. L'Assemblée nationale a voulu qu aucun de ses membres ne fût mis en cause, sans qu elle eût elle-même jugé s'il y avait lieu à action et accusation. Je ne sais sous

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