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quel i^pport on parle de de'crets de prise de corps qu'il faudrait tenir secrets, ni pourquoi on insinue la proposition d'un renvoi à un autre tribunal. » Ici Mirabeau abandonnant lecalme pénible qu'il s'était imposé y et animant son geste et sa voix : «Certes, il serait commode qu'après dix mois d'une procédurèsecrète, qu'aprèsavoiremployédix moisà multipiier, à répandre les soupçons, les inquiétudes,les alarmes, les terreurs contre de bons et de mativais citoyens , le tribunal du Châtelet , dont l'histoire sera peut-être nécessaii^à la parfaite instruction de cette affaire , cessât d'être en cause et rentrât dans une modeste obscurité. Je propose ( continue Mirabeau, en reprenant un accent plus doux) de décréter que le comité des recherches de l'Assemblée nationaleliti fera le rapport des charges qui concernent quelques-uns des représentans de la nation , s'il en existe dans la procédure remise par le Châtelet de Paris sur les événemensdes 5 et 6 octobre, h l'effet qu'il soit décrété s'il y a lieu à accusation. Voilà le seul décret qui soit réellement dans vos principes. » Il eût été plus sage de laisser passer la proposition de Mirabeau; elle était conforme au décret d'inviolabilité , rendu lors de l'arrestation de M. de Iiautrect , décret habilement calculé sur les événemens qui devaient suivre.
. C'est ici le moment de montrer comment ce décret fut amené , a&n de mieux faire sentir sa liaison avec l'accusation dirigée contre Mirabeau et contre le duc d'Orléans.
112 LITBE VU.
détenu dans les prisons de Toulouse , et s*y en*uuyant beaucoup. Ils embrassèrent avec chaten^ la proposition des révolutionnaires. Ua dëcrâ statua que nul député accusé par les tribunaux ne pourrait être arrêté ni mis en jugement , avant que l'Assemblée ^ sur le vu des pièces , eût prononcé s^il y avait ou s'il n'y avait pas lieu à accvtsation (i). La municipalité de Toulouse eut ordre de mettre Lautrect en liberté , et d'envoyer au c<h mité des rapports la procédure qu'elle avait commencée. C'était ce même décret d'inviolabilité qu'invoquait Mirabeau. Ses ennemis auraient dû voir que les circonstances étaient les mêmes : qno leurs efforts pour y substituer un décret qui remplit mieux leurs projets de vengeance , ne serviraient qu'à découvrir leur haine et leur injuste partialité. Mais les chefs de ce parti raisonnaient rarement , et plus rarement encore savaient prendre les mesures propres aux circonstances.
L'abbé Maury prétendit que l'Assemblée^ dans les deux décrets qu'elle avait rendus sur l'inviolabilité, s'était écartée des vrais principes de l'ordre public ; que c'était en matière civile , et non lorsqu'il s'agissait de délits^ que les députés, pendant la durée de leur mission, ne devaient être soumis à aucune action capable de porter atteinte à leur liberté; mais qu'en prononçant dans l'affaire de M. de Lautrect >
(i) a6 juin.
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les membres du corps législatif ne pouvaient être décrétés en matière criminelle, avant que le corps législatif eût lui-même décidé s'il y avait ou s'il n'y avait pas lieu à accusation ; c'était s'écarter des vérital^les principes de l'ordre social. «Car jamais l'honorable mission que le peuple a confiée à ses représentans n'a pu les mettre à l'abri des poursuites légitimes. Pourquoi voudraient-ils être hors de l'atteinte des lois^ dont le glaive est suspendu sur la tête de tous les citoyens ? Quelle face présenterait la France, si au milieu d'elle douze cents personnes refusaient de répondre à la loi ! D'ailleurs le décret relatif à M. de Lautrect ne pouvait être regardé comme un décret constitutionnel ; c'était un décret rendu dans une circonstance donnée. Tout le monde savait qu'en ce moment il s'agissait d'un crime de lèse-nation et de haute trahison ; ce serait compromettre l'honneur de l'Assemblée que de lui faire prendre pour deux de ses membres des précautions refusées aux autres citoyens. »
Pétionrs' étonna de l'éclat que l'on donnait à une affaire que le public croyait assoupie, et surtout du moment dans lequel on la réveillait. Le décret sur M. de Lautrect était un décret constitutionnel , un décret général. « Il n'est pas un membre de cette Assemblée, reprit Casalès, qui, gémissant sur le sort d'un de ses collègues , victime d'une accusation évidemment injuste , ait pensé s^utoriser d'un décret •auquel ila concouruavec empressement, pour soustraire Il une loi les auteurs et les complices d'un at- II. '8
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tentât dëplorable qui a souillé la révolution ; atteihtat qui pèse sur la nation française et qui fera aon éternel déshonneur.» Ces derniers mots eicitèrent deviolens murmures. «Oui, continua Casalès, si les auteurs d'un forfait abominable, dont il n'est pas au pouvoir des hommes d'accorder le pardon , ne sont découverts et punis , que dira la France ? que dira l'Europe? L'asile de nos t^ois a été violé, les marches du trône ont été ensanglantées, ses défenseurs égorgés, d'infâmes assassins ont mis en péril les jours de la fille de Marie-Thérèse, de la reine des Français. • • » Les Français n'ont point dereine,erient avec fureur plusieurs Yoix...»Out, reprend Casalès, de la fille de Marie-Thérèse, de cette femme dont le nom survivra à ceux des infâmes conspirateurs du6 octobre. •• Ils étaient députés , ils étaient Français, ils étaient hommes , et ils se sont souillés de cet attentat ! Messieurs, si vous adoptez la motion deM* de Mirabeau, si vous déballez publiquement la pro* cédure , vous verrez disparaître les coupables ou les preuves ; le crime seul restera . . . Quel étraïf ge privilège s'arrogeraient les représentans de la nation I La loi frapperait sur toutes les têtes; et ils s'élèveraient au-dessus de la loi ! C'est donc an nom de la justice votre premier devoir, de l'honneur votre premier intérêt, de la liberté qui ne saurait exister si un seul citoyen n'est pas soumis à la loi, que je vous presse , que je vous conjure de renvoyer cette procédure au Châtelet, de lui enjoindre de la poursuivre et d'y mettre le courage qui doit
utRE vn. ii5
l'hdnorer et le rendre célèbre à jamiiis dan^ Vhis-* toire« »
' Gasalès ne répondait point a Fargument tiré de la parité du décret rendu en fareur de M. de Lau-^ trect avec celui que réclamait Mirabeau. Aussi Chapelier s'attàcha-t-il à démontrer l'identité dé ces deux décrets^ soutenant avec raison que les circons<« tances étaient les mêmes; que M. deliautrect était ^^lement accusé par la déposition de témoins ; que la parité des deux affaires , quant à la forme et à la marche de là procédure^ ne pouvait se contester. Après de longs et violens débats où la haine des deux partis éclata d'une manière scandaleuse ^ un décret prononça que le comité des rapports rendrait compte des charges qui concernaient les re» présentansde la nation impliqués dans la procédure du Châtelet ; qu'alors l'Assemblée déclarerait s^il y avait lieu à accusation.
Tout le monde prévit l'issue de cet implnident procès. La cour reconnut avec quelle légèreté on l'avait engagée à le poursuivre :]es ministres^ qui^ à l'aide de ce moyen | avaient cru parer les coups que les jacobins et les orléanistes s'apprêtaient à leur porter^ s'aperçurent qu'ils n'avaient fait que hâter l'instant de leur propre chute. Cependant, pour . affaiblir Timpression défavorable que pouvait produire dans le peuple la procédure du Châtelet, et aurtout le refus des pièces nécessaires à son com-« plément, une députation du comité des recherches de la ville de Paris vint exprimer à l'Assemblée ses
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sentimens sur les journées des 5 et 6 octobre (i). « Le seul coupable dans cette affaire , dit Brissot, c'est le Châtelet. L'historique de la procédure le prouve... Quelques mois après la dénonciation. dû procureur de la commune , le Châtelet solHcita lé comité des recherches de lui présenter une série dé faits additionnels. »
Le comité regardait ces faits plutôt comme dignesd'éloges que dignes d'une poursuite criminelle. Bientôt le bruit se répandit que le Châtelet n'était qu'un instrument de parti ; qu'il faisait le procès à la révolution et au peuple de Paris. La majorité des districts s'éleva contre le Châtelet. Alors le c<H mité des recherches déclara qu'il n'avait jamais de'^noncé ni entendu dénoncer d'autres faits que ceux qui s'étaient passés le matin du 6 octobre au château de Versailles. « Nous n'avons , ajouta Brissot ^ aucune pièce qui y soit relative ; il ne nous resti^ que des déclarations insignifiantes que nous au*
(i) Lé décret da 7 portait (pie « le comité des recherches de » la ville de Paris serait tenu de remettre , sans délai, entre k» » mains du procnrenr du roi da Ch&telet , pour servir autant » (pie de besoin à la poursuite de la procédure , tous les doco* » mens et pièces (pii pouvaient y être relatifs. » Ce iat par suite de cette disposition que le comité des recherches^ vint , le x(> août 9 prendre les ordres de l'Assemblée à ce sujet.,Le8 paroles citées par Ferrières sont rapportées différemment par Bertrand de MoUeville.
( Note des nouv, édit. )
rions livrées au Châtelet s'il nous les avait spéciliées. »
Cet .éclaircissement y quoique très-inexact ^ acHe- Ta de perdre le Châtelet dans l'opinion publique. Les révolutionnaires crièrent que ce tribunal était :vendu à la cour; qu'il était l'agent des ennemis de la révolution* Le peuple y qui ne lui pardonnait pas d'avoir absous Besenval^^ Àugeard^ Barentin^ le nomma y par mépris y la grande buanderie de la reine.
Il existait une scission sourde dans la majorité de l'Assemblée; scission qu'entretenaient les jalousies > et les prétentions des deux cl\ibs qui préparaient les décrets y le club dès jacobins et le club de 1789. Le club des jacobins devait son origine à quelques dé<* pûtes bretons^qui^ lorsque les états-généraux étaient i Versailles, se rassemblaient tous les jours afin de prendre une délibération uniforme y et d'agir selon les circonstances. Cette association devint bientôt plus nombreuse. Tous ceuï qui tenaient au parti démocratique se joignirent aux députés bretons. Là, on décidait la nomination des présidons et des secrétaires , on donnait l'exclusion au}( députés qui n'étaient pas dans les principes , on préparait les décrets , on convenait des intrigues à suivre , des correspondances à entretenir. L'assemblée s'étant rendue à Paris , le club breton loua une salle aux jacobins de la rue Saint-Honoré, et continua de s'assembler sous le nom de club des amis de la cons-
Il8 U¥RB VII.
titntionr(i). Le club breton^ jusqu'alors, ïi'aTîaHété composé que de députés : on y admit des mmnbrai de la commune et des districts. Les rérolutioiiiiairessentant le grand avantage qu'ils pouvaient tirer de cet établissement pour dominer à la fois Parôi l'Assemblée , et pour étendre leur influence sûr les provinces , ne se bornèrent pas à quelques m'emhres des autorités constituées ; ils reçurent tous ceux qui se présentèrent, n'exigeant d'autre titre qu'une sour mission aveugle à la volonté des chefs , et un entier dévouementaux principes révolutionnaires.Le nou? veau club compta bientôt plus dé douze cents mem^ br(3s , parmi lesquels plusieurs journalistes, tous les agens de la faction d'Orléans , et une foîile d'étran^ «gérs chassés de leur patrie , gens sans moralité, peur qui les révolutions sont un patrimoine.
Le club des jacobins , imitant les nations trop populeuses de l'antiquité , envoya des colonies dans les principales villes du royaume , et forma à Paris
des affiliations Les deux Lameth et Barnave
gouvernaient le club des jacobins. Robespierre, Pétion, Antoine, Salle, Dumets, tous chefs de bande, mais réunis aux mêmes intérêts, et agis* sant de concert , souffraient impatiemment le joug impérieux des Lameth , jalousaient la popularité de Barnave , épiaient Toccasion de la lui enlever.
(i) Ce club commença ses séances à Paris, le 6 octobre 1789. (Note des noup.édie.}
UYRB ¥U. 1 19
. Le dnb de 89, ainsi nommé de l'année de sa fon* dation (i), était composé des députés qui voulaient une constitution monarchique mixte , telle à peu près que celle que proposait le comité de constitua» tton de l'Assemblée. Leurs efforts ne tendaient qu'à rétaUissement de cette constitution f qu'à la garan* tir des entreprises de la coulb^ des attaques des nobles et des prêtres. Us espéraient que Louis XYI , né sans ambition , content des avantagies que lui réservait le nouveau gouvernement > habitué à n'a* Toir que l'ombre de la royauté, à être mené par la reine et par ses ministres , se réunirait à eux et adopterait de bonne foi la constitution. Cet espoir était fondé sur le caractère connu de Louis XYI : aussi les clubistes de 89 n'attribuaient-ils point à ce prince tes obstacles qu'ils éprouvaient, et ils avaient raison* Louis XVI, abandonné à lui-même, se serait soumis aux circonstances* Ce sentiment, quoique commun à la plus grande partie des membres du club de 89, n'était pas toutefois général. Quelques-uns auraient préféré la république ; mais la crainte que la chute de Louis XVI, au lieu d'une république, n'amenât l'anarchie ou le duc d'Orléans, Les tenait attachés à la monarchie constitutionnelle.
. LaFayette, Bailly, Rœderer, Dupont de Nemours, Chapelier, le duc de la Rochefoucault, Sieyes, chefs du club de 89, étaient originairement membres du
(i) Ce dnb ne s'ourrit pourtant qne le la avril 1790.
( Note des mmv» édit. )
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club des jacobins. Fatigués dii bruyant des séanoesi de la déraison des orateurs, de la nécessite d'obtenir et de captiver la faveur populaire, nécessité qui force rhonnéte homme de dissimuler sa pensée, et, s'il veut commander, d'obéir d'abord à tous les ca^ prices d'une multitude ignorante et grossière, ils cessèrent peu à peu d'assister aux séances des jac<H bins, et vinrent s'étaler pompeusement au Palais- Royal dans un appartement superbe , et avec tout le fracas propre à attirer et à frapper la multitude. Le club de Sg eut aussi lui un grand nombre d'auxiliaires , des philosophes > des académiciens , des financiers, des capitalistes, des hommes de let< très, Condorcet, M armontel, Champfort, Clavières, Durovray j il comptait parmi ses membres les principaux mepeurs des comités et les hommes les plus marquans de la majorité de l' Assemblée*. .. On y discutait ainsi qu'aux jacobins des matières {>olitiques ; mais on les discutait avec décence : de plus on y donnait d'excellens dîners ; on y lisait les papiers publics.... Au reste , on y ambitionnait tout comme aux jacobins la faveur populaire , et l'on y employait pour l'obtenir, tout comme aux jacobins, les adresses et les députations : car on cherchait aussi à tromper le peuple, à lui persuader que l'on était uniquement occupé de l'amour du bien pu« blic , lorsque l'on n'était animé réellement que d'un esprit d'intérêt et de domination. Les vainqueurs de la Bastille venaient-ils féliciter les jacobins de leur énergie ; les dames de la Halle arrivaient au
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même momeût aa club de 89 , adressaient un beau compliment au génie de M. Bailly ; elles n'oubliaient pas le bon général La Fayette , le grand Mirabeau qui disait de si belles choses à l'Assemblée , ni M. Chapelier qui , sans cesser d'être bon Breton , était devenu bon Parisien.
Le comte de Mirabeau , haï^ mais craint et recherché des chefs des deux clubs , faisait pencher la balance pour l'un ou pour l'autre selon qu'il se réunissait aux jacobins ou* aux 89. Il ne possédait la confiance d'aucun des chefs ; mais ils l'employaient à faire passer leurs délibérations secrètes : car les jacobins et les 89 avaient un comité dans lequel se discutaient et s'arrêtaient les difFérens projets relatifs à la révolution , avant qu'on les portât à l'assemblée générale du club et qu'on les soumit ainsi, à l'opinion publique.
Les jacobins et les 89, quoique enneniis irréconciliables^ se réunissaient cependant dès qu'il s'agissait d'attaquer la noblesse , le clergé ou l'autorité Toyale. Us se réunissaient encore lorsqu'il fallait obtenir quelque décret populaire. Ils avaient un égal besoin d'une grande popularité. Il arrivait souvent que les jacobins proposaient une loi bien folle , bien contraire à l'utilité générale , mais dont les avantages^ prônés d'avance par les journalistes, de leur parti , étalent devenus parmi le peuple opinion dominante ; et cela' dans l'espoir que les dubistes de 89 combattraient la loi proposée , et que la résistance qu'ils y opposeraient leur ferait
123 UVRS TU.
perdreleurpopularitéJlenarrWaittoatautremeiit Les chefs du club de 89 , instruits des Tues secri»' tes des jacobins , aussi indifFérens qu'eux au Inen public, sacrifiant ainsi qu'eux sans remords à leur ambition particulière , quoique entièrentent peiv suadés que la loi proposée était nuisible , loin dâ la combattre enchérissaient encore de popularité sur les jacobins par des amendemens pliis acconH modes aux désirs de la multitude. La Fayette, qai sentait le tort que lui fabait cette dirision en parr t^geant entre lui et les Lameth la fareur populaire^ tenta quelques moyens de rapprochemens entre les deux clubs : mais il exigeait , pour prix de sa më* diation , que les jacobins se réunissent à lui dans toutes les motions qu'il présenterait à l'Âssemblëe, et s'engageassent à les faire passer. Les Lameth et Barnave n'eurent garde de consentir à un arrangement qui leur eût ôté toute leur prépondérance au club et à l'Assemblée, et les eût mis dans la dé* pendance de La Fayette.
U n'y avait donc à l'Assemblée nationale qu'à peu près trois cents membres véritablement hommes probes , exempts d'esprit de parti , étrangers à l'un et à l'autre club , voulant le bien , le voulant pour lui-*même indépendamment d'intérêt d'ordres,, de corps, toujours prêts à embrasser la proposition la plus juste et la plus utile , n'importe de qui elle vint et par qui elle fût appuyée. Ce sont ces bornâmes dignes de l'honorable fonction à laquelle ils avaient été appelés, qui ont fait le peu de bonnes
ku8 «orties de l'Assemblée constituante ; ce sont ceu:K qui ont empêche tout le mal qu'elle n'a pas fait. Adoptant toujours ce qui était bon^ éloignant toujours ce qui était mauvais^ ils ont souvent donné la majorité à des délibérations qui^ sans eux ^ eussent été rejetées par un esprit de faction : ils ont soaveniffêpmissé des motions qui , sans eux , eussent été adoptées par un esprit d'intérêt.
Je ne saurais m'empécher à ce sujet de remarquer la conduite im politique des nobles et des évêques. Comme ils ne tendaient qu'à dissoudre l'Assemblée, qu'à jeter la défaveur sur ses opérations, loin de s'opposer aux mauvais décrets , ils étaient d'une indifférence à cet égard que l'on ne saurait concevoir. Ils sortaient de la salle lorsque le président posait la question , invitant les députés de leur parti à les suivre; ou bien s'ils demeuraient , ils leur criaient de ne point délibérer. Les clubistes , par cet abandon, devenus la majorité de l'Assemblée, décrétaient tout ce qu'ils voulaient. Les évêques et les nobles , croyant fermement que le nouvel ordre de choses ne subsisterait pas , hâtaient avec une sorte d'impatience, dans l'espoir d'en avancer la chute, et la ruine de la monarchie ^ et leur propre ruine. A cette conduite insensée , ils joignaient une insouciance insultante, et pour l'Assemblée, et pour le peuple qui assistait aux séances. Ils n'écoutaient point, riaient^ parlaient haut^ confirmant ainsi le peuple dans l'opinion peu favorable qu'il avait conçue d'eux ; et au lieu de travailler à regagner sa con-
fiance et son estime y ils ne travaillaieatqu'à acqné*' rir sa haine et son mépris. Toutes ces. sottises .Te-i liaient de ce que les évêques et les nobles ne pour vaient se persuader que la reTolution était faite de-; puis long-temps dans l'opinion et dans le cœur de tous les Français. Us s'imaginaient , à l'aide de cet faibles digues , contenir un torrent qui grossissait chaque jour. Us ne faisaient qu'aiponceler ses eaux^* qu'occasioner plus de ravages , s'entêtant avecojH* niâtreté à lancien régime, base de toutes leurs acr tions y de toutes leurs oppositions, mais dont persoA? ne ne voulait. Ils forçaient, par cette obstina tiaa maladroite , les révolutionnaires à étendre'Jieùr sys; tèmede révolution au-delà même du but qu'ils s'éb taient proposé. Les nobles et les évéqueis criaient alors à l'injustice , à la tyrannie. Ils parlaient d6 l'ancienneté et de la légitimité de leurs droits à des hommes qui avaient sapé la base de tous les droits. — Vos décrets sur les titulaires actuels des béné^ fices sont injustes , disait dans l'amertume de son cœur un ecclésiastique à Dionis du Séjour , coa* seiller au parlement de Paris et député révolutionnaire.— Eh ! qui vous dit qu'ils soient justes ? répondit froidement Dionis du Séjour.
Les constitutionnels (c'est ainsi que je nommerai dorénavant lesclubistes de 89) croyant avoir rallié, par le serment fédératif, Louis XVI et les Français à la constitution, voulurent arrêter le mouvement du peuple et mettre le frein de la loi à cette prétendue liberté qui n'était qu'une odieuse licence. Les
•désordres etFanarchiè des provinces, rinsurrection -et l'indiscipluie des troupes, avertissaient les constitutionnels que l'ordre social était menacé d'une «ntière dissolution y cpi'ils seraient bientôt eux-inê- «nés entraînés dans l'abîme avec leurs projets ambitieux et leurs espérances coupables. Mais les jacô-^ l>îns avaient aussi eux un but qu'ils voulaient atteindre, et continuaient d'agiter le peuple , assurant "qu'il était nécessaire de raviver l'esprit public, de soutenir l'opinion presque entièrement changée par lesîntri^es des malveillans. Les journalistes jacobins inondaient Paris et la France d'écrits incendiaires.ils parlaient sans cesse de complots, d'aristocrates, de ligues des puissances étrangères, d'invasions surle territoire français (i). lissemaientdans l'espritdu peuple des défiances sur le roi ^sui^ la réiné, sur les ministres. Malouet, Ciermont-Tonnerre, Virieu et quelques constitutionnels tentèrent d'arrêter ce; débordement de calomnies et d'atrocités : leurs efforts furent inutiles. Alors , ne pouvant opposer la loi à la licence, on opposa libelles à libelles. Les jour nalistes- se partagèrent .-jacobins, aristocrates , constitutionnels , eurent leurs écrivains. On vit un tas d'hommes sans mérite , sans connaissances , couverts d'opprobre, vendus à des factions désor-
(i) Ce fat le 26 juin 1792 que se déclara la première coalition contiaentale, et, que parut le manifeste du roi dé Prusse,
( Note des nouv, édiu )
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ganisatrices^ prôneursefrrontë8dtôscélët*at8 qidltt payaient y se créer une dictature à laquelle ils soibmirent le roi ^ l'Âssemblëe, chaque député ^ chaque citoyen. U ne resta plus à l'homme probe qu'à s^es^ yelopper la tête de son manteau , et à receroir, d silence, les coups empoisonnés de ces plumes Téoft* les. Camille-des-MoulinSy Brissot, Gorsas, Carra, Marat et d'autres, s'il est possible, plus vils encore, étaient les agens d'un comité d'insurrection que dir^ geaient les chefs des jacobins et des orléanistes* Voulaient-ils une émeute , on répandait des motions Tft* gués d'assassinat , et à l'aide de cinq ou six aSàdéê qui se dispersaient sans affectation parmi le peuple, 6b formait des rassemblemens d'une foule d'bomme» oisifs et crédules, auxquels venaient se joindre les sa* tellites du parti... Là, par des calomnies, pardesié* citsinfidèles, par l'intervention de quelque personnage illustre que l'on nommait,on séduisait aisément une populace ignorante que les écrits meurtriers des journalistes avaient rendue féroce. On lui cou* seillait le pillage et l'assassinat, comme le moyen d'arrêter les complots de ses ennemis... Tandis que les uns échauffaient les esprits , les distributeurs d'argent se promenaient au milieu des groupes. Rencontraient-ils un visage frappé d'une emprein*te de scélératesse, ils sondaient l'homme en lui demandant , Etes-vous sûr ? S'il répondait , un hom» me sûr, le distributeur donnait douze francs ; c'était un engagement de suivre l'impulsion des cbe& de l'émeufe. S'agissait-il de rassembler les bandes
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éparses; on annonçait quelque temps d'ayance qu'un tel jour il y aurait à Paris, ou dans une autre TiUe qu'on nommait, un grand désordre, desassas* suiats , un pillage important précédé d'une distribution manuelle aux gens sûrs et^aux chefs subalternes. Les vagabonds, les braconniers, les échap^ pés des galères , accouraient de trente à quarante lieues à la rille désignée. C'est ainsi que les jaco-^ bins et les orléanistes étaient parvenus à lever une armée nombreuse et redoutable de malfai*teurs, sans autre paie qu'un peu d'argent distribué et loin en loin , l'espoir du pillage et l'impunité du crime.
- Les révolutionnaires, ennuyés de Necker,lui don* Aaient tous les jours de ces désagrémens qui invi* tent un ministre sage à prévenir un renvoi honteux et à faire une retraite prudente. Necker, entretenu dans l'agréable pensée que le salut de la France et ht tranquillité de TEurope reposaient sur son existence ministérielle , bataillait contre le comité des finances. Peut-être qu'effrayé de l'abîme dans lequel il avait plongé le monarque , il se flattait encore de diriger les événemens : mais Necker, semblable à tous les charlatans dont la réputation est le fruit de rintrigue , connu et apprécié , n'avait recueilli de ses travaux que là haine des uns , le mépris des autres» et l'indifférence de la multitude.. .On voulait s'en débarrasser. Le vindicatif Camus l'accusa de faire passer de Targent à M. le comte dlÂrtois. Necker répondit à cette accusation par une longue
ia8 UTRE vu.
lettre (i). Il s y plaignait des assertions caloinnieu;^ ses répandues dans d'infâmes libelles, dont, jusqu'à ces derniers temps , il avait ignoré Thorrible puîsr sance. Il assurait qu'il était le plus anciea et le plus fidèle ami du peuple , que chaque jour daTantage péniblement attristé, voyant parle cours desdéli*-: bérationsquilétait inutile à la chose publique, que ses forces s'affaiblissaient sous le travail , les inquië^ tudes, les épreuves de tout genre, il aspirait à trou-^ ver le repos , et à s'éloigner pour toujours du inonde et des affaires ; qu'il désirait connaître prompte^ ment si d'aucune part on avait des reproches à loi faire, certain qu'il était de ne s'être jamais distrait un moment du bien public et de la rigide ohserration de ses devoirs; qu'il ne craignait point d'êtrci appelé à toutes les preuves que les représeatans da la nation jugeraient nécessaires.
Les protestations de Necker ne lui rendirent point sa popularité. Une fois perdue , elle ne se retrouva plus. Et puis, disait-on, est-ce à Necker àseplainr dre des libelles et du changement de l'opinion publique ? N'est-ce pas Necker qui le premier en a appelé à cette même opinion publique , qui le premier a employé ses gagistes à la séduire ? Comment ose^ t-il reprocher aux révolutionnaires de se servir, pour l'éloigner du ministère , des mêmes moyens dont il s'est servi pour éloigner Galonné, Brienne, Lamoi-
(i) Le i« août.
gaon > pour faire admettre la double représentation du tiers y pour forcer Louis XVI à le rappeler le i4 juillet?
' L'état des finances devenait de jour en jour plus alarmant ; les impôts ne se payaient point ; le défi-^ cit augmentait dans une progression effrayante : il fallait de grands et de prompts moyens de subvenir aux dépenses et de ramener le crédit public. Le comité des finances proposa de rembourser la dette publique en créant igoo millions d'assignats-mon-» naie. Necker saisit cette occasion de se venger de Camus et^u comité des finances. Il adressa un long Mémoire à l'Assemblée (i). Il croyait^ disait-il ^ remplir un devoir envers l'État, envers l'Assemblée elle-même, en se pressant de déclarer qu'il n'avait donné aucun assentiment au plan du comité; qu'il le regardait comme infiniment dangereux ; qu'ignorantles différentes propositionsque l'on avait faites, il n'avait dTautre but, en ce moment, que d'opposer une première résistance à celle de ces propositions qui le frappait le plus et lui paraissait la plus désastreuse; mais qu'il n'en connaissait aucune qui ne fût préférable à un genre de ressource qui séduirait peut-être par sa simplicité, si cette simplicité n'était pas le renversement violent de tous les obstacles*
L'Assemblée écouta le Mémoire de Necker avec
(i) Lci7 août.
l5o LIVBE Ttl.
une impatieuce marquée. Elle ne daigna pas même le renvoyer à soa comité des finances. Cependant Necker avait raison : ce n'était pas tant d'après l'effet salutaire du moment que l'on devait juger les assignats i que d'après l'effet qu'ils auraient néces* sairement dans la suite de la révolution. Le système des emprunts , inventé par Necker, en donnant au roi et aux ministres la facilité de fournir aux folles dépenses de la cour^ avait causé un déficit considë-^ rable. Quelle conséquence plus désastreuse n'aurait pas un papier-monnaie que l'on pouvait augmenter à volonté, surtout lorsqu'il fallait, pour réussir dan9 ses projets , contenter toutes les ambitions , assour ▼ir toutes les cupidités; qu'au lieu d'un petit nomt bre d'hommes de la cour qui se partageaient les re^ < liefs des revenus publics, on appelait tous les escrocs^^ tous les agioteurs, tous les hommes perdus dedettes, à un pillage systématique de la France ! Mais les ré^ ▼olutionnaires se regardaient en état de guerre avec l'ancien gouvernement, et s'occupaient moins des inconvéniena de la chose que de l'immensité d'es ressources qu'elle leur fournissait; s'apercevant que ni les humiliations, ni l'ennui le moins déguisé^ ne pouvaient déterminer Necker à quitter sa place^ ils eurentrecour$àuneémeute.Quelquesjacobins,renforcés d'hommes de la populace, se portèrent (i) autour de l'Assemblée et demandèrent à grands cris
(i) Le 2 septembre.
le renvoi des ministres (i ). . . • Une autre troupe courtotinvèstir les hôtels du vicomte de Latour-tdur-Pin et du comte de Saint-Priest. La Fayette, qui suivait de l'œil ce mouvement, envoya en hâte, à huit heu-^ Fcs du soir, avertir Necker du danger qui le mena-^ çait, etlexhorta à quitter son hôtel. Necker partit sur-le-champ et se rendit à sa maison de Saint-- Ouen. Cette arrivée nocturne et inattendue excita quelqueëniotion dans le village. Neckernese croyant pas en sâretë jugea prudent de s'éloigner davantage^ Il sortit à pied, erra jusqu'au matin dans la vallée de Montmorency. Cet événement le décida. N'ayant point la fermeté de foire tête à l'orage , il écrivit au président de l'Assemblée (2) que sa santé était depuis long-temps affaiblie par une suite continuelle de travaux , de peines et d'inquiétudes ; qu'il différait pourtant, d'un jour à l'autre^ d'exécuter le plan qu'il avait formé de profiter des restes de la belle saison et de se rendre aux eaux dont on lui avait donné le conseil absolu; que n'écoutant que son zèle et son dévouement, empressé de déférer au vœu que lui avait témoigné l'Assemblée , il commençait à se livrer à un travail extraordinaire sur l'état des finances; qu^un nouveau retour qu'il venait d'éprou* ver des maux q^i l'avaient mis en grand danger cet
(i) Il parait que cette émeute se rattachait à TafTaire de Nanci, dont il sera bientôt parlé.
( Note des nouu, édit, ) (a) Le 4 septembre.
l52 UVfŒ, VII.
hiver, et les inquie'tudes mortelles d'une femme aussi vertueuse que chère à son cœur, le décidaient 1 ^ à ne point tarder de suivre son plan de retraite en ' allant retrouver l'asile qu'il avait quitté pour seren- ^ dre aux ordres de l'Assemblée ; qu'elle approche* F rait, à cette époque, du terme de sa session , et qu'il ^ ^ serait hors d'état d'entreprendre une nouvelle car- { rière. Necker, après cet hommage à son éternel or- c gueil et au besoin toujours nouveau de parler de ^ lui, ajoutait qu'il avait remis, le 2 1 juillet^ lé comp- f te de recette et de la dépense du trésor public de- 1^ puis le i*' mai 1789 jusqu'au 1" mai 1790; que l'As* f semblée avait chargé son comité des finances d'exa- | miner ce compte; qu'à la vérité cet examen n'était pas fini, mais qu'il laissait en garantie de son administration sa maison de Paris et ses fonds aa trésor public consistant en deux millions quatre cent mille livres; qu'il demandait à retirer de cette somme quatre cent mille livres dont l'état de ses afifaires lui rendait la disposition nécessaire ; que les inimitiés, les injustices qu'il avait éprouvées, lui donnaientl'idéedelagarantiequ'il venait d'ôffîrir : mais quand il rapprochait cette pensée de sa conduite dans l'administration des finances, il lui était. permis de la réunir aux singularités qui avaient accompagné sa vie; qu'au reste, son état de souffrance, en ce moment, l'empêchait de mêler à cette lettre les sentimens divers qu'en cette circonstance il eût eu le désir et le besoin de répandre. L'Assemblée reçut l'annonce du départ deNecker
avec la plus humiliante indifférence. Il put juger dansfion voyage du peu de fond que Ton doit faire sur le peuple. Cet homme qui^ quelques mois auparavant, avaittraversë la France en triomphateur^ fvLt partout trailé en fugitif qui se dérobe à une responsabilité qu'il appréhende. La municipalité d'Arcis-sur-Aube le fit arrêter à son passage dans cette "ville , et manda ensuite à TAsseniblée que le peuple> pénétré du grand principe de la responsabilité des ministres, attendait ses ordres sur la conduite qu'il devait tenir à l'égard de Necker. Plusieurs députés proposèrent de remercier la municipalité d'Arcissur-Aube de sa vigilance. Un nommé Montpassant demanda que l'on défendit au ministre Necker de sortir du royaume. Enfin des hommes plus charitables obtinrent que l'on ordonnerait à la municipa- Jitéd'Arcis-sur-Aube de remettre Necker en liberlé; que l'on accompagnerait cet ordre d'une lettre propre à lui servir de passe-port et à assurer son voyage. « Je consens à la lettre , reprit d'un ton d'humeur le rancunier Camus ; mais que l'on se garde bien de complimenter l'ancien ministre sur son administration. » Ainsi disparut à jamais cet homme né pour le malheur de la France (i); s'il ne fut pas
(i) Des jugemensy au moins fort sévères ^ ont été portés sur M. Necker par la plupart des écrivains opposés à la révolution. Ferrières est de ce nombre y ainsi que Bertrand de Molleville. La fille de M. Necker, le célèbre auteur de CoAnne , a entrepris la défense d£ la mémoire de son père, dans un ou-
l54 LIVRE Vil.
un traître y il fut la dupe de la faction orléanique. Ronge d'ambition , bouffi d'orgueil , enivré du fade encens de ses gagistes ^ il se crut un vaste génie. Il voulut tout conduire^ tout gouverner; mais, n'ayant aucun véritable talent^ilf ut toujours horsdes temps^ des lieux y des circonstances^ et, pour me servir de l'exprçssion d'un homme d'esprit , portant un moulin à eau sur ses épaules , il s'occupait sans cesse à Regarder doii venait le vent. Heureux si , capable de remords, il expie dans un long et fructueux r&r pentir les maux affreux qu'il a accumules sur un peuple qui lui avait confie ses plus chers intérêtSi et sur un monarque aimant le bien, qu'il a égaré et séduit par ses mensongères promesses !
Le comte de Saint-Priest et les autres ministres, malgré la défaveur que leur montraient les révolur tiOnnaires, persistèrent à garder leurs places. Le départ de Necker était, pour le garde-des-sçeaux Champion et pour le ministre Saint-Priest , un nouveau motif de rester. Ils •espéraient se rendre les maîtres du conseil; comptant toujours sur une
vrage empreint de son rare talent. Un ancien membre de plusieurs assemblées législatives , M. Bailleul, a combattu à son tour, dans un écrit très -remarquable, quelques-unes des assertions de madame de Staël. Les lecteurs pourront consulter l'un et l'autre, et comparer leurs opinions à celle de Ferrières. On trouvesa encore dans les Éclaircissemens historiques des prochaines liyraisSns plusieurs jugemens sur ce ministre.
(^Note des nouv. édit.\
LITRE VU. ï55
prompte contre-révolution , ils voulaient se trouver là tout ëtablisafîn d'en recueillir les premiers fruits : un événement^ que chaque parti attribua au parti adverse^ vint augmenter la haine du peuple contre les ministres.
La même scission et la même diversité d'intërét qui existaient entre les classes privilégiées et les communes , existaient dans l'armée entre les soldats et les officiers. Les officiers , presque tous noblesi professaient hautement les principes les plus contraires à la révolution. Les soldats^ tous membres des communes^ avaient suivi l'impulsion générale. Ils demandaient aussi eux qu'on établit une égali<té de droits, que l'on écoutât leurs réclamations, .la plupart fondées. Ils reprochaient aux états-majors de s'approprier, par des marchés frauduleux, une partie de leur faible solde , de ne rendre aucun compte des masses, de chasser avec des cartouches infamantes les soldats les plus patriotes ; c'est ainsi que l'on appelait les plus turbulens et les plus insubordonnés. Ils ajoutaient que le ministre, sachant que la future organisation de l'armée allait lui enlever la nomination des places, s'empressait de les remplir, et en fermait ainsi l'entrée à ceux que les nouvelles lois y appelaient.
Ces murmures hasardés d'abord sourdement, bientôt publics par la protection ouverte des clubs, amenèrent une insurrection générale. Il s'établit dans chaque régiment un comité composé des soldats les plus révolutionnaii^es. Ces comités devin-
l56 LITRE, vu.
rentun foyer très-actif d'indiscipline et de révolte. On y délibe'rait des pétitions; le cabinet da minis* tre de la guerre était rempli de soldats qui venaient lui intimer fièrement la volonté de leurs commet? tans. Les soldats^ sous prétexte de se faire rendre compte des masses^ s'emparèrent des caisses militaires^ se les partagèrent, et, lorsqu'ils n'y trouvèrent pas l'argent qu'ils prétendirent leur être dû, ils forcèrent leurs officiers de souscrire des. engagemens de sommes qu'ils fixèrent d'une manière arbitraire. L'assemblée, instruite de ces désordres ^ ren* dit les décrets qu'elle jugea propres à les apaiser : mais les clubistes qui craignaient l'armée, et qui ne voyaient de sûreté que dans son entière désorganisation , empêchèrent l'exécution de ces décrets. L'esprit d'indiscipline et de révolte s'accrut de plus en plus. Un décret de l'Assemblée prescrivait un mode de compte de masses. Le régiment du roi ^ l'un des plus travaillés, parce qu'il était un de ceux que les jacobins redoutaient le plus, prétendit que les dispositions de ce décret ne pouvaient lui être appliquées. Il députa huit membres de son comité, qu'il chargea d' accuser le ministre de la guerre et de se concerter avec les jacobins. Le ministre fit arrêter les huit députés à leur arrivée à Paris. Les jacobins crièrent à la lettre de cachet, à la violation des droits de l'hom me : ils excitèrent la populace contre le ministre. l'Assemblée, sans paraître désapprouver sa conduite, craignant que la nouvelle de cette arrestation n'occasionàt un mouvement dangereux, fit
transférer aux la validés les huit soldats du régiment di% roi. Elle envoya à Nanci un aide-de-camp de La Fayette^ afin de prévenir les faux bruits que les jacobins ne manqueraient pas de répandre sur la ananière dont les choses s'étaient passées. Un nouvel incident rendit cette précaution nécessaire. Le roi avait chargé Malseigne, ancien commandant des i^arabiniers ^ de régler les comptes des trois régimens qui composaient la garnison de J^anci. Soit que Malseigne^ dur et impérieux, n'apportât pas à ..cette opération la douceur et lamodérationqu exigeaient les circonstances, soit que des émissaires secrets agissent sur les soldats , il s'éleva des difficultés dans les comptes du régiment suisse de Ghâteau- 'Vieux (i).MalseigRe refusa d'accorder une demande qui lui parut injuste. Ce refus irrita les soldats de Château-Vieux. Malseigne leur reproche, en termes très-forts, leur insubordination. Ils répondirent qu'il leur fallait de l'argent, et qu'ils voulaient del'argeut. Quelques-uns des plus mutins proposèrent de retenir Malseigne en otage jusqu'à ce qu'on leur eût rendu justice. Malseigne voulant prévenir le résultat d'une délibération qui allait dégénérer dans unerévolte ouverte, s'avança vers la grille qui fermait le quartier. Quatre grenadiers suisses la gardaient : ilslui présentèrent leurs baïonnettes, et refusèrent de le laisser sortir. Malseigne mit l'épée
(i) 26 août.
l58 LIVRE VII.
à la main , et ordonna aux quatre grenadiers de se retirer. Loin d'obéir^ ils menacèrent Malseigne^t^ joignant TeSet aux menaces^ Fattaquèrent tous les quatre à la fois. Malseigne para les coups qu'on lui portait, blessa deux grenadiers. Sou épëe s'ëtanl brisée dans ses mains, il saisit celle du prévôt général^ et, se faisant jour à travers cette soldatesque, il se rendit chez M. de Noue^ commandant de Nanci* La fermentation fut extrême dans toute la villes Le régiment du roi et celui de Mestre-de-camp prirent les armes. La populace se joignit à eux; tous se préparent à marcher au gouvernement. Les dispositions des révoltés n'étaient pas douteuses : ils s'emportaient avec fureur contre Malseigne. On l'avertit que sa vie était menacée, qu'il fallait sans perdre de temps quitter Nanci. Malseigne sortit sous l'escorte de quelques officiers, et prit le chemin de Lunéville. Dès que l'on eut appris l'évasion de Malseigne, cent cavaliers de Mestre-de-camp montèrent à cheval, et coururent à sa poursuite. Malseigne l'avait prévu. Arrivé à Lunéville, il fît monter à cheval un fort détachement de carabiniers, l'envoya sur la route de Nanci, avec ordre d'empêcher le détachement de Mestre-de-camp de venir jusqu'à Lunéville... Il s'engagea un léger combat entre les deux détachemens. Neuf cavaliers de Mestre-de-campfurent tués; le reste fut fait prisonnier. Cependant quelques fuyards vinrent annoncer la défaite du détachement envoyé à la poursuite de Malseigne. La garnison courut aux armes. Elle s'as-
uvRB VU. i59
sura d'abord de M. de Noue , commandant de la place I et de tous les officiers , et marcha vers Lunéville, résolue d'attaquer les carabiniers et d'avoir Malséigne mort ou vif. La garnison de Nancitrou-^ va les carabiniers ranges en bataille sur la place d'armes de Lunéville; on s'envoya des députés de part et d'autre. Les officiers n'étaient pour rien dans cespourparlers; tout se traitaitimraédiatement entre les soldats de la garnison de Nanci et les carabiniers. Le résultat de ces conférences fut que les carabiniers consentirent à livrer Malseigne, et se chargèrent même de le conduire à Nanci.
L'état de révolte où étaient les trois régimens exigeait de prompts remèdes./ L'Assemblée arrêta que le roi prendrait les mesures les plus efficaces pour rétablir l'ordre à Nanci, et pour assurer l'entière exécution de ses décrets. Le roi nomma Bouille (i) général de la petite armée que l'on destinait à soumettre les trois régimens rebelles. Bouille commandait à Metz; il assembla les troupes nécessaires à son expédition, et se mit en marche. L'approche de Bouille, à la tête d'un corps de troupes considérable, alarma les trois régimens; ils lui députèrent quelques soldats, qu'ils chî^rgèrent de faire des propositions de paix (2). Bouille réix)ndit * — - ■ ■ - . - -■■-■■-
(i) Les Mémoires de M. de Bouille font partie de cette collection. Le lecteur y trouvera le récit jcirconstancié de cet événement. ( Note des nouv, édlt, )
(^) Le 3o août. Le même jour, M. de Bouille avait fait
l40 UTRE VII.
quil ne traitait point avec des rebelles auxdecreb de rAssemblëe et aux ordres du roi ; que si dans deux heures M. de Malseigne et M. de Noue ne lui étaient pas rendus, et que les trois rëgimens ne fussent pas hors de la ville, reposes sur les ar* mes, il exécuterait le décret de l'Assemblée. Cette réponse consterna les corps administratifs de Nanci : ils appréhendaient avec raison les suites fâcheuses qu'entraînerait la résistance des trois rumens; ils leur firent les plus vives instances j>our les engager à se soumettre. Mais les trois régimens répondirent qu'ils étaient décidés à se défendre. Ils comptaient sur l'effet de plusieurs lettres circulaires adressées aux soldats de Bouille; lettres très-propres, par les maximes anarchiques qu'elles contenaient, à insurger son armée. Aussi se vantaient-ils hautement qu'une heure de temps suffirait pour la dissoudre^ Cette manœuvre n'eut pas le succès qu'en attendait la garnison de Nanci. Les soldats de Bouille, sourds aux insinuations perfides des émissaires chargés de les corrompre , reprochèrent aux soldats de la garnison qu'ils étaient des traîtres, des rebelles, et demandèrent à grands cris qu'on les menât au combat. L'armée continua sa marche. Bouilléreçut de nouveaux députés ; il leur fit la même réponse qu'il avait faite aux premiers : il exigea de plus qu'on lui livrât
parvenir une proclamation à Nanci, pour apaiser Tinsurrection.
( Note des nouv, éiiîi* )
quatre soldats de chaque re'gimei^t, qu'il enverrait, disait-il, à l'Assemblée nationale, et qu'elle jugerait elle-même.
Les soldats de la garnison étaient divisés : les uns voulaient obéir aux ordres de Bouille , les autres persistaient dans le dessein de se défendre. Ceux qui voulaient obéir mirent en liberté MM. de Noue et de Malseigne (i), et se disposèrent à se rendre au lieu que leur avait marqué M. de Bouille, tandis que les autres allèrent se porter à la porte Stanislas, avec une pièce de canon chargée à mitraille. M. de Bouille fît avancer son avant-garde composée en partie de gardes nationales de la villgde Metz. De nouveaux députés vinrent alors annoncer que les trois régimens partaient. Bouille changea son ordre de bataille, et marcha vers la prairie oii il avait donne ordre aux trois régimens de se rendre. Deux de ses officiers l'avertirent que l'on apercevait quelques mouvemens à la porte de Stainville.
Les Suisses de Château^Vieux, plus coupables que les autres, n'avaient point renoncé au projet de se défendre; la troupe ordinaire des brigands d'émeute s'était réunie à eux : ils étaient postés à la porte Stanislas. Les émissaires, voyant l'avant-garde de Bouille qui s'avançait sans défiance, crurent l'occasion favorable d'engager le combat ; ils tirèrent sur elle un coup de canon h mitraille. Cette attaque
(i) 3i août.
l42 LIVRE VII.
inattendue jeta d'abord quelque confusion dans les rangs de la garde nationale de Metz. Les volontaires se rallièrent bientôt, répondirent par un feu trèfi* T,if ; s'avançant ensuite au pas de charge^ ils enfon» cèrent les portes de la ville, tuèrent indistinctement tout ce qu'ils rencontrèrent dans les rues. Les re^ belles, chasse's de poste en poste, de maison en maison , ne présentèrent bientôt plus qu'une faible résistance. Le régiment du roi demanda le premier à capituler : on lui dit de se retirer dans son quar* tier. Bouille s'y rendit, reprocha aux soldats leuf désobéissance, et leur ordonna de prendre le chemin de Verdji^n. On envoya Château-Vieux à Mar* sal , Mestre-de-camp à Moyenvic.
La victoire de Bouille consterna les jacobins. Us n'eurent qu'un cri contre le général , contre Lo Fayette, contre les ministres. Cet exemple d'une insurrection réprimée par la force, et, ce qui les inquiétait le plus, ai^ecun accord auquel ils ne s'attendaient pas entre les troupes de ligne et les gardes nationales, allait donner de l'action au gouvernement. Le peuple reconnaîtrait la nécessité de se soumettre à la loi et d'obéir aux autorités qu'avait créées la constitution. Cependant, pour rassurer leurs partisans, et montrera leurs adversaires qpie> malgré cet échec, ils ne se tenaient pas vaincus ^ ils agitèrent avec tant de succès dans les faubourgs ^ que, le soir même que l'on reçut à Paris la nouvellç de la prise deNanci, ils trouvèrent le moyen d'ex-* citer un mouvement.
Quarante mille hommes et femmes se portèrent aux Tuileries; hurlèrent autour de l'Assemble'e U renvoi des ministres (i). Ce n'e'tait que le prétexte de ce rassemblement. Bientôt des motions plus in*»»' cendiairesse firent entendre. On parlait d'arrêter le ministre de la guerre, de mettre Bouille en ëtat d^accusation. Quelques orléanistes, profitant de la fermentation des esprits, crièrent : « Allons à Saint- Clond. M Le roi et la famille royale y étaient depuis cpielques jours. Il est probable que cette nouvelle journée du 6 octobre eût été plus décisive que celle de Tannée précédente. La Fayette et la garde nationale accoururent et dissipèrent aisément cet attroupement. Les jacobins étaient intérieurement atterres de leur défaite de Nanci. Ils se retirèrent donc sans oser rien entreprendre, remettant à une occasion plus favorable à se venger des ministres. Elle ne tarda pas à s'offrir. Les jacobins deBrest venaient d'exciter de nouveaux troubles dans cette ville; la municipalité les rejeta, selon l'usage, sur la malveillance des ministres. Menou ne manqua pas d'adopter ce sentiment dans le rapport qu'il fit de cette affaire : il demanda que le président allât, au nom de l'Assemblée, représenter au roi que la méfiance des peuples contre les ministres actuels portait les plus grands obstacles au rétablissement de l'ordre public^ à l'exécution des lois et à l'achèvement dp
(i) 2 septembre.
l44 LIVRE VII.
la constitution. « Ce n'est point, répondit Casalès; » dans Fintention de défendre les ministres que je » monte à cette tribune; je ne connais pas leur par- 1) sonne, je n'estime pas leur conduite. Si j'eusse pu » vaincre l'extrême répugnance qu'éprouve ûnga- » lant homme à attaquer des ministres sans consi- » dération et sans autorité , je me serais porté leuf » accusateur.
» Je les aurais accusés d'avoir trahi l'autoritéroya- » le dont ils sont dépositaires : c'est un crime de » lèse-nation j car cette autorité défend les peuples » dudespotisme des Assemblées nationales , comme » les Assemblées nationalesdéfendent les peuples du » despotisme des rois; j'aurais accu se votre fugitif » Necker de s'être constamment tenu derrière latoi- » le, quand son devoir l'appelait à jouer un rôle ho- »norableet périlleux; je l'aurais accusé de ne ps » vous avoir servi deguide dans les finances, cette » importante partie de l'administration publique: » parce que, dans la crise dangereuse où elles étaient, » il craignait de se compromettre, qu'il n'osait rien » prendre sur lui, et qu'au lieu des périls de la chose » publique, il calculait bassement les intérêts de son » ambition et desasûreté;je l'aurais accusé d'avoir » provoqué la révolution et de n'avoir pas osé la di- » riger , de n'avoir pris aucune des mesures néces- » saires pour prévenir oA atténuer les malheurs in- » séparables de toute irévolution, d'avoir toujours » dissimulé ses principes et déguisé sa conduite.
>» J'aurais accusé le ministi^e de la guerre d'avoir
u donné des congés à tous les officiers qui en ont ») demandé ; d'avoir souffert qu^ils quittassent leurs » régimens ; de n'avoir pas fait juger et noter d'in- M famie ceux qui abandonneraient leur poste parce » qu'il était difficile et dangereux^ et d'être par-là » la cause principale des insurrections qui ont » éclaté dans l'armée»
>) J'aurais accusé le ministredes provinces d'avoir
i> souffert que les ordres du roi fussent désobéis , de
» n'avoir pas déployé toute la force publique pour
» en procurer l'exécution, sauf à répondre, sur sa tê-
» te ^ de la légitimité de ses ordres ; je les aurais ac--
» cusés tous d'aLYoir donné au roi les plus lâches con^
M seils , de cette coupable nullité à laquelle ils se sont
>ï réduits ; nullité qui , lorsqu'il s'agit de la perte ou
M du salut de l'empire, est Iç plus grand des crimes :
» tout peut être excusé, hormis la lâche indifférence
M pour la chose publique. Les mesures les plus vio-
» lentes , les principes les plus exagérés , sont des
» suites de la faillibilité de l'esprit humain : les ac-
» tiens peuvent être atroces et les intentions pures.
» Mais comment excuser ces âmes froides et viles
» que n'échauffa jamais le saint amour de la patrie;
» ces âmes concentrées dans l'abjection du moi per-
» sonnel , s'isolant de la chose publique, parce que
» la chose publique est en danger ; gardant une hon-
» teuse neutralité quand les plus grands intérêts se
» balancent; qui se cachent lâchement lorsque les
» méchans s'agitent , et que des factieux hardis se
» saisissent du timon de l'État? Gomment excuser