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» des ministres, lorsqu'ayant la conscience de lear » lâcheté et de leur ineptie, ils s'obstinent à garder » des places qu'ils n'osent plus faire, et qu'ils ne se » condamnent pas au mépris et à l'obscurité qui » suit tout homme qui , ayant brigué et étant aro rivé, parle charlatanisme d'une fausse vertu, au » poste le plus important de l'administration , ren- » tre dans la vie privée au moment même que tout » bon citoyen doit en sortir, et faire à sa patrie le » sacrifice de tout son être ?
» Fendant les longues convulsions dont l'An- » gleterre fut agitée sous le règne de l'infortuné » Charles I**. , StrafFort , ministre dont les talens » égalaient les vertus, périt sur un échafaud; » mais l'Angleterre pleura sur sa tombe ; mais » l'Europe entière honpra sa mémoire; mais son » nom est un objet de culte pour tous les sujets de » l'empire britannique. Tel est le modèle que doit JD se proposer celui que , dans les temps difficiles , » la confiance de son roi appelle au maniement » des affaires. StrafFort mourut. N'est-il pas mort » aussi ce Necker qui naguère a déserté lâchement » la chose publique, l'abandonnant aux dangers » que lui-même avait suscités ? son nom n'est*il » pas effacé de la liste des vivans ? n'éprouve-t-il » pas l'affreux supplice de se survivre à lui-même, » de se voir dévoué d'avance au mépris des géné- » rations futures ? Quant aux serviles compagnons » de son ministère, à ces hommes qui sont l'objet » de nos délibérations, on peut leur appliquer le vers
H de l'Ârioste : Ils marchent encore . maïs ils sont » morts. »
Gasalès soutint ensuite que la proposition de dë^ clarer au roi que les ministres avaient perdu la con- ; fiance du peuple français attaquait ses principes constitutionnels ; que la libertë était fondée sur le partage des pouvoirs et sur leur entière indépendance; que c'était rAssemblée elle-même qui avait désigné au roi les ministres actuels ; que l'on n'accusait ces ministres d'aucun délit capable de motiver Texclusion qu'on voulait leur donner; qu« toute accusation vague était une invention de tyran; que partout où Ton pouvait en faire de semblables ^ il n'existait plûs^ suivant l'expression de Montesquieu^ qu'une république non libre ; qu^une pareille entreprise contre la prérogative royale^ aurait les conséquences les plus funestes ; que déjà Ton répandait parmi le peuplé que le projet de l'Assemblée était d'enlever à l'autorité royale le peu de force qui lui restait ; qu'un tel projet était loin ^ sans doute ^ du vœu de l'Assemblée , mais que le dessein de forcer le roi d'éloigner ses ministres semblait l'annoncer et y conduire ; que si l'Assemblée l'adoptait ^ il ne restait plus aux vrais amis de la monarchie qu'à se ranger autour du trône ^ et à s'ensevelir sous ses ruines.
La plupart des députés sentirent la justesse et la vérité des observations de Casalès , et , malgré les vociférations des jacobins, la motion de Menou fut rejetée. Mais les révolutionnaires haïssaient trop
l46 LIVRE Vil.
M .de St.-Priest; ils étaient loin de regardai^ laques* tion comme décidée. Dès le lendemain, Menou essaya de revenir sur le décret qu'on avait rendu j il se plaignit que le souffle empoisonné de l'influence ministérielle se fût fait sentir dans le sanctuaire des fondateurs dé la liberté. Les tribunes applaudirent : les évêqueset les nobles murmurèrent, a Ne vous fâchez pas , M essieui^S', répondit plaisamment .-j Goupillau; quand on parle-des fondateurs de la liberté, ce n'est pas à vous qu'on s'adresse. » Cette nouvelle tentative n'ayant pas réussi, les révolutionnaires eurent recours aux pétitions. La commune de Paris vint à la barre demander le renvoi des^ihinistres. Danton les accusa tous, et finit en disant : « On objecte que nous ne vous apportons pas les preuves légales des imputations que nous faisons aux ministres ; la nation n'a-t-elle pas le droh qu'a tout individu de dire aux mandataires qu'elle soupçonne d'infidélité : Vous êtes indignes de toute confiance, par cela seul que vous vous obstinez à rester dépositaires de mes intérêts pendant l'instruction d'un procès que je vous intente.... Nous vous en conjurons , Messieurs , écartez du roi ses plus dangereux ennemis, puisqu'ils sont ceux de la nation; il applaudira lui-même à l'éloignement d'homnàes qui ont vu ses partisans les plus acharnés n'entreprendre leur défense qu'en commençant par professer la mésestime que leur inspirent leurs personnes. » C'était moins pour conserver les ministres actuels que pour conserver au roi la prérogative
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essentielle h la monarchie , de prendre et de ren*- Yoyer à son grë ses ministres , que tous les députés attachés aux principes avaient rejeté la motion de Menou. Aussi les ministres voyant qu'ils lutteraient vainement contre les jacobins ^ ^e leur opiniâtreté à garder leurs places deviendrait une occasion sàHs cesse renaissante d'émeute^ et compromettrait la tranquillité du roi , donnèrent successivement leur démission, contons du petit avantage qu'ils venaient de remporter, ^t qu'on ne pût pas dire que l'Assemblée les eût chassés.
Rapport dé ChàlM*ôud fttti* Taffaité dtt 6 octobre. — Défefise de' Mirabeau. *^Négc>ciationâ à la cour de Rome pour la cotu^ titution civile du clergé. -^ Intrigues. — Décret qui ordtm-: ' ne aux eedésiastiques de prêter le serment constitutionnel. — Manœuvres des deux partis» — Fermeture des clubs monarchiques.
La. grande affaire des 5 et 6 octobre e'taît à l'ordre du jour. L'impression et la publication de la procédure avait levé un coin du voile qui couvrait cet odieux mystère. Chabroud , chargé du rapport, s'en acquittaavec beaucoup d'adresse (i) ; il présenta les faits dans le jour le plus propre à les atténuer, s'étendit sur les vues coupables des ennemis de la révolution, sur les deux repas donnés par les gardesdu-corps , sur le projette conduire le roi à Metz; il analysa toutes les dispositions , feignant d'y chercher les preuves d'un complot contre les jours du roi et de la reine : mais voyant s'évanouir à chaque pas cette chimérique accusation, alors, semblable à l'homme qui est parvenu à résoudre un problème difficile^ il s'écrie avec un sentiment factice de joie : « Les inquiétudes de mon imagination sont calmées. » Il n'y a point de complot. Nos collègues ne sont
(i) 3o septembre 1790. Ce rapport occupa detix séances.
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M peint coupables. Tout s'aplanit. Je vols le peuple k » manquantdepainaccouriràVersailles^etydansses M alarmes^ regarder la présence du roi à Paris com- D me le terme de tous ses maux... Messieurs, deux >} témoins affirmatifs^clairs^uniformes^avaientchar' » gé M. de Toulouse-Lautrec; les juges du Ghâtelet » Tàuraient décrète sans doute, mais la calomnie >i ne soutint pas vos regards ; M. de Toulouse fut ab- » sous : ce que vous avez fait alors , vous le ferez auw jourd'hui. Je vais plus loin, Messieurs; non-seu- » lement il n'existe pas de complot , mais au milieu » decette foule da faitsobscurs, contradictoires, qui » forment le fond de cette étonnante procédure, je » crois avoir aperçu le moyen d'arriver à la vérité, w La grande révolution que vous avez entreprise » promet des heureux, mais elle fait des mécontens. H Des attaques ouvertes ont échoué, mille mesures » sourdes ont été employées , la constitution s élève » au milieu de la rage impuissante d'une faction w toujours vaincue et toujours révoltée; cette procé- M dure n'en serait-elle pas une production nouvelle? » cette faction n'y a-t-elle pas laissé des traits mar- >) qués du ressentiment qui l'anime ? Si j'avais ap- » partenu à une faction antipatriotique, si j^avais été » appelé à concerter l'enlèvement du roi et la guerre » civile, j'aurais provoqué des distributions de co- » cardes odieuses, j'aurais suscité des inquiétudes » sur les subsistances, j'aurais semé des bruits alar- » mans, et je me serais dit : C'est au milieu du trou- » ble qu'il sera aisé de tromper le roi , de l'enlever,
l5a LIVRE VIII. *
» de'toufier la liberté dans des flots de sang,;. » sieurs I j'articule des conjectures » je les opj » d autresconjectures. Mais l'information elle-mêm?^ )} n'est-elle pas un complot ? Voyez comme les atro* » cités qu'on dépose sont vagues^ comme la ealofJlK.. » nie se replie , cliange de face ; voyez les noms at7 » taqués et choisis sur la liste des amis de là bUbrië » et des citoyens chers au peuple. Ici la quereile ' » de la constitution ne se. déguise pas , elle est ou- » verte , déclarée ) on veut que l'acceptation du roi » soit imputée à l'empire des circonstances. Nos dé- » tracteurs insensés ont-ils pensé que cette déclara- » tion des droits, évangile immortel de la raison et » delà nature, devait , comme les transactions de » l'intérêt, dépendre de quelques formes et dequel- » ques volontés? Messieurs, je n'ajoute rien, mon » irrésolution est fixée. Je suis ramené à ces termes .» simples où un seul point éclairci donne l'explica- » tion de tous. Il me semble qu'enlacement par en- » lacement j'ai défait le noeud gordien. Je ne vois » plus qu'une conspiration , celle qui a été ourdie » contre la constitution. Oui , une ligue s'est formée » sur les débris de l'ancien régime pour tenter le i) renversement du régime nouveau ; elle a dit : La » force est unie contre nous à la justice j nous avons » développé d'inutiles efforts ; ployons pour nous re«- » lever, opposons. l'intrigue h la force et l'artifice à » la justice. Agissant ensuite dans l'ombre, elle a » marqué un but dont elle ne s'écarte pas ; elle \> a substitué à une inesure une mesure nouvelle^ et
, ^"^ UVRE VIII. ï55
ibnt^rt est de se reproduire sous toutes les formes; [e avait appelé cette armée qui, au mois de juillet, devait envahir Paris et la liberté naissante ; » elle a suscité, commenté, elle a nourri cette pro- , #cédttre monstrueuse, cette guerre de greffe, (pas- » sezr-otoi l'expression) dont le prétexte n'a pu déro- »bei^à nos yeux la prétention secrète. Messieurs , - » je m'abuse peut-être; mais partout je vois son in- » fluence; je l'accuse de la tiédeur dans laquelle le » patriotisme semble s'engourdir, de cette sécurité » dangereuse qui a pris la place d'une sage et néces- » saire réserve; je l'accuse des nuages qui ont obscur- »ci les jours purs où les bons citoyens n'avaient » qu'une ame et ne formaient qu'unvœu; je l'accuse * » des vains démêlés de cette milice généreuse qui, » de la capitale , donna à tout l'empire un si noble >i exemple, démêlés qui exposent le fruit de ses tra- » vaux ; je 1 accuse de l'inconcevable illusion dont w nous sommes frappé? , et d'où germe , entre les » vrais serviteurs de la liberté, cette défiance qu'ils » devraient garder pour ses ennemis; je l'accuse de » la division cruelle qui se propage entre nous et }) dans le sein de l'Assemblée nationale , alors même » que la liberté est l'objet commun de notre culte, » comme si les dogmes de cette religion, étaient à la » merci des tristes disputes qu'enfantent les sectes. » Ainsi, on nous égare pour nous surprendre , on » nous divise pour nous vaincre ; et lorsque nous » avons échappé à une embûche, d'autres embûches » plus dangereuses sont dressées où nous sommes
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» attendoSy où nous semblons courir nous-mémi D et quant au!x malheurs du 6 octobre (car il » enfin ne plus voir qu'horribles malheurs danscettê^ » journée fatale)^ nous les livrerons à l'histoire édai- )) rëe pour Tinstruction des races futures : le tableau » fidèle qu'elle en conservera fournira une utile » leçon aux rois, aux courtisans et aux peupleà. n
Les aristocrates avaient écoute avec beaucoup d'impatiencelerapportdeChabroud. L'abbé Maury représenta (i ) que l'Assemblée n'était point appelée à juger le fond d'un procès ; que sans exercer le plus exécrable despotisme^ sansvioler les principes communs à toutes les nations policées , sans usurper tous les pouvoirs , elle ne pouvait soustraire, par un décret du Corps législatif , les représentans de la nation aux décrets des tribunaux, et consacrer ainsi un privilège en matière criminelle, w M, lerap^ » porteur nous a dit que la procédure du Châtelet » était dirigée contre la révolution ; je sais combien » ces mots parasites de révolution, de constitution, » de liberté, de patriote , d'ami du peuple, ont de M faveur dans cette Assemblée. Four moi, qui n'as- » pire point à l'honneur d'exciter les transports des n habitués qui viennent ici distribuer la gloire, je M demande qfion me définisse enfin le mot rëvolu- » tion, je demande s'il est dans le sens de la revolu- H tion de souiller, par des crimes dignes des canni-
(i) Le lendemain 2 octobre.
uvKE vni. i55
I f>ales f le palais de nos rois , de massacrer la perpîsonne sacrée du monarque , d'assassiner son auguste compagne ^ d'armer contre cette princesse n une légion de tigres; je demande si la réi^olution » a pu être un titre d'impunité pour les plus grands » crimes; si elle a pu autoriser un vil amas de bri- A gandai méditer^ à concerter les plus noirs forfaits M. contre l'Assemblée nationale et contre le trône ; je M demande enfin si l'on regarde comme ennemis de » la révolution tous ceux qui sont profondément D révoltés, des attentats de Versailles. Dans cette M supposition» Messieurs^ je déclare\que je me mets »à leur tête. Non, ce n'est plus d'une révolution, «c'est d'une révolte qu'il s'agit, d'une révolte » contre la constitution elle-même , d'un véritable n régicide : c'est déshonorer la chaîne de nos dé- » crets que d'en suspendre honteusement le pre« » mier anneau au poignard des assassins.
n J'ai lu attentivement la procédure du Ghâtelet^ »et je déclare qu'il m'est démontré, comme à tous » les esprits qui ne sont pas prévenus, que les for- » faits de Versailles ont été le i;ésultat d'une vérita- » ble conspiration. Un seul fait suffît pour donner à » mon assertion la plus incontestable évidence. Il » est prouvé , par les dépositions unanimes d'une X) foule de témoins , que , parmi cette multitude >» de brigands dont le seul souvenir nous fait encore » frissonner d'horreur, il y avait un très-grand » nombre d'hommes déguisés en femmes. Or, quand >i le peuple vient seulement demander du pain à
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»son roi^ il n'est pas en insurrection^ il ne sej » masque pas de peur d'être reconnu : tout traves- » tissement suppose un projet , le besoin de se ca- »cher; et par conséquent c'est le caractère d'un » complot destiné à commettre tous les crimes. .
» Je pourrais m'en tenir à cette seule obseryation » pour conyaincre les bons esprits ; mais à qui per* » suadera-t-on sérieusement que l'unité du déporta » la même heure y l'ensemble de dix mille personnes » qui se rendent au même lieu , qui tiennent le » même langage , qui portent les mêmes armes ^ qui » annoncent sur la route^ la veille de cette journée à » jamais déplorable^ qu'ils ne sont pas pressés dW » river à Versailles , parce que le rendez-vous n'est » fixé qu'au lendemain six heures du matin ; qui en » arrivant font entendre les mêmes menaces; qui se » mêlent avec des soldats subornés le même jour ; » qui attendent avec la patience du crime^ pendant » une nuit entière , le signal des massacres ; qui , à » l'heure annoncée d'avance , se réunissent au » même point et forcent les barrières environnant » le palais du roi ; qui font retentir les cris d'impré- » cations et de blasphèmes contre la majesté royale; » qui égorgent la garde fidèle de nos rois ; qui en- » trent jusque dans l'appartement de la reine, et qui, » en souillant par l'effusion du sang cette enceinte » sacrée, ne regardent ces premiers crimes que com- » me le prélude d'un crime plus grand encore des- »tiné à déshonorer à jamais la nation. A qui per- » suadera-t-on qu'un pareil accord ne suppose pas
^ tITRE Vin. i5j
» un complot? Âh ! le hasard n'accumule pas des
^ ji traits si atroces et surtout si méthodiques. Il faut
fr » fermer les yeux à la lumière du soleil pour ne
w pas voir, dans ces excès de scélératesse , préparés ,
» annoncés, combinés, tous les caractères de la plus
» infâme conspiration ; et lorsque nous fûmes té-
» moins de ces scènes d'horreur, nul de nous ne
» douta qu'il n'y eût un plan , des chefs , des instru-
» mens , aii milieu d'une multitude qui obéissait,
^ » sans le savoir, à des impulsions étrangères. Oui ,
>) il y avait une conspiration manifeste contre le roi;
» on voulait l'intimider, on voulait l'éloigner , on
w'voulait le remplacer par un régent, on voulait
» même probablement l'assassiner, et l'on consentit
» par capitulation à attenter à la liberté du chef su-
» préme de l'empire , en le traînant à main armée
» dans la capitale. La conspiration contre la reine est
» encore plus évidente. Le sang a coulé dans ses ap-
» partemens; ses gardes ont été massacrés à sa por-
M te. L'auguste fille des Césars , la digne fille de Ma-
» rie-Thérèse , cette princesse que l'Europe entière
» admire, et qui doit tant de gloire à ses malheurs,
» n'échappa au fer des assassins qu'en s'évadant en
» chemise, à six heures du matin, pour attendre
» la mort au côté du roi. Que Ton ose contester les
» faits , ou que l'on reconnaisse enfin les horribles
}} combinaisons d'un complot digne d'être tramé
» dans le fond des enfers. Si l'on méconnaît encore
» les dangers dont ces têtes précieuses n'ont été sau-
» véesque par une protection particulière de la Pro-
i58 tivRE vin.
» vidence qai veille sur la destinée de cet empire^ » il faut méconnaître le service immortel que reh-* » dirent à la nation , dans ce moment de deuil et de » carnage y les braves grenadiers de la garde natio* » nale de Paris. Ces citoyens soldats vinrent s'empa- »rer de Fantichambre du roi pour en défendre » Faccès aux assassins des gardes-du-corps. Je crois » entendre^ dans ce moment ^ la voix publique de » tous les bons Français^ qui les bénissait comme » les sauveurs du royaume. Nous disions tous , en ' )) versant des larmes , que si la garde nationale » avait défendu la liberté contre la tyrannie , elle » avait su défendre le trône contre les brigands. » Messieurs , donnez aujourd'hui un démenti for^ » mel à notre reconnaissance ; imposez silence à » notre admiration patriotique^ si vous refusez de » reconnaître un si mémorable service^ si vous » prétendez qu'une si glorieuse défense n'est pas » une preuve invincible de la conjuration.
» Mais en venant de démontrer^ selon moi, qu'il » a existé un complot , j'avoue avec franchise que » rinformation ne présente aucun fait grave contre » M. de Mirabeau; queje n'y vois rien qui ait pu faire » naître aux juges du Châtelet l'idée de le décréter. » Je consens volontiers qu'il sorte de la procédure, » puisque les lecteurs l'ont absous avant les juges. )) Mes conclusions ne peuvent pas être si favorables » à M. le duc d'Orléans. Je ne prétends ni préjuger, » ni entacher ce prince ; mais il est trop gravement )} accusé potir ne pas lui-même ambitionner tin
iivtiE tiii. iSg
H prompt jugement. S'il était coupable , il ne pour- D rait nous inspirer aucun intérêt; s'il est innocent^ M il doit obtenir justice contre ses calomniateurs* D Sans rappeler les indices et les griefs qui ont pré- JD cédé la journée du 6 octobre , je vois , dans la pro* » cédure , que M, d'Orléans est accusé de s'être pro- » mené en habit peu décent au milieu de cette bande » d'assassins ; de leur avoir souri dans un moment » où ses regards auraient dû les renverser; de leur
^n avoir désigné l'appartement de la reine comme le
» point d'attaque où ils devaient se rendre; de n'avoir
• M donné aucun signe de douleur ni d'intérêt dans
» une circonstance où les augustes chefs de sa fa-
' » mille recevaient tant d'outrages , étaient exposés
, . M à de si affreux dangers , étaient entourés d'une I) consternation universelle^ et où il était du devoir »du premier prince du sang de verser jusqu'à la
j *> dernière goutte du sien pour défendre le trône* w Je ne fatiguerai point votre douleur du récit la- » mentable des dépositions qui chargent M. le duc » d'Orléans : ma langue se refuse à articuler tant » d'horreurs que j'ai devant les yeux , et que je veux » éloigner de ma vue. Mais je dirai que l'opinion » publique entraînée par des bruits injurieux ^ » étonnée du départ de M. le duc d'Orléans pour » r Angleterre^ à cette même époque où il ne devait » penser qu'à venger son honneur ^ attend aujour-. » d'hui que ce prince oublie les prérogatives de son » rang et de sa mission pour subir le JQug honorable » de la loi. Je sers mieux ses véritables intérêts e^
i6o LIVRÉ ytiu .
» lui donnant un conseil sévère, que si je racctiââi^ » par de lâches adulations. Il s'agit ici de la gloire M du petit-fils de Henri IV. Les égards qu'il doit à » ses ancêtres ne lui permettent aucune capitula- »tion indigne de son grand nom. Le corps légis^ )) latif y dont il ne peut attendre ni grâce ni justice ; » doit donc l'inviter à faire triompher son innocence » dans les tribunaux : ce n'est que là qu'il peut être »jugé, honorablement déchargé et vengé de la » calomnie dont les cicatrices ne sauraient être ef- » facées que par la main du ministre des lois. »
Ce n'était pas tant la conyiction de l'innocence de Mirabeau qui engageait l'abbé Maury à demander qu'il sortît de la procédure , que l'espoir de lui montrer qu'on n'avait aucune vue hostile contre lui ; qu'il pouvait sans danger, non-seulement abandonner le duc d'Orléans, mais encore se faire . auprès de la cour un mérite de cet abandon. La cour ne s'engageait à rien en faisant sortir pour le moment le comte de Mirabeau de la procédure. Elle était' bien sûre , si l'instruction continuait > de l'y faire rentrer au moyen de nouveaux témoins ou du récolement de ceux qui avaient déjà déposé. Aussi Mirabeau, qui aperçut le piège, n'eut garde de séparer ses intérêts de ceux du duc d'Orléans. Prenant donc la parole , avec cet air de calme et de dignité qui semble être le témoignage d'une bonne conscience, il dit :
(c Ce n'est pas pour me défendre que je monte à » cette tribune : objet d'inculpations ridicules dont