‹ Mémoires du marquis de FerrièresChapitre 10 sur 24 · UVRE II. III · texte numérisé non relu

UVRE II. III

» royaume ! • • • Mais quels sont ses accusateurs ? n Ce ne sont pas les parlemens qu'il a rappelés ; )) ce n'est pas sûrement le peuple qu'il a nourri; ce )) ne sont pas les créanciers de l'État qu'il a payés ; » ce ne sont pas les bons citoyens dont il a secondé » les vœux. • • • Moi, je l'ai vu accuser y tour à tour y » d'ébranler le trône , et de rendre le roi despote ; » de sacrifier le peuple à la noblesse, et de sacrifier n la noblesse au peuple. J'ai reconnu dans cette ac-* » cusation le partage des hommes justes et impar- » tiaux y et ce double reproche m'a paru une double » louange. Je me rappelle encore que je l'ai entendu » appeler du nom de factieux. Membres des comn munes, qu'une sensibilité si noble précipitait au- )) devant de lui le jour de son dernier triomphe y ce » jour, où après avoir craint de le perdre, vous » crûtes qu'il vous était rendu pour plus long- » temps , lorsque vous l'entouriez y lorsqu'au nom n du peuple dont vous êtes les augustes représen- » tans, au nom du roi dont vous êtes les sujets fidèles^ » vous le conjuriez de rester toujours le ministre » de l'un et de l'autre , lorsque vous l'arrosiez de » vos larmes vertueuses : ah ! dites si c'est avec un » visage de factieux , si c'est avec l'insolence d'un )) chef de parti , qu'il recevait tous ces hommages, D tous ces témoignages de vos bontés ? Vous disait- )) il , vous demandait-il autre chose que de vous » confier au roi , que de chérir le roi ^ que de iè faire aimer au roi les états-généraux ? Membres » des communes, répondez , je vous en conjure ?

» et si ma voix ose publier un mensonge y que la >) vôtre s'élève pour me confondre ! Et sa retraite , » Messieurs , sa retraite avant hier , a-t-elle été » celle d'un factieux ? Ses serviteurs les plus fidèles , » ses amis les plus tendres y sa famille même a ignoré » son départ ! 11 a laissé en proie aux inquiétudes » tout ce qui l'approchait , tout ce qui l'intéressait ! ')} on a passé une nuit entière à le chercher de tous » côtés. Doutez-vous, Messieurs , que je n'adhère à » la motion que vient de faire M. Mounier ? Ah ! )) je la signerais de mon sang ! Mais je crains biei^ :» que la religion du roi ne soit éclairée trop tard , » que la perte qu'il a faite , ainsi que la France , » ne soit irréparable : je crains bien que celui qui }} a été deux fois méconnu , deux fois calomnié , » deux fois rendu suspect au monarque vertueux , » mais trompé , qu'il servait de son cœur comme » de son génie , que celui qui fuit à présent comme » un proscrit sur les routes de ce royaume , qu'il » a fait fleurir pendant son premier ministère , qu'il » a fait subsister pendant le second , et pour lequel » il a sacrifié son repos y sa fortune y sa santé , ne )) nous soit à jamais enlevé. »

La perspective d'un refus de Necker , en suppo^ sant que le roi accueillit la demande de l'Assemblée, parut faire une forte impression sur le plus grand •nombre des députés.

(c Les dangers qui menacent le royaume , s'écria }) brusquement le comte de Virieu, sont sans doute )) k leur, plus haut degré. Le roi a convoqué les

» états -généraux pour travailler à la régéaératioa

>i de rÉtat ; ses généreuses intentions étaient se-

» coudées par des ministres vertueux y qui n'ont

D jamais craint de lui présenter les vérités utiles k

n sa gloire et à son honheur y comme a celui de la

» nation. Les vrais amis du trône et de la patrie

» ont marqué trop d affection pour le bien public ,

» pour ne pas devenir l'objet de la haine des mé-

u chans y qui craignent la réfqpme des abus et les

» succès de l'Assemblée nationale. Leurs calomnies

» ont fini par les priver de la confiance du mo-

» narque. La plus violente émotion s'est élevée

» dans le peuple y et tout annonce les plus grands

» malheurs !

» Les ministres pervers suivent toujours les mi- » nistres vertueux qu'ils ont fait rejeter. Les mé- » chans seuls sont intéressés à repousser les mi- » nistres honnêtes ; et lorsqu'ils ont eu la force de » les détruire , ils ont celle de se substituer à eux. M Ainsi leur entrée dans le ministère est un crime ; » puisqu'ils privent le roi de fidèles serviteurs, et » la nation d'amis et, de bienfaiteurs: mais pour » soutenir ce crime , ils ont besoin de crimes nou- » veaux y ib font payer à la nation y par de longs n malheurs , par une dure oppression y l'affection » qu'elle marquait à leurs prédécesseurs. Ainçi » lorsque les mains pures que le roi est obligé » d'employer pour distribuer à ses peuples sa jus*-

>) tice et. ses bienfaits, sont remplacées par des

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