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« Je décharge ma conscience des malheurs qui résulteront du refus que tous faites^ et je me lave les mains du sang qui pourra couler ; » des cris de fureur s'élevèrent de toutes parts. Un député s 'élançant vers Lally, lui dit avec emportement, qu'il abusait de sa popularité. Mirabeau lui reprocha qu'il sentait oii il ne . s'agissait que de penser. // faut des victimes aux nations ^ ajouta Mirabeau avec un regard féroce ; Von doit s endurcir à tous les malheurs particuliers ; ce n est qu'à ce prix im' on peut être citoyen !
Les révolutionnaires , revenus du premier étou;nement que leur avait causé la démarche du roi^^t son arrivée inattendue à l'Assemblée nationale , re-» prirent avec plus d'activité que jamais leurs grands projets.
Plusieurs moyens se présentaient : entretenir le
Foulon et Berthier furent assassinés. Des débats s'élevèrent sur la proposition de M. de Lally, « pendant lesquels le |>ré- » sîdent reçut une lettre de M. de La Fayette , dans laquelle » le général rendait compte de toutes les mesures qu'il avait » prises pour assurer la tranquillité de la capitale. Cette » lettre calma toutes les inquiétudes de V Assemblée, et ferma » la bouche à ceux qui voulaient qu'on adoptât sur-le-champ «) la proclamation de M. de Lally ; il fut jugé plus conve- » nable de la soumettre à V examen des bureaux avant de M prendre aucun parti. » (Bertrand de Molleville.)
Le 23» lendemain du massacre de Foulon et de Berthier^ M. de Lally reproduisit sa proclamation , qui fut adoptée avec quelques amendemens. {Note des nouv. édit,)
peuple de la capitale et des provinces dans une agitation continuelle , afin de le porter, à l'aide de cette ivresse factice, à tout ce qu'on exigerait de lui; rendre la noblesse et le clergé odieux, en mettant constamment les intérêts du peuple en opposition avec ceux des prêtres et des nobles, et pour cela les forcer à des sacrifices qu'ils n'auraient pu consentir librement , et les représenter ensuite décidés à revenir sur ces sacrifices, et à rentrer dans des droits usurpés , disait-on , mais plutôt, arrachés par la crainte que cédés par justice et par générosité. Ce n'était pas assez : il fallait décrier le gouvernement, lui prêter des vues hostiles contre le peuple, le mettre dans l'impossibilité d'agir, lui substituer le fantôme de l'Assemblée nationale ^^ la revêtir en apparence de tous les pouvoirs, les concentrer réellement dans un petit nombre de membres , agens de la révolution : il fallait suspendre le cours ordinaire de la justice , anéantir la juridiction des parl^mens et des anciens tribunaux , les remplacer par un tribunal nouveau dirigé par des lois nouvelles Les révolutionnaires assurèreiit que les projets du i4 juillet n'étaient pas entièrement abandonnés; que les ennemis du bien public , forcés par les circonstances , en avaient remis l'exécution à un temps plus favorable; et pour entretenir l'effroi qu'avaient produit les meurtres de Foulon et de Berthier, et tenir les citoyens honnêtes entre les fureurs populaire» •tle glaive de la loi, ils firent circuler des listes de
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'proscription, où se trouvaient inscrits les honunes les plus connus par leur attachement au roi et à la monarchie . On vit paraître tout-à-coup un crime nouveau inconnu à nos pères, un crime de lèse-nalipn; arme de mort, toujours pré te à frapper indifféremment l'innocent et le coupable !
Les électeurs de Paris vinrent Jiotifîer à l'Assemblée un décret du comité (i) de rH6tel-de-Ville, portant que toi^te personne arrêtée sur le jsoupçon du crime de lèse-nation , serait conduite dans les prisons de Tabbaye Saint-Germain. Ils invitèrent l'Assemblée à prononcer sm- le tribunal qui devait les juger. Le district des filles Saint-Thoaias > assura que les moyens proposés par l'Assemblée , soit invitation, proclamation , déclaration, étaient insuffisans pour rétablir l'ordre ; qu'il fallait punir ïes coupables.
Volney proposa, d'établir un comité ^es rapports, chargé de vecevoir les demandes çt les plaintes adressées a l'Assen^blée nationale : Iç motif apparent fut d'épargner un temps précieux, perdu à écouter cette foule d'adresses particulières, qui arrivaient de toutes l«s partie3 de la
(i) Cet arrêté fiit pris le 22 juillet, au moment où l'on amena Foulon à THôtel-de- Ville. UAsserriblée , dit Bailly, par cet arrêté ^ voulait assurer la vie des prisonniers , elles mettre à V abri de la fureur populaire. Voir ses Mémoires.
L'Assemblée nationale renvoya cette demande au comité
de constitution. ( Toulongeon. )
(Note des nouv, ddit,)
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France : le véritable but était de s'emparer de la correspondance immédiate des provinces^ et de soustraire Fadministration générale de la police à la prérogative royale. £n effet ^ le comité des rapports devint le centre des affaires de llntérieur ^ il don** na des décisions arbitraires ^ créa des municipalités^ destitua des fonctionnaires publics y se servît de son immense correspondance pour susciter des U^ubles^ pour tourmenter les prêtres et lies nobles: il les soumit à des vexations y a des détentions iUé-* gales y , en représentant à l'Assemblée les atteintes les plus fomielles à la propriété^ les révoltés les plus coupable^ , les emprisohnemens y les meurtres mêiAes^ comme des précautions nécessaires ', ou de^ suites inévitables de prétendus complots de contre-révolution. Les assassins , les incendiaires^ assurés de trouver dans le comité des rapports des pv^tecteurs et des apologistes y marchèrent hautement la torche dans une main et le poignard dans l!autre I ; Les ministres n'osèrent plus donner d or-« dres : â'il$ en donnèrent ^ ces ordres demeurèrent sans ^xéc^tion. On appelait à l'Assemblée; et le comité des rapports^ seul interprète des faits ^ cas^ sait, ou confirmait les décisions du Conseil , selon qu'il ^ les trouvait analogues ou contraires à ses vues. Les réclamations les plus justes restaient en-r seyelies pour . ;toujours dans la poussière des bureaux , lorsque , portées par des prêtres , par des nobles , ou par des fonctionnaires publics attachés à leurs devoirs , ils invoquaient la protection de la
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loi., Les entreprises les plus contraires à l'ordre et à la propriété ^ étaient soutenues ^ encouragées ^ lorsqu'elles attaquaient la noblesse , le clergé^ l'autorité du roi, et qu'elles tendaient au renversement de la constitution monarchique. Vainement s'adressàitron à TAssemblée ; l'Assamblée renvoyait au comité sans daigner lire : le comité, «ourd aux cris de tant de victimes innocentes, laissait froidement consonuner le crime. C'étaient, disait-on, des incidens inséparables de toute ré« volution. Adrien Duport mit entre les mains des révolutionnaires une arme encore plus terrible que celle que leur avait fournie Volney : il demanda l'établissement d'un comité des recherche»^ destiné à recevoir les dénonciations contre les agens civils , militaires et les conseillers du roi , entrés dans la conspiration du 14 juillet, ou qui ^ pouiraient, dans la suite, former des entre^HÎses contre les intérêts du peuple.
L'Assemblée effrayée balança : les révolutionnaires avaient un intérêt -trop pressant à la formation de ce comité pour abandonner un moyen 8Î propre à favoriser leurs vues, w Le calme né se rétablira point, dit Rewbel, tant que le peuple verra que l'Assemblée refuse de punir les grands coupables qui ont médité sa ruine; il croira que tjbus voulons le livrer à la vengeance de ses en* nemis ; et devenu Yurieux , il se fera lui - même "justice. »
Cependant, pour diminuer l'effroi qu'avait causé
la pensée de mettre la fortune , la vie , l'honneur des citoyens entre les mains de six personnes, plusieurs députés proposèrent de composer le comité . de douze membres renouvelés tous les mois : là motion passa avec ce léger amendement. Ainsi s'établit ce fameux comité des recherches, qui surpassa bientôt tout ce que l'histoire ancienne et moderne nous apprend de ces odieux tribunaux formés par des despotes pour opprimer la liberté et consacrer la tyrannie.
Le comité des recherches s'attribua le droit d'ouvrir les lettres , d'interroger les domestiques , d'environner les citoyens d'espions , de les suivre jusque dans l'intimité des sociétés particulières y jusque dans la familiarité de la table. 11 épia les discours , les regards , les gestes ; en fit des crimes de lèse-nation. IjC moindre soupçon , la déclaration la plus frivole , lui servirent de prétexte pour s'introduire dans les maisons , pour saisir les papiers , les correspondances. 11 emprisonna les citoyens , les tint au secret pendant des années entières. Il accueillit les rapports des domestiques contre leurs maîtres , des subordonnés contre leurs supérieurs , des enfans contre leurs pères , et en forma la matière d'une accusation. Tout trembla devant ce tribunal redoutable.
Les comités militaire , diplomatique , de marine y de législation , des dîmes , des monnaies , des droits féodaux, achevèrent de mettre dans la dépendance de l'Assemblée les personnes et les pro-
prié tes. Le roi et les ministres ne furent plus que des agens secondaires , quie rAssemblée , sous une sévère responsabilité , employa quelquefois à l'exécution de ses ordres suprêmes : restait à s'assurer ^ des provinces, à les lier au parti des révolution-naires. Des courriers envoyés de Paris parcoururent la France , annoncèrent des armées de brigands soudoyés , disaient-ils , par les nobles. Des émissaires représentèrent au peuple des villes que les anciennes municipalités et les tribunaux ne renfermaient que des aristocrates et des agens du despotisme. Un soulèvement général éclata dans toute la France. Le peuple se jeta sur les nobles , s'empara de leurs armes, enleva les fusils, les canons , les épées déposés dans les magasins du roi. On chassa les anciennes municipalités : on en créa de nouvelles, composées d'agensi connus de la révolution. L'Assemblée, les investit des plus grands pouvoirs. Un même joiar vit s'écrouler l'antique constitution rtioqarchique , et s'élever à là place un gouvernement populaire, tel qull n'en exista jamais chez; aucun peuple connu. Dès ce moment il n^y eut plus de Ubjerté , même dans l'Assemblée nationale. Des ordres émanés des comités , de simples lettres de§ révolutionnaires , allèrent porter le ravage et l'incendie dans les terres et daûs les châteaux des nobles qui tentaient de s'opposer à l'entier anéantissement de la monarchie. Les députés des communes , fidèles a leurs devoirs et à lem's mandats, furent forcés d'obéir au même des-:
potisme. Oa les dcsigaait à leurs bailliages sous le titre de mauvais citoyens, de représentans infidèles ^ d'hommes vendus à Taristocratie et au roi. Des arrêtés de clubs les déclaraient infàipes, les dénonçaient à leurs concitoyens. Leurs femmes et leurs enfans se virent environnés de terreurs et de menaces. La France, courbée sous la liache meurtrière d'une troupe de brigands , se tut devant trente factieux. L'Assemblée nationale devint , entre leurs mains^ un instrument passif, qu^ils firent servir à l'exécution de leurs projets.
Necter arriva, au milieu de ce mouvement gé-/ néral des esprits (i) : tout Versailles et tout Paris s'émurent à son approche. Les quatre compagnies des gardes-françaises , qui formaient la garde du château, abandonnèrent leurs postes et allèrent audevant de Necker. Les corps civils et militaires se rendirent au contrôle général, et le félicitèrent de soa heureux retour.
NecVer vint le jour suivant à l'Assemblée : les spectateurs lui prodiguèrent les plus vifs applaudissemjens. Cet enthousiasme ayant fait .place au silence, Necker dit qu'il s'empressajit de téinoi^ner à l'Assemblée sa respectu<ei|se reconnaissancepour les marques d'intérêt et de bonté dont «lie l'avait honoré ; que l'Assemblée lui imposait de grands devoirs ; que ce n'était qu'en se pénétrant^e ses sen-
(1) Le mardi , 28 juillet, au soir.
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limens et en profitant de ses lumières qu il pouvait conserver un peu de courage.
Le duc de Liancourt répondit que l'Assemblée nationale, en exprimant les sentimens dont elle était pénétrée, n'avait été que Finterprète de la nation: que la retraite d'un ministre si digne de la confiance du peuple avait causé un deuil général dans le royaume.
Necker voulut aussi faire son entrée à Paris ; i! partit au bruit de la musique des gardes-françaises; les milices de Versailles et de Sèvres composaient un brillant cortège ; on avait disposé sur la route des piquets de dragons; une multitude immense ^l'attendait à la barrière de la Conférence ; une garde nombreuse de citoyens , précédés de détachemens de cavalerie , environna sa voiture : ce n'était plus cet air sombre, ces yeux hagards, cette contenance farouche avec laquelle ces mêmes Parisiens avaient conduit Louis XVI à l'Hotel-de-Ville. Une joie folle éclatait de toutes parts ; l'air retentissait des cris de vive la nation, vive M. Necker! hommes , femmes , enfans accouraient sur son passage f les tins lui présentaient des bouquets , lui offraient des couronnes ; d'autres couvraient de baisers les mains de madame Necker; tous appelaient Necker le pèi'e du peuple, le Sauveur de la nation.
Le ministre accueillit ces hommages avec une orgueilleuse modestie , et traversa en triomphateur cette même ville que peu de jours auparavant, par ses criminelles intrigues , son roi, «on bienfai-
leur , environné de mépris et d'outrages > avait traversée en captif !
Les électeurs et les députés de la commune étaient assemblés à l'HôteWe- Ville. La Fayette et messieurs d\i comité reçurent Neçker sur Tescalier, et le conduisirent à la salle de la municipalité. Ce furent encore des transports ^ desapplaudissemens. Necker, après avoir remercié la commune et la ville de Paris des marques d'intérêt qu'elles lui avaient données^ promit 4?étre fidèle aux obligations que lui imposait sa reconnaissance : il dit que le roi avait daigné le recevoir avec la plus grande bonté, et l'assurer du retour de sa confiance la plus entière (i). Passant ensuite à quelques avis sur la conduite que devait tenir la municipalité , il l'invita de rétablir le calme dans la capitale et dans les environs : arrivant enfin , à travers le pathos ordinaire de ses discours, à l'arrestation de M. de Besenval, il rendit témoignage à l'accord qui avait régné entre lui et M. de Besenval dans tout ce qui tenait à l'admixiistration des subsistances, et supplia mes-
(i) On lit, dans le Mémorial de la révolution de France^ les détails suivans : <« M. Necker est parfaitement accueilli > M du roi et de toutes les personnes qui étaient restées auprès )» de lui , même de la reine. Monsieur lui dit : <« Le vœu de » la nation vous rappelle ici ; je vous jr vois avec le plus » grand plaisir ; cni^Si , f avais quelques préventions contre * vous , sans cesser de vous estimer j à trente ans passés , on » pense , on juge bien différemment qu*à vingtrcinq, ...»
{Note des nou9, édit,}
174 LIVRE iir.
sieurs de la commune dé remettre cet officier gérijéral en liberté. Il se plaignit avec douceur de la munidpalitë de Vilnos qui avait refusé sur une de ses lettres de relâcher M. de Besenval , et de lui laisser continuer sa route pour la Suisse : il parla d'une amnistie générale. « Si l'on exerçait , çontinua-t-il, envers M. de Besenval ou toute autre personne , des rigueurs isemblables à celles qu'on lui avait récitées, il en mourrait de douleur, et toutes ses forces au moins seraienf^puisées. Avouant etisuite qu'en effet son zèlfe n'avait pas été inutile à la France , qu'iî se permettait de le dire pour là première et là seule fois , il ajouta qu'il en demaû'* dait un haut prix ; que ce haut prix était des égards pour M. de Besenval , s'il n'avait besoin que de cela ; de l'indulgence et de la bonté , si M. de Besenval avait besoin de plus.
INecker se rendit ensuite dans la chambre des électeurs; il y fut reçu avec le même étalage.' On le plaça sur Festrade du président. Moreau de Saint- Méri lui présenta la cocarde nationale en lui disant : « Voilà des couleurs que vous aimez sans doute , ce sont celles de la liberté ! » Le ministre prit la cocarde tricolore , l'attacha à son chapeau : cette inauguration civique termihée , le ministre répéta aux électeurs à peu près les mêmes choses qu'il avait dites aux députés de la commune. Son discours produisit encore une plus vive impression :. on lui accorda d une voix unanime l'élargissement* de M* de Besenval; Glermont-Tonnerre profita de
1 entliousiasme pour demander une amnistie; tontes les voix s'écrièrent : Grâce aux coupables ! Quelques personnes jetèrent des papiers sur lesquels était écrit : Amnistie générale ; le peuplé répéta : Amnistie générale. Necker parut à une des fenêtres de rHôtel- de -Ville; les cris de vive la nation . vive M. Necker redoublèrent : on rédigea l'acte de pardon; les électeurs le signèrent et envoyèrent deux députés qu'ils chargèrent de mettre M. de Besenvàl en liberté. Necker sortit de l'Hôtel-de-Ville au bruit des acclamations d'une foule inâombrable. Il fut reconduit avec la même pompé jusqu'à la barrière de la Conférence.
Les révolutionnaires , furieux que Necker eût osé leur dérober une de leurs victimes , et qu'il entreprit de rétablir l'ordre et l'union entre toutes lesJ parties de l'empire, tandis qu'il leur fallait le désordre, la haine et l'anarchie, se répandirent dans les districts , déclamèrent contre l'arrêté des électeurs; disant que les électeurs étaient sans caractère pour accorder une amnistie ; que la nation tout entière ayant été offensée , et ayant pensé être la victime des complots atroces des ennemis du bien public, elle seule avait le droit de faire grâce ; que ce n'était pas dans ce moment où l'on était environné de dangers , de conspirations , de projets de meurtres et de vengeances , qu'il fallait ^ par une imprudente amnistie , rappeler au milieu de la capitale les ennemis du peuple , les conspirateurs contre la li-
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berlé , comme si Ton voulait faciliter Texécutioa de leui's affreux projets. ^
Les révolutionnaires se transportèrent au Palais^ Royal, rallièrent leurs aflidés. Mirabeau courut au district de l'Oratoire : il parla avec tant de force , il intrigua avec tant d'adresse , qu'il engagea le district à prendre un arrêté contre l'acte de pardon donné par les électeurs , et à communiquer sur-lechamp cet arrêté aux cinquante - neuf autres districts, en les invitant d'y adhérer. Le district fit plusf il envoya trois députés à Vilnos avec ordre à la municipalité de s'opposer à l'élargissement de Be— senval.
Jusque-là les révolutionnaires s'étaient servis de Necker pour l'exécution de leurs projets. Mais cette tentative , si contraire à leurs desseins , leur montra que désormais ce ministre , loin de leur être utile , pouvait devenir dangereux.^ Résolus de le perdre , ils commencèrent à l'attaquer dans l'opinion publique : ils insinuèrent au peuple que Necker sacrifiait la cause de la liberté aux intérêts de son ambition ; qu'il voulait soustraire Besenval au supplice afin de se ménager la faveur d'un parti puissant ; qu'il avait promis à la reine l'élargissement de Besenval et la rentrée de tous les exilés.
Jamais impression ne fut plus avidement reçue , ni plus rapidement propagée. Paris se souleva : le ' tocsin sonna comme dans le plus pressant danger. On battit la générale : on arracha les placards qui prononçaient l'amnistie.
Tous les diistricts adhérèrent à rarrêté du district de rOratoire. Les électeurs, effrayés de ce mouvement général , envoyèrent une députation , espérant calmer les esprits par le récit de ce qui s'était passé à FHôtel-de- Ville. Ce fut sans succès; les électeurs se crurent obligés d'interpréter leur intention et de donner un nouvel arrêté où ils assurèrent qu'en exprimant un sentiment de pardon et d'indulgence envers les ennemis du peuple, ils n'avaient pas entendu prononcer la grà?ce de ceux qui seraient prévenus, accusés , convaincus de crime de lèse-nation; qu'ils avaient voulu seulement annoncer que les citoyens n'agiraient et ne puniraient que par la loi ; et qu'ils proscrivaient en conséquence tout acte de violence et tout excès qui troublerait la tranquillité publique (i).
Les députés de la commune allèrent encore plus loin : ils dépêchèrent à MM. Corberon et de Montalon , chargés d'élargir M. de Besenval, un courrier avec ordre de s'assurer de sa personne ; de ne rien négliger pour la recouvrer si elle n'était plus entre leurs mains ; de tenir M. de Besenyal
(i) L'auteur , en rapportant ici ce second arrêté des électeurs, en a supprimé la dernière phrase, importante cepeiidant,en ce qu'elle explique lé motif de l'opposition qui s'était élevée contre i'amnistie : « Et cet arrêté ( disent les élec- » leurs, en parlant de l'arrêté d'amnistie) peut d'autant » moins recevoir une autre interprétation , que l'Assemblée * n'a jamais cru ni pu croire avoir le droit de rémission. »> ( Foir les Mémoires de BaiUx- ) {Note des nouv. édit.)
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sous bonne et sûre garde au lieu où ils le trouveraient et d'en donner avis à l'assemblée gérie'rale.
Le ministre fut vivement affecté de la subite révolution qui s'était faite dans les esprits. Cette première atteinte portée à sa popularité lui prouva qu'il existait contre lui dans la révolution même un parti puissant. Necker se plaignit à Moreau de Saint- Méri ; il dit qu'il en rendrait compte au roi ; qu'il s'en entretiendrait avec le président de l'Assemblée nationale : « Mon bonheur , ajouta-t-il ,.n'a guère duré ! »
Mirabeau , fier de l'avantage qu'il venait de remporter sur Necker , se rendit à Versailles , e^ attendit tranquillement la députation des électeurs et du district des Blancs-Manteaux.
Les envoyés du district , introduits à la barre (i) , exposèrent que les décrets avaient annoncé , il y a quelques jours, des recherches , des jugemens , des peines contre les coupables j mais que des électeurs, des citoyens sans mission avaient annouipé hier un pardon universel ; que cette proclamation illégale et contraire à l'esprit des décrets , avait soulevé le peuple ; qu'alors ils avaient pensé que le plus sûr moyen de calmer les agitations , était de se plaindre eux-mêmes et de faire voir au peuple qu'il avait des défenseurs ; qu'en conséquence , ils demandaient à l'Assemblée de confirmer la détention de M. de Besenval.
(1) Séance du 3i juillet.