LIVRE m. lyg
Us éleva de violens débats. Lally,Mounier (i) insistèrent, pour que l'Assemblée confirmât larrêté des électeurs de la commune de Paris , et mît en liberté M. deBesenval. Us sVppuyèrent sur le principe sacré de la liberté civile , qui veut que personne ne soit arrêté, sans accusation (2) : en vain, ajoutèrentils , invoque-t-on la clameur publique ; elle ne peut occasionner aucun emprisonnement , que lorsque Ton vient de voir celui qui en est l'objet commettre le crime. Si l'on appelle clameur publique un bruit populaire , un simple soupçon , quel citoyen peut conipter sur sa liberté ? Clermont-Tonnerre s'éleva contre les manœuvres employées pour soulever le peuple , pour lui inspirer une atrocité dégoûtante. 11 parla d'une estampe que l'on vendait à toutes les portes du Palais-Royal. On y voyait un homme appuyé sur son bureau^ occupé d'une règle d'arithmétique. Cinq têtes coupées étaient posées à côté de lui. On lisait : qui de 24 paye 5 ^ reste 19 ; et au bas: calculateur national.
Mirabeau ^ Glezen , Robespierre , Barnave soutinrent que les principes généraux de la liberté civile n'étaient point applicables à la circonstance ;
(t) L'auteur a oublié de faire mention de M. Garât, dont Bailly loue beaucoup le discours en faveur de Tamnistie.
(iVb/e des nouv. édit.)
(2) Il paraîtrait , d'après les Méoioires de Bailly , que ces principes auraient été surtout développés par M. Des meuniers. {Note des nouv, édu.)
l8o LIVRE HT.
que le peuple avait été en droit d'arrêter un homme qui s'était mis à la tête de ses ennemis , et qui fuyait au moment même que l'Assemblée venait de prononcer qu elle allait poursuivre ces même» ennemis ; que M. de Besenval, arrêté sur des clameurs publiques , devait être jugé , non sur ces clameurs , mais sur ses actions ; absous s'il était innocent , puni s'il était coupable. Un député s'oublia jusqu'à dire qu'il ne fallait pas que le peuple vît l'Assemblée se déclarer contre lui; qu'il était prudent de ménager l'opinion du peuple , de ne pas suivre lesi principes rigoureux de la justice et de la raison.
Mirabeau et Barnave l'emportèrent. L'Assemblée casfea l'arrêté des électeurs , et décréta que M; de Besenval et les autres conspirateurs seraient jugés , et qu'elle allait s'occuper de la nomination d'un tribunal , auquel seraient renvoyés les crimes de lèse-nation (i).
De nouveaux députés de la commune vinrent le lendemain remercier l'Assemblée du décret qu'elle avait rendu. Ils la prièrent de nommer promptement le tribunal destiné à juger les ennemis de la nation ; persuadés que cette mesure mettrait fin à des excès dont les suites et l'habitude pourraient devenir funestes.
En eSétp on alimentait la fureur du peuple par
(0 Voir, dans les Mémoires de Bailly, des détails plus étendus et plus précis sur cette séance.
{Note des nous^, édit,)
des arrêtés^ par des estampes prodiguées dans tous les lieux publics aux regards de la multitude. Cent cinquante châteaux dans la Franche-Comté , le Maçonnais , le Beaujolais étaient déjà brûlés ! L'incendie menaçait de consumer toutes les propriétés.... Parlerai-je des meurtres , des atrocités commises contre les nobles ?. ... M. de Baras , coupé par morceaux devant sa femme prête d'accoucher! M. de Montesson, fusillé après avoir vu égorger son beau-père ! un gentilhomme , paralytique , abandonné sur un bûcher ! un autre dont on brûle les pieds pour lui faire livrer ses titres ! l'infortuné M. de Belsunce , massacré à Caen ! madame de BerthilaCy forcée, la hache sur la tête, de donner sa terre ! madame la princesse de Listenois , contrainte au même abandon, ayant la fourche au cou, et ses deux filles évanouies à ses pieds! le marquis de Tremand , vieillard infirme , chassé la nuit de son château , poursuivi de ville en ville , arrivant à Bâle , presque mourant, avec ses filles désolées ! le comte de Montessu et sa femme , ayant pendant trois heures le pistolet sur la gorge , et demandant la mort comme une grâce , tirés de leur voiture pour être jetés dans un étang ! le baron de Mont-Justin, suspendu dans un puits, et entendant délibérer si on le laisserait tomber , ou si on le ferait périr d'une autre manière ! la comtesse d'Allemand , la duchesse de Clermont-Tonnei*re , outragées! le chevalier d'Ambli , tiré de son lit , mis dans le fumier après avoir eu les sourcils et les cheveux arrachés ,
l82 LIVBE III.
tandis que ces hommes féroces chantaient et dansaient autour de lui ! l'Alsace , la Champagne , le Dauphiné en proie aux fureurs d une troupe de trigands envoyés de Paris ; et pour autoriser ces atrocités sanguinaires , des députés des communes écrivaient à leurs baillages que les nobles voulaient faire sauter la salle de l'Assemblée dans un temps où il n'y aurait que des membres des communes ! Us disaient aux paysans que les nobles étaient contre le roi ; ils envoyaient des ordres supposés de brûler les châteaux, d'égorger les nobles. • . . Ces odieux moyens préparaient la séance du 4 août. Ce fut entourée des cadavres des nobles massacrés à la lueur des flammes qui consumaient leurs châteaux , que l'Assemblée prononça les décrets violateurs des droits sacrés d'une propriété-légitime ! elle y joignit même toute l'astuce de la perfidie !
Thouret venait d'être nommé président ; mais Thouret , alors attaché au roi et à la monarchie , n'était pas l'homme que voulaient les agens de la révolution. Us craignaient qu'il ne refusât de se prêter à ce qu'on se proposait de faire contre la noblesse et contre le clergé. Toutes les batteries étaient dressées, prêtes à jouer. H fallait un homme entièrement dans les principes ^ et capable par son adresse de diriger l'action .
Les révolutionnaires représentèrent au peuple que Thouret était vendu aux Polîgnacs et à l'aristocratie ; que la chose publique était perdue , si
Thouret présidait rAssemblée : on parla de marcher à Versailles , d'opposer la force aux nouveaux complots des aristocrates. Tout annonçait des mou^ veraens violens et une scission effrayante. Thouret la prévint et donna sa démission : on procéda à l'élection d'un nouveau président. La plupart des députés , voyant avec quelle audace des factieux étaient parvenus à anéantir le résultat d'un scrutin régulier , n'allèrent pas même dans les bureaux. Les agens de la révolution firent tomber le choix sur ChapeUer ( i ) .
Le 4 ^^^^^ (2) i au soir , le vicomte de Noailles dit: « Comment peut-on espérer , Messieurs^ d'ar-
(f ) Bailly attribue Topposition qui s'éleva contre la nominatioa de Thouret à la concurrence de l'abbé Sieyes qui avait obtenu ^02 voix. Thouret en avait obtenu 4o6.
(Note des nouv, édit.) (2) Ce récit n'est pas suffisamment complet ; il en résulte quelque obscurité. Dans la séance du 3 août, un rapport avait été fait à l'Assemblée sur les désordres des provinces. Pour remédier à ces désordres , le comité proposait à TÂssemblée une déclaration , dont celle-ci ne fut pas satisfaite. Elle chargea le comité de rédaction de lui en présenter un autre sur les mêmes bases , le lendemain 4 9 à la séance du soir. La séance s'ouvrit le 4? à 8 heures , et M. Target lut , au nom du comité , le projet de déclaration ; il prescrivait le paiement des impôts et celui des cens et redevances que le peuple ne voulait plus acquitter. Ce fut à cette occasion que le vicomte de Noailles prit la parole. Voir l'histoire de Bertrand de Molleville et les Mémoires de Bailly.
{^ote des nom; édit.)
l84 LITRE m,
» rêter reflervescence des provinces , d'assurer la )) liberté publique , et de confirmer les proprié- » taires dans leurs ve'ritables droits ^ sans connaître }) la cause de l'insurrection qui se manifeste dans » rintérieur du royaume ? et comment y remédier » sans appliquer le remède au mal qui l'agite ?
}} Les communautés ont fait des demandes; ce » n'est pas une constitution qu'elles ont désirée : » elles n'ont formé ce vœu que dans les* bailliages. » Qu'ont-elles donc demandé?Que les droits d'aides j) fussent supprimés ; qu'il n^ eut plus de subdé- )) légués ; que les droits féodaux fussent allégés ou » changés. ,
» Les communautés voient , depuis plus de trois » mois^ leurs représentans s'occuper de ce que » nous appelons , et ce qui est , en effet , la chose » publique : mais la chose publique leur parait , )) surtout, la chose qu'elles désirent, et qu'elles }i souhaitent le plus ardemment d'obtenir.
» D'après tous les différens qui ont existtî entre » les représentans de la nation , les campagnes » n'ont connu que les agens, avoués par elles ^ » qui sollicitaient leur bonheur , et les personnes » puissantes qui s^y opposaient. Qu'est-il arrivé » dans cet état de choses ? elles ont cru devoir » s'armer contre la force , et aujourd'hui elles ne » connaissent plus de frein. Aussi résulte-t-il de » cette disposition , que le royaume flotte entre » l'alternative de la destruction de la société , ou
); d'un gouvernement qui sera admiré de toute
)) FEurope.
» Comment établir ce, gouvernement ? Par la
n tranquillité publique. Comment l'espérer cette w tranquillité ? En calmant ym^uple , en lui mon- Yï trant qu'on ne lui résiste qWdans ce qu'il est inn téressant pour lui de conserver. Pour parvenir h » cette tranquillité , si nécessaire , je propose qu'il » soit dit, que les representans.de la nation ont » décidé que l'impôt sera payé par tous les îndi- » vidus du royaume dans la proportion de leurs » revenus; que toutes les charges publiques seront » a l'avenir également supportées par tous ; que » tous les droits féodaux seront rachetaWes , par I» les communautés , en argent , ou échangées » sur le prix d'une juste estimation ; que les >) corvées seigneuriales , les mains - mortes , et » autres servitudes personnelles, seront détruites )) sans rachat. »
Ce n'était que le prélude des sacrifices auxquels on voulait forcer la noblesse et le cleigé. Mais îl ne fallait pas d'abord les effrayer par des demandes trop évidemment injuste?. On avait habilement calculé les moyens de donner une extension illimitée aux abandon^ que la générosité ou la crainte leur feraient consentir.
Le duc d'Aiguillon appuya U motiQn;du vicomte de Noailles. Le sieur Le Guen (Je Rerangal, propriétaire-cultivateur et député de Bretagne, mont^
i86 LIVRE m.
en habit de paysan à la tribune , et lut , avec peine, un long discours composé pour la circonstance.
« Vous eussiez prévenu. Messieurs, l'incendie des » cbâteaux, si vous eussiez été plus prompts à dé- » clarer que les arnMi terribles qu'ils contenaient , » et qui tourmentaiMi le peuple Vlepuis des siècles, » allaient être anéanties par le rachat forcé que » vous en avez ordonné. Le peuple impatient » d'obtenir justice, et las 4^ l'oppression, s'emj) presse à détruire ces titres , monumens de la » barbarie de nos pères ! Soyons justes , Messieurs , » qu'on nous apporte ces titres , outrageant uon- » seulement la pudeur , mais l'humanité même ! » ces titres qui humilient l'espèce humaine, en )) exigeant que des hommes soient attelés à des » charrettes comme les animaux du labourage ! » Qu'on nous apporte ces titres qui obligent les )) hommes à passer la nuit à battre les étangs, » pour empêcher les grenouilles de troubler le » repos de leurs seigneurs voluptueux ! Qui de » nous ne ferait pas un bûcher expiatoire de ces )) infâmes parchemins , et ne porterait pas le flamn beau pour en faire un sacrifice sur Tautel du » bien public ?
» Vous ne ramènerez , Messieurs , le calme dans » la France agitée , que quand vous aurez prorois )) au peuple que vous allez convertir en argent, ra- » chetables à volonté , les droits féodaux quel- » (Anques ; et que les lois que vous allez promul- )i guer anéantiront jusqu'aux moindres traces d?
»'Ce régime oppresseur. Dites -lui que vous re- » connaissez Fin justice de ces droits acquis dans » des temps d'ignorance et de ténèbres : il ne » faut que remonter à l'origine des causes qui ont » successivement produit l'asservissement de la >i nation française, pour démontrer que la force » seule et la violence nous ont soumis à un régime » féodal .... Je frémissais hier d'indignation de » voir adopter , de sang-froid , la motion qui ten- » dait à punir les malversations commises dans les . » châteaux l »
Lapoule , député de Franche-Comté , parla de prétendues obligations imposées à des vassaux de nourrir les chiens de leurs seigneurs. Il osa dire qu'il existait, dans certains cantons, un droit qui autorisait le seigneur à faire éventrer deux de ses vassaux au retour de la chasse , pour se délasser en mettant ses pieds dans' leurs ventres sanglans !
Les nobles s'élevèrent , avec in|]iignation , contre ces impostures grossières ; ils sommèrent Le Guen de Rérangal et Lapoule de prouver l'existence , et surtout l'usage de- ces droits ridicules et atroces : mais leurs voix furent étouffées par des clameurs.
Le duc du Châtelet , tourmenté d'inquiétudes et de folles terreurs ^ saisit une occasion si favorable de se montrer attaché aux intérêts du peuple ; il témoigne son regret d'avoir été devancé par le vicomte de Noailles et par le duc d'Aiguillon , dans la motion de détruire les droits féodaux ; il assure l'Assemblée qu'il a écrit à ses gens d'affaires
l88 LIVRE III.
de cesser le recouvrement de quelques-uns de ces droits, et d'admettre ses vassaux au rachat des^ autres : mais^ ajoute le duc^ si mes bonnes intentions ont été prévenues, je demande que l'Assemblée abolisse les dîmes en nature, et les convertisse dans une prestation en argent fixée à un taux modéré. L'évéque de Chartres alors prése;nte comme un acte de justice l'extinction du droit exclusif de la chasse ; Virieu , proscrivant la race entier^ des pigeons , vote la destruction des fuies et des colombiers ; l'avocat Babey conclut à la suppression des justices seigneuriales ; un noble demande l'administration , gratuite de la justice ; un autre , l'abolition de la vénalité des charges de magistrature; un troisième, celle des jurandes et des maîtrises ; de.ux curés à portion congrue réclament l'exécution des lois canoniques- contre la pluralité des bénéfices; l'archevêque d'Aix veut que FAssemblée supprime les droits de contrôle, d'insinuation, de centième denier, si contraires à la liberté des contrats ; un curé , que l'on réduise les impôts aux taux où ils étaient sous le cardinal de Fleury ; l'évéque de Nîmes (i) que l'on exempte de toute imposition et de toute charge les artisans et les manœuvries qui n'ont ^ucune propriété : Foucauld d'Ardimalie , tombant avec force sur ces vils courtisans, hardis déprédateurs du trésor public dans les temps du despotisme , mais depuis
(.i)Cortois. de Balorc.
que le roi n'est rien , et que le peuple est tout , devenus de bas démagogues, leur reproche les *^grâces accordées à l'iuti^igue , ces . pensions non méritées , qu'ils ont accumulées sur leurs têtes , et qu'ils ne parlent point de regorger.
Toutes ces motions, reçues avec des acclamations bruyantes, sont décrétées. Il est inutile , diton , de les rédiger; il suffit d'établir les principes ; des lois réglementaires , conservatrices , garantiront les droits d'une légitime propriété. On interrompt, par des murmures, ceux qui tentent de présenter quelques considérations sur la précipitation et la légèreté avec laquelle on prononce du sort et de la fortune d'une foule d'individus de tous les ordres Les députés debout , et confondus pêle-mêle au milieu de la salle, s'agitent et parlent à la fois : ceux des communes , par un feint enthousiasme, par des applaudissemens prodigués à chaque nouvel abandon', s'efforcent d'entretenir le délire : l'Assemblée offre Taspect d'une troupe de gens ivres , placés dans un magasin de meubles précieux , qui cassent et brisent , à l'envi, tout ce qui se trouve sous leurs mains. Lally- Tolendal, témoin passif de ces extravagances > fait passer un billet à Chapelier, sur lequel il écrit : « Personne n'est plus maître de soi , levez la » séance. » Tout-à-coup une foule de voix s'écrient que les particuliers ayant fait l'abandon de leurs droits et de leurs privilèges, il est juste que les provinces et les villes abandonnent également des
ÏQO LIVKB III.
privilèges et des droits qui pèsent sur la plus gi*ande partie du royaume , et mettent une disproportion choquante dans la répartition de l'impôt. Aprè^' un moment de tumulte, le marquis de Blacons ,. au nom du Dauphinc , prononce une renonciation solennelle : les autres provinces suivent l'exeillple du Dauphinc : les villes imitent les provinces : des invitations impérieuses hâtent les députés qui balancent : un sentiment de haine , un désir aveugle de vengeance, et non lamour du bien, semblent animer les esprits : chaque parti veut atteindre son adversaire, lui porter des coups , sans s'embarrasser de ceux qu'il reçoit lui-même en se mettant trop à découvert : tous les intérêts , toutes les passions seheurtent, se combattent. Bientôt l'antique constitution française , écroulant avec fracas sous les coups redoublés que lui portent une troupe de furieux , n'offre plus , aux regards étonnés , qu'un amas informe de ruines et de débris! (i).
L'Assemblée nationale se traînait pesfiniment sur la déclaration des droits de l'homme , lorsque Necker et les ministres, la forçant de descendre un moment de cet échafaudage philosophique , vinrent lui présenter l'effrayant tableau de la situation du royaume , et le tableau , plus effrayant encore , de la détresse du trésor public (2) .
(1) Ce fut à la fin de cette séance que , sur la proposition de M. de Lally, l'Assemblée décerna à Louis XVI le titre de restaurateur de la liberté française, {Note des nom\ édit,)
(9.) Le vendredi 7. août.
Necker avait pense qu'en prenant les ministres dans le sein de l'Assemble'e, et qu'en les choisissant parmi les membres qui réunissaient les suffrages du parti populaire , il s'établirait une correspondance amicale entre le ministère et l'Assemblée (i)< Necker ne pouvait plus se dissimuler les vues secrètes des agens de la révolution : ils marchaient à grands pas à l'anéantissement de l'autorité royale ; par conséquent , à l'anéantissement de l'autorité ministérielle. Necker crut qu'avec le secours de Lally, de Clermônt-Tonnen'e , de Mounier , de Virieu , il conduirait l'Assemblée; que le ministère agissant de concert avec elle , il se rendrait maître des événemens. Necker s'était trompé dans le choix des nouveaux ministres. L'archevêque de Bordeaux, faux par caractère , sans principes, sans talens, n'ayant pour moyens que de petites intrigues et une ambition démesurée , sépara bientôt ses intérêts personnels de ceux de Necker et de ceux de l'Assemblée. L'archevêque, ainsi que tous les prêtres qui l'avaient précédé
(i) Les nouveaux ministres étaient l'archevêque de Bordeaux , pour les sceaux ; M. de la Tour du Pin-Paulin , pour la guerre ; l'archevêque de Vienne , pour la feuille des bénéfices ; le maréchal de Beauveau, faisant partie du conseil ; M. de Montmorin , M. de Saint-Priest , ministres avant la séance royale. M. de la Luzerne , seul des ministres p'récé^ dens y était resté au conseil. {Note dçs nouv* édii.)
ilanis le conseil, voulait être premier ministre et cardinal.
Le comte de Latour-du-Pin n'avait ni assez de considération ni assez d'énergie pour les circonstances. Les troupes , travaillées en tout sens par les révolutionnaires , étaient dans une insubordination anarçhique : il eût fallu rétablir la discipline militaire , rattacher les troupes au monarque et à la loi. Le comte de Latour-du-Pin, faible , incertain, ne sut faire respecter ni le monarque ni la loi.
M. de Saint-Priest était peut-être plus capable de seconder les vues de Necker. Ferme , actif, mais trop habitué , par un long séjour à Constaiitinople , aux formes despotiques d'un gouvernement arbitraire, il n'avait point ce moelleux, cette dextérité, ni surtout cette discrétion prudente, si nécessaire à la réussite d'une grande entreprise : d'ailleurs les ministres connaissaient la haine secrète de la ireine et du roi pour Necker; ils voyaient le véritable état des choses; ils rie se trompaient point sur le peu de crédit de Necker dans l'Assemblée ; ils x'egardaient , avec raison , l'Assemblée comme le seul obstacle qu'ils eussent à vaincre, pour élever leur propre fortune sur la fortune chancelante de Necker, et travaillaient sourdement à sa dissolution . Ainsi chaque ministre en particulier , et tout le ministère en général , était l'ennemi secret de l'Assemblée.
Cependant, soit pour mieux cacher leurs des- '
seios y soit dans la vue d'inspirer plus de confiance au peuple , en lui donnant une preuve ostensible ^'il régnait Tunion la plus intime entre le gouvernement et les représentans de la nation, les ministres se rendirent en corps à F Assemblée.
De nombreux applaudissemens les 'accueillirent à leur entrée dans la salle. L'oi^gueil de l'Assemblée fut flatté de voir des hommes , qu'elle avait mis à la tête des afiaires y lui rendre lliommage solennel dune autorité qu'ils tenaient d'elle. Mais les ministres venaient moins offrir un hommage à l'Assemblée y qu'ils ne venaient lui adresser des reproches indirects de ses entreprises continuelles contre l'autorité rojale , et lui mettre sous les yeux le tableau 9 malheureusement trop vrai, des maux <{ui désolaient la France.
L'archevêque de Bordeaux dit : w Les propriétés » sont violées dans les provinces , des mains in- » cendiaires ravagent les habitations du citoyen. » Les formes de la justice sont méconnues, et >i remplacées par des voies de fait et par des pros- » criptions. On a vu dans quelques lieux menacer >i les moissons, et poursuivre les peuples jusque M dans leurs espérances. On envoie la terreur et >J les alarmes partout où l'on ne peut envoyer des » déprédateurs. La licence est sans frein , les lois ^> sont sans force, les tribunaux sans activité. La *> désolation couvre une partie de la France , et ^ leffroi la saisit tout entière. Le commerce et ^^ l'industrie sont suspendus : les asiles de la piété
\lî'
I^ UTRS III.
» même iie $oiit plus à l'abri de ces etxxpùBtexmw y> mem*triers» Ces circonstanceii y Messieurs ^ exif* » geat que vous preniez les plus promptes mesçres » pour iréprimer l'amour efiréiië du pillage. Re^- » dez à la force publique la coafîance quelle a » perdue : ce a est poiat celle que vpus ràitariserez » qui sera dangereuse; c'est le désordre arixié qui » le deviendra chaque jour davantage • Considé-» » rez y Messieurs ^ que le mépris des lois existant^ » menacerait bientôt celles qui vont leur succéder: » c'est aux lois que la licence aime à se soustraire; M non parce qu'elles sont mauvaises^ m^is parce }} qu'elles sont des lois. »
Necker fixa l'attention de l'Assemblée' sur le triste état des finances. A sa rentrée dans le ministère y au mois d'août 1788 y il n'y avait au trésor royal que ^^4^0,000 livres en écus ou en billets. Le déficit entre les revenus et les dépenses ordinaires était énorme , et les opération antérieures à cette époque avaient détruit entière-^ ment le crédit. Les secours immenses en blé^ que le l'oi s'était vu forcé de procurer à son royaume y avaient donné lieu non-seulement à des avances considérables ^ mai$ avaient encore occa^^ sionné une perte d'une grande importance. Plui^ rieurs autres dépenses extraordinaires ^ amenées par la nécessité ^ co^çpuraiepi à augmenter l'em*^ barras des finances t La cause la plus puissante de la fâcheuse situation où elles se tjnouvaient y c'était^ U diminution du rçvemi; les produits dbs. droits
UVRE III. |q5
àLpide^ y ^ gabelles et de tahacs y étaient réduits à Vf^filim de moitié; la poatrebaade se faisait par CWVQts et à force ouverte; les barrières de la Ciipitale a étaient pas rétablies ; le peuple refusait le paiement de la taille ^ du vingtième et de la cû'^ pitation ; les receveurs généraux et les receveurs particuliers ne pouvaient tenir leurs traités.
Le miais^re conclut par demander un emprunt de trente millions à cinq pour cent sans retenue; «t ue dissimuldut point à l'Assamblée combien il diBçîr^it de voir finir cette session : « Il est urgent ^ j) Messieurs y de terminer la constitution : deux p mois suffisent sans doute pour achever les grands D travaux dont T Ajssemblée est occupée , et pour ii établir un ordre permanent , et tel que la France ^> a droit de Tattendre du zèle éclairé des reprén sentans de la nation et des dispositions justes et ^ bienfaisantes de sa majesté. J espère avec trente i> mUUons pourvoir aux besoins indispensables pen- » dant rinteryallie que je viens d'indiquer ; mais il ^ n'y a pas un instant à perdre pour rassembler n cette somme.
>} Miessieurs, le gouvernement ne peut plus rien; n l'Assemblée seule a encore quelques moyens ppur ^ résister à l'orage : quant à moi y j'ai rempli ma )» tâche ; je dépose entre vos mains la connaissance J» des affaires; et de quelques moyens que vous fas^ » siez choix , mon devoir se borne à respecter M vos opinions , et à donner jusqu'au dernier mo- 0 ment des témoignages de zèle et de dévouement, a»
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» Vous voyez les désordres qui régnent dé toutes » parts dans ce royaume j ces désordres s'accrol- » tront si vous n'y portez pas une main salutaire et » conservatrice : il ne faut pas que les matériaux » du bâtiment soient dispersés ou anéantis |$en- » dant que les plus habiles architectes en compo-" » sent le dessin. »
Le discours du garde-des-sceaux et du directeur des finances^ rempli d'une déférence marquée pour l'Assemblée , augmenta l'enthousiasme. Clermont- Lodève , sans attendre que les ministres se fussent retirés, proposa de voter l'emprunt par acclamation. « Je demande , s'écrfe le comte de Mirabeau^ la proscription de ce vil esclave ! » Plusieurs députés réclament la délibération et l'absence des ministres ; les ministres sortent. Camus dit alors qu'avant toute décision , le comité des finances doit présenter l'état de la situation du royaume. « Messieurs y ajouta Mirabeau ^ vos mandats vous interdisent tout votement d'emprunt : je vois cependant un moyen de venir au secours de la chose publique sans manquer à ce que nous devons à nos commettans : c'est de faire un emprunt sous rengagement des membres de F Assemblée. Ce moyen est noble et patriotique; il montre aux yeux de l'Europe une fidélité inflexible pour les mandats^ il appelle l'esprit public et donne l'exemple des sacrifices. >i
Les ennemis particuliers des ministres se réuni-»rent à Miraibeau; mais une considération mieux
fondée vint se joindre à Fesprit de parti qui divisait l'Assemblée : prononcer que Tintérêt du premier emprunt qu'autorisait l'Assemblée nationale serait à; cinq pour cent sans retenue y c'était décider en faveur des capitalistes et des agioteurs la grâ^nde question de l'imposition des rentes. Les députés des provinces s'apercevaient avec douleur' que 9 tandis que par des liquidations ruineuses on accumulait une masse énorme d'impôts sur les propriétés territoriales ^ il existait une autre espèce de propriété plus avantageuse aux propriétaires^ pro-* duisantim. intérêt plus considérable de sa mise, de fonds que l'on s'efforçait de soustraire à l'impôt. <
Le marquis de Lacoste assura que le peuple acca-f bldde misère ne pouvait fournir les secours dont l'État avait besoin; qu'il existait cependan,t un moy en^ et que c'était à l'Assemblée à le peser dans sa sagesse^ (( Déclarez^ Messieurs, que les biens ecclésiastiques appartiennent à lallation } donnez aux titulaire^ pendant leur vie un revenu égal à celui dont ils jouissent; augmentez la dotation 4es curés ; fixez les honoraires des évêques et détruise2^ les ordres monastiques : vous trouverez tout-à-coup des sommes immenses capables de remplir le vide du trésor #t de fournir aux engagement de l'Etat.
Alexandre Lameth s'efforça de montrer que s'emparer des biens du clergé, ce n'était point attaquer les propriétés. « C'est à la société même , dit Lameth , qu'on a donné , le jour que l'on a fait une fondation; ce qui le prouve, c'est que la société^
igS lîTDE lit.
ou le corps législatif qtii la représente ^ se trouvent toujours entre le fondateur qui donne et le corpi^ politique qui reçoit : persotine^ sans doute ^ ne refusera à la nation le droit exercé jusqu'à ce jour par le gouvernement et par les tribunaux ^^ supprimer les corps poU^piqif es ^ dont Tinutilité on le danger sont reconmis^ et de faire de lenrs Mens l'usage le plus utile à la société. »
Cette atteinte à la propriété du clei^ ^ excita quelques murmures : mais la délibération ayant repris sur la demande du directeur général des^ finances, on ne parla plus de la motion de M. de La Coste. Cependant cette idée, jetéte artificieux sèment au milieu de la nation , germa dans les esprits : les journaux la développèrent; elle fut adoptée avec enthousiasmé par les capitalistes et par le peuple lui-même y toujours jaloux des richesses qu'il ne possède pas , et auquel on fit accroire que la vente des biens ecclésiastiques , ev éteigtiant la dette , diminuerait l'impôt.
L'emprunt padsa : l'Assemblée réduisit llntérêt à quatre et demi pour cent; elle changea d'autres dispositions avantageuses aux capitalistes, et propres à favoriser l'agiotage (i). Ces changemens ne
(i) Ce fyt le 9 août, après deux jours de discussion, que l'Assemblée décréta Temprunt demandé. Les conditions proposées étaient , i* Tintérét à 5 pour 100; 2* le remboursement à telle époque qui serait'demandée par chaque préteur^ à la tenue mirante des états-f^énëraux ; 3^ qti6 c^e rembour^
LIVRÉ Itî. î^^
forent point condetiés avec le fttiiiistté. Necket, forieox^ abàndàiina leniprunt à Itd-mênie. Il loi importait de prOtiVet à l' Assemblée que de âbn crédit personnel dépendait le crédit de l'Assemblée ; qu'elle éehoxiettiii tontes les fois qu'elle se séparerait de lui dans son système de finance . Alors commença entre le ministre et l'Assemblée Cette lutte si nuisible à la cho^ publique : lutte dans laquelle chacun ^'efforça d'abattre son adversaire , de con-tratier sés opérations. La mésintelligence éclata bientôl Ouvertement : le ministre et l'Assemblée s ac<;usèi^nt d'impéritie , de mauvaise foi j s'ils parurent^ dans certaines circonstances^ se rapprocher^ ce lie fut que pour se tendre mutuellement des pièges.
Les capitalistes et les igioteurs , alarmés des dispositions qu'avaient montrées quelques députés des provinces > refusèrent dé s'intéresser dans l'emprunt; ils firent plus , ils l'empêchèrent de réussir: sentant la nécessité d'arrêter, dès l'origine, les entreprises de l'Assemblée , ils voulurent lui pion trer
tement fût placé en première ligne daâs les arrangemens & prendre poujr l'établissement d'une caisse d'amortissement ; 4° que la liste des souscripteurs de cet emprunt patriotique fût Communiquée à l'Assemblée et conservée dans ses re^ gistres.
L'Assemblée fixa l'intérêt k /^ét demi pour loo, sans rien statuer sur l'époc^ue du remboursement du capital. ( Bertrand de Molleville. ) (Noie des rtouv. édh,)
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qu'eux seuls avaient fait sa force lors de la révo-' lution du i4 juillet^ et qu'ils pouvaient la perdre^ si elle s'obstinait à agir contre leurs intérêts*
On répandit avec profusion un écrit intitcdé ^ Saui^ez^ nous ou sauwz - vous ! On y disait : <c De » vaines déclamations sur Paris ^ sur les agioteurs^ » sur la banque^ ont égaré l'esprit public : vous » vous êtes rendus coupables sans le vouloir ; mais » la promptitude avec laquelle vous réparerez vos » torts les excusera auprès de la nation : autre** ïi ment , rien ne peut vous dérober à la juste vcn-
» geance de vos commettans Vous vous
^> êtes trompés par le défaut de connaissance des » honunes^ des affaires et des localités ; tremblea^ » qu'à la suite de vos triomphes Thistoire n'ait à » salir ses pages de c^guze cents parricides ! L'â- 3) giotage s'est détruit de lui-même; Faristocratie ^) des agens de change est éteinte; la caisse d'es-* }) compte sans moyens j les lois sans force y l'État ^) sans appui : craignez que les colonnes du temple, » ébranlées par des mains vigoureuses, ne vous 3) écrasent sous leurs débris ! La défiance va s'é- » tendre dcTextrémité du royaume à l'autre : il » s'ensuivra la dissolution de la finance , du corn- « merce et des consonunations , enfin de l'Ais- » semblée nationale. Si elle y avait réfléchi, elle » aurait vu que , dans un temps de trouble et d'a- » narchie , une nation sage doit proclamer une loi » martiale financière , et donner carte blanche au » général de la finance. (Ici l'on voit Necker tout
» entier )• Direz-vous que Paris n'est pas le royau- » me ? et quel plaisir barbare pouvez - vous vous » promettre , lorsque^ sous leprë texte vain de ven- » ger la France de l'aristocratie prétendue d'une » ville , vous aurez armé la moitié du royaume >i contre l'autre? La nation partagée entre vous, » ses enfans légitimes , et le ministre , son enfant » adoptif , peut vous déshériter en faveur de celui- )) ci. Vous êtes sur le bord du précipice ; les dé- » terminations que vous allez prendre , d'ici a » trois jours , décideront du destin de la France : » Sauvez-nous ou saus^ezr^ous ! »
Quelques jours après la publication de cet écrit, Necker vint annoncer le mauvais succès de l'emprunt (i) ; il adressa des reproches amers à l'Assemblée , se plaignit des changeméns qu'elle s'était permis d'apporter à son plan ; demanda que l'Assemblée décrétât un nouvel emprunt de quatrevingts millions (2) , moitié en contrats (3) , et moitié en argent. Cette forme calculée avec les agioteurs, dont elle favorisait le jeu, réduisait l'emprunt à quarante millions; mais elle laissait au ministre la facilité de l'étendre à soixante - dix millions, en remettant dans le commerce les contrats qui y seraient portés. Les agioteurs et les
(i) L'emprunt n'avait produit que 2,600,000 fr.
(2) Ce secoad emprunt fut décre'té dans la séance du 27 août.
(3) En effets publics.
(Notes des nouv. édit. )
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capitalistes profitèrent de la circonstance crîti<]iié où se trouvait l'Assemblée ^ pour assurer leur» créances > et décider a leur avantage la grande question de Timposition des rentes dues sur l'État. Revenus de la fausse idée qu'ils avaient conçue du crédit de Necker , ils reconnurent la nécessité de se faire un parti puissant dans FAssemblée : aban-* donnant donc Necker^ qui ne pouvait plus les servir, ils surent réunir à leurs intérêts Févéque d'Autun, Mirabeau, Chapelier, Bamave, et les membres qui avaient le plus d'influence. L'évêqùe d'Autun dit qu'il était nécessaire d'affermir le crédit public; que le moyen le phis efficace était de prononcer d'une manière bien positive sur la part des créanciers de l'État; qu'il serait souveraincrment injuste de faire supporter aux rentes la plus légère imposition; que ce serait une infraction à la foi publique; qu'une réduction partielle des rentes, sous le nom d'imposition, était aussi coupable en principe qu'une suppression totale.
Ce fut avec cette logique brillante et lumineuse que l'évêque d'Autun proposa de décréter que l'Assemblée nationale renouvelait et confirmait les arrêtés du i4 juillet et du 1 5 juin, par lesquels elle avait mis les créanciers de . l'État sous la sauvegarde de l'honneur et de la loyauté française i en conséquence , qu'elle déclarait que dans aucun cas, sous aucun prétexte , il ne pouvait être fait aucune nouvelle retenue ni réduction quelconque , sur aucune partie de la dette publique.
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Mirabeau^ qui s'était oppose att premier em*^ proBt, appuya la motion de réVêque d'Autun. « Je consens^ dit Glezen^ quW décrète Femprunt); mais il n'est pas atissi pressant dé sanctionner la non-t^ductibilité de la dette publique : le ministre n a pas demandé cette sanction comme un moyen nécessaire du succèls de l'emprunt. j^Chapelier assura
que là question était décidée panfes arrêtés du 17 juillet et du 1 5 juin. Tous les capitalistes et les a^otems de l'Assemblée (et il y en avait beaucoup) se lerèrent en tumulte ^ crièrent que Id royaume était perdu y si Ton différait un setd instant dé reconnaître les grands principes démotitréâ^ d'une manière si triomphante par l-évêque d' Autan : on ne laissa pas le temps de la réflexion. L'Aaseoiblée y humiliée des reproches de Necker ^ effrayée des menaces des capitalistes^ adopta le déaret y et sacrifia y par une faiblesse coupable y les proiriaçes à Paris ^ les propriétaires aux capitalistes et aux agioteurs de Paris. L'Assemblée, débarrassée des inquiétudes que lui causaient les finances, reprit le grand oeuvre de la constitution. Msi$ avant de suivre l'Assemblée dans cet iftiportatit travail^ jetons un coup-d'œil rapide sur la situation de Paris. Cette ville remplie de déserteurs , de vagabonds attirés par l'espoir dti pillage y et affluant de toutes les .parties de la France et même ^ des pays étrangers , offrait l'image alarmante d'une prochaine désorganisation sociale. La Fayette et Bailly j fatigués de cette multitude d'hommes sans
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état y 5ans moyens de subsistance y prirent des mesures pour en débarrasser la capitale. Les révolutionnaires eussent bien voulu les retenir à Paris; c'étaient des instrumens utiles à l'exécution de leurs secrets desseins .... Us servaient y en attendant y à fomenter le désordre y à prolonger l'anarchie y k tenir le peuple <^s une continuelle agitation < car on sentait que dRe peuple reprenait son ancienne tranquillité y qu'il parvint a se rassurer sur les prétendus complots dés aristocrates y on ne pourrait plus le porter si facilement aux excès que l'on se proposait de commettre sous son nom* Aussi avait* on grand soin d'alimenter ses craintes ^ de lui fooi^ nir sans cesse de nouvelles inquiétudes* On répan-^ dait avec affectation des matières sulphureuses et [bitumineuses sur le passage des patrouilles. Quelquesliommes apostés aba^donnaient^ en s'enfiiyant^ des barils iiemplis de poudres combustibles; et cela^ pour persuader au peuple qu'il existait un projet d'incendier Paris. On avait ^ disait-on , saisi à la Douane des caisses de poignards; mais l'on ne parlait ni de ceux à qui elles étaient adressées^ ni de ceux par qui elles étaient envoyées. On semait des bruits alarmans sur l'approvisionnement de Paris : cet approvisionnement , àjoutait-on , eût pu se faire avec la plus grande facilité : la cherté ^et la rareté du pain sont les fruits de complots parlementaires et aristocratiques : les nobles et leé privilégiés brûlent les moiidins y défendent à leurs fermiers et à leurs vassaux de vendre leurs blés :
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le ministère s'efforce lui - même d'entretenir la disette ; il a fait de fausses spéculations sur les farines tirées de l'étranger : il veut que ces farines ayariëes et pourries se consomment ; il empêche l'amvée des blés nouveaux. On insinuait que Necker était un des auteurs de ce monopole.
Des manœuvres encore plus adroitement combinées concouraient à augmenter les alarmes du peuple j on faisait sortir mystérieusement de Paris quelques charretées de blé ; les conducteurs avaient ordre de dire que c'était du sel et du riz qu'ils menaient au Havre : tout-à-coup une jeune fille ou quelque vieille femme perçait un dés sacs; il en tombait du blé. On criait que les aristocrates enlevaient le blé de Paris ; qu'ils voulaient faire mourir le peuple de faim. La populace s'ameutait^ conduisait les charrettes au district ou à la halle ^ et distribuait le blé : mais les charretiers et les chevauX' disparaissaient pendant le tumulte. C'est par ces moyens coupables que l'on excitait la haine et la fureur du peuple contre la noblesse et le clei^é ; que l'on attaquait Necker et les ministres dans lopinion^ et qu'en tourmentant sans cesse le peuple^ on préparait les journées des 5 et 6 octobre, qui, dans les projets des conjurés, devaient amener l'heureux terme de leurs travaux.
A ces causés de trouUes , sans cesse renaissantes , se joignirent d'autres causes non moins puissantes , mais qui tiennent plus particulièrement au caractère français : l'unité sociale rompue , chaque cor-
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poratioD > chaque individu y se croyait l'État et U nation. Un délire uniyersel /semblait s être empare des tètes : tout était corps délibérant. Les soldats gpgtsL gardes délibéraient à l'Oratoire y les garçons tailleurs à la Ck)lonnade y les perruquiers aux Champs-Elysées; quatre mille domestiques ouvrirent leurs séances au Louvre^ malgré les défenses de la municipalité et les efforts de la garde nationale ; trob mille garçons cordonniers s'assemUèrent à la place Louis XV y prononcèrent que ceux qui feraient des souliers au-dessous du prix convenu seraient chassés hors du royaume. Mais rien n'égalait Tanarchie des districts ; tous avaient un comité permanent y un comité de police y un cooiité militaire^ un comité civil y un comité de subsistances. Chaque comité était muni de son prési** dent 9 de son vice- président , de ses secrétaires: chaque district s'attribuait le pouvoir législatif; chaque comité le pouvoir exécutif. Les cabales, les intrigues décidaient les élections : on distribuait des cartes sur lesquelles étaient inscrits les noms de ceux qu'il fallait nommer. La manie des épaule ttes avait saisi les bourgeois.... Avocats^ procureurs y clercs de notaires y artistes y marchands y courtauts de boutiques , comédiens , tous voulaient être officiers et demandaient des épaulettes. La mésintelligenee éclata bientôt entre les districts et la cominune de Paris. Les districts avaient nommé deux députés pour former l'assemblée de l'Hôtel-de-Y ille y sous le nom de représentans de la
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cômiQune; ils prétendirent que ces représentans n'étaient que de simples commis soumis aux districts p obligés de rendre compta de leurs opérations 9 révocables à volonté ^ et dont ils pouvaient casser les décisions lorsqu'elles ne leur convenaient pas. En conséquence y les districts faisaient afficher des délibérations contraires à celles que prenaient ^ à la Ville ^ les représentans de la commune : souvent ce qui était rejeté par un district était admis par un autre ; de-là une bigarrure ridicule d'arrêtés contradictoires (i).
Les districts y composés d'hommes d une ignorance grossière 9 d'une impéritie absolue dans les matiçres d'administration y d'ouvriers transportés de leurs ateliers y de leurs forges y de leurs boutiques^ au milieu des délibérations publiques^ offraient y aux yeux de l'observateui" y le spectacle ridiculie de grossières saturnales : les motions les plus extravagantes étaient les plus universellement adoptées* Les hommes de loi^ les gens de pratique y les intrigans y aussi ignorans , mais plus cauteleux y dominaient ces assemblées bruyantes : ils en avaient chassé les citoyens instruits y en répandant contre eux des soupçons d'aristocratie^ et en, hurlant à chaque phrase les mots de liberté y de civisme , de souveraineté du peuple. Fiers de se voir
(r) Voir, sur cet état de choses y les détails trës-cîrcoiijitan- 'Clés contenus dans les Mémoires de Bailly.
(Note des nouv^ édit.)
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revêtus de rautorité de l'ancienne policé, ils exerçaient la tyrannie la plus vexatoire, prononçaîcfnt des décisions arbitraires, faisaient arrêter et emprisonner les citoyens sur le plus léger prétexte. On arrachait des hommes et des femmes de leur lit , par les ordres bizarres d'un président de district; on les forçait de traverser Paris, avec scandale , au milieu de soldats armés de baïonnettes , et de venir comparaître au tribunal d'un commissaire de police. Des jfîlles honnêtes se voyaient enlever sur la porte de leur maison , et renfermer avec des prostituées.
Deux partis divisaient l'Assemblée nationale et Paris. Le premier, que j'appellerai parti d'Orléans ou des révolutionnaires, comptait parmi ses principaux agens Mirabeau , Chapelier, Barnave , Sillery, Latouche, Menou, les Lameth, plusieurs députés bretons, une foule d'aventuriers de la capitale, des étrangers , des journalistes, des écrivains, des femmes, des chefs de district.
Le second , appelé parti constitutionnel ou Necker, avait Mounier, Lally , Clermont, Virieu, quelques députés de la minorité de la noblesse, beaucoup de députés des communes, La Fayette, Bailly, le plus grand nombre des membres de la municipalité , les principaux chefs de la garde nationale, tous ceux enfin qui désiraient moins un changement dans le gouvernement , qu'ils n'ambitionnaient les places de ceux qui gouvernaient. Ce parti avait aussi ses femmes, ses journalistes.