‹ Mémoires du marquis de FerrièresChapitre 21 sur 24 · LIVRE Y. Syi · texte numérisé non relu

LIVRE Y. Syi

reçoive un échange de sa trahison : c'est le sçul moyen de vous conserver purs, et de déjouer les complots que vos ennemis ne cessent de tramer contre vous. »

L'Assemblée avait demandé aux ministres des renseignemens sur letat des subsistances de la ville de Paris, et sur les moyens les plus propres à faire cesser une disette factice qui toujimentait le peuple. Les ministres répondirent par des plaintes vagues : Ils éprouvaient des difficultés sans xresse renaissantes ,l€S peuples refusaient d'obéir, le désordre et Fanarchie étaient au comble , Tautorité royale était sans force ; il n'y avait qu'une entière confiance de l'Assemblée, dans les mesures que prendraient les ministres, qui put arrêter le mal; mais il faudrait être à portée de discuter avec l'Assemblée ces /mesures dans leur ensemble. Mirabeau saisit une occasion si favorable d'obtenir le décret qu il désirait : il proposa d'admçttre les ministres dans le sein de l'A-ssemblée. avec voix consultative , de les autoriser à discuter les objets de l'administration (i). Un cri général s'éleva contre cette proposition. Alexandre Lameth et Barnave la combattirent. Mirabeau employa vainement toutes les ressources de son éloquence pour en démontrer leë avantages : ce n'était pas la chose publique que la plupartdes députés envisageaient dans

(i) 6 novembre.

^ja LIVRE T.

cette importante question ; ils ne voyaient que Mirabeau. Les nobles attachés a Tancien régime et les nobles attachés à la révolution voulaient également 1 éloigner du ministère. Adrien Duport lui reprocha ses vues ambitieuses , parla de la nécessité d'opposer une loi aux calculs de l'intérêt personnel, demanda qu'aucun des membres de l'Assemblée actuelle ne pût, pendant la durée de la session^ accepter aucune place du gouvernement. Cette demande fut accueillie, et le décret passa à l'unanimité (i). Au milieu de ces affaires particulières, les révolutionnaires marchaient à grands pas à^la nouvelle constitution. Il fallait achever de renverser l'ancien gouvernement, et pour cela anéantir les états provinciaux , les corporations , les tribunaux ; enlever au monarque la nomination des places, la transmettre au peuple; en exclure les nobles, les prêtres, les hommes contraires à la révolution; dissoudre tous les pouvoirs, en créer de nouve aux, qui n'eussent avec le monarque que des relations fictives et honorifiques; armer ces pouvoirs les uns contre les autres ; de sorte que , dans un état de guerre et d'anarchie , ils fussent forcés de recourir à l'Assemblée ; les armer contre le monarque, afin que, comprimé de toutes parts , fatigué d'une lutte continuelle , il ne pût ni les diriger ni les contenir, ft que l'Assemblée , placée entre le gouvernement et le monarque, se servît alternativement de l'un et de

(i) ^ uoveinbre.

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Fautre pour les dominer tous les deux. L'abbé Sieyes conçut un plan qui parut propre à concilier les vues des révolutionnaires : Thouret se chargea de le présenter (i). C'était une nouvelle divisioade la France, qui, détruisant les limites des provinces^ changeant même leurs dénominations et les con*fondant dans un tout homogène, amenait sans effort le gouvernement populaire que les révolutionnaires voulaient substituer au gouvernement monarchique. D'après ce plan, la France fut par-rtagée en quatre-vingt-trois départemens , à peu près égaux en grandeur et en population, formant chacun une administration indépendante, composée d'un conseil administratif de trente -six membres^ d'un directoire toujours en activité, chargé de l'administration générale du département. Chaque département fut partagé en districts, composés d'un conseil administratif de douze membres , d'un directoire de cinq, chargé de l'administration générale du district, obligé, pour rendre ses jugemens exécutoires , de les faire viser au département. Chaque district fut partagé en cantons , formant un arrondissement de six ou"&r*pt paroisses. Les cantons n'eurent aucune juridiction ; ils devaient servir lors des élections à rassembler au chef-liea les citoyens des paroisses de leur arrondissement* Chaque département eut un tribunal criminel,

(i) La discussion sur cet objet s'ouvrit le 3 novembre i^Sgp Le décret fut proclamé le i5 janvier 1790..

chaque district un tribunal civil y chaque canton un tribunal de paix.

La cour vit , avec une secrète joie , que l'Assemblée renversait les barrières qui , jusques-là , s'étaient opposées au despotisme du monarque; qu'elle le tirait de la dépendance des parlemens, des pays d'états y et réalisait les plans de Galonné^ de l'archevêque de Sens^ Brienne^ et du chancelier Lamoignon , plans contre lesquels la France , quelques mois auparavant^ s'était soulevée avec tant d'opiniâtreté. En effet ^ personne à la cour ne doutait que le roi ne recouvrât bientôt la plénitude de son autorité. Les ministres comptaient profiter, pour eux-mêmes , de ce que l'Assemblée croyait si propre à assurer la liberté du peuple et à drmenter la nouvelle constitution. Les révolutionnaires virent mieux. D'ailleurs^ en détruisant les corps qui leur portaient omlyage y ils les remplacèrent par une force toujours prête à agir , mais entièrement dans leur dépendance , et hors des pouvoirs qu'ils seraient obligés de déléguer au monarque. Les révolutionnaires établirent dans chaque paroisse, qu'ils nommèrent commune (afin, en changeant, les noms , de changer plus sûrement les choses) y un corps municipal qu'ils investirent de grands pouvoirs. Ce qui distingue les municipalités des autres autorités constituées y c'est que le peuple nomme immédiatement les officiers mu- .nicipaux, tandis que les administrateurs de département, de district, les juges des tribunaux,

. $ont nommes par un certaia nombre d électeurs

^ choisis à cet effet dans les assemblées primaires. La raison de cette différence est simple : les révolutionnaires, voulant remettre entre les mains des municipalités l'exercice de la force publique, le choix des officiers municipaux devenait pour eux

, plus importa^nt. On fixa le nombre des officiers^ municipaux en raison de la population. Les bourgS; et villages îu- dessous de cinq cents personnes n'eurent que trois pfficiers municipaux ; les villes dont la population excède cent mille âmes en eurent vingt-un ; et afin de rendre ces corps plus populjaires , d'y maintenir plus sûrement leur influence, les révolutionnaires ajoutèrent à chaque

. municipalité des notables destinés à former, conjointement avec les officiers municipaux , ce qu'ils appelèrent le conseil -général de la commune, i^umettant ainsi les affaires majeures à une délibération plus nombreuse , par conséquent plus difficile à coiTompre.

Les moindres municipalités furent donc composées de neuf membres , et celles des villes audessus de cent mille âmes, de soixante-cinq, ce qui, cumulant les quarante-quatre mille municipalités du royaume, et prenant j>our terme moyen vingt-cinq membres par municipalité, donnait un résultat de onze cent soixante et quinze mille tant officiers municipaux que notables. Joignez-y deux mille neuf cent quatre-vingt-huit administrateurs de départemept , six mille neuf cent cinquante

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administrateurs de district , quatre cents juges de tribunaux criminels de département, trois mille sept cents juges de tribunaux de district, cinq mille juges de paii^ de canton, quatre^vîngt mille assesseurs près les tribunaux de ces juges de paix , vous aurez une administration générale pour l'intérieur seulement, de 1 5oo mille individus, tous tenant leurs pouvoirs du peuple , tous agens immédiats de l'Assemblée. C'étaitcertesbeaucoup trop compliquer les ressorts du gouvei'nement ; mais les révolutionnaires, par une antique habitude, frappés d'une secrète terreur au seul nom de roi, ne pouvaient secouer une crainte servile , fruit d'un long esclavage ; ils croyaient à chaque instant voir le géant colossal se relever plus fort et plus terrible que jamais, et secouant d'un bras vigoureux les colonnes mal affermies de leur frêle édifice , le renverser en un instant et les écraser sous ses ruines. La facilité même avec laquelle ils avaient terrassé ce redoutable adversaire, loin de les rassurer, ne servait qu'à augmenter leurs défiances : ils attribuaient leurs succès moins à sa faiblesse réelle qu'à une politique adroite, w Le pouvoir exécutif fait le mort , » s'écriait Charles Lameth dans un de ces mouvemens d'inquiétude qui tourmentaient souvent les révolutionnaires.

Ce fut surtout dans les fonctions attribuées aux municipalités que les révolutionnaires montrèrent leur prédilection pour ces corps , et le but qu'ils 6^'élaient proposé en les créant. On leur confia la

régie des biens et revenus communs des villes , bourgs , paroisses et communautés ; on les chargea de régler et de payer les dépenses locales, de diriger et de faire exécuter les travaux publics, d'administrer les établissemens appartenant à la commune , de veiller à la salubrité , à la propreté, à la tranquillité des rues , des places et des édifices publics , de répartir la contribution directe entre lès citoyens , d'en faire la perception et le versement dans les caisses. On leur confia la direction immédiate des travaux, des établissemens, des propriétés publiques , la police générale et particulière des spectacles, l'inspection directe des réparations et reconstructions des églises , presbytères et autres objets du culte religieux. Mais le droit le plus important, et qui en fit une véritable puissance, ce fut celui de requérir seuls la force publique , et d'empêcher ainsi d'agir ou de faire agir à leur gré les gardes nationales et les troupes de ligne ; par conséquent , d'activer les forces que l'Assemblée retenait entre ses mains , en paralysant , lorsqu'elle le jugerait convenable , celle qu'elle serait contrainte de laisser à la dispositioa du monarque. Les révolutionnaires classèrent tous les Français en citoyens actifs et eii citoyens non actifs : les seuls citoyens actifs furent admis à concourir aux élections. 'Quelque bas qu'on eût porté le taux de revenu pour l'exercice des droits de citoyen actif , puisqu'il suffisait de payer une contribution directe équivalente aux prix de trois jour-

nées de travail , estimées 45 sols , plusieurs députés s'élevèrent contre cette démarcation contraire à l'égalité reconnue et proclamée dans la déclaration des droits de l'homme.

Tandis que les révolutionnaires posaient les bases de la nouvelle constitution sur les ruines de la monarchie , les partisans de l'ancien régime travaillaient à aiTeter des entreprises qu'ils nommaient une révolte coupable., Les évêques , dans leurs mandemens, déploraient la ruine de la religion , tonnaient contre les usurpations impies de l'Assemblée ^ appelaient le peuple à la révolte. Les états du Languedoc et de Bretagne s'assemblèrent, protestèrent contre l'abolition de leurs privilèges, contre la division de leurs provinces en départemens. Les. parlemens de Rouen, de Bordeaux, de Metz, de Toulouse, prirent des arrêtés dans lesquels, déposant, disaient-ils, entre les mains du roi leurs craintes sur des innovations si contraires aux droits du monarque et des sujets, ils assuraient qu'ils ne pouvaient obéir au décret qui supprimait d'antiques tribunaux essentiellement Jiés à lexistence de la monarchie. En même temps, une foule de journaux , de pamphlets , payés par le ministère , exagéraient les inconvéniens de la nouvelle constitution , l'impossibilité qu'elle marchât. Quelques hommes , ne soupçonnant pas même le changement qui s'était fait dans Topinion , essayèrent l'arme du ridicule , si puissante dans les temps que la cour , et ce qu^on nommait

à Paris la bonne compagnie , prononçaient arbitrairement des talens^ du mérite et de Fesprit. Les sarcasmes tombèrent de toutes parts sur les députés révolutionnaires ; cette arme , jadis si formidable , mollit entre les mains de ceux qui voulurent l'employer. Le Français s'était élancé dans les grandes discussions politiques. Un bon mot^ un mauvais quolibet ^ une froide plaisanterie^ venaient s'émousser contre des hommes mus par 4es intérêts plus puissans, et n'obtenaient que le léger sourire de quelques femmes et de quelques hommes du bon ton, qui trouvaient les députés révolutionnaires ridicules , parce qu'ils n'avaient pas leurs formes. Le peuple , insensible aux reproches injustes ou minutieux qu'on leur faisait, s'obstina à voir en eux des honmies probes, instruits, courageux, ennemis ardens du despotisme, zélateurs courageux de la liberté , animés du désir du bien , et s'eâbrçant de rendre à la nation ses droits usurpés.

Les révolutionnaires renversèrent aisément ces faibles obstacles ; les chambres des vacations rebelles furent supprimées et remplacées par d'autres tribunaux; les commissions des états, déclarées ne point représenter le peuple. La plupart des villes de provinces abandonnèrent leurs parlemens et se présentèrent pour les dénonc3r; tant les révolutionnaires avaient eu l'art de persuader au peuple que tout ce qu'ils faisaient n'était que pour son bonheur^ et tant ils surent intéresser

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au nouvel ordre de choses la majorité de la nation. Les ministres contribuèrent par leur faiblesse et par leur désunion aux progrès des révolutionnaires. Au lieu de contenir un torrent qui menaçait de tout renverser , ils attendirent qu'il s'arrêtât de lui-même , et lorsqu'ils s'aperçurent qu'il allait les entraîner ainsi que le monarque , loin de rallier autour d'eux tous les intérêts et d'opposer aux révolutionnaires de la franchise , du courage et une grande activité , ils ne leur opposèrent que jde petits mayens , de petites intrigues. Ils ne cherchèrent point à raffermir sur ses bases un gouvernement qui croulait de toutes parts ; au contraire , ils fomentèrent les désordres , propagèrent l'anarchie , croyant que le peuple fatigué reprendrait de lui-même ses fers. Les révolutionnaires ne refusèrent point ce nouveau genre de combat. En effet , cette guerre intestine tourna toute à leur avantage ; car, lorsqu'ils avaient le dessous , ce qui arrivait rarement , des décrets foudroyans terrassaient leurs adversaires et leur enlevaient le fruit de la victoire. Uç les destituaient de leurs places , les emprisonnaient, contraignaient le roi et ses ministres à sanctionner et à exécuter leurs décrets , et à concourir eux-mêmes à la ruine d'hommes qui n'agissaient que d'après des ordres ; ayant toujours pour eux les formes de la loi , ils les accablaient de son poids sans que personne osât les défendre. Les révolutionnaires se sentaient-ils les plus forts , ils n'attendaient pas qu ou

les attaquât , ils attaquaient les premiei^ ; ensuite ils criaient coatre ceux qu'ils avaient dépouilles , emprisonnés, maltraités y assassinés y les accusaient de projets de contre-révolution. Un décret armait les oppressem^s , et n'arrachait momentanément les opprimés à leur rage, que pour les soumettre à loppression encore plus insupportable de la loi, en les jetant , sans les entendre , dans des cachots où on les laissait languir des mois et des années.

C'est ainsi qu'à Marseille et à Nimes , M. J^lbert de Rioms et les officiers nmnicipaux furent rendus responsables et punis des violences auxquelles on s'était porté contre eux. En vain Malouet , Casalès , Virieu , demandèrent-ils qu'on autorisât le pouvoir exécutif à réprimer ces excès. Les révolutionnaires répondirent que donner une autorité illimitée au roi , sous la fausse spéculation d'arrêter quelques désordres partiels très-exagérés, c'était tuer la liberté. Robespierre assura que le peuple était ti'ès-pacifique ; que ces prétendus désordres se réduisaient à des châteaux brûlés : encore ces accidens n'étaient-ils tombés que sur des magistrats rebelles. « Cessez, ajouta Robespierre en s'adressant aux évêques et aux nobles , cessez de calomnier le peuple. Que les ennemis de la révolution ne viennent plus dans cette enceinte lui reprocher xdes barbaries , des atrocités ; moi j'atteste que jamais révolution n'a coûté si peu de sang , n'a occasionné si peu de meurtres , de cruautés. Quel spectacle que celui d ua peuple qui , maître de ss^

destinée , et voyant abattre devant lui les pouvoirs qui l'ont si long-temps opprimé , rentre de luimême dans Tordre et demande une constitution ! Sa douceur et sa modération admirables déconcertent les manœuvres de ses ennemis. N'oublions pas , Messieurs , que l'établissement de notre constitution dépend de l'esprit public ; ne voyez-vous pas que l'on s'efforce d'énerver les sentimens du peuple , que Ton voudrait rétablir la tranquillité aux dépens de la liberté.» Le comte de Mirabeau, enchérissant sur cette sanglante ironie , s'écria : a On ose nous proposer de donner un pouvoir dictatorial à un seul homme y dans un moment oh la nation a ses représentans légaux , où elle travaille à sa constitution ! Lisez , lisez ces lignes de sang dans les lettres de l'empereur Joseph au général Alton : Tcdme mieux voir des^ villages incendiés que des villages révoltés. Voilà le code des dictateiurs; voilà ce qu'on ne craint pas de demander à une Assemblée qui a eu le courage de sauver deux fois la France des proclamations dictatoriales des mois de juin et de juillet ! » " Un événement vint encore augmenter les défiances. On parlait depuis quelque temps de complots contre l'Assemblée , de conspirations contre la liberté du peuple. C'étaient plutôt des soupçons vagues , fruits de l'inquiétude générale qui agitait les esprits , que ce n'était une connaissance acquise par des faits : l'arrestation du niarquîs de Favras fixa l'incertitude du peuple. Thomas de Mahi'^

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connu sous le nom de marquis de Favras (i) , était uii de ces hommes si communs dans les cours , qui n'ont d'autre patrimoine que l'intrigue, qui s'immiscent dans toutes les aflaires y qui entrent dans tous les projets où ils croient apercevoir un lucre. Favras avait été successivement oflScier d'infanterie , capitaine de dragons , lieutenant des gardessoisses de Monsieur , frère du roi ; sorti de ce dernier corps en 1776, il parcourut T Allemagne , «e maria avec une princesse d'Anhalt-Schaïunbourg , que le prince d' Anhalt , chef de la maisou , refusait de reconnaître. Il passa de-là -en Russie , où il obtint du service; bientôt, dégoûté de cette cOur, il revint en France, dans l'espoir que la grande naissance de son épouse lui procurerait les moyens de réaliser ses vues ambitieuses. La con- Tocation des états-généraux offrait un vaste champ à tous ces hommes qui spéculent indifféremment et sur le bonheur et sur le malheur de leur patrie, et qui suivent les grands mouvemens des États , comme les requins suivent les vaisseaux qui font des voyages de long cours. Favras se tint constamment à Versailles tant que l'Assemblée nationale y demeura. Il donna des plans de finance , slntroduisit auprès des comités, prit part à tous les cvénemens, se trouva le 5 octobre au château;

(i) Voir, sur cette affisiire y les Éclaircitsemens et pièces historiques. (Lettré F.)

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et la y voulant montrer son zèle pour le roi et pour la famille royale , il demanda au ministre Saint- Pries t la permission de se mettre à la tête de quelr ques hommes de bonne volonté , qui protégeraient la retraite du roi à Metz et enlèveraient les canons que les femmes venues de Paris avaient placés dans Tavernue de Versailles. Favras suivit l'Assemblée nationale à Paris : il continua d'intriguer Quelques dénonciations très - indéterminées le rendirent suspect : on épia ses démarches. Le comité des recherches ayant enfin acquis les renseignemens nécessaires à la preuve des complots qu'il soupçonnait, on arrêta M. et madame de Favras (i) , on mit le scellé sur leurs papiers, et on les conduisit à l'Abbaye-Saint-Germain. La manière dont on annonça l'arrestation de Favras causa une alarme générale. On devait, assurait ^u bulletin , introduire la nuit dans Paris des hommes armés ; assassiner La Fayette , Necker , Bailly ; attaquer la garde du roi ; enlever Louis XVI , le mettre à la tête d'une puissante armée; affamer Paris. Monsieur, frère du roi, était le chef de cette entrepiiise ; Favras négociait au nom de ce prince un emprunt de sommes considérables.

Monsieur, alarmé de voir son nom mêlé^dans cette affaire, se rendit à la municipalité (2). L6 désir de repousser une calomnie atroce l'amenait,

(i) Favras fut arrête le vendredi, 25 décembre. (^) Le samedi y 26 décembre.

dit-il, au milieu des r^présentans de la commune; on répandait avec affectation qu'il avait de grande^ liaisons avec M. de Favras; il croyait, en sa qualité de citoyen de Paris, devoir instruire la commune des seuls rapports sous lesquels il connaissait M. de Favras. M. de Favras était entré en 1773 dans ses gardes-suisses; il en était sorti en 1775. Monsieur ne lui avait pas parlé depuis ce jour; mais, privé de la jouissance de ses revenus, inquiet sur les paiemens considérables qu il avait à faire en janvier, il avait désiré satisfaire à ses engagemens sans être à charge au trésor public , et , pour y parvenir, il avait formé le projet d'aliéner en contrats la somme qui lui était nécessaire. On lui avait représenté qu'il serait moins coûteux à ses finances de faire un emprunt. M. de la Châtre lui avait indiqué M. de Favras comme pouvant effectuer cet emprunt par MM. Chomcl et Sartorius. En conséquence y Monsieur avait souscrit une obligation de 2 millions, somme . nécessaire pour acquitter ses engagemens et pour payer sa maison. Cette affaire était purement de finance; il avait chargé son trésorier de la suivre ; il. n'avait point vu M', de Favras, il ne lui avait point écrit, il n'avait eu au-r cune communication avec lui; ce que M. de Fa\Tas pouvait avoir fait d'ailleurs lui était parfaitement inconnu. Cependant, on distribuait avec profusion dans la capitale un écrit où on l'accusait d'être à la tête d'un complot tendant à assassiner le maire et

le commandant de la garde nationale , à introduire

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trente mille hommes dans Paris. « Vous n'attendez }) pas de moi^ Messieurs*^ que je m'abaisse jus- » qua me justifier d'un crime aussi bas^ mais^ » dans un temps où les calomnies les plus absurdes » peuvent faire aisément confondre les meilleurs » citoyens avec les ennemis de la révolution^ jai » cru devoir au roi , à vous et à moi-même , d'en- » trer dans le détail que vous venez d'entendre, afin » que lopinion publique ne puisse rester un seul » instant incertaine. Quant à mes opinions per- » sonnelles, j'en parlerai avec confiance à mes » concitoyens. Depuis le jour où, dans la seconde }} assemblée des ^ notables , je me déclarai sur la » question fondamentale qui divisait encore les » esprits , je n'ai pas cessé de croire qu'une grande N^ révolution était prête; que le roi, par ses inten- » tions , ses vertus , son rang suprême , devait en » être le chef , puisque cette révolution ne pouvait n être avantageuse à la nation sans l'être égale- » ment au monarque ; enfin , que l'autorité royale » devait être le rempart de la liberté nationale, » et la liberté nationale la base de l'autorité royale. » 'Que l'on cite une seule de mes actions , un seul » de mes discours qui ait démenti ces principes, et » qui ait montré que , dans quelque circonstance où » j'aie été, le bonheur du roi, celui du peuple, a *) cessé d'être Tunique objet de mes vœux : jusque- » là, j'ai le drpit d'être cru sur ma parole; je n'ai to jamais changé de sentimens ni de principes. » Cette démarche de Monsieur chatouilla agréa-

.'Sf.

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blement Torgueil de la commune et du peuple de Paris. Ce fut uû spectacle étrange et bien nouveau de voir le premier prince du sang, le frère aîné du roi , accourir en personne se justifier devant quelques petits bourgeois qui y naguère , n'eussent seulement osé le regarder en face, et s'empresser de repousser, par des aveux et des détails humilians (i) , une imputation hasardée dans un bulletin inconnu. Celte reconnaissance solennelle des droits et de la juridictioti suprême du peuple souverain aurait dû démontrer à tous les hommes sages que la révolution était faite , qu elle soumettait déjà à son pouvoir les têtes les plus augustes. Aussi le maire Bailly ne put-il cacher sa joie, w Vous venez, dit-il à Monsieur, de donner un nouvel exemple de l'égalité civile , en vous confondant avec les représentans de la commune, et semblant ne vouloir être apprécié que par vos sentimens patriotiques. »

. Chacun vit clairement que Favras était sacrifié , fin ordinaire de toutes les entreprises mal dirigées auxquelles se prêtent des subalternes lorsqu'ils embrassent follement les intérêts et les passions des grands (2) . On poursuivit le procès de Favras avec

(i) Les détails dans lesquels le prince avait cru devoir entrer, n'ayant rien que d'honorable pour sa personne et pour son caractère , l'expression de Ferriëres bous parait manquer de justesse. {Note des nom», édit.)

(2) Cette réflexion qui semblerait impl iqXier l'idée que Fa-

beaucoup d'activité. Turcati et Morel, à la fois espions , dénonciateurs et témoins , déposèrent que Favras les avait chargés de trouver des gens de bonne volonté, pour établir à Versailles un corps de douze cents hommes de cavalerie, capable de protéger la retraite du roi à Metz ; qu'il leur avait avoué qu'il entretenait des correspondances en Picardie, en Artois, dans lé Hainaut et dans le Cambresis; que le projet était d'enlever le roi, le garde-des-sceaux ; d'assassiner Necker, I^a Fayette , Bailly; qu'aussitôt que le roi serait sorti de ï^aris,il appellerait auprès de lui les états-génëraux et les parlemens; qu'il leur ferait savoir ses volontés, déjà expliquées d'une manière précise dans la déclaration du 25 juin; que, dans le cas où l'on opposerait quelque résistance, le roi convoquerait bur-le-champ de nouveaux états-généraux; qu'il serait facile de contenir Paris en se faisant des créatures parmi le peuple, et en gagnant une partie de la garde soldée. Favras nia qu'il eût jamais formé un pareil projet. En effet, est-il possible de croire qu'avec un faible corps de douze cents hommes , Favras eût conçu la folle pensée d'enlever le roi, le garde-des-sceaux; d'assassiner La Fayette, Necker, Bailly, et cela au milieu de trente-six mille

vras était coupable , nous parait contredite par les considérations que l'auteur développe , un peu plus bas , pour sa justification , et par cette autre réflexion que Favras ne tenait à personne. (Note des nom. édit.)

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Iiommcs de gardes natîoniales^ de trois cent mille citoyens armés, qu'un coup de cloche ou de canoor 'pouvait rassembler en un instant. Où était le^ dépôt des douze 'cents hommes? On ne nommait aucun des hommes. Et quels étaient les dénonciateurs? deux recruteurs sans fortune, alléchés par l'appât d'une somme de 24^000 livres, promise à toute personne qui dénoncerait un complot contre la nation.

Mais les circonstances n'étaient pas favorables à Favras. Le Châtelet venait de décharger Besenval d'accusation (1) , d élargir Augeard, fermier général et secrétaire des commandemens de la reine , chez lequel on avait saisi un mémoire , écrit de sa propre main, qui contenait un plan raisonné d'opérer la retraite du roi à Metz et la dissolution de l'Assemblée (2). Le peuple n'avait vu qu'avec une

(i) M. de Besenval fat mis en liberté le vendredi , 29 jan-» vicr 1790. {Noie des nouv. édil.)

(i) Bertrand de Molleville parle , à Toccasion des événemens des 5 et 6 octobre , « d'un plan d'évasion du roi, que » M. Augeard, fermier-général , avait rédigé sans en être i> chargé , et dans l'intention de l'oiTrir à sa majesté , dans » le cas oii elle péWirrait en avoir besoin. Il n'avait commu- » nique ce plan à personne , lorsque son secrétaire eut la » scélératesse de lui en enlever la minute pour l'aller re- >» mettre au comité de police de l'Hôtel-de- Ville. M. Au- » geard n'en fut pas moins mis en prison; les délations fu- » rent encouragées et récoip pensées ; et on arrêta un grand » nombre de personnes comme suspectes d'avoir eu part k

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espèce de fureur qu'on eut soustrait ces deux hommes à sa vengeauce , surtout Besenval , qu'il regardait comme le principal auteur de la conspira-* lion du i4 juillet. Il lui fallait une autre victime. Favras , intrigant subalterne , ne tenait à personne. Besenval tenait au corps helvétique; la reine pouvait se troùvet* impliquée dans la procédure dirigée contre Augeard et contre lui.

Les révolutionnaires ne prirent point le change; ils s'élevèrent contre le Chatelet , le taxèrent de partialité , lui reprochèrent de refuser à Favras le nom de son dénonciateur, de s'opposer à l'audition des témoins qu'il produisait à sa décharge. Le peuple ne partagea point ces sentiraens favorables ; il ne vit dans Favras qu'un marquis qu'on allait pendre, supplice jusques-là réservé au peuple , et qui, appliqué à un noble, sanctionnait à ses yeux l'égalité civile. Le jour que les juges allèrent aux opinions , une foule immense , répandue autour du Chatelet , demanda à grands cris la mort de Favras. Ce mouvement intimida ^ dit-on , les juges. Talon , lieutenant civil, vendu à la cour, présidait le Chatelet. On avait résolu d'enterrer avec Favras tous les indices qui auraient pu dévoiler les ressorts se-

>» cette prétendue conspiration. Elle donna lieu à une pro- » cédure criminelle, qui fut poursuivie au Chatelet avec le >» plus grand éclat, et qui se termina par un'jugement d*ab- » solution en faveur de M. Augeard. »

{Note des noui^, t^dit.)

crets qu'on avait fait jouer dans cette* affaire. Favras fut condamné à être pendu (i) ; il reçut avec fermeté cd jugemeat y au moins trop sévère . a Votre vie y lui dit bêtement Quat remère y rapporteur de cet étrange procès y est un sacrifice que vous devez à la tranquillité publique. >> Favras ne lui répondit que par un regard de mépris.

Dès que le peuple aperçut Favras (3) sur la fatale charrette y en chemise y la co;rde au cou y ayant le bourreau derrière lui y ce fut une ivresse y des battemens de mains ; on eut dit que Ton venait de remporter une grande victoire. Des hommes du peuple couraient les rues^ arrêtaient les passans, leur demandaient pour boire ^ en disant avec un air de satisfaction qu'on allait pendre Favras. Favras, calme ^ majestueux^ ne parut ni irrité ni même affecté de cet atroce délire du peuple. Il monta à THôtel-de-Ville , dicta avec un sang-froid héroïque son testament de mprt. Favras avx>ue^ dans cet écrit y qu^n grand seigneur d'une maison qui marche après celle de nos rois^ et attaché à la cour^ ayant désiré lui parler^ il se rendit chez ce seigneur; que ce seigneur l'assura que la manière dont il avait voulu le 5 octobre garantir les jours du roi y^ lui avait donné une grande opinion de son attachement à Loms XYI; que^ s'il avait quelque

(i) Le jeudi , 18 février.

(a) Le vendredi , ig février.

moyen de prévenir le coup terrible dont ce prince .était menacé , il le priait de l'employer; qu'il serait utile de connaître l'esprit du faubourg Saint- Antoine; que cette connaissance pouvant l'engager dans des dépenses, il lui offrait cent louis pour recueillir les instructions dont on avait besoin; que sa délicatesse ne devait pas souffrir d'accepter ces cent louis ; qu'il les lui donnerait dans un lieu propre a lever tous ses scrupules. Ce grand seigneur rinvita a se trouver le soir chez le roi. Favras s'y rendit. Le grand seigneur, en sortant du cabinet du roij lui remit cent louis. Ils descendirent ensemble du château ; le grand seigneur le reconduisit jusques dans la rue Vivieryie , l'entretenant des dangers que courait le roi. Favras ajouta que , dans un autre entretien, ce grand seigneur lui parla d'un projet de nommer un connétable et un nouveau commandant de la garde nationale de Paris; l'assurant que par ce moyen tous les troubles cesseraient, et que le roi recouvrerait son autorité. Favras hasarda quelques observations sur la jeunesse de ceux auxquels on destinait ceç deux places : ces observations parurent déplaire. Depuis ce dernier entretien , il vit peu ce grand seigneur ; et même, quelques joufs avant son arrestation, aj'^ant été chez lui, le grand seigneur le pria de ne plus le voir, parce qu'il commençait à devenir suspect. Le rapporteur Quatremère demanda quel était le nom de ce grand seigneur et celui des deux personnes qui devaient être nommées connétable et commandant

de la garde nationale de Paris. Favras répondit que ce qu'on lui demandait étant d'une inutilité parfaite , et ne pouvant lui sauver la vie , il préférait de la perdre glorieusement par son silence à la perdre ignominieusement par son aveu ; et s'adressant au rapporteur : <c Croyez-vous, Monsieur, que l'aveu des noms de^ces trois personnes puisse changer quelque chose à la sentence sous laquelle je me vois opprimé ? » Le rapporteur ayant gardé le silence. « En ce cas, reprit Favras, je mourrai avec mon secret. »

IjC peuple , impatient de ce long retard , ne cessait de crier qu'on lui livrât Favras. La nuit étant survenue , on distribua des lampions sur la place de Grève; on en plaça jusque sur la potence. Favras parut enfin, marchant d'un pas assuré. Il se tourna vers le peuple , et dit d'un ton de voix ferme : u Citoyens! je meurs innocent, priez Dieu pour moi. » Il répéta' deux fois, en montant les échelons, la même protestation et la même demande; et s'adressant ensuite au bourreau : « Allons , mon ami, fais ton devoir. » Ni ce noble courage, ni cette douce et constante modération ne purent toucher un peuple féroce ; des battemens de mains , des ris insultans , des cris répétés de saute marquis , précédèrent et accompagnèrent l'exécution. Plusieurs voix crièrent : bis , bis. Le peuple s'apprêtait à se jeter sur le cadavi'e de Favras, à le mettre en pièces, et à porter sa tête sanglante au bout d'une pique; on se hâta de l'inhiuner à Saint-Jean-en-

Grève : ce ne. fut qu'avec beaucoup de peine que la garde nationale , la baïonnette au bout du fusil ^ parvint à contenir la multitude.

Necker insinua au roi qu'il était nécessaire y dans la circonstance , de montrer au peuple y par ime démarche fortement prononcée , que le roi n'avait ni connu ni favorisé Favras. On décida dans le conseil que Louis XVI viendrait à l'Assemblée ; qu'il y manifesterait l'intention la plus formelle de s'unir à la révolution. Louis XVI, toujours cédant aux impulsions des événemens , se rendit à l'Assemblée accompagné de ses ministres (i) ; il déclara que la gravité des circonstances l'attirait au milieu des représentans de la nation ; qu'il inpiportait à l'intérêt de l'état que le monarque s^associàt d'une manière encore plus expresse à l'exécution et à la réussite de tout ce que ^Assemblée avait concerté pour l'avantage de la France ; que toute entreprise qui tendrait à ébranlef les principes de la constitution , même tout concert qui aurait pour but de les renverser et d'en affaiblir l'heuiï^use influence, ne serviraient qu'à introduire les maux effraya ns de la discorde; et, en supposant le succès d'une semblable tentative , le résultat [uriverait le peuple et le monarque sans remplacement des divers biens dont un nouvel ordre de choses leur offrait l'agréable perspective.

I rfc

(i) Le jeudi , 4 février.

« Livrons - nous donc de bonne foi^ ajouta )) Louis Xyi, aux espérances que nous pouvons D concevoir; ne songeons qua les réaliseB>par un n accord unanime ; que partout l'on sache que le

k » monarque et les représentans de la nation sont }} unis d un même inle'rét et d'un même vœu, afin

. >> que cette opinion et cette ferme croyance répan- » dent dans les provinces un esprit de paix et de » bonne volonté. Un jour , j aime à le croire , tous » les Français indistinctement reconnaîtront l'avan- » tage de lentière suppression des difierens ordres » de letat » lorsqu'il est question de travailler en » commun au bien, et à cette prospérité de la patrie » qui intéresse également les citoyens. Chacun doit » voir sans peine que, pour être appelé dorénavant » à servir la patrie , il suffira de se rendre remar- » quable par ses talens et par ses vertus.

» Sans doute ceux qui ont abandonné leurs pr;-> » viléges pécuniaires, ceux qui ne formeront plus » comme autrefois un ordre politique dans l'Etat^ » se trouvent soumis à des sacriHces dont je con* » nais toute l'importance ; mais j'en ai la persuar* n sion , ils auront assez de générosité pour chercher » un dédommagement dans tous les avantages pu- » blics dont l'établissement des assemblées présente )) l'espérance. J'aurais bien aussi des pertes à comp- » ter , si , au milieu des plus grands intérêts , je » m'arrêtais à de^ calculs personnels; mais j'ai )) trouvé une compensation qui me suffit , une com- ^) pensation pleine et entière^ dans l'accroissement

SgC LIVRE V.

» du bpnheur de la nation : c'est du fond de mon

)) cœur que j'exprime ici ce sentiment; je défen-

» drai donc, je maintiendrai 1^ liberté constitu-

» tionnelle , dont le vœu général , d'accord avec

» le mien , a consacré les principes ; je ferai davan-

)) tage ; et 5 de concert avec la reine , qui partage

» tous mes sentimens, je préparerai de bonne heure

)) l'esprit et le cœur de mon fils au nouvel ordre de

» choses que les circonstances ont amené ; je l'ha-

)) bituçrai dès ses. premiers ans à être heureux du

)) bonheur des Français , et à reconnaître toujours,

)) malgré le langage des flatteure, qu'une sage coas-

» titution le préservera des dangers de l'inexpé-

» rience , et qu'une juste liberté ajoute un nouveau

» prix aux sentimens d'amour et de fidélité dont

)) la nation française, depuis tant de siècles, donne

» à ses rois des preuves si touchantes. Puisse cette

» journée , où votre monai'que vient s'unir à vous

» de la manière la plus franche et la plus intime,

» être une époque mémorable dans l'histoire de

» cet empire ! Elle le sera , je l'espère , si mes vœux

)i ardens, si mes instantes exhortation^ peuvent

» être un signal de rapprochement et de paix en-

» tre vous. Que ceux qui s'éloigneraient encore

» d'un esprit de concorde devenu si nécessaire,

» me fassent le sacrifice de tous les souvenirs qui

» les affligent; je les paierai par ma reconnais-

» sance et mon affection. Ne professons tous, à

» compter de ce jour, ne professons tous, je vous

» en donne l'exemple , qu'une seule opinion ,

H quuiie seule volonté, rattachement à laconsti- » tutîon nouvelle, et le désir ardent de la paix, du » bonheur et de la prospérité de la France. >»

Ce discours, souvent interrompu par des cris de vive le roi, excita le plus vif enthousiasme. Le peuple , qui ne se conduit que d'après une impulsion sentie , et auquel le sentiment de sa force rend toute dissimulation inutile., regarda la démarche de Louis XVI comme une adhésion formelle à la f nouvelle constitution. Les évéques et les nobles, sans croire à la sincérité des protestations de Louis XVI , n'en furent pas moins affectés de voir que ce prince rejetait sur eux seuls l'odieux d'une résistance qu'ils s'étaient jusques-là efforcés de colorer de leur attachement à la personne du monarque et aux droits de la monarchie. Les révolutionnaires profitèrent du délire général pour lier tous les Français , sinon aux vrais sen tîmens de Louis XVI, du moins aux sentimens qu'il venait de montrer. Le vieux Goupil de Préfeln remarqua que l'Assemblée devait s'empresser dp seconder les vues bienfaisantes du roi; que, pour opérer cette réunion des esprits, désirée par le monarque avec tant d'ardeur, il demandait que tous les députés s'engageassent sous la foi d'un serment solennel a maintenir la constitution. Camus ajouta que les députés qui refuseraient de prêter ce serment, ne pourraient rester membres de l'Assemblée. Les révolutionnaires accueillirent ces propositions. Le président Bureau de Puzy monta le preipier à la tribune , jura d êtr^

398 LIVBE V.

fidèle à la nation j à la loi , au roi ^ de maintenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi. Les députés suivirent et répétèrent le même serment : quelques nobles et quelques évêques montrèrent une extrême répugnance; il fallut se soumettre au décret. Alors les spectateurs placés dans les tribunes, hommes, femmes, enfans, voulurent aussi €ux prêter le serment civique. On n'entendit dans toutes les parties de la salle que ces mots : (c Je le / jure, je le jure. » Ce mouvement se communiqua avec la rapidité de l'éclair à la commune , aux districts, à la France entière; partout on juriai d'être fidèle à la nation , de maintenir la constitution dér* crétée par l'Assemblée nationale. Cette constitution se trouva solennellement acceptée , sans que ceux qui avaient arrangé la démarche du roi , et ceux qui l'avaieirt soufferte, eussent le temps de revenir de la surprise que leur causait un événement qu'ils étaient loin d'avoir prévu.

Les révolutionnaires ne laissèrent point refroidir l'ivresse du peuple. Il y eut le soir illumination : le maire Bailly, à la tête de soixante membres de la commune , alla féliciter Louis XVI d'un accord si propre à ramener les Français à un même esprit, et à forcer les ennemis de la constitution et de la liberté à abandonner leurs manœuvres perfides. On affecta de consacrer par une fête religieuse cette réunion du moïiarque au nouvel ordre 4e choses.

Le dimanche suivant (i), les députés, les membres de la commune , les juges des tribunaux , se a'endirent en pompe à l'église de Notre-Dame, précédés et suivis de la garde nationale de Paris et des drapeaux des soixante districts. L'abbé Mulot, président de la commune , célébra la messe à un autel à l'antique dressé au milieu delà nef, et pronoaça un discours dans lequel il retraça les avantages de la f évolution . Les députés , les membres de la commune , les chefs de la garde parisienne , M. de La Fayette à leur tête, renouvelèrent le serment d'être fidèles à la nation et de maintenir la constitution de tout leur pouvoir. Ce serment fut à l'instant répété , au bruit de nombreuses déchair^ ges d'artillerie, pat le peuple immense qui remplissait l'église et le parvis.^ Les artistes du théâtre de l'Opéra exécutèrent le beau Te Deuni de Eloquet, et l'on n'oublia rien de tout ce qui pouvait rendre eet engagement imposant et sacré.

Cependant, les troupes de ligne causaient de vives inquiétudes aux révolutionnaires : il semblait que tout l'espoir des mécontens se fût rallié à l'armée. On cherchait à indisposer les soldats contre FAssemblée; on interprétait d'une manière défavorable les projets présentés à la tribune , tendant à l'établissement du nouveau code militaire; les révolutionnaires sentirent que jamais la constitution ne por-

(i) 7 février.

terait sur une base solide, tant que rarmée demeurerait entre les mains du roi. En effet, malgré rétalage pompeux de quatre millions de citoyens soldats prêts à marcher et à exécuter les ordres de TAssemblée, les troupes de ligne plus exercées, mieux commandées, soumises à une discipline plus exacte , devaient l'emporter ^sur cette multitude degardes nationales mal armées, sans chefs, sans discipline, dispersées dans toute la France. Les gardes nationales suûisaient pour contenir les murmures de quelques mécontens, pour déjouer les entreprises mal combinées jde quelques contre-révolutionnaires ; mais si Louis XVI,'Sortant enfin de sa longue léthargie, tentait de ressaisir l'autorité dont l'avaient dépouillé des hommes sans mission , nul doute qu'avec le secours de l'armée il n'écrasât bientôt ses adversaires.

Frappés de ces considérations, les révolutionnaires, en attendant que leur grand travail sur la constitution militaire fût achevé, voulurent montrer aux soldats que c'était de l'Assemblée nationale . qu'ils avaient tout à attendre , et que le roi serait ' réduit, dans l'administration militaire, comme il l'était dans l'administration civile, à des fonctions et à des droits purement honorifiques. U^^crétèrcnt (i) qu'aucun militaire ne pourrailrS&tre destitué de son emploi que par un jugement légal;

(1) Le dimanche, 28 février. . >i..

que chaque législature statuerait sur la dépense de l'armée et sur le nombre d'hommes dont elle serait composée : qu'elle réglerait la solde de chaque grade , le prix de l'enrôlement, le^ règles d'admission et d'avancement, le nombre des troupes étrangères au service de la nation ; qu'elle ferait les lois relatives aux délits militaires , et arrêterait le traitement de l'armée en cas de licenciement; que le comité de constitution présenterait le plus promptement possible un projet sur l'emploi des forces militaires dans l'intérieur du xoyaume^ sur leurs rapports avec le pouvoir civil et avec la garde nationale , sur l'organisation des tribunaux et des jugemens militaires , sur les moyens de recruter l'armée et d'obtenir les forces nécessaires en temps de guerre , même en supprimant le tirage de la milice ; et , pour attacher d'avance les soldats au plan dont on leur faisait apercevoir de loin les avantages, on ajouta qu'à commencer du premier mai prochain , la solde serait augmentée de trente-deux deniers par jour, -en observant les proportions graduelles usitées.

Les révolutionnaires ne se contentèrent pas de ces mesures généralea; ils savaient que la plupart desofficiers tenaient personnellement à Louis XVI, et préféraient, avec raison , de dépendre du roi , plutôt que d'une assemblée ennemie par principe de la force militaire ; qu ils s'opposeraient ain^i st tous les changemens que méditait l'Assemblée, çt s'eQbrceraieat d'entraver l'établissement de la nou-

I\0'1 LIYRE V.

velle organisation; ils n'aperçurent donc d'autre moyen d'arriver à leur but, que de dissoudre par le fait l'armée, en en lai^ant néanmoins subsister l'ancien cadre : ils commencèrent par y introduire les mêmes désordres et la même anarchie qu'ils avaient introduits dans les autres parties du gouvernement. On vit de toutes parts les soldats se soulever contre leurs chefs , ne plus obéir à leurs ordres , secouer toute discipline , chasser leurs officiers , maltraiter , emprisonner ceux qui s'obstinèrent à rester.

Mais une crainte plus directe vint ajgiter les révolutionnaires; car, dans le choc de tant d'intérêts divers i les deux partis n'étaient pas un instant sans Agir. Parmi les diflërens moyens que la cour et les Tifiiçistres employaient assez maladroitement à leurs projets de contrenrévolution , il s'en offrit un amené par les circonstances , et sorti pour ainsi dire d'un décret de l'Assemblée. On avait arrêté que les assemblées primaires se formeraient incessamment et nonmieraient les électeurs chargés d'élire les administrateurs de département, de district, et les députés à la seconde législature. L'Assemblée avait remis au roi la nomination des commissaires qui devaient présider à la formation des départeraens et des districts. Le garde-des-sceaux Champion et . le ininistre Saint-Priest choisirent les hommes qu'ils crurent les plus propres à seconder leurs vues. Un des articles de 1 instruction qu'on leur donna portait que la première opération des commissaires

serait de faire procéder à la nomination des députés qui devaient remplacer les députés actuels et composer la iseconde législature; que les commissaires procéderaient ensuite à la Aominatioti des administrateurs de département et district. La cour et les ministre^ ne doutaient point que, s'ils réussissaient à effectuer cette nomination , elle n'amenât la dissolution de l'Assemblée actuelle. Ils étaient assurés d'un parti considérable dans l'Assemblée même, prêt à se retirer dès que la nouvelle convocation serait faite. Les révolutionnaires eurent connaissance du plan du garde-dejs-sceaux Champion et du ministre Saint-Priest. Ils entretenaient des espions, non-seulement dans les bureaux des ministres , mais encore parmi les gens qui approchaient le plus près de la reine et du roi. Remettant à un temps plus favorable à se venger des deux ministres , ils ne songèrent qu'à parer les coups que Ton s'apprêtait à leur porter.

C'était à l'Assemblée que les deux partis commençaient les attaques qu'ils dirigeaient l'un contre l'autre. Necker vint faire la lecture d'un Mémoire sur les finances (i) ; il peignit , sous les couleurs les plus propres à alaniier, le désordre et l'épuisement du trésor public , et avoua l'insuffisance de ses ressources. Casalès monta à la tribune , et, amplifiant encore les exagérations de Necker et la triste si-

» ■ ■ ■ I ,iÉi I ■■ I II ■ ■ I ^.f —

. (i) Marrs 1790.

4(i4 LIVRE Y.

luatioQ où se trouvait la France ^ il dit qu'il ne voyait qu'un $eul remède à tant de maux ; c'était de nommer de nouveaux députés qui vinssent remplacer ceux qui siégeaient dans l'Assemblée, u II est impossible y ajouta Casalès ^ d établir dans l'Assemblée actuelle une concorde franche et loyale ; la résistance bruyante de la minorité fait souvent dépasser à la majorité les mesures de sagesse qu elle devrait se prescrire j les représentans des trois classes y élus d'une manière uniforme ^ n'ayant qu'une seule mission y confondant tous les intérêts particuliers dans l'intérêt commun y seront plus propres à opérer le bien public. » Les partisans de la cour appuyèrent fortement la motion de Cabales et demandèrent qu'on la mit aux voix. « Il existe y s'écrie Charles Lameth y oui y il existe une coalition secrète des ennemis de l'État ! Leur but est la dissolution de l'Assemblée ; ils accaparent le numéraire. Enrichis par les abus^ ces hommes coupables possèdent l'argent du peuple y l'enfouissent pour faire crauler la constitution : mais ils n'y réussiront pas : s'ils ont de l'or^ nous avons du fer.» Rabaud de Saint-Étienne entra dans le détail de la conspiration que venait de dénoncer Charles Lameth : « On cherche , Messieurs , à vous décrier » dans les provinces ; on répand avec affectation )} que vous avez outrepassé vos pouvoirs ; on es- » saie de suggérer au peuple qu'il doit nommer M d'autres députés et vous remplacer incessam- » ment par une nouvelle législature ; saivs doute

LIVRT5 V. 4oi7

» afin d'abandonner le peuple au tiunnlte de l'a-

» narchie y la liberté naissante aux eflbrts de se»

» ennemis , les finances y la liquidation de la dette , » la vérification des dons abusifs y à l'obscurité de

» nouvelles recherches y et de suspendre ainsi les

» destinées de la France entre ce qui est "fait et c&

» qui reste à faire. On affecte de dire et d'écrire

» que vous aimez l'autorité ; que vous voulez pro-

» longer votre pouvoir ; que les milliers d'adresses

» d'adhésion qui vous arrivent de toutes parts

» sont votre propre ouvrage; que les provinces

» vous haïssent; que vous n'avez rien fait.... Quel

» temps choisit-on pour répandre ces calomnies ? » Le moment où les districts vont se former. Epo-

M que importante , il est vrai ; garant infaillible de

» la liberté du peuple : en un mot ', Messieurs ,

» détruire votre "ouvrage , voilà le but; vous ca-

}t) lomnîer, voilà les moyens.

» J'ai hésité quelque temps à vous parler de ces

» horreurs. Mais il faut que vos ennemis sachent

» que vous veillez pour la patrie. Il faut que vous,

» Messieurs , et tous les citoyens y soyez prêts à

w repousser cette dernière attaque que l'on réser-

31 vait à la constitution. . . . Eh! que veulent -ils

» dire ? Quels sont les bruits qu'ils répandent ?

» Quelle est cette coupable joie qui rit tout haut

» de la calamité qu'elle semble follement prépa-

w rer ?. . . . La banqueroute , Messieurs , est impos-

» sible, je le répète y si TAssemUée nationale con-»

» tinue encore quelques mois ses travaux : mais elle

4o6 LIVKK V.

» est inévitable si réassemblée se sépare. Dans ce » peu de mots, je vous douce tout à penser^ à vous » et aux Français. »

' Les craintes des révolutionnaires furent bientôt dissipées : il leur suffit de divulguer le projet de la jcour pour le faire échouer. La plupart des villes où se tenaient les assemblées des électeurs y et la plupart des électeurs eux-mêmes refusèrent de. reconnaître les commissaires qu avait nommes le roi; ils exigèrent qu ils fussent avoués par rAssemiblée nationale. Robespierre dénonça directement ces commissaires : « Ce sont , dit-il , de nouveaux instrumens du despotisme ministériel , destinés à tourner à leur gré les élections. Le parti aristocratique a encore de grands avantages; il est riche, puissant, soutenu par Tautoril;^. On a choisi les ennemis de la révolution, des nobles audacieux, des prélats propres à décourager le peuple; on va jusqu'à prétendre que ces commissaires sont éligibles. Voilà un de ces traits qui désigne le vœu du gouvernement ; je ne sais ce qui doit le plus étonner, ou Taudace des ministres à violer Tautorité nationale , ou votre patience à le souffrir, w

Cependant Tétat des finances devenait de jour en jour plus alarmant; Necker, enveloppé dans une obscurité mystérieuse, ne donnait auci^pe connaissance de la situation du trésor public. U envoyait dire à la fin de chaque mois : (c J'ai tant , il me faut tant. » Mirabeau, fatigué de ce phlegme dictatorial et méprisant du ministi'c , saisit la première occa-

slon d'ea présenter Hucfonvenance à rAssemblëe. IXecker ayant encore fait une demande d'argent avec sa formule ordinaire : J'ai tant y il me faut tant y (c Messieurs , reprit Mirabeau y 1* Assemblée » n a-t-elle pas le droit , n est-il pas de son devoir, » de demander au ministre : Pourquoi avez-^vous » tant , pourquoi vous faut-il tant ? Nous ne con- » naissons des finances que notre confiance dans le » ministre et le mal-aise que nous éprouvons f 3) nous restons dans la sécurité y parce que nous » sommes au pied du Mont- Vésuve* U est un mot » d un profond politique y dont. }e puis faire ici » Tapplicatiqu : Çaligula , dit-il, fît son cheval 1) consul à Rome, et ce fait ne nous étonfne que » ;parce que nous n'en avons pas été témmas ; la » relavé des pauvres de cette capitale se moBle à j> cent vingt mille , et nous^ ne nous en étonnons » point. Nous ne pensons pas assez que nous^ som« » mes au milieu d'une ville imnietise qui n'a d'au-- » tre commerce que celui des consommations et » des fonds ptkblics; nous ouïrions que cette énorme » masse de |>opttlation a été long - teihpsi entre te- » nue comme une serre chaude |iar un ordre de » choses qui ne peut plus subsister, QueUe que soit I) la confiance que t on ait dans un ministre y par >x cela seul qu'il est mortel, la ,nation ne doit pas » lui laisser là dictature ^^ finances. C'est une vé- » ritable dictature que de se soustraire à l'obliga- » tion de venir rendre compte a la nation de sa » conduite , de ne pas lui soumettre sesPmoyens ;

4o8 LIVRE V.

» surtout lorsque la mission que l'on remplit y et » par l'ordre des choses et peut - être par la faute » des hommes , au lieu d'offrir une succession de » miracles , ne s'est signalée que par de funestes » calamités. Il est donc important que le ministre » des finances soit tenu de nous présenter ses ré- » flexions et ses ressources y pour nous tirer de la » situation déplorable que nous ne pouvons nous » dissimuler. »

Cette attaque 9 si ouvertement dirigée contre Necker, fut vivement appuyée par les partisans de la cour : ils témoignèrent leur joie. Ce mouvement trop marqué donna des défenseurs à Necker. La haine des nobles et des prêtres était peut-être le seul mérite qu'il eût encore aux yeux des révolutionnaires. Us commençaient à être las de son ton de régent, et démêlaient, à travers le calme imposteur de son visage y sa jalouse fureur de n'être plus qu'une vieille idole reléguée dans sa niche y sans adorateurs et sans culte.

Necker, sensible aux reproches de Mirabeau, adressa un long mémoire à l'Assemblée (i). Ce n'était pas , disait-il , sans beaucoup de peine , qu'il se voyait obligé d'entretenir avec inquiétude l'Assemblée de la situation des finances; mais il ne pouvait différer de remplir le devoir que lui imposaient sa place et la confiance du roi. Dès le mois

(i) Le6&ars.

de novembre dernier, il avait informe l'Assemblée quW secours extraordinaire de 80 millions suffirait probablement aux besoins de Tannée. Cela supposait néanmoins qu'au i*" janvier 1790, l'équilibre entre les revenus et les dépenses serait établi dans son entier, et que, pour y parvenir, les produits de la gs^belle, des aides et des impositions détruites, seraient remplacés, et les anticipations sur l'année 1790 renouvelées. Mais les diminutions des revenus avaient un effet malheureusement trop réel, puisque depuis le i*"" janvier jusqu'au i** février il se trouvait un vide de 40 millions. Les dépenses e^ctraordinaires , dont la majeure partie était relative à des approvisionnemens de grains , montaient , pendant le même intervalle, à 17 millions. Les inquiétudes sur le reste de l'année devenaient donc très-natm'elles et très-bien fondées. Chacun connaissait aujourdliui les causes de l'embarras des finances. Il n'en existait aucune de relative à leur administration intérieure . Tout était en dehors ; tout était visible.

Necler adressait ensuite des reproches à l'A ssemblée sur le peu de considération qu'elle avait eue pour ses plans de finance ; sur Finsouciance qu elle avait montrée dans un objet si important ; sur les alarmes que quelques-uns de ses décrets avaient répandues parmi les capitalistes, toujours chers à Necker. 11 faisait un éloge pompeux de la caisse d'escompte; entrait dans le détail du déficit, que tant de causes étrangères an ministre des finances

4lO LIVUE V.

avaient produit. 11 portait ce déficit à 294 millions* U parlait du projet de créer une émission de papiermonnaie ; mais ce nK)yen entraînerait de grands inconvéniens. Passant de-là à des lamentations pénibles pour ceux qui doivent y être assujettis, plus pénibles encore pour ceux qui sont dans la douloureuse et triste nécessité de les proposer, lamentations entremêlées de soq pathos ordinaire , il ouvrait quelques voies partielles de recouvrer les 1194 millions dont on avait besoin, 'et, selon sa louable coutume, semblait un intendant qui indique à un grand seigneur les moyens de subvenir à ses folles dépenses , mais qui se garde bien de lui donner une véritable connaissance de ses affaires et de lui tracer une, marche simple, uniforme, propre à mettre sa reicctte au niveau de ses besoins. Enfin, le modeste Necker, abandonnant les finances, l'Assemblée, la France entière, et tournant complaisamnoent ses regards sur lui-même, assurait l'As^ semblée que celui qui, depuis le mois d*aout 1788, combattait contre tous les obstacles, et cherchait à faire entrer dans le port le vaisseau battu par la tempête, avait plus d envie que personne d alléger son fardeau , de diminuer sa responsabilité ; de la diminuer^ non pas envers le roi qui voyait d'apfès ses eflbrls, non pas envers FAssemblée, non pas envers la nation dont il ne redoutait point le jug^ ment sévère; mais envers wi censetir plus rigide, envers lui-même. 11 fallait sans doute ua grand d^ vouement pour se charger d une tâche aussi lourde

que celle dont il s'était chargé. C'était une tâche, et il le savait bien^ toute composée de peines; mais cette réflexion ne le décourageait point : ses regards étaient encore tout entiers vers la chose publique. Aussi, dans la carrière de dévouemens et de sacrifikres où il se trouvait entraîné, il se sentait le courage de répondre seul à l'étendue de cette tache , et d'apposer le sentiment de sa conscience à toutes les injustices aveugles ou méditées,- inséparables des temps de malheurs et de désordres : il ne demanderait donc pas des co-associés, si cette mesure ne remplissait en même temps un projet dont l'utilité serait éprouvée dans le temps. Détermiilé par cet unique motif, il avait engagé le roi à, former, un bureau de trésorerie pour l'administratioa du trésor public. Le roi avait reconnu et approuvé tous les avantages de cette mesure; le roi avait , senti la convenance de choisir dans l'AssemUée nationale la plupart des membres de ce bureau ; mais , pour atteindre ce but , il fallait déroger en quelque chose au décret de l'Assemblée qui défend à ses membres d'accepter, pendant la durée dé la session , aucune place donnée par le gouvernement.

Necker étalait, d'assez mauvaise foi, les avantages de la révocation de ce décret; ilrep:'Ochait de nouveau à l'Assemblée ses bévues en finances^ et , annonçant que Tétat périlleux de sa santé l'obligerait d'aller passer la belle saison aux eaux , il finissait en déclarant qu'il nepouvait répondre de reprendre des forces suffisantes pour se livrer derechef aux tra-

4l3 LIVRE y.

vaux et aux inquiétudes qui lui avaient fait tant de mal.

Cette retraite , prévue pour raison de santé , était Tobjet des vœux des deux pat*tis. Dans l'ua haine ; dans Tautre ennui y lassitude de cette manie de se placer toujours entre l'opinion publique et l'Assemblée. Montesquiou (i), au nom du comité des finances 9 rejeta les moyens proposés piar Necker. Il s'éleva contre le projet de suppléer à la forme actuelle de l'administration des finances par un bureau de trésorerie , composé en grande partie de membres pris dans le sein de l'Assemblée. L'utilité en était très-problématique ; les inconvéniens étaient réels. Ce n'était pas tant la crainte de la séduction des membres du corps législatif qui avait déterminé l'Assemblée à leur ipterdire ^ l'entrée aux places dont le gouvernement dispose , que la crainte bien plus grande de l'influence qu'ib pourraient acquérir sur les délibérations relatives aux finances y et les jalousies , les rivalités , entre les sujets préférés par le gouvernement et les autres, députés : il était essentiel , pour le succès des travaux de l'Assemblée^ que la nation sut que. les hommes qu'elle avait honorés de sa confiance n'avaient point d'intérêts personnels. Montesquiou termina son rapport, suivant l'usage y par le tableau le plus flatteur du bonheur et de la prospé-

(i) Non Tabbé , mais le marquis de Montesquiou* 12 mars.

rite dont jouirait la France au i®'' janvier 1791. Les ressources étaient immenses et assurées ; TEtat serait enfin dégagé de Tarriéré ^ des anticipations ^ et de tout ce qui ^ jusqu a ce jour y avait embarrassé la marche des finances , et les avait conduites par une pente précipitée à la situation déplorable où nous les voyions : mais il fallait franchir cet intervalle j pour arriver au port et sauver la patrie. Montesquiou proposa de ne permettre aucune anticipation ^ rescription ni assignation ^ sur les revenus de 1791 ; de former une masse de 4^0 millions des domaines de la couronne et des biens du clergé dégagés de tout service public ,; d'en ordonner le versement dans la caisse de Textraordiuaire; d autoriser le receveur de cette caisse à émettre des assignats de pareille somme portant trois pour cent d'intérêt ; de rembourser^ avec ces assignats^ les 170 millions dus à la caisse descompte y et d'en remettre au trésor public pour i32 millions destinés au service de l'année courante. Le projet de Montesquiou devint la base des délibérations ; mais il fallait une mesure préa-. lable; c'était d'exproprier le clergé au moins de la valeur des fonds qui devaient servir d'hypothèque aux 4ûO millions d'assignats. On jeta les yeux sur les municipalités ; et ^ dans la vue de les engager à remplir promptement les acquisitions qu'on voulait leur faire contracter ^ on décréta (i) qu'elles — ■ ' ,--■■■

(i) 16 mars.

4l4 LlYRE y'.'

pourraient souscrire pour des valeurs indétermi^ nées f lescpietles seraient estimées par des experts et aliénées , à charge de les revendre à des particuliers : et, pour dédommager les municipalités' des frais de l'estimation , on convint de leur allouer un seizième sur les bénéfices de la vente. La municipalité de Paris parut la première à la barre, ayant à sa tête le maire Bailly : elle fit une soumission de 200 millions de biens du clergé, situés dans le département de Paris. Les municipalités des grandes villes suivirent l'exemple de la muni-cipalité de Paris. Les révolutionnaires caleulèi'ént les pertes qu'entraînait cette forme de venté ; mais c'était l'unique moyen d'exproprier promptement le clergé , en lui opposant des corps puissans , irevêtus de l'exercice de la force publique , et d'atta* cher ainsi à cette opération, devenue lucrative, une multitude d'individus qui la soutiendraient. Ces préliminaires posés , l'Assemblée s'occupa de la création des assignats monnaie. Prévoyant l'immensité de cette ressource , et Futilité dont elle serait pour l'achèvement et le maintien de la révolution , elle résolut de lui donner la pkis grande latitude.

Chasset proposa (i) de décréterqueFadministra-

' (1) Comme rapporteur du comité chargé de s'occuper des moyens de remplacer la dime. 3 avril.

{Note des nouv. édit,)

tion iîes biens du cierge , de'clarés le 2 novembre à la disposition de la natioir, serait et demeurerait, dès la présente année j confiée aux administrations de département et de district ; que , dans l'état des dépenses de chaque année y il serait porté une somme suffisante pour fournir aux frais du culte et à Tentretien des ministres des autels ; de manière que les biens du clergé se trouvassent dégagés de toute charge , et pussent être employés par le corps législatif aux plus grands et aux plus pressans besoins de rÉtat.

Jusques-là^ le clergé s'était flatté que le décret du 2 novembre n'aurait que l'effet de présenter une hypothèque rassurante aux créanciers de l'Etat. Le décret qui ordonnait la vente de quatre cents millions de biens aux municipalités lui laissait, du moins espérer que l'on se bornerait à cette vente ; que le surplus serait conservé. Attendant tout du temps et des circonstances, voyant une multitude de difficultés prêtes à s'élever, le clergé crut qu'il pourrait rentrer un jour dans ces biens , en se chargeant de réaliser par ua emprunt les quatre cents millions décrétés. Forcé par la nécessité des choses à ce douloureux sacrifice , il se consolait à la vue des immenses possessions qui lui restaient encore } mais la motion de Chasset dissipa cette douce sécurité .

L'évêque de Nanci protesta au nom du clergé de France contre le projet présenté par Chasset, et demanda que sa réclamation fût consignée

4l6 LIVAK V.

dans le procès - verbal. L'archevêque d'Aix , après des plaintes très - amères de la manière astucieuse et perfide avec laquelle on avait entraîné le clergé dans Tabîme, renouvela l'offre d'un eixiprunt de 400 ™^llî^>^s autorisé^ garanti , décrété , levé par l'Assemblée nationale y hypothéqué sur les biens du clergé y qui en paierait les intérêts et qui rembourserait le capital par des ventes progressives, faites suivant les formes canoniques. L'abbé de Montesquiou, que ses aimables qualités rendaient cher aux deux partis y parla ea faveur du clergé • Il fut écouté avec complaisance; mais reconnaissant bientôt l'inutilité de ses efforts, il termina son discours par ces paroles touchantes : « Lorsque je suis monté à cette tribune ; qu'allezvous faire ^ me répétait-on de tous côtés ? le sort en est jeté, des comités particuliers ont tout décidé. Eh bien. Messieurs ! il faut descendre de cette tribune , et demander au Dieu de nos pères qu'il vous conserve la religion de Saint-Louis et qu'il vous protège : les plus malheureux ne sont pas ceux qid souffrent l'injustice , ce sont ceux qui la font. »

Dom Gerle , moine chartreux y répond qu'il est aisé de fermer la bouche aux personnes qui calomnient l'Assemblée en répandant qu'elle ne veut point de religion ; que, pour tranquilliser ceux qui craignent que l'Assemblée n'admette toutes les sectes , il propose de décréter que la religion catholique , apostolique et romaine est et demeure

toujours la religion de la nation , et que son culte sera le seul autorisé.

Les évoques et les nobles se lèvent en tumulte et demandent que la motion de dom Gerle soit adoptée par acclamation; les révolutionnaires, plus sages , réclamèrent rajournement. Leur principe était de ne rien' décider à l'Assemblée, qu'ils ne l'eussent auparavant discuté dans un comité secret et soumis à lopinion publique dans le club des jacobins : ils étaient d'ailleurs incertains du véritable objet de la motion de dom Gerle, et du motif qui portait leurs adversaires à la soutenir avec tant de chaleur : ils craignaient quelque piège. L'évêque de Clermont court à la tribune , développe la nécessité de rassurer les âmes timorées , en prononçant soleiiinellement que la religion catholique est la religion de l'État. « A Dieu ne plaise , reprend Charles Lameth , que je vienne combattre une opinion qui est dans le cœur de tous les membres de l'Assemblée ; je vais seulement vous présenter quelques réflexions sur des conjectures où nous sommes, et sur les conséquences que l'on pourrait tirer de la motion de dom Gerle. Est-ce le moment , Messieurs , lorsque l'Assemblée s'occupe d'assurer le culte public, de produire une motion capable de faire douter de ses sentimens religieux ? Ne les a-t-elle pas manifestés , quand elle a pris poiu: base de ses décrets la morale de cette même religion ? L'Assemblée a fondé sa constitution sur cette consolante égalité si recom-

4l8 LIVRE V.

mandée par rÉvangile. Elle a humilié les superbes, et a réalisé ces paroles de Jésus-Christ : les derniers deviendront les premiers , et les premiers seront mis à la place des derniers. » Lameth, en prononçant cette sanglante ironie , se tourne du côté où siégeaient les nobles et les évêques ; ce qui excita les murmures de ceux-ci , et les ris des révolutionnaires. (( Je voudrais, continue Charles Lameth, que les personnes qui montrent tant de zèle pour la religion , en montrassent autant pour arrêter le débordement de cette foule délivres impies, où Ion attaque à la fois cette religion sainte et la liberté sacrée du peuple : car les ennemis du peuple , dans leurs actions comme dans leurs écrits , reprennent courage et redoublent d'efforts. Les mauvais prêtres ont employé , cette quinzaine de pâques , les moyens les plus coupables, pour soulever le peuple contre une constitution qui choque si ouvertement leurs plus chers intérêts. On a excité à Lille les soldats contre les citoyens; on a tenté dans le Languedoc de susciter une guerre civile de religion. Craignons, Messieurs , de voir cette religion j invoquée par le fanatisme et trahie par ceux qui la professent , devenir un flatnbeau de discorde. Alors on s'autoriserait d'un décret de l'Assemblée nationale; et au lieu de porter la lumière à nos frères égarés , nous enfoncerions le poignard dans ' leur sein au nom et de la part de Dieu. J'ajoute que la demande de dom Gerle a déjà été faite dans une circonstance à peu près semblable , que vous

l'avez éloignée , et que c'est au moment où l'opinion publique se forme sûr une matière qui intéresse les ecclésiastiques, que le clergé la renouvelle et appelle le fanatisme à la défense des abus. »

Ce discours , très-adroit , changea les dispositions de cette partie des députés qui n'avaient aperçu dans la motion de dom Gerle qu'une simple reconnaissance de la religion catholique , sans apercevoir les rapports éloignés qu'elle avait avec la vente des ijiens du clergé et avec l'émission des assignats. -Cependant l'agitation et le désordre xegn aient dans ila partie droite de l'Assemblée. Les. ecclésiastiques -eGles nobles assiégeaient la tribune, Teclamaient à .^'^grands cris la parole. Les révolutionnaires, qui -craignaient reflet: d'un slibit eii^thousiasme , invi*^ tcreut le président à. remettre la discussion au lendemain. Les évéqués et les nobles voulaient que la motion de dom Gerle passât sur-le-champ. Le pré- 'sçident, docile à l'injonction des révolutionnaires, leva la séance. Les évèques^ les nobles n'abandonnèrent point leur siège ; ils se. mirent à déplorer le sort de la religion catholique sacrifiée à la haine des sectes ses rivales.

La soirée et la nuit se passèrent à intriguer. Les révolutionnaires inftrrogèrent dom Gerle : ils reconnurent que sa motion , finiit de son ignorance de leurs grands projets , et saisie avidement par les évêques et par les nobles qui en avaient mieux entrevu les conséquences , deviendrait , si elle était décrétée, une arme dangereuse entre les mains de

420 WV»E V.

leurs adversaires. En effet, déclarer que la religion catholique était la religion de l'Etat , c^était avouer et reconnaître tous les principes et toutes lés formes du clergé; par conséquent, n'admettre de valables que les moyens que ces formes fournissent ellesmêmes d'introduire des changemens dans sa discipline et dans la gestion de ses revenus. Les révolutionnaires ordonnèrent à dom Gerle de retirer sa motion , le grondèrent duremenf de l'avoir hasardée sans la leur avoir communiquée auparavant; mais les évêques et les nobles, qui voyaient l'avantage qu'ils pouvaient en tirer, résolurent de la soutenir : tous se préparèrent pour la séance du lendemain. Les deux partis, semblables à deux armées prêtes à se charger, ne négligèrent aucun des moyens propres à s'assurer la victoire.

Les révolutionnaires , sûrs du peuple , des capitalistes et des agioteurs , remplirent leà tribunes et les environs de la salle de leurs nombreux partisans. Les évêques qfc'les nobles, qui n'ignoraient pas que le peuple était contre eux , cherchèrent à . s'appuyer sur la cour , et décidèrent que si la motion de dom Gerle était rejetée , ils sortiraient au même instant de la salle , traverseraient en corps les Tuileries , et iraient dépo^r entre les mains du roi une protestation solennelle, contre un refus qui anéantissait la religion et montrait si ouvertement les coupables intentions de l'Assemblée; et, pour donner encore plus d'éclat à cette démarche importante , ils convinrent de se rendre tous à la

LiVRK V. 4^1

séance en habit noir et Tépée au côté. Mais les ministres y dont la politique timide flottait au hasard des circonstances y n'osèrent autoriser cette scission quelque avantageuse qu'elle fut à leurs intérêts* Le garde-des-sceaux prévint les évéques et les nobles que le roi ne recevrait ni eux ni leur protestation.

Ce fut dans ces dispositions que s'ouvrit la séance, (i). Menou parut le premier à la tribune : u Je commence^ Messieurs^ pai> faire hautement » ma profession de foi. Je respecte profondément » la religion catholique , apostolique et romaine. Je » la crois la seule véritable y et lui suis soumis de » cœur et d'esprit. Mais ma conviction en faveur » de cette religion et la forme du culte que je » rends à l'Etre Suprême, peuvent-elles être l'effet « d'un décret ou d'une loi ? Non , sans doute ; ma » conscience et mon opinion n'appartiennent qu'à » moi seul ; je n'en dois compte qu'au Dieu que )) j'adore. Et pourquoi voudrais- je faire de cette » religion , que je respecte , et pour laquelle je don- » nerais ma vie , une religion dominante ! Si tous » les hommes sont égaux en droits, si les opinions » et les circonstances ne sauraient être soumises » à aucune loi, puis-je m'arroger le privilège de » faire prévaloir ou mes usages , ou mes opinions , » Qiunes pratiques religieuses ? Tout autre homme

(i) i3 avril.

422 LIVHE V.

» n'auraitT-îl pas droit de me répondre : Ce sont » les miennes qui méritent la préférence ; c'est » ma: religion qui doit dominer. parce quelle est » la -meilleure ! Dieu ^: oui. Dieu lui-même, na- » t-il pas dit que , malgré tous les efforts des » hommes, sa sainte religion s'étendrait, pren- » drait chaque jour un nouvel accroissement , et » finirait par embrasser l'univers entier? N'a-t-il » pas assuré que les portes d'enfei* ' ne prévau- » draient point contre elle? Et vous voudriez, par )) un inutile décret, confirmer ces sublimes paroles » du Créateur! Oui, si vous êtes persuadés de la )) vérité de cette religion , vous qui êtes ses minis- )) très , pouvez-vous craindre qu'elle s'anéantisse ? }) pouvez-vous croire que les lois et les volantes )) de la Providence aient besoin du secours -d'un » décret? D'ailleurs, dans ce qui est du. ressort de » notre pouvoir, n'avons-nous pas fait, ne faisons- » nous pas tous les jours ce qui dépend de nous » pour le maintien de la religion catholique ? ne » nous occupons-nous pas des moyens de fixer, i) d'établir le nombre des ministres nécessaires au » service des autels, de régler les dépenses des )i églises , la hiérarchie sacerdotale ? Je ne crains » point d'annoncer qu'en ma qualité de représen- )) tant de la nation, je rends ceux qui voteront pour )) la motion de dôm. Gerle responsables desjïijïl- » heurs que je prévois et du sang qui sera infailli- » blement versé. »

A ces derniers mots , le clei'gé se livre aux plus

grands emportemens : d'Espremenil, Foucauld , l'abbé Maury, s agitent sur leurs sièges. Dom Gerle se présente à la tribune, demande la parole, témoigne combien -il est fâché des suites de la motion imprudente qu'il a proposée , déclare qu'il retire cette motion et qu'il se réunit à l'avis de M. de Menou. Les révolutionnaires crient aux voix. Casalès et labbé Maury prétendent que dom Gerle n'a pas le droit de retirer sa motion. Il s'élève de vifs débats et un violent tumulte. Les révolutionnaires demandent que la discussion soit fermée. D'Esprémenil réclame la parole. Nouveaux cris. L'appel nominal refuse la parole à d'Esprémenil, et ferme la discussion. Ui;i secrétaire lit les rédactions du décret. Les altercations recommencent pour savoir à quelle rédaction on accordera la priorité. Celle du duc de la Rochefoucault obtient la préférence. Elle était conçue en ces termes :

« L'Assemblée nationale, par respect pour l'Etre » Suprême et pour la religion catholique , aposto- » lique et romaine , la seule qui soit entretenue aux » frais de l'État , ne croit pas devoir ni pouvoir )) prononcer sur la question qui lui est soumise, » et ordonne que l'on reprenne l'ordre du jour (i) .»

(i) Cette re'daction est rapportée d'une manière plus exacte par Bertrand de Molleviile.

u L'Assemblée nationale, considérant qu'elle n'a et ne » peut avoir aucun droit à exercer sur les consciences, ni » sur les opinions religieuses; que la majesté de la religioa

424 IIVRE V.

Cette manière respectueuse de rejeter la motion de dom Gerle est vivement applaudie par les révolutionnaires. D'Espre'menil ne partage point cet enthousiasme de commande , et s'écrie : « Lorsque les Juifs crucifièrent Jésus-Christ, ils lui disaient : Nous vous saluons , Roi des Juifs. » Ces paroles deviennent le signal d'un nouveau tumulte. Les évêques et les nobles se lèvent , sortent , rentrent , se répandent au milieu de la salle , gesticulent. Les révolutionnaires, sûrs de leur triomphe , semblent impassibles et sourds à ces criailleries. D'Estourmel exige la mention expresse que le décret que Ton va rendre n'infirme point les constitutions du Cambresis, stipulées et jurées par Louis XIV; constitutions qui portent que la religion catholique aura seule un culte dans le Cambresis. (( Je ne suis pas surpris, reprend Mirabeau, que sous un règne si-

» et le profond respect qui lui est dû , ne permettent point M qu'elle devienne le sujet d'une délibération; considérant » que l'attachement de l'Assemblée nationale au culte ca- M tholique , apostolique et romain , ne saurait être mis » en doute au moment oii ce culte va être mis par elle à la n première place dans les dépenses publiques, et oii, par » un mouvement unanime de son respect , elle a exprimé u ses sentimens de la seule manière qui puisse convenir M à la dignité de la religion et au caractère de l'Assemblée M nationale^ décrète qu'elle ne peut ni ne doit délibérer sur >» la question proposée , et qu'elle va reprendre Tordre du » jour concernant la dîme ecclésiastique. »

{Noie des noui^, édit,)

gaalë par la révocation de Tédit de Nantes , que je me dispense de qualiGer^ on ait consacré toutes sortes d'intolérance : mais puisque Ton se permet des citations historiques y je dirai que d'ici y que de cette tribune, j'aperçois la fenêtre d'où la main d'un de nos rois tira l'arquebuse qui fut le signal de la Saint-Barthélémy. Voyez encore si vous voulez délibérer (i) ! »

(i) La brièveté du discours de Mirabeau nous permet de le rétablir dans son intégrité ; car , et c'est ici une observation générale que nous croyons devoir à nos lecteurs , il ne faut point s'attendre à trouver une grande exactitude dans les citations de Ferrières y soit qu'il ait puisé dans des sources peu fidèles , soit qu'il ait quelquefois cité de mémoire, soit que , voulant offrir dans un espace peu étendu le tableau d'une époque féconde en choses remarquables , il ait jugé nécessaire d'abréger les textes qu'il rapporte. Voici les paroles de Mirabeau :

« J'observerai à celui des préopinans qui a parlé avant » moi , qu'il n'y a aucun doute que , sous un règne signalé » par la révocation de l'édit de Nantes, que je ne qualifie- » rai pas , on ait consacré toutes sortes d'intolérance. J'ob- » serverai encore que le souvenir de ce que les despotes ont » fait ne peut pas servir de modèle à ce que doivent faire » les représeutans d'un peuple qui veut être libre. Mais , » puisqu'on se permet des citations historiques dans la ma- » tièreqiv nous occupe, je n'en ferai qu'une. Rappelez-vous, » Messieurs , que d'ici , de cette même tribune oii je parle , » je vois la fenêtre du palais ( lesjreux et les gestes tournés » vers le côté droit), dans lequel des factieux, unissant des » intérêts temporels aux intérêts les plus sacrés de la reli- » gion , firent partir, de la main d'un roi des Français ,

Cette véhémente apostrophe ne termine pas les débats. L'abbé Maury s'efforce de rentrer dans le fond de la question; voyant qu'on l'interrompt a chaque phrase , il descend , s'écrie que les opinions ne sont pas libres, qu'on refuse de l'entendre. Les évéques défendent aux curés de leur parti de prendre part à la délibération. On met le décret aux voix. Tout le côté droit refuse d'opiner. La rédaction du duc de la Rochefoucault passe à une majorité nombreuse.

» faible , l'arquebuse fatale qui donna le signal du massacre » de la Saînt-Barthélemy. J'ai dit , e( je conclus à ce que » la re'd action de M. de la Rochefoucault soit adoptée. » ( F^oir les Ofatcurs français. )

{Note des nouv, édil.)

se:

ECLAIRCISSEMENS HISTORIQUES

Note (A) , page 1 7.

Exposé justificatif pour le sieur Réveillon^ entrepreneur de la Manufacture royale de papiers peints ^faubourg St,' Antoine.

J 'ÉCRIS ceci dii fond d'une retrahe (i) , qui était ]e seul asile que je pusse trouverconire les fureurs d'une multitude acharnée contre moi.

Je n'ai dans cette retraite pour consolation que la compagnie de deux ou trois amis , qui trembrent encore que leurs assiduités ne me trahissent.

Ma femme , fugitive et errante, obligée de cacher un nom qui lui est cher, n'a d'autre asile que celui que lui a offert un pasteur vénérable.

Proscrits enfin tous les deux, en butte à la haine la plus cî'uelie et la plus injuste, nous ignorons l'un et l'autre la destinée qui nous attend.

Un nouvel objet de douleur se joignait à mes maux : trois cent cinquante ouvriers que ma manufacture fait vivre , près de manquer de pain, ainsi que îeurs enfans et leurs femmes, me déchiraient le cœur : leurs cris sont parvenus jusqu'à moi ; j'ai oublié un instant mes pialheurs, et je n'ai songé qu'à ceux qui les menaçaient. J'ai pris , grâces aux secours de mes ami^, les précautions nécessaires pour faire continuer les travaux des ateliers.

(1) Quelle e'Uit cette retraite? c'e'tait la Bastille, où Réveillon obtint d^étre reçu, et demeura cache pendant un mois, par Tautorisation du ministère. (V. la Bastille dévoilée, 3* édit. ; p* 1 1 3.) (lYote desnouv. édit.)

428 ÉCLAIBCnsSEMENS HISTORIQUES

Libre à présent de lu'occuper de moi , je vais travailler à ma justification ; quand j'aurai satisfait à la voix de l'honneur , il sera temps encore de recueillir les débris de ma fortune.

Des ennemis cruels ( j'ignore qui ce peut être ) , ont osé me peindre au peuple comme un homme barbare , qui évaluait au prix le plus vil les sueurs des malheureux.

Moi, qui ai commencé par vivre du travail de mes mains! Moi , qui sais par ma propre expérience , quand mon cœur ne me. l'apprendrait pas , combien le pauvre a de droit à la bienveillance! Moi enfin, qui me souviens et qui me suis toujours fait honneur d'avoir été ouvrier et journalier ^ c'est moi qu'on accuse d'avoir taxé les oui^riers et les journaliers à QUINZE sous pax jour !

Jamais la calomnie n'a été plus injuste^ et jamais elle ne m'a paru plus cruelle ! Un mot , ce me semble , suffisait pour me justifier.

De tous les ouvriers qui travaillent dans mes ateliers , la plupart gagnent trente, trente-cinq et quarante sous par jour ; plusieurs en ont cinquante ; les moindres en reçoivent vingt-cinq. Comment donc aurais-je ûné à quinze sous le salaire des ouvriers (i)? Mais la fureur ne raisonne pas ; la calomnie paie d'audace.

(i) Il a paru, me dit-on, un écrit où Ton suppose , pour m'excuscr dans l'esprit du peuple , que j'ai dit un mot qui a pu être la cause de son erreur 5 et l'on m'y prêle cette phrase , que « je tâcherai que les » ouvriers puissent vivre avec quinze sous par jour. »

Je suis très-reconnaissant du zélé qui a dicté cet écrit ; et je le sois plus encore de la démarche des honnêtes citoyens que l'on y nomme , et qui se sont dévoués pour apaiser la multitude j mais je n'ai pas même tenu le propos qu'on dit avoir donné lieu à la méprise du peuple j et il est facile de voir que je n'ai pas pu le tenir ; car il ne dépend pas d'un particulier, ni même de l'administration, de faire vivre un ouvrier avec quinze sous par jour ; une réduction si considérable dans le pri^ ded denrées ne 4épeQd de personne.

Au resle-, je le sens, ce n'est pas une simple dénëgalion qui peut convaincre; et quand les geus réfléchis qui vou-*" dront bien me lire, auraient la bonté de me croire, je ne persuaderais pas la classe de citoyens qu'on a prévenue contre moi. Je ne vois guère que le précis exact , scrupuleux de ma conduite dans mou commerce, qui puisse me justifier; je vais donc le présenter au public; sans doute il voudra bien me pardonner ces détails personnels ; ma situation est mon excuse : s'il est permis de parler de soi, c'est quand on est malheureux et irréprochable : les âmes sensibles s'intéressent toujours à l'innocent calomnié.

11 y a précisément quarante-huit ans que j'ai commencé à travailler, comme ouvrier^ chez un papetier.

Après trois ans d'apprentissage, je, me trouvai , pendant plusieurs jours , sans pain , sans asile , et presque sans ^♦etement. J'étais dans l'état de désespoir qui est la suite d'une situation si horrible ; je périssais enfin de douleur et d'inanition. Un de mes amis , fils d'un menuisier, me rencontra ; il manquait d'argent , mais il avait sur lui un outil de son métier, qu'il vendit pour m'avoir du pain.

Ah I l'homme qui a si bien connu le malheur, oublie-t-il donc si aisément les malheureux?

Il s'agissait d'avoir de l'ouvrage : l'état de délabrement où. je jme trouvais n'était pas propre à inspirer de la confiance. Le marchand chez qui l'on me présenta me repoussa d'abord; il voulut bien ensuite me permettre de rester chez lui pendant quelques jours. Il s'aperçut alors que la misère ne suppose pas toujours l'inconduite. Il me garda ; il s'attacha à moi , et je profitai de ses leçons.

En 1752 , je ne gagnais encore que quarante écus par an ; mes économies , quand je quittai le marchand qui m'avait recueilli , consistaient en dix^huit francs.

Rendu à moi-même, je préférai de travailler pour mon compte : j'avais de l'activité et un goût naturel pour les spéculations. Les premières que je fis ne pouvaient pas être im«

450 ÉCLAinCISSEMElVS HISTORIQUES *

portantes , mais le succès m'en fut bie n doux , et j'aime à me le rappeler: l'une me valut la première montre d^ argent que j'aie portée, et Tautre, les premiers cent écus que j*aie possédés.

C'est ainsi que j'ai commencé.

Bientôt une conduite régulière, et la sorte d'intelligence qu'on me supposait, me procurèrent l'événement le plus heureux de ma vie. J'obtins le cœur et la main de la femme à laquelle j'ai le bonheur d'appartenir, et dont la possession a été ma plus précieuse fortune dans la prospérité, comme elle a fait ma plus douce consolation dans mon malheur.

C'est à la suite ^de ce mariage que j'ai commencé le commerce de papeterie. De l'économie , de l'activité , de l'exactitude, voilà les premiers et presque les seuls moyens que j'employai.

En 1760, on commença à fabriquer, dans Paris, les papiers veloutés. J'en vendis d'abord; j'en voulus fabriquer ensuite. J'avais deux concurrens qui tenaient leur prix trèshaut; je donnai mes papiers à moitié moins; et, par les soins extrêmes que je portai à la fabrication, j'en fis de trèssupérieurs.

J'avais dix à douze ouvriers ; mon local n'en comportait pas davantage ; mais les demandes qui se multipliaient en exigeaient le double ; je louai alors, dans la vaste maison que j'occupe, un emplacement assez considérable ; j'y eus successivement 4o, 5o, 60 et jusqu'à 80 ouvriers.

Je prospérais , j'étais estimé, j'étais content ; mes ouvriers l'étaient aussi; ils m'aimaient : je me trouvais heureux.

Mais je n'avais pas songé aux tracasseries de la jalousie et au despotisme des communautés. Je ne tardai pas à en éprouver l'animosité ou l'humeur. Plusieurs corps prétendirent , tour à tour, que j'envahissais leurs droits, et il se trouvait toujours que, soit une partie de ma manufacture, soit une autre , était une usurpation ; Icmoindreoutil que j'imaginais ou que j'employais , n'était plus à moi ; c'était routil d'une

ïiianufacture ; la moindre idée que j'exécutais , était un vol fait aux imprimeurs ^ aux graveurs , aux tapissiers , etc., etc.

Des magistrats et des administrateurs également éclairés me débarrassèrent de ces entraves; je continuai à perfectionner mies ouvrages ; et, aidé par le zèle et l'attachement de mes ouvriers ^ je parvins à obtenir de nouveaux succès.

C'est vers cette époque que j'achetai la maison que j'habite , et qui depuis, . . .

Mais alors elle me pressentait la perspective la plus flatteuse. Un terrain de cinq arpens m'offrait un emplacement propre pour les ateliers immenses que je projetais. J'y voyais d'avance un peuple à^ouvriers occupés , nourris par moi , et secondant mes travaux; je me complaisais dans cette idée, et je songeais qu'en travaillant à ma fortune, je procurais du pain à deux cents familles.

Pour me dévouer exclusivement à cette manufacture, devenue l'objet chéri de mon ambition, je sacrifiai un commerce de papeterie que j'avais dans Paris, et qui me rapportait 25 à 3o,ooo livres de rente.

Je fis présent de ce commerce à deux ouvriers qui étaient avec moi depuis long-temps, et auxquels je connaissais delà conduite et de rinlelh'geuce : car j'ai toujours chéri et récompensé en eux la s«igesse et le mérite.

Il manquait cependant quelque choseù ma satisfaction.

Je ne trouvais pas , dans le papier qui se faisait alors , les qualités que je désirais pour la fabrication de mes papiers peints. Je sus qu'il y avait une papeterie à Courtalin, près de Farmoutiers, qui appartenait à une veuve , mère de^famille , pleine d'activité et d'intelligence, mais qui manquait de moyens pécuniaires. J'achetai celte papeterie. J'eus le bonheur en môme temps d'être utile à l'ancienne propriétaire. Elle était très-embarrassée dans ses affaires; je me chargeai de les finir; j'y parvins à force de patience et de démarches. Je fis ensuite voyager ses enfans à mes frais pour les instruire dans l'art de la papeterie. Alors la manufacture

432 ÉGLAIRGISSEMENS HISTORIQUES

de Courtalin reprit vigueur, et devint une des meilleures du royaume. J'y fabriquai des papiers vélin ^ à l'imitation des Anglais. Cet heureux essai me val ut l'honneur du prix institué par M. Necker pour V encouragement des arts utiles.

Ce prix m'était d'autant plus agréable, qu'il fut assez public dans le temps, que je ne l'avais pas demandé, ni personne pour moi.

Je lus avec transport, et j'ai relu bien souvent depuis , ces mots-ci, gravés sur l'exergue de la médaille :

Artis et Industriae prsmium datum Joanni-Baptist» Réveillon,

anno 1785.

Hélas ! cette même médaille, ce prix si flatteur de mes travaux, il m'a été volé dans mon désastre. Il y avait à côté 5oo louis d'or , qui m'ont été voies aussi. Ah î je le dis du fond de mon cœur , j'eusse peu regretté cette somme, si ma médaille m'était restée.

Enflammé par ce titre de gloire, je me flattai d'arracher bientôt aux Ho llandais \e commerce de leurs papiers , comme j'avais enlevé aux Anglais celui des papiers peints.

Je me fis cependant un devoir de rendre cette papeterie, dans l'état brillant oii elle était, à la mère de famille estimable qui en était d'abord propriétaire ; mais je lui demandai, et elle m'accorda une sorte d'inspection ; j'y laissai mes fonds. J'ai veillé depuis sur cet établissement qui m'était cher ; et une idée qui me le rend plus cher encore, c'est que j-'y nourris tous les jours quarante familles d*ou' vriers.

Plus libre cependant de me livrer à ma manufacture de Paris, je lui donnai un nouvel essorl.

Sans avoir une connaissance approfondie des arts , saus être- ni dessinateur, ni graveur, ni chimiste, je formai bien réellement des chimistes, des dessinateurs et des graveurs; c'est-à-dire, je les engageai , par mes observations , ii appliquer leurs talens à la perfection de ma manufacture.

Mes nouveaux succès excitèrent encore la jalousie. Un ré-

glement parut, qui était destructeur de l'industrie , et qui me faisait à moi surtout uu tort irréparable. Les magistrats furent bientôt désabusés, ils eurent la bonté de visiter ma manufacture. Le règlement fut supprimé.

De mon côté , pour me mettre une bonne fois à Tabri des persécutions, j'obtins , pour mon établissement, le titre de manufacture rojale.

C'est alors que j'ai vraiment goûté le bonheur ; j'ai joui de cette satisfaction inexprimable qu'éprouve un homme honnête, laborieux, qui s'est créé lui-même, qui n'est pas insensible à l'espèce de dioire dont sont accompagnés les travaux utiles , qui surtout voit autour de lui une foule de ses semblables, dont il est le bienfaiteur, qu'il sauve, par le travail , des dangers de l'oisiveté, et qu'il garantit de l'indigence par les fruits du travail.

Plus de 3oo ouvriers (i) sont journellement dans mes ateliers, et reçoivent, comme je l'ai observé, un salaire plus ou moins considérable.

J'en ai de quatre classes.

La première est celle des dessinateurs et des graveurs y qui sont pi ulôt , sans doute , mes coUaborateurs que mes gagistes. Ils gagnent de 5o à loo sous par jour.

La seconde classe, composée des imprimeurs^ àesfonceurs^ des menuisiers y reçoit depuis 3o jusqu'à 5o sous. Quelques* uns , mais très-peu , n'ont que 25 sous.

La troisième classe consiste dans les porteurs , broyeurs , emballeurs , balayeurs , qui gagnent de 25 à 3o sous.

La quatrième classe , ce sont les enfans depuis douze ans jusqu'à quinze. Car j'ai voulu m'arranger pour tirer aussi parti de leurs services , et être utile par-là à leurs pères et mères. Ils gagnent 8, lo, 12 et 1 5 sous.

Chacune de ces tlasses a encore des gratifications annueî-

(i) Les autres sont occupes en ville.

454 ÉCLAIIICISSEMENS HISTORIQUES

les , réglées sur le salaire des ouvriers, et proportionnées à leur zèle.

Enfin les peintres forment une classe séparée, qui travaille par pièce , et qui peut gagner de 6 à 9 livres par jour.

11 est encore une autre espèce d'ouvriers, qui sont les colleurs; H j a trois chefs dans cette classe , qui chacun occupent dans Paris huit à dix ouvriers par jour, et ces ouvriers gagnent 4o, 5o sous, et quelquefois 3 liv.

Un artiste très-distingué a bien voulu s'attacher à ma manufacture , et recevoir annuellement , pour prix de ses talens, io,oeo livres d'honoraires, indépendamment d'autres avantages : j'occupe en outre un dessmateur qui a 3,ooo livr. avec le logement; un autre quia 2,000 livr., et trois autres qui ont chacun 1,200 livres de fixe, sans les gratifications ; enfin, sur cinq commis, j'en ai dont les appointemens sont de cent louis.

£n un mot , en prix de mainr^Cœuvre , je paie tous les ans 200,000 livres au moins.

J'ai su établir dans la classe des ouvriers le meilleur ordre et la discipline la plus exacte , sans que leur attachement pour moi en ait diminué. Il ne se passe parmi eux aucun scandale , point de querelles , point d'indécence , point d'inconduite.

Quant aux en fans , j*ai soin qu'il leur reste assez de temps pour assister aux instructions religieuses de leur âge.

De même aussi , je permets aux ouvriers protestans de travailler les jours de fêtes.

Chaque ouvrier, chez moi , est sûr de son avancement en proportion de son intelligence et de son zèle ; aussi la plupart vieillissent-ils dans mes ateliers; ils savent que je m'empresse, quand ils se sont attachés à moi, de les secourir dans leurs infirmités, et de les aider dans leurs besoins.

Je crois leur en avoir donné , l'hiver dernier, une preuve qu'ils n'oublieront point. Pendant une partie des froids, le» travaux des ateliers supérieurs furent suspendus. Je gardai

TOUS les ouvriers scms exception ; je leur payai leurs journées le même prix qu'auparavant ; j'usai des précautions les plus minutieuses pour qu'aucun d'eux ne souffrît des rigueurs de la saison.

Je ne veux point, au reste, qu'on me sache gré de celte conduite ; je sais que le public a la bonté <[e la citer comme un acte de bienfaisance; je la regarde, moi, comme un acte de devoir, et je rae serais cru Irës-coupable d'agir différemment.

Mais devais-je attendre que trois mois après , le peuple me traiterait comme un homme féroce et insensible aux misères du pauvre? devais*je m'attendre qu'il recueillerait avec tant d'avidité les calomnies répandues sur mon compte , par des ennemis méchans et vindicatifs? que l'ami , le père des OU'^ i^riers j serait traité comme leur plus barbare ennemi? et que le propriétaire de cette manufacture, oii tant à* ouvriers trouvent leur subsistance, serait subitement en butte à la haine et aux fureurs de quatre mille ouvriers?

Les miens sont innocens ; ah ! je me hâte de le dire , ils me connaissent trop bien , ils sont trop honnêtes (i), et ils me sont trop attachés! Que ne leur edt-il été possible de me défend're! La maison qui faisait mes délices ne présenterait pas aujourd'hui le spectacle affreux de la désolation. Mais que pouvaient-ils, sans armes, contre une multitude armée , ivre et furieuse?

Au reste, je le dis bien sincèrement, je n'en veux point au peuple , malgré les maux qu'il m'a fails ; il a été entraîné :

(i) Un de mes ouvriers a troavë, dans les débris du pillage, quatre billets de la caisse d^e»compte , dont trois de i ,000 liv. chacan , et un de aoo liv. \ il les a remis aussitôt à la personne chargée de ma caisse.

Un autre a trouvé aussi de Pargent épars , et Ta remis de même.

Le premier de ces ouvriers se nomme Rohard ^ et Taûtre l*a^é'^ car-il est juste qu ils soient connus.

456 ÉCLAÏRCISSEMENS HISTORIQUES

inais combien sont criminels et punissables les gens qui l'out

porté à ces affreux excès !

Encore une fois ! j'ignore, ou je ne puis pas dire précisément quelle boucbe impure a soufflé la rage dans le cœur de tous ces malheureux i mais je sais qu'on a ourdi avec artifice les calomnies qui les ont égarés , je sais qu'on les a échauffés graduellement; je sais qu'on a été me dépeindre partout à eux comme l'ami de la noblesse ; je sais qu'on m'a supposé auprès d'eux VsiïJQhi\.\oii au cordon de Saint^ Michel; je sais qu'on leur a distHbué de l'argent ; je sais qu'on a fini par leur dire que je voulais que les ouvriers ne gagnassent que QUINZE sovs par jour.

L'effet n'a que trop bien répohdu à l'attente des calomniateurs.

En un instant mon nom est voué à l'exécration publique ; ilestrépété avec horreur dans tout le quartier que j'habite; H retentit bientôt dans Paris avec les épithètes les plus injurieuses ; le peuple me met au rang des plus infâmes scélérats ; il vient chez moi pour me déchirer. Honoré alors de la fonction à^ électeur y j'étais à l'archevêché : j'échappe à ces furieux; mais ils se vengent d'abord sur Feifigie dérisoire qu'ils imaginent pour me désigner: ils la décorent du même cordon fiu*on leur a dit que j'ambitionnais : ils le suspendent à un monument d'infamie qu'ils portent en triomphe dans une partie de Paris. Ils viennent aussitôt pour dévaster et brûler mamaison;'ils l'annoncent hautement. La présence de la garde les intimide ; ils disent que le lendemain ils reviendront armés : ils tiennent parole , et à midi ils reparaissent.

En vain une garde nombreuse est appelée pour me défendre. En sa présence même ils enfoncent mes portes , ils se répandent dans mes jardins, et ils se livrent alors à un excès de rage qu'il est impossible de concevoir. Ils allument trois feux différens , dans lesquels ils jettent successivement mes effets les plus précieux, et ensuite tous mes meubles, sans en

excepter un , mes provisions mêmes (i), mon linge, mes \oitures , mes registres (2).

N'ayant plus riei* à brûler, ils se jettent sur les décorations intérieures cle mes appartemens : ils brisent toutes les portes, toutes les boiseries ,'tous les châssis des fenêtres ; ils mettent en morceaux ou plutôt en poussière toutes mes glaces ; ils enlèvent les chambranles de marbre de toutes les cheminées, et les brisent aussi ; ils arrachent même jusqu'à des rampes de fer; enfin, joignant la bassesse à la fureur, ils m'emportent une grande partie de mon argent.

Et pour comble de malheur , ils commettent les mêmes excès chez mon locataire et mon ami, le sieur de la Chaume (3).

En un mot , on m'assure que le spectacle de cette dévastation peut seul en donner l'idée.

Cet accès de rage a duré pendant près de deux heures ; alors les troupes, qu'ils avaient eux-mêmes la hardiesse d'attaquer, ont tiré sur ces furieux , et ils se sont dissipés.

Ainsi , sous le prétexte d'un propos que }e n'ai tenu ni pu tenir, j'ai été en un inslant écrasé d'infortunes.

Une perte immense (4)9 une maison dont je faisais mes

(i) Jusqu'aux volailles que je xMurrissais.

(2) Hors un qui a été sauvé, tous ceux que j'avais depuis trente ans- #nt e'té brûle's. y

(3) Les effets de ceux de mes commis qui logent chez moi , ceux même de mes domestiques , rien n'a été excepté.

(4) Il m'est encore impossible d'évaluer exactement cette perte, d'après les aperçus qu'on me donne j voici au reste le tableau qu'os m'en a fait passer.

J'ai perdu :

Ma Médaille d'or.

Cinq cents louis en or, Beaucoup d'argent comptant, De Targenlerie , *^

Tous mes titres de propriétés,

458 éclaIrgissemens historiques

délices, et qui présente partout Timage de la désolation, mon crédit ébranlé, ma manufacture détruite, peut-élre faute des capitaux nécessaires pour la soutenir ; mais surtout ( et c'est ce coup qui m'accable) , mon nom qui a été voué à l'infamie , mon nom qui est abhorré parmi la classe du peuple la plus chère à mon cœur : voilà les suites horribles de la calomnie répandue contre moi. Ah ! ennemis barbares! qui que vous soyez , vous devez être satisfaits!

Et cependant, que^s sont mes torts? On vient de le voir ; je n'ai jamais nui à personne , même aux méchans. J'ai quelquefois fait des ingrats , mais jamais des malheureux.

Signé Réveillon.

Lettre au roi\ relatwement aux désastres arrivés au faubourg Saint' Antoine , à Paris , le lundi 27 , la nuit suivante , et le lendemain 28 avril 1789.

Sire.

Dans un moment oii les vues paternelles de votre Majesté , secondées d'un ministre vertueux, promettent à son peuple un bonheur inaltérable ; dans un moment oii la nation en-

7 à 8,000 liv. de billets,

10 à ia,ooo liv. de dessins précieux et d'estampes choisies ,

Quinze mille francs de glaces,

Cinquante mille francs de meubles.

Quarante mille francs, dont 3o,oqo Uy. environ en papiers de la manufacture de Courtalin, et plus de 10,000 liv. en rouleaux dojpMS magasins , en carmin , en papiers peints , etc. *

^*ai en outre pour 5o à 60,000 liv. de réparations à faire ; et stjeTiniluis rétablir ma maison dans Fétat où die était, j'en aurais pour cinquante mille écus.

ET PIÈCES OFFICIELtES. 4^9

tiëre semble se réunir comme de concert , pour répondre à des intentions aussi pures , et consolider à jamais dans son sein les principes constitutionnels de la véritable monarchie^ dans un moment oii tous les Français, en mémoire d'un si beau triomphe , ne devraient se livrer qu'aux transports de la joie et de la reconnaissance , pourquoi faut-il y Sire , que je me voie forcé de retracer à vos yeux l'événement déplorable que la capitale vient d'éprouver , et sur lequel les larmes de mes concitoyens coulent encore ?

Témoin de cette scène horrible , instruit d'une infinité de circonstances que j'ai vérifiées moi-même, souffrez. Sire, que je défende devant vous la cause del'humanité plaintive qui vous parle par ma voix.

Je ne dirai point à votre Majesté que des bruits sourds , qui se répandent dans le public, attribuent la cause originaire de ces malheurs à des hommes ennemis du bien général que l'Assemblée de la nation va rétablir , parce que leur intérêt personnel s'en trouvera blessé ; je me garderai de publier sur leur compte que , pour allumer le feu de la sédition , on assure que leurs mains criminelles ont soudoyc une troupe de mercenaires que les besoins pressans assiègent incessamment. Je ne veux attacher de soupçons sur personne ; je livre les coupables à leurs propres remords. Je n'entreprendrai pas non plus de justifier la conduite des tristes instrumens que leur haine a , dit-on , fait mouvoir en secret, pour troubler l'harmonie qui règne dans votre royaume. Je sais. Sire, qu'en succombant à une amorce perfide, mai^ séduisante, que la vengeance présentait à ces malheureux pour assouvir la faim qui , peut-être , les poursuivait depuis long-temps , leur crime n'en est pas moins grave aux yeux de la loi : mais si votre Majesté daigne considérer , d'une part , la position déchirante à laquelle la cherté du pain a réduit soi^ peuple , et de l'autre , que la sagesse de ceux qui président au maintien de l'ordre public , exigeait en pareil cas un peu plus de vigilance et d'humanité, son ame, sensible

44o ÉCLAIRCISSEMENS HISTORIQUES

et douce, sera convaincue qu'il était possible d-ëviter ton» les maux dont on nous a donné l'afFreux spectacle , et dans lesquels une foule de citoyens innocens ont été malheureusement enveloppés.

Et en effet, Sire, les premières étincelles de la rébellion s'étant manifestées le lundi 27 avril , à deux heures après midi , c'était le moment de faire marcher des forces suffisantes et de s'emparer de toutes les communications pour atténuer, affaiblir et dissiper les séditieux dans leurs courses: mais point du tout , l'activité indolente des chefs qui commandent vos troupes leur donne le temps de se réunir, de se fortifier , de prendre une ferme consistance ; et ce n'est que sur les dix heures du soir qu'une faible portion des enfans de Mars parait se réveiller de sa léthargie pour se mettre en mouvement et étouffer l'incendie. Bien plus, le lendemain 28, au Heu de prévenir le danger en apostant de la troupe dans les endroits oii l'on savait que les rebelles voulaient se porter, toute la soldatesque retombe dans son premier engourdissement , et par-là fournit l'occasion favorable à la sédition de reprendVe une nouvelle vigueur. Quelle négligence I Et quand le mal est au comble , que les têtes sont exaltées , et que l'embrasement est presque général , c'est alors que des troupes fondent de tous cotés , et que des canons qui portent mille morts dans leurs flancs , les accompagnent. Et c'est vis-à-vis vos sujets , Sire, que l'on se permet de marcher avec des armes que l'État ne connaît, ne fait construire que pour vaincre ses çnnemis. A une époque la plus intéressante , à une époque oii vous donnez , Sire , à l'univers l'exemple de toutes les vertus , par le bien que vous voulez faire au milieu de votre nation , fallait-il que des chefs barbares au lieu d'apaiser le mal n'aient fait que l'aggraver?

Dans lés troubles de Tan passé, un capitaine , à la tété du nombreux détachement qu'il commandait, fait mettre sa troupe sous les armes^ il la fait rangeren bataille, et fait

charger en présence du public ; ensuite, avec ce ton vraiment patriotique, le chef s'avance et leur dit: « Que voulez-vous , et que croyez-vous faire? Vous allez peut-être blesser ou tuer quelqu'un de ma troupe ; nous vous ferons sûrement plus de mal , mais ce sera malgré nous : croyez^moi , ne devenez pas injustes,, et ne nous forcez pas à devenir vos tyrans: nous sommes vos frères , tous concitoyens ; nos mains ne répandront le sang de nos frères qu'avec beaucoup de peine et à la dernière extrémité : croyez-moi, mes en fans , retirezvous. » Quel a été l'effet de cette harangue patriotique ? Le public a approuvé le chef, a témoigné sa joie , et l'assurance de sa tranquillité par les plus vives acclamations de vii^e le roi , vii^e le roi !

Voilà quelle a été la fin de cette révolte, contre laquelle vos ministres d'alors , Sire, faisaient marcher le fer et le feu. La conduite de ce chef, si M. du Châtelet l'eût pris pour modèle , aurait sans doute apaisé les troubles qui régnaient dans la capitale de votre royaume ; mais tout au contraire, loin de porter aux rebelles des paroles de paix, et de s'avancer vers eux avec cette aménité qui caractérise l'homme vraiment sensible aux malheurs de l'humanité, la fureur éclate dans ses yeux ; comme un lion rugissant , il anime , il pousse , il excite ses soldats à se repaître du sang de leurs concitoyens. La mort vole au hasard de tous côtés ; elle tombe à coups précipités sur tous vos sujets sans distinction ; elle va trancher le fil des jours de l'époux, de l'épouse et des enfans renfermés dans leurs foyers. Quel tableau effrayant! «Tai vu , Sire , j'ai vu toutes les croisées de plus de vingt maisons, criblées de coups de fusils ; la terre couverte dé sang , de cadavres dont les derniers soiipirs combattaient encore contre les cruelles atteintes de la mort: l'épouse, accablée de douleur, pleurer son époux ; des enfans pousser de lugubres cris sur la perte de leurs pères ; des familles entières gémir, se lamenter et s'arracher les cheveux. Ah ! que le fer punisse ,

44^ ' ÉCLiIRCrSSEMENS HISTORIQUE»

5'il le faut , les citoyens rebelles , mais qu'il épargne du moins les citoyens innocens!

Sire, n'est-il pas révoltant que les chefs de vos troupes se soient portés à des excès aussi féroces ! Hé quoi ! le sujet qui reposait tranquillement chez lui a partagé le funeste sort de la troupe des rebelles. 0 souvenir épouvantable qui me soulève le cœur ! Était-il donc difficile d'épargner à nos yeux ce massacre effrayant? Que n'investissait-on l'endroit qui renfermait les séditieux? Que ne les prenait-on par la famine? Que n'employait-on tout autre moyen, plutôt que de verser au hasard le sang si précieux aux hommes? Mais je m'aperçois que la sensibilité de votre Majesté s'affecte au récit affreux de tant de malheurs. Vous rougissez, vousfrémissez: 6 mon prince, 6 mon roi , pardonnez à mon entreprise en faveur de la pureté de mon zële : que ne puis-je,. hélas ! dérober à vos regards attendris la source de tous les maux qui se sont répandus , depuis quelque temps, sur votre empire^ et qui le menacent encore! Oui, Sire, j'ose vous l'annoncer , les choses sont arrivées à leur comble , les cris se font entendre de tous côtés ; les gémissemens de votre peuple vont se tourner en fureur , si la bonté de votre Majesté n'apporte un prorajpt secours à leurs maux , en faisant baisser le prix des blés ; car , n'en doutez point, Sire , c'est à la cherté du pain que l'on doit attribuer nos derniers mal-, heurs; ne souffrez donc pas qu'un peuple qui vous aime , qui vous chérit, qui vous adore, languisse plus long-temps dans les horreurs de la plus affreuse misère : accueillez, Sire, d'un œil favorable , les réclamations de ce bon peuple qui , les larmes aux yeux et les mains suppliantes et tendues vers vous , implore votre clémence : que , dans un moment oii Ic^ rayons de votre toute-puissance vont couvrir la nation en corps y et Faire briller d'une lumière plus éclatante le beau jour de cette auguste Assemblée ; que dans ce moment , Sire, tous vos sujets , libres des soucis qui empoisonnent leur existence y partagent là joie d'un si grand bonheur : que chacun

& l'envi ne soit occupe que du soin de célébrer une cérémonie digne de passer à la postérité la plus reculée. Parlez, Sire; k votre voix , l'abondance va étaler ses trésors , et répandre, à pleines mains , ses largesses au milieu de votre royaume : ordonnez à vos intendans de faire ouvrir les greniers de ces accapareurs inhumains, que leur infatigable cupidité tient fermés depuis si long-temps : aussitôt la disette disparaîtra ; le pauvre, à portée de satisfaire ses besoins, reprendra ses farces abattues pour faire fleurir votre empire par l'agriculture , les arts et le commerce , et invoquera le roi des rois de répandre sur votre règne les bénédictions célestes.

£t toi , ministre aussi sage qu'éclairé , que l'envie persécute sans cesse, mais dont les traits s'émoussent comme la dent du serpent sur la lime, Necker, seul soutien de la France, aide de ton génie le monarque juste et humain qui te retient à ses côtés ; que les pleurs du peuple écrasé sous le poids de sa misère , touchent ton cœur ; fais succéder à ces jours de deuil des jours plus sereins , et tu mériteras , comme un ajitre Sully , la reconnaissance de nos derniers neveux.

Note (B) y page 66.

Lettre adressée à M, le duc de Luxembourg par les membres de la Noblesse qui se sont réunis à l'Assemblée nationale.

Monsieur le président,

C'est avec la douleur la plus vive que nous nous sommes déterminés à une démarche qui nous éloigne, dans ce moment, d'uri^ Assemblée pour laquelle nous sommes pénétrés de respect, et dont chaque membre a des droits personnels à notre estime; mais nous regardons comme un devoir in^^ dispensable de nous rendre à la salle oii se trouve la pluralité des états-généraux.

444 ÉCLiIRCISSEMENS HISTORKJUES

Nous pensons qu'il ne nous est pius permis de différer un instant de donnera la nation une preuve de notre zèle, et au roi un témoignage de notre attachement à sa personne , en proposant et prenant , dans les^ affaires qui regardent le bien général , une réunion d'avis et d^e seatimens, que sa majesté i^egarde comme nécessaire dans la crise actuelle , et comme devant opérer le salut de TÉtat.

Le plus ardent de nos vœux serait sans doute de voir notre opinion adoptée par la chambré de la noblesse tout entière ; c'est sur ses pas que nous eussions voulu marcher, et ce parti , que nous nous croyons obligés de prendre sans elle , est, sans contredit , le plus grand acte de dévouement dont l'amour de la patrie puisse nous rendre capables. Mais dans la place que nous occupons , il ne nous est pins permis de suivre les règles qui dirigent les hommes privé» : le choix de nos commettans a fait de nous des hommes publics. Nous appartenons à la France entière, qui veut, pardessus tout', des états-généraux , et à des commettans qui ont le- droit d'y être représentés.

Tels sont, M. le président, nos motifs et notre excuse. Nous eussions eu l'honneur de porter nous * mêmes à la chambre de la noblesse la résolution que nous avons prise; mais vous avez assuré l'un de nous qu'il était plus respectueux pour elle de remettre notre déclaration entre vos mains. Nous avons en conséquence l'honneur de vous prier de vouloir bien en rendre compte.

Nous sommes ayec respect , etc.

Protestation de plusieurs dictés de la Noblesse.

L'ordre -de la noblesse aux: états- généraux , dont les -membres sont comptables à leurs commettans , à la nation entière et à la postérité de l'usage qu'ils ont fait des pouvoirs qui leur ont été confiés, et du dépôt des principes qui leur

ont été transmis d'âg^ en âge dans la monarchie française :

Déclare qu'il n'a point cessé de regarder comme des maximes inviolables et constitutionnelles ,

La distinction des Ordres,

L'indépendance des ordres,

La forme de voter par ordre ,

La nécessité de la sanction royale pour l'établissement «les lois.

Que ces principes , aussi anciens que la monarchie , constamment 6uivis dans ses assemblées , expressément établis dans les lois solennelles proposées par les états -généraux, et sanctionnées par le roi , telles que celles de io55, i357 et i56i, sont des points fondamentaux de la constitution, qui ne peuvent recevoir d'atteinte , à moins que les mêmes pouvoirs qui leur ont donné forme de loi ne concourent librement à les anéantir.

Annonce que son intention n'a jamais été de se départir de ces principes, lorsqu'il a adopté pour la présente tenue tl'états seulement, et sans tirera conséquence pour l'avenir, la déclaration du roi du 28 juin dernier, puisque l'article dernier de cette déclaration, énonce et conserve les principes essentiels de la distinction , de l'indépendance et du vote séparé des ordres, que, rassuré par cette reconnaissance formelle , entraîné par l'amour de la paix et par le désir de rendre aux états - généraux leur activité suspendue, empressé de couvrir l'erreur d'une des parties intégrantes des états-généraux, qui s'était attribuée un nom et des pouvoirs qui ne peuvent appartenir qu'à la réunion des trois ordres ; voulant donner au roi des preuves de leur déférence respectueuse aux invitations réitérées par sa lettre du 27 juin dernier, il s'est cru permis d'accéder aux dérogations partielles et momentanées que ladite déclaration apportait aux principes constitutifs.

Qu'il a cru pouvoir ( sous le bon plaisir de la noblesse des bailliages, et en attendant des ordres ultérieurs ), regar-

446 ÉGLiIRCISSEMENS HISTORIQUES

der cette exception comme une confirmation du principe ^ qu'il est plus que jamais résolu de maintenir pour l'avenir.

Qu'il s'y est cru d'autant plus autorisé , que les trois ordres peuvent , lorsqu'ils le jugent à propos , prendre séparément la délibération de se réunir en une seule et même assemblée.

Par ces motife, l'ordre de la noblesse fait au surplus la présente déclaration des principes de la monarchie , et des droits des ordres pour les conserver dans leur plénitude, et sous toutes les réserves qui peuvent les garantir et les assurer.

Fait et arrêté le 3 juillet 1789 , en la chambre de l'orclre de la noblesse , sous la réserve des pouvoirs ultérieurs des commettans et des protestations ou déclarations précédentes d'un grand nombre de députés de différens bailliages.

Noie (C)f page &>].

Lettre du roi à MM. de Luxembourg et de La Rochefoucauh^ présidons de la noblesse et du clergé.

Mox cousïiï,

Uniquement occupé de faire le bien général de mon royaume, désirant par-dessus tout que l'Assemblée des étatsgénéraux s'occupe des objets qui intéressent la nation , d'après l'acceptation volontaire de ma déclaration du 23 de ce mois , j'engage mon fidèle clergé à se réunir sans délai avec les deux autres ordres pour hâter l'accomplissement de mes vues paternelles. Ceux qui sont liés par leurs pouvoirs peuvent y aller sans donner de voix , jusqu'à ce qu'ils en aient de nouveaux ; ce sera une nouvelle marque d'attachement que le clergé me donnera. Sur ce , je prie Dieu , mon cousin, qu'il vous ait en sa sainte garde.

Signé Louis.

Note (D) , page 288.

Mémoire à consulter pour M, Louis ^Philippe ^Joseph

d! Orléans»

Des calomnies , tantôt absurdes , tantôt atroces , ont été ré|>andues contre M. d'Orléans, depuis l'époque de la con- Tocation des états-généraux. D'abord elles n'eurent d'asile que dans des libelles obscurs ; depuis elles ont été recueillies daos la procédure criminelle instruite au Ghâtelet de Paris, sur les faits arrivés à Versailles dans la journée du 6 octobre.

Une volumineuse information remplie , par rapport à M. d'Orléans , ou d'ouï-dire hasardés ou de faux témoignages directs suivant la timidité ou l'imprudence des témoins ; de nombreuses prévarications de la part des magistrats chargés de l'instruction ont amené un jugement disant :

w .... Comme aussi, attendu que MM. Louis-Phi lippe-Jo- M seph d'Orléans et Mirabeau l'aîné , députés à l'Assemblée » nationale , paraissent être dans le cas d'être décrétés , di- » sons que des expéditions de la présente information, en- M semble de celles visées au réquisitoire du procureur du » roi , seront portées à l'Assemblée nationale conformément » au décret du 26 juin dernier, sanctionné par le roi. » Fait au Châtelet de Paris , le , etc. , etc. , etc. , etc. » Après ce jugement rendu , une députa tion du Châtelet est venue apporter la procédure à l'Assemblée nationale , et M. Boucher d'Argis, portant la parole, a dit : etc.

Voir le texte des Mémoires de Ferrières , où ce discours est en grande partie rapporte'.

M. d'Orléans doit dira à ses conseils que la copie qu'on

443 ÉGLAIRCISSEMENS HISTORIQUES

-vient de lire de ce discours a été tirée des archives de l'Asseiublée , et lui a été délivrée par M-. Caoïus , archiviste.

L'Assemblée nationale renvoya le même jour la procédure du Ghâtelet au comité des rapports pour l'examiner et lai en rendre compte.

M. Boucher d'Argis , en se permettant dans son discours de présumer le crime et de désigner les coupables, s'était pourtant abstenu de les nommer; mais le secret du greffe fut violé, et des le lendemain le Journal de Paris imprima le jugement du Ghâtelet, et rendit ainsi public le nom des accusés. Le doute qu'aurait pu laisser encore un jugement publié illégalement dans un journal , ce doute fiit levé le jour suivant par une lettre adressée à l'Assemblée nationale par le tribunal du Ghâtelet, et dans laquelle , sans tenter de suspendre l'opinion sur un fait qu'il était de son devoir de tenir secret, il la fixait au contraire en témoignant ses regrets sur la publicité donnée à son jugement.

G'est par cette manœuvre qu'ont été couronnés les efforts précédemment tentés par les ennemis de M. d'Orléans , pour le présenter à la France , à l'Europe entière , comme le fauteur d'un complot qui n'a point existé.

M. d'Orléans est resté dans cette situation pénible tout le temps qui a été nécessaire au comité des rapports pour le long et scrupuleux examen qu'il s'était impx>sé sur la procédure du Ghâtelet.

Enfin , le i octobre 1790 , sur le rapport fait par M. Ghahroud , membre du comité des rapports, et de l'avis unanime dudit comité , l'Assemblée nationale a rendu le décret suivant :

« L'Assemblée nationale, après avoir ouï le compte qui » lui a été rendu par son comité des rapports de la pro- » cédure faite à la requête du procureur du roi au Ghâtelet, »» le II décembre 1789 et jours suivans , et les charges » contre M. de Mirabeau l'aîné et M. Louis-Philippe-Josepb » d'Orléans, décrète qu'il n'y a pas lieu à accusation. »

Le lendemain , M. d'Orléans s'est présenté à l'Assemblée natiçnale , a demandé la parole , et a dit :

Messieurs ,

« Compromis dans la procédure criminelle instruite aa P Chàtelet de Paris , sur la dénonciation des faits arrivés » à Versailles dans la journée du 6 octobre , désigné par ce » tribunal comme étant dans le cas d'élre décrété , soumit

• au jugement que vous aviez à porter pour savoir s^il y » avait ou n'y avait pas lieu à accusation contre moi ; j'ai » cru devoir m'abstenir de paraître au milieu de vous dans

• les différentes séances oii vous vous êtes occupés de cette ii affaire. Plein de confiance dans votre justice , j'ai cru, et

• mon attente n'a pas été trompée , que la procédure seule M suffirait pour vous prouver mon innocence.

» M. de Biron a pris hier en mon nom l'engagement que » je ne vous laisserais aucun doute , que je porterais la luw miëre jusques dans les moindres détails de cette ténébreuse » affaire. Je n'ai demandé la parole aujourd'hui que pour » ratifier cette obligation. Il me reste en effet dégrands di-» » voirs à remplir. Vous avez déclaré , Messieurs , que je n'é- M tais pas dans le cas d'être accusé , il nie reste à prouver » que je n'étais pas même dans le cas d'être soupçonné. Il » me reste à détruire ces indices menteurs, ces présomptions » incertaines répandues avec tant de complaisance par la n calomnie et recueillies avec tant d'avidité par la malveil- » lance. Mais , Messieurs , ces éclaifcissemens nécessaires y* doivent être donnés en présence de tous ceux qui auront m intérêt de les contredire , et devant ceux qui auront droit » d'en connaître.

» Telles sont, Messieurs, les obligations que je vîeusconw tracter en ce moment : je me dois de les remplir, je le » dois à cette Assemblée dont j'ai l'honneur d'être membre , ^ je le dois à la natiou entière. Il est temps de prouver que

45o £cLiIRCtSS£M£NS HISTORIQUES

» ceux qui ont soutenu la cause du peuple et de la liberté, M que ceux qui se sont élevés contre tous les abus , que ceux » qui ont concouru de tout leur pouvoir à la régénération » de la France ; il est temps de prouver que ceux-là ont été » dirigés par le sentiment de la justice , et non par les moti& N odieux et vils de l'ambition et de la vengeance.

>» Ce peu de mots que j'ai mis par écrit , je vais, Messieurs , M les déposer sur le bureau , pour y donner toute l'authea- M ticité qui dépend de moi. »

C'est sur la marche légale que doit suivre M. d'Orléans, pour remplir cet engagement solennel , qu'il consulte aujourd'hui ses conseils.

Pour les mettre en état de prononcer, il croit devoir leur remettre les pièces suivantes ; savoir : i** la procédure criminelle instruite au Châtelet de Paris , sur les faits arrivés à Versailles le 6 octobre ; 2° le rapport de cette affaire fait par M. Chabroud , membre du comité des rapports à l'Assemblée nationale ; 3^ les pièces justificatives de ce rapport. Ces trois pièces ont été imprimées par ordre de l'Assemblée.

Il croit, de plus, devoir leur donner quelques renseignejnens , tant sur des faits qui n'ont pas pu être éciaircs par la procédure , que sur quelques objets qui nWt été traités que dans la discussion à laquelle cette procédure a donné lieu.

1°. M. d'Orléans , que plusieurs témoins déposent avoir vu à Versailles le mardi matin , 6 octobre, à l'heure 011 s'est faite l'irruption du peuple dans le château , était alors à Paris , ainsi qu'il aurait été et serait encore eu état de le prouver par une multitude de témoins; les uns qui l'ont vu chez lui au Palais-Royal , les autres sur la route de Versailles , et enfin à son arrivée au château , arrivée dont il peut désigner l'époque précise par celle oîi les gardes-ducorps, sortant de l'appartement du roi avec la garde nationale, une partie d'entre eux avait déjà troqué ses chapeaux

contre les bonnets de grenadiers des ci-devant gardes-fraoç aises.

2*. Il était de même absent de Versailles ( et serait de même en état de prouver cette absence) le lundi 5 octobre, jour oii deux témoins ont osé déposer tant l'avoir vu , ledit jou^, sortir de TAssemblée nationale oii il est de notoriété qu'il n'était pas , que l'avoir revu l'aprës-midi , sur le décliu du jour , dans l'avenue de Paris sur le trottoir à droite.

3°. Sur la partie de la déposition de MM. Digoine etFrondeville , relative à un valet de chambre de M. d'Orléans aperçu dans l'appartement de la reine , ce qui , selon M. Digoine , fit qu'une personne pour qui le déposant a le plus profond respect , F appela et lui dit d'être plus cir^ conspecty sur quoi ^ lui déposant y en ayant paru étonné j cette personne lui dit qu'il venait d'entrer dans VappartC'* ment un valet de chambre de M, le duc d'Orléans, et le lui fit remarquer y et ce qui , suivant M. Frondeville, fit que /a reine imposa silence , et qu'un monsieur, qu'il croit être M. d'Astorg^ lui dit : Gardez-vous de parler^ en lui montrant un valet de chambre de M. le duc d' Orléans : sur ces détails, M. d'Orléans croit qu'il peut être utile que ses conseils sachent que ce valet de chambre était alors , depuis près de dix ans , valet de chambne de la reine, et qu'il était de service chez elle au quartier d'octobre.

4^. £t enfin il a encore été question, dans la discussion à l'Assemblée nationale , du dernier voyage de M. d'Orléans à Londres et des conjectures auxquelles il a donné Heu. On ne peut, k ce sujet, que répéter d'abord ce qu'a publié M. d'Orléans dans Texposé de sa conduite, rédigé par luimême à Londres , et qui fait connaître suffisamment les motifs de ce voyage.

( Voir Y exposé qui suit. )

On peut ajouter qu'au surplus MM. de Biron et de Liancourt ont connu les instructions et la correspondance da cette mission , le roi ayant permis qu'elles leur fussent comntuniquées; et enfin , si le secret des négociations ne permet

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pas encore qu'on s'explique plus ouvertement snr ceHe-ci^ M. d'Orléans ne doute pas que M. df Montmorîn ne rendît, au besoin 9 témoignage à la vérité sur ces faiis.

Tels sout les édaircissemens que M. d'Orléans a cru devoir donner surabondamment à ses conseils , qui d'ailleurs formeront sans doute leur avis -d'après la lecture et la discussion des pièces ci-jointes.

M. d'Orléans finit en les prévenant qu'il ne veut se livrer à aucun sentiment de haine ou de vengeance, mais, en même temps, qu'il ne veut rien négliger de ce qui serait jugé nécessaire pour remplir l'engagement qu'il a pris (k porter la lumière jusque dans les moindres détails de cette ténébreuse affaire.

Il demande donc quels sont ses droits à l'égard de M. le procureur du roi au Châtelet , des autres juges et des témoins. .

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