‹ Mémoires du marquis de FerrièresChapitre 6 sur 24 · LIVRE PIIEM1ER.,-K · texte numérisé non relu

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constituante, les hommes qui la composaient, l'esprit qui la dirigeait , les moyens dont elle s est servie. J'ai rapporté tout ce qui m'a paru propre à remplir ce but. Mes acteurs parlent beaucoup , mais ce ne sont point ces discours de parade qu'un historien travaille', assis tranquillement à son bu* reau; ils ont été tenus par ceux mêmes dans la bouche desquels je les place, je ne me suis permis d'y rien changer. J'ai retranché des longueurs; j'ai corrigé de loin-en loin quelques fautes grossières de style. Ce n^est ni le même visage ^ ni la rriême couleur. Plusieurs de ces discours sont des morceaux précieux d'éloquence qui ne nous laissent rien envier aux orateurs d'Athènes et de Rome. J'ai cru rendre service à mes concitoyens en les tirant des longs et ignorés dépots , dans lesquels ils sont plutôt ensevelis qu'ils ne sont conservés : je leur ai rendu cette vie, ces traits caractéristiques, cet à-propos qu'ils avaient lorsque l'orateur les prononçait à la tribune. Il m'eût été facile de me mettre à la place des hommes que je fais parler, de fondre leur esprit, leur scierffce , leur style dans ma narration. J'ai pensé que tout cela était à eux , et n'était pas à moi. Si quelqu'un des acteurs de ce grand drame se trouve mécontent du rôle qu'il y joue , qu'il ne s'en prenne pas à moi , je ne lui ai pas assigné ce rôle, c'est lui-même qui l'a choisi : qu'il ne consulte pas, pour juger de la vérité du tableau , ni de la convenance des couleurs , ce qu'il pense à présent : qu'il consulte ce qu'il pensait

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alors ; qu'il éloigne un moment de lui les évëne--' mens qui sont arrivés^ et qu'il songe à ceux qu'il désirait et qu'il espérait qui arriveraient ; qu'il se place aux mêmes époques et dans les mêmes cir-' constances ; qu'il se demande : Ai-je dit ou n'ai*-j^ pas dit cela? ai-je fait ou n'ai-je pas fait cela ? voulais-je ou ne voulais-je pas cela ?

A mesure que les députés arrivaient à Paris y les différens partis leur soufflaient leurs amitiés , leurs haines, leurs intérêts. Une inquiétude générale semblait tourmenter les esprits : c était un désir vague de changement. Le Français contenu jusqu'à ce jour sous une police vigilante et sévère , qui comprimait tous ses mouvemens, qui entravait toutes ses pensées; étranger aux combinaisons politiques , n'ayant aucune donnée primitive du pacte social y des droits de la nation y des droits du monarque y de ceux des individus et des différentes classes des citoyens y exagérait jusqu'à la vérité y et lui préférait l'erreur parce qu'elle est plus gigantesque. Il s'abandoi^nait à une intempérance d'idées et de paroles, qui aurait laissé croire que ce peuple, sorti tout-à-*coup d'un long enchantement, ve-* nait de recoiivrer la faculté de parler et de penser. Ce fut dans les cafés du Palais-Royal , que se montra sous ses véritables traits ce nouveau développement du caractère national. Une curiosité de tout entendre et de tout savoir, un besoin de se communiquer, y amenaient sans cesse une foule de citoyens. L'un se présentait armé d'une constitu-

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