‹ Mémoires du marquis de PomponneChapitre 11 sur 21 · ÉLECTEUR DE SAXE · texte numérisé non relu

ÉLECTEUR DE SAXE

Partage des États de la maison de Saxe. — L'Électeur grand buveur, prince d'esprit très-borné. —Sa première liaison avec la France. — Obligations qu'il contracte par le traité de Zuikau. — Ses ministres. — Il se déclare ... contre la France en 1673. —Il est mécontent de l'Empereur. — Il veut obtenir des subsides du roy. — il fait agir dans ce but la Suéde et la Bavière. — Il touche 30,000 écus. — Il traite avec Louis XIV en vue d'une élection à l'Empire. — Branches diverses de la maison de Saxe.

Jean-George (i), Électeur de Saxe, qui règne aujourd'hui, se trouve beaucoup moins considérable que ne l'ont été ses prédécesseurs. Jean-George, son père, en partageant entre ses enfants, diminua extrêmement la puissance de l'aîné. Au lieu de faire passer ses États entiers au prince Électoral, son fils, il en donna une partie considérable à ses trois cadets. Auguste fut administrateur de Magdebourg : Christian, administrateur de Mersbourg ; Maurice,

(1) Jean-George II du nom, né le 31 mai 1613 , mourut le 1er septembre 1080.

administrateur de INaiibourg (i). Il est vrai qu'il réserva le droit des armes à l'aîné : par là, ses frères ne pouvoient faire la guerre que de sa participation, etétoient obligés à concourir sous lui à la défense des Etats de toute la maison.

L'Electeur, d'un génie très-borné, d'un naturel doux et paisible, se laisse gouverner par ses ministres, et conserve plus qu'aucun autre prince d'Allemagne l'amitié naturelle de cette nation pour le vin.

Sa première liaison avec le roy se fit en i658, à la diète de Francfort. J'ai ouï dire au maréchal de Gramont qu'il lui fit naître l'inclination pour la France, en lui faisant raison de la santé de l'Empereur, et en lui portant celle du roy avec trois verres en même temps (2). Son seul attachement

(1) Ces trois princes eurent encore en partage : Auguste, une partie considérable des terres qui dépendaient de la maison de Saxe, en Thuringe, et trois autres bailliages; Christian , la Basse- Lusaceet cinq bailliages ; Maurice, tout le Voigtland et le comté de llenneberg. (Moréri, Dictionnaire, t. ix, p. 210.)

(2) « L'Électeur de Saxe étoit un prince très-zélé pour la reli- « gion luthérienne : les jours où il communioit, il portait ce respect « au Sacrement de ne pas s'enivrer le matin ; mais il s'en dédom- « mageoit le soir, et buvoit toute la nuit, jusqu'à ce qu'il tombât « sous la table avec ses convives. . . . Les ambassadeurs de « France ayant eu à se plaindre de l'Électeur de Saxe, on négocia « un dîner, auquel se trouvèrent les Électeurs de Mayence et de

avoit été jusqu'alors avec la maison d'Autriche; il en prit alors un de simple amitié avec le roy, par le traité qui fut moyenne par Schonborn, Electeur de Mayence.

Il fut suivi d'un plus particulier, signé à Zuikau (r) en 1664. Il y prenoit des mesures plus étroites avec Sa Majesté pour la conservation des raités de Westphalie, et pour ce qui pouvoit arriver dans l'Empire. Il promettoit même d'accorder des levées à Sa Majesté et de leur donner passage dans ses États. Mais parce qu'il étoit difficile qu'elle pût prendre une confiance entière en ses promesses, tant que son conseil seroit composé de ministres dévoués à la maison d'Autriche, il s'obligeoit d'en faire un nouveau , et qui seroit composé de personnes agréables à Sa Majesté. Ceux dont Sa Majesté avoit principalement sujet de se

« Cologne, et qui dura depuis midi jusqu'à neuf heures du soir, « au bruit des timbales et des trompettes. On y porta deux ou trois « mille santés ; ensuite tous les convives dansèrent sur la table qui « fut étayée : le maréchal, tout boiteux qu'il étoit, mena le branle, « tout le monde s'enivra ; et depuis lors, l'Électeur et le maréchal « restèrent toujours les meilleurs amis du monde. » (Mémoires de Gramont, collection Petitot, t. lvi, p. 264 et 265.)

(I) Zuikau ou Zwickau, sur la rive gauche de la Mulde, faisait partie du marquisat de Misnie, dans le cercle de Voigtland. Cette ville est aujourd'hui le chef-lieu de l'un des quatre cercles du royaume de Saxe.

défier, étoient les barons Frissen et Gersdorft : ceux qu'elle souhaitoit étoient les barons de Bourquerode, Reissenberg, Canne et Ramsdorft. A ces conditions, Sa Majesté promettoitde lui faire payer un subside de 5o,ooo livres par ans (i).

Cette somme lui fut payée la première année ; mais quelques instances que Sa Majesté lui en fit faire, il n'accomplit point la parole qu'il luiavoit donnée pour l'établissement du nouveau conseil. Ceux qui favorisèrent la maison d' Autriche auprès de lui, et le ministre que l'Empereur tenoit dans sa cour, n'oublièrent rien pour l'en détourner. La guerre que le roy porta en Flandre en 1667 et ^ oc" cupation que Sa Majesté fit trois ans après de la Lorraine, leur donnèrent de nouvelles raisons pour faire craindre sa puissance et pour lui imputer le dessein d'entreprendre sur l'Empire.

Dans cette appréhension, l'Électeur conclut en 1669 un traité avec l'PZmpereur pour la défense de l'Empire. Mais la guerre avec la Hollande étant

(4) Saint-Prest a donné de ce traité une analyse inexacte. « Il y « eut, dit-il, encore des articles secrets par lesquels le roi promit « de défendre l'Électeur, l'Èlectrice et le prince Électoral, envers « tous et contre tous, en cas qu'ils fussent troublés à cause de a cette alliance; et l'Électeur promit de ne rien faire dans les « assemblées qui se tiendroient dans l'Empire, qui put tourner au

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survenue en 1672, il fut puissamment sollicité par l'Empereur et par l'Électeur de Brandeboug de se joindre contre la France.

Les assurances toutefois que Sa Majesté lui fit donner, comme à tout le reste de l'Empire, du désir qu'elle avoit de conserver inviolablement les traités de Westphalie, une somme de 3o,ooo écus qu'elle lui fit passer sur ce qu'il prétendoit lui être dû, une épée de diamants qu'elle envoya au prince Électoral son fils, et quelques présents qu'elle fit à Bourquerode, comme à Ramsdorft, tirèrent de ce prince une déclaration par laquelle il promettoit à Sa Majesté de ne se point mêler dans la guerre des États - Généraux et de ne point donner de troupes à l'Électeur de Brandebourg.

Il changea bientôt après de sentiments , lorsqu'après l'accommodement de l'Électeur de Brandebourg avec le roy en 1673, il vit les troupes de Sa Majesté continuer leur séjour dans l'Empire ; et il acheva de se déterminer après qu'elles furent

« préjudice du roy ; se promettant qu'en considération des grandes « dépenses qu'il avoit faites depuis quelques années, le roy voudroit « bien faire quelque gratification annuelle à l'Èlectrice sa femme et « au prince Électoral son fils : ce qu'il déclara qu'il laissoit à la « générosité de Sa Majesté. » (De Saint-Prest, Histoire des traitez de paix, t. 1, p. 486.)

entrées clans les États de l'Electeur de Trêves , qu'elles y eurent pris des quartiers, exigé de rudes contributions et occupé la capitale. Il alla trouver l'Empereur qui s'étoit avancé jusqu'à Egra (t), en Bohème. Il renouvela avec lui le trailé qu'il avoit lait en 1669 pour la défense de l'Empire. Il s'obligea de fournir dans son armée un corps de i,5oo hommes, qu'il augmenta depuis jusqu'à 2,5oo, et reçut 3o,ooo écus sur les subsides qui lui furent accordés.

Dès lors, ce prince se déclara ouvertement, sous prétexte des intérêts de l'Empire, contre la France ; et le prince, son fils, passa avec les troupes de Saxe dans l'armée de l'Empereur. Il y servit durant deux ou trois années ; mais l'Électeur son père, mécontent de ne point toucher à Vienne les subsides qui lui avoient été promis, inquiet de la guerre qui se faisoit dans son voisinage, entre la Suède et l'Électeur de Brandebourg, et, jaloux de la puissance de ce prince avec lequel il avoit d'anciens démêlés tant pour la succession de Julliers (2), que pour les sujets de défiance qui nais-

(1) Égra ou Eger, sur la rivière Éger, est peu éloignée de la frontière de Saxe.

(2) Les princes qui réclamaient la succession de Juliers étaient nombreux : les plus considérables étaient le roi de Suède. l'Élec-

sent d'ordinaire entre des États voisins, écouta quelques propositions qui lui furent faites par la Suède.

Il étoit lié de tout temps d'une alliance étroite avec cette couronne ; et elle avoit été renouvelée en 1667. Une des premières vues que l'on eut à Stokolm, lorsque Ton prit en 1674 le dessein de faire passer une armée en Allemagne, fut de s'assurer de lui. On l'en fit rechercher encore davantage, lorsque les affaires de Suède en Poméranie commencèrent à tomber ; et les ministres que l'on envoya auprès de lui profitèrent du mécontentement où ils le trouvèrent, de ses alliés. H témoigna être disposé de rappeler ses troupes de l'armée de l'Empereur, et à ne donner ni passage ni quartiers dans ses États aux ennemis de la France et de la Suède.

Mais comme il étoit naturellement intéressé, il attachoit à ses offres la demande d'un subside et

leur de Brandebourg, le duc de Neubourg et l'Électeur de Saxe. Voici sur quels droits le dernier basait ses prétentions : « Jean, duc « de Clèves et de Juliers, et la duchesse Marie, sa femme, marièrent, « en 4526, leur fille Sibille, à Jean-Frédéric, Électeur de Saxe, et « convinrent, parle contrat de mariage, qu'au défaut de descente dants mâles issus de Jean et de Marie, leurs États passeroient à « leur fille Marie et à ses descendants. Ce contrat de mariage fut « confirmé en 1544 par l'Empereur Charles-Quint, qui avoit alors

supposoit le besoin qu'il auroit de demeurer armé pour exécuter ses nouveaux engagements et pour se défendre du mécontentement des alliés qu'il auroit abandonnés. La Suède trouvoit avantageux de le détacher du parti de ses ennemis ; et elle n'improuvoit point la prétention d'un subside, parce que, ayant toujours été accoutumée à en recevoir, et n'étant pas en état d'en donner, elle prétendoit faire retomber sur la France l'exécution de cet article.

La proposition en fut faite à Sa Majesté, mais comme elleconnoissoit le peu de fondement qu'elle pouvoit faire sur l'Électeur, elle s'en défendit longtemps. Le séjour même du prince Électoral de Saxe dans l'armée de l'Empereur, lui donna plus de lieu de la refuser.

Enfin, l'Électeur, mal satisfait de l'inexécution des paroles qui lui avoient été données à Vienne, voulut ôter à la France et à la Suède le juste sujet qu'elles avoient de se plaindre, si dans le temps qu'il traitoit avec elles, il maintenoit des troupes dans l'armée de leurs ennemis. Il rappela pour ce sujet les deux régiments qui y servoient sous son

« intérêt de gagner les bonnes grâces de cet Électeur. » ( Saint - Pre'st, Histoire des traitez de Westphalie, p. 89.) L'Électeur prétendait que l'éventualité prévue dans le contrat de \ 526 s'était réalisée par la mort de Jean-Guillaume, dernier duc de .Tuliers.

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nom, mais qui a voient été levés de l'argent de i 'Empereur. Sa conduite ne fut point suivie par le prince Électoral , naturellement porté contre la France et zélé pour la maison d'Autriche II demeura dans l'armée de l'Empire , avec le seul commandement des troupes du cercle de la hauteSaxe.

Ce procédé du fils donna longtemps lieu à Sa Majesté de témoigner qu'elle ne pouvoit prendre confiance an père. Mais enfin comme elle étoit extrêmement pressée par la Suède et qu'il pouvoit être utile de détacher ce prince du parti de l'Empereur, elle consentit a lui payer une fois pour tontes une somme de 3o,ooo écus, pourvu toutefois qu'il s'obligeât par écrit aux mêmes choses qu'il avoit promises aux ministres de Suède.

Il se récria sur la modicité d'une somme qui devoit être une fois payée, lorsqu'il prétendoit des subsides considérables par an. Tl étoit touché toutefois par la vue de cet argent, et insistoit à le recevoir par avance et comme une récompense de ce qu'il avoit déjà fait et de l'engagement dans lequel il vouloit entrer. La négociation de la part de l'Électeur pour toucher ces 3o,ooo écus, et de celle de Sa Majesté pour ne les point donner qu'il ne s'engageât par écrit, dura jusqu'à la fin de la guerre.

Aux instances qu'il faisoit renouveler de temps en temps par la Suède, il joignit enfin l'Électeur de Bavière. Ce prince, naturellement timide, et qui se voyoit presque seul dans le parti qui restoit à Sa Majesté dans l'Empire, crovoit important d'y joindre cet Électeur. Il en lia la négociation, et l'affaire s'en traita longtemps à Munick entre le cardinal d'Estrées et La Haye et les ministres de Saxe qui y furent envoyés (i). Mais comme les difficultés étoient toujours les mêmes, et que Sa Majesté, ne faisant pas grand fondement sur ce prince, peu capable en effet de lui nuire, ou de la servir, se soucioit peu de les lever aux dépens de 3o,oooécus, Ton gagna le temps jusqu'à la paix.

Peu avant qu'elle fût conclue, l'Électeur, ne se rebutant point par ces longueurs, avoit envoyé le baron Ramsdorft auprès de Sa Majesté. Il étoit neveu de Ramsdorft, grand maréchal de l'Électeur, et qui avoit toujours porté le parti de la France. Aussi témoignoit-il avoir d'autant plus d'intérêt de réussir dans sa négociation que son oncle étoit perdu s'il ne réussissoit. Comme il avoit prévalu dans l'esprit de l'Électeur sur ceux qui favorisoient la maison d'Autriche et qu'il l'a-

(1) Voxj. le chapitre Bavière, p. 246.

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voit disposé à abandonner ses liaisons avec l'Empereur pour prendre le parti de la France, l'oncle et le neveu tomboient en même temps, si ce dernier ne remportoit aucune satisfaction de son voyage.

Bien que la paix fût conclue, l'Electeur prétendoit les 3o,oooécus comme une dette: parce que, depuis qu'ils lui avoient été promis, il avoit exécuté en effet tout ce que l'on avoit souhaité de lui. Le baron faisoit voir que son maître avoit rappelé ses troupes, qu'il n 'avoit point accordé de quartiers ni de levées dans ses États aux ennemis de la France et de la Suède, et qu'il s'étoit conformé dans la diète de Ratisbonne aux sentiments de l'Electeur de Bavière ; qu'il étoit vrai qu'il n'avoit pas toujours été maître des sentiments du prince, son fils, mais qu'enfin il l'avoit obligé de quitter l'armée de l'Empereur et à se retirer en Saxe. Toutes ces raisons n'auroient pas suffi à lui faire obtenir les 3o,ooo écus qu'il demandoit, si Sa Majesté n'eut été bien aise d'engager l'Électeur dans un intérêt qui pouvoit être un jour important à sa grandeur -et à sa gloire.

Comme l'Empereur, bien que plus jeune de deux ans que Sa Majesté, est d'une constitution fort foible, qu'il n'a qu'un fils presque encore au ber-

ceau, et que ce qui peut arriver à l'un et à l'autre, peut mettre aisément l'Empire en état de sortir de la maison d'Autriche, Sa Majesté crut ne pouvoir prendre de trop bonne heure des mesures pour le faire rentrer dans celle de la France. Elle y fut même encore invitée par le bruit qui se répandit, que l'Empereur songeoit à convoquer une assemblée du collège électoral pour faire élire son fils roy des Romains. Quelque jeune que fût ce prince, on appuyoit cette pensée par un exemple semblable qui se trouvoit dans l'histoire de l'Empire ; et pour le mettre en état de se former pour le gouvernement, en cas qu'il perdit l'Empereur dans un âge peu avancé, on proposoit de lui donner durant sa minorité un conseil nécessaire, formé des Électeurs et de quelques princes de l'Empire.

Cet avis porta Sa Majesté à prendre des mesures avec l'Electeur de Saxe. Ainsi elle me donna ordre et pouvoir de traiter avec Ramsdorft sur le cas qui se présenteroit d'une élection d'un roy des Romains, ou d'un Empereur. Il en écrivit à son maître et en reçut des pouvoirs. Ainsi je signai au mois d'octobre 1G79 un traité avec lui, par lequel l'Électeur s'obligeoit i° à empêcher, autant qu'il seroit en lui , l'assemblée électorale, dans laquelle l'Empereur voudroit proposer l'élection de son fils;

2° que si cette assemblée ne se pouvoit détourner, et qu'il s'agît d'élire un roy des Romains, l'Électeur donneroit sa voix au roy ; que s'il ne pouvoit réussir pour Sa Majesté, il s'employeroit fortement en faveur de Monseigneur le Dauphin ; et qu'en cas que l'élection ne pût tomber sur l'un ou sur l'autre, il ne donneroit sa voix qu'à un prince agréable à Sa Majesté ; 3° en cas que l'Empereur mourût, il promettoit de garder la même conduite, pour faire élire le roy ou Monseigneur le Dauphin. Moyennant ces conditions, le roy lui fit payer les 3o,ooo écus dont il s'agissoit depuis si longtemps, et lui promit une pension de 20,000 écus par an, durant les dix années que le traité devoit durer.

C'est l'état auquel je laissai ce prince avec le roy, lorsque je sortis des affaires. Par tout ce qui a été dit dans ce mémoire, il paroît assez que l'inclination du père et du fils a toujours été favorable à la maison d'Autriche. La suite fera voir s'ils s'en sont détachés pour se lier à la France (1). C'est par là qu'il importe que ce traité, ainsi que l'Électeur

(1 ) La suite fit voir, comme le prévoyait Pomponne, que l'Électeur n'était point sincère. Malgré son traité, il resta dévoué à la maison d'Autriche, et son fils, Jean-Georges IÏJ, se prêta, en 1690, à l'élection de l'archiduc Joseph, fils de l'empereur Léopold, comme roi des Romains.

l'a désiré, soit extrêmement secret, parce qu'il seroit à craindre, si la cour de Vienne en avoit connoissance, qu'elle ne le fit changer de sentiment, et qu'elle n'employât les menaces avec d'autant plus de succès que ce prince est plus voisin de la Bohème.

Une des plus anciennes alliances de l'Électeur de Saxe est avec la Suède. Il lui paroit même uni plus particulièrement pour la conservation de la religion luthérienne qui est, en Suède et en Saxe, dans toute sa force, plus qu'en aucun autre lieu d'Allemagne. Sa liaison même avec cette couronne lui est d'autant plus importante qu'une même jalousie les réunit contre l'Électeur de Brandebourg. Du reste, ce prince, et par son humeur, et par la force de ses États, n'est pas capable d'une grande action dans l'Empire.

Le duc Auguste, administrateur de Magdebourg, son frère, est prince de mérite, a toujours paru bien intentionné pour la France, et est fort attaché à la Suède. Les deux autres vivent tranquillement dans leurs terres.

Outre la branche électorale de Saxe, il y a celles de Weimar et de Gotha. Elles viennent l'une et l'autre de Jean Frédéric, qui fut dépouillé en 1 547 de TÉlectorat par Charles-Quint, qui en revètil

Maurice, son cousin. Le duc de Gotha a recueilli la succession de la branche d'Altenbourg (i), l'aînée de cette ligne, et est un des princes d'Allemagne aussi accommodé, et qui a autant d'argent comptant. Il n'a pas toutefois d'États capables de le rendre considérable dans les affaires générales. La maison de Weimar est séparée en trois branches, qui ont toutes un revenu médiocre, mais suffisant pour soutenir leur qualité.

Le prince d'Eisenach, qui a commandé l'armée de l'Empire durant cette dernière guerre, est d'une de ces branches (2).

(1) La branche d'Altenbourg s'éteignit, en 1672, par la mort du duc Frédéric-Guillaume III.

(2) Le prince d'Eisenach envahit l'Alsace, en 1677, à la tête de l'armée des Cercles. Il y fit d'abord quelques progrès ; mais le maréchal de Créqui parvint bientôt , par d'habiles manœuvres, à le rejeter dans une île du Rhin, et ne lui permit d'en sortir, le 24 septembre, que par une capitulation humiliante. {Voy. Sismondi, Histoire des Français, t. xxv, p. 350 et suiv.)

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