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guère vu dans les conclaves, où les créatures suivent avec une dépendance presque aveugle les sentiments de leurs chefs de faction. Ici, ces mêmes créatures, sans consulter leurs chefs, se portèrent à un choix qu'elles croyoient si avantageux pour l'Église.

Le pape alloit être déclaré, par un consentement unanime, si le cardinal ci'Estrées ne l'eût empêché. Il remontra qu'il ne pouvait donner les mains à l'élection sans avoir reçu auparavant les instructions du roy et sans sçavoir si elle lui seroit agréable; et le respect du Sacré-Collège fut tel pour Sa Majesté qu'il suspendit sa résolution jusqu'à ce que l'on eût sa réponse.

Les lettres du duc et du cardinal d'Estrées, apportées par un courrier exprès, l'informèrent de l'état de cette affaire. Le consentement qu'elle pouvoit donner ou refuser fut agité dans son conseil. Les mêmes raisons de craindre le ressentiment d'Odescalchi subsistoient: mais, enfin, la piété de Sa Majesté l'emporta et elle ne voulut pas arrêter seule un choix qui paroissoit souhaité généralement par toute l'Eglise.

Il est vrai qu'il se joignoit une raison plus humaine à ces motifs de piété. Odescalchi n'avoit point de neveux sur qui, à l'exemple de ses pré-

décesseurs, il put se remettre du gouvernement, mais il avoit un ami intime qui étoit le cardinal Cibo. On avoit une assurance entière que, pour se faire soulager dans les affaires publiques, dont il avoit moins d'expérience, parce qu'il n'avoit jamais exercé aucune charge, il se serviroit de son ministère. Ainsi on regardoit Cibo comme devant avoir toute l'administration de ce pontificat. Sa Majesté, à qui il étoit attaché en secret, ne pouvoit avoir un homme plus confident, et elle avoit lieu de se promettre la reconnoissance du pape, lorsque son consentement l'auroit élevé sur le Saint-Siège.

Les ordres furent envoyés en sa faveur au duc d'Estrées et aux cardinaux françois, qui étoient alors arrivés à Rome, et l'approbation de Sa Majesté fut suivie incontinent de l'élection de ce cardinal, qui prit le nom d'Innocent XI.

Il répondit à toute l'opinion que Ton avoit eue de sa vertu et de son désintéressement. Il n'appela aucun de ses proches à Rome; il laissa dans la plupart des emplois ceux qu'il y trouva établis par son prédécesseur ; il déclara le cardinal Cibo son premier ministre et abolit le nom de cardinal neveu et de cardinal patron.

Il avoit un neveu unique, fils de son frère, et le seul héritier de sa maison, appelé Dom Livio. Il

étoit auprès de son oncle lors de son exaltation. Il ne voulut point que sa dignité apportât aucun changement à sa condition, et le tenant dans la même modestie dans laquelle il avoit été élevé auparavant, il ne permit, ni qu'il augmentât son train, ni qu'il prît le nom de prince et se fit traiter d'excellence , selon la coutume des neveux des papes. Ce qu'il fit seulement pour lui fut de se démettre en sa faveur de tout le bien de sa maison, qui étoit fort grand, et que l'on disoit monter à plus de 4o?ooo écus de rente. Il s'en réserva ce qu'il crut devoir suffire à sa nourriture , ne voulant point être à charge à la Chambre apostolique, et cela alloit à une demi-pistole par jour.

Comme il connoissoit quels avoient été les abus des cardinaux neveux sous les précédents pontificats , et que pour enrichir leurs maisons , ils avoient épuisé la Chambre apostolique à un point que ses revenus n'égaloient pas les dettes qu'elle étoit obligée de payer, il résolut de couper ce mal dans la racine, et de remédier aux abus qu'il avoit causés. Ce fut dans cette vue 'qu'il résolut de lier pour toujours les mains aux papes à l'égard de leurs neveux et d'acquitter les dettes de la Chambre.

Pour le premier il fit dresser une bulle tou-

chant le népotisme, par laquelle il reçoit d'une manière fort sévère le peu que les papes pouvoient faire pour leurs neveux. Mais, afin qu'elle eût plu* de force, il la communiqua a tous les cardinaux qui croient a Rome, et l'envoya a ceux qui etoient dehors pour en avoir leur avis. Tous ne purent disconvenir de l'utilité dont elle seroit et tous louèrent les saintes intentions du pane Mai> l< principaux du S 1)ient

ete neveux de pape, et dont les autres aspiroient a la papauté, tachèrent d'v faire voir quelques dif~ lieultes dans l'exécution . en sorti- que la huile d d point ete puhhee jusqu'à cette heure.

Pour ce qui regarde le rétablissement de la Chambre, il n'va point de dépens.-s mutiles qu'il n'ait retranchées, point de règle qu'il n'ait apportée dans celles qui ne se pouvoient éviter ; de mai. que la Chamhre en a déjà reru un notahle a\anta£e, et qu'en peu d'années il a rendu son revenu égal a ses dettes, auxquelles il s'en falloit beaucoup qu'il ne suffit auparavant.

Son application n'a pas ete moindre dans tout ce qui regarde le bien de la religion et le rétablissement de la discipline ecclésiastique. Il embrasse avec ardeur tout le bien qu'il connoit; et, si ses lumières répondoieut a la sainteté de ses inten-

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