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L'dxceUem et loyal àide-de-camp de Pierre I*' avait m aussi trois filles, dont Taînée, Ëudoxie, mariée à Alexandre Pétrovitch Pouchkine, a été la bisaïeule de notre célèbre poëte; la puiuée épou&a te prince Constantin Cantémir, et la plus jeune — le prince George Troubetskoy.
Mais si la branche cadette de la famille Goloviue prospéra sous le règne de Pierre P', il n'en fut pas de même de la branche aînée, malgré ses alliances avec les familles si puissantes des Saltykow et des Lapouhine; cette dernière alliance /ut môme peut-être Tune des causes de la fin déplorable du père de mesdames Saltykow et Lapou* hine, Mathieu Alexéiévitch Golovine*. Il était déjà octogénaire en janvier 1725, lorsque Pierre P', couché sur son lit de mort, et ne se doutant nullement du danger où se trouvaient ses jours, danger que Catherine et Menchikow lui laissaient ignorer, rédigea le programme d'une mascarade, destinée a fêter sa future convalescence, il ordonna à Mathieu Golovine de se costumer en diable. Le Vieillard, élevé dans les usages assez bigots de la vieille Russie, refusa de le faire. Pierre !•% rayant appris, eut la férocité de faire saisir le malheureux octogénaire, de le faire deshabiller com/)/f?ï&men^ depuis les pieds jusqu'à là ceinture, de lui faire lier bras et jambes; de le faire asseoir en cet état sur la glace de la Neva, et de le faire tenir dans cette posture pendant une heure entière avec des cornes de diable en carton appliquées sur la tête. L'infortuné gagna une fièvre chaude et mourut le 30 janvier, deux jours après le décès de son auguste bourreau
La famille Eoutourline est l'une des plus illustres de la Russie. Elle est issue de Radcha, qui vint d'Allemagne se fixer à Novgorod, au douzième siècle. Son arrière-petit-fîls (îabriël Alexitch fut l'un des boyars d'Alexandre Nevski; il se signala lors de la fameuse victoire, remportée par ce prince sur les Suédois, aux rives mêmes de la Neva, le 15 juillet 1240,- et le second fils de Gabriel, Akinfii, fut l'un des principaux boyars du grand-duc de Moscou Ivan Kalita. Il a été la souche des Aminowf, des Boutourline, des Kamenski, des Miatlew, des Zamytski, et son frère aîné fut la souche des Pouchkine, des Moussine- Pouchkine, des Bobristchew -Pouchkine, des Schaférikow- Pouchkine, des Kologrivow, des Povodow et des Rojnow.
♦ Sa fille aînée avait épousé Nicolas Pétrovitch Saltykow, cousin issu de germain de l'impératrice Anne et grand-oncle du pi-emier prince Saltykow, et la plus jeune se trouvait mariée à Alexandre Pétrovitch Lapouhine, cousin-germain de la malheureuse fenmie de Pierre I.
f La destinée de cette famille fut singulière. Appelée jadis Aminew, elle s'éteignit en Russie au dix-septième siècle, mais une branche émigrée de Russie en Snè^e, se divisa en plusieurs rameaux, dont Tun redevint russe par l'annexion de la Finlande en 1809. Fédor Grigoriévitch Aminew, dont la mère avait été une princesse Galitsyne^ 6e trouvant en qualité de voïévode à Ivangorod (Narva) en 1611, se rangea dans le parti qui voulait iaire monter sur le trône de Russie un prince de la maison royale d^ Suède ; après l'élection des Romanow an trône, Fédor Aminew émigra en Suéde
Les BotttûuriÎDe) aa seizième et an dix-septième siècles, occupèrent les plus hautes fonctions de l'état et jouèrent un grand rôle. Sous le règne de Pierre !•', Fun d'eux, Ivan Ivanovitch, avait possédé la con*^ fiance la plus intime de ce prince; général en chef, lieutenant-colonel des gardes Préobrajenski , et très-influent sur Tesprit de la garde, il avait coopéré avec énergie à Favénement au trône de Catherine I**. Deux ans. plus tard, son opposition au projet de Mencbikow de faire BMMiter sur le trône Pierre H, lui valut Fexil. Dépouillé de son grade, de ses places, du cordon bleu que Catherine lui avait conféré, des belles terres dont Pierre l" lui avait fait don, même de celles qu'il avait reçues pour la grande journée de Poltava où il avait commandé le régiment Préobrajenski; il fut relégué dans une terre dont il avait hérité de son père; il y resta exilé, non-seulement sous le règne de Pierre II, mais encore sous celui d'Anne, laquelle ne pouvait le souffrir et Fui gardait rancune pour des propos blessans, mais justes, tenus par le loyal et véridique Boutourline sur le compte de cette femme cruelle et méprisable. Il mourut dans son exil rural, en 1738, à l'âge de 77 ans« C'était un homme d'énergie^ d'un caractère de fer, d'une austère probité, droit davs ses actions et véridique dans ses paroles. ' Un jour Pierre I*' lui demandant ce qu'il pourrait faire pour ses fils, reçut cette réponse : «Rien, Sire; ils n'ont qu'à servir et à travailler » eux-mêmes à mériter vos bontés 1» — La postérité mâle de cet homme si respectable s'éteignit avec ses petits-fils.
avec ses tix>iB fils et ses quatre gendres : Opalëw, Kalitine, Boubtsow et PérésTétow- Moratt ; les deux premiers devinrent la souche des fiuniUes suédoises von ApèUof et von Kalitine.
Des trois fils de Fëdor Aminew, naturalisé en Suède, en 1618, sous le nom d'Aminow, le plus jeune, Michel, n'eut point de postérité mâle; le puiné, Etienne, marié A une princesse Poutiatine, devint la souche de la branche cadette des Aminow, restée t-n Suède. L'une des fils de Pédor, Esaii, eut quatre fils : a) Ivan, floacbe de la branche aînée des Aminow, restée en Suède ; b) Grégoire, souéhe de la deuxième branche, établie en Finlande ; c) Adolphe, officier dans Tarmée suédoisey ainsi que ses trois frères, suivit en Italie la reine Christine après Tabdlcation de cette princesse ; il y resta, épousa la fille d'un gentilhomme italien nommé Fasaloni, et l*on dit que sa descendance existe encore en Italie ; enfin d) Zaharie, commandant suédois de la forteresse de Vyborg, fut la souche de la troisième branche, restée en Siiède«
Deux d'entre les Aminow de la deuxième branche, établie en Finlande, Gustave, gouverneur de la province de Savolax, et son frère Jean-Frédéric, vice-chancelier de l'université d'Abo, furent créés barons par le roi de Suède Gustave-Adolphe IV, en octobre 1808, c'est-à-dire au moment ob. l'armée russe accomplissait la conquête de la Finlande. L'empereur Alexandre 1 jngeU, comme de raison, de son devoir de remplir la promesse faite par l'ancien souverain du pays, et fit délivrer aux deux frères le diplôme de leur nouveau titre« Quelques années plus tard, il conftra an baron Jean-^ Frédéric le titre de comte par primogéniture. C'est-là l'unique exemple» en Finlande comme en Bussie, d'un titre transmissible par ordre de primogéniture, et non point étendu à tous les descendans mâles, suivant l'usage stupide, suivi à cet égard en Russie, de même qu'en Suède et en Allemagne.
J-ai parlé (page 47), d'Alexandre Borissovitch Boutourline, Pâmant de la czarine Elisabeth, coasin issu de germain du précédent Son père avait eu, Fun des premiers, le rang de capitaine aux gardes; ceci le rapprocha de Pierre !•', et lors de sa mort, en 1708, il obtint pour son fils unique, âgé de 14 ans, ia place d'aide-de-camp (^eobniiiin») du czar, lequel accorda cette nomination avec d'autant plus de bomie volonté, que le jeune homme était très-beau de sa personne. Complètement d^ué d'intelligence, mais intrigant et rusé comme le sont souvent les imbéciles, avec cela fort rampant, il se glissa dans la confiance de Pierre !•' et de Catherine I; il remplit souvent des Missions qui exigeaient plus de dévouement que de loyauté, et il obtint parmi ses camarades la réputation d'espion du czar et de Catherine. Celle-ci, une fois moûtée sur le trône, maria Boutourline avec l'une des filles du célèbre maréchal prince Michel Gàlitsyne, et les dota richement. Devenu bientôt veuf, il fut lamant de la czarine Elisabeth. Pierre II, furieux, l'envoya commander une brigade en Petite-Russie. Après l'avènement d'Anne au trône, il épousa une Kourakine, soeur de ce grand-écuyer, le courtisan et le plat valet de Bieren, dont j'ai parlé à la page 6% Néanmoins, pendant tout le règne d'Anne, il fut tenu dans l'éloigneme&t de la cour; la protection de son beau-frère Kourakine lui obtint la place importante de gouverneur de Smolensk, mais il ne cessait de soupirer après Pétersbourg et après la cour. Enfin, sous la régence de la princesse de Brunswick, son beau-frère lui obtint, avec le grade de lieutenant-général, la place si importante de commissaire-général des vivres de l'armée. — L'impératrice Elisabeth, après son avènement au trône, nomma général en chef et appela au poste de gouverneurgénéral de Moscou son ancien amant, mais celui-ci voulait vivre à la cour; au bout de deux années il quitta cette place, vint à Pétersbourg; sç fit nommer lieutenant-colonel aux gardes; ensuite ministre de la conférence; alliant la finesse à la nullité, il devait réussir à la cour de Russie. — Au moment où la guerre de sept ans allait éclater, le commandement de Parmée se trouvait destiné au général Apraxine; on le créa maréchal. Boutourline et le procureur -général prince Nikita Troubetskoy vinrent pleurer chez l'impératrice,, en lui exprimant leur amère douleur d'avoir, à ce qui leur semblait être, démérité de ses bontés, puisqu'ils voyaient la promotion au maréchalat d'un général moins ancien de grade qu'ils ne l'étaient, eux. — Elisabeth, pour les consoler, les nomma maréchaux tous les deux, et dans l'intention de faire plaisir à son époux morganatique, le grand-veneur comte Alexi» Razoumovski, elle le créa également maréchal. Mars Razoumovski, plus loyal que ses collègues, dit à sa femme : « Lise, tu peux me nommer
• maréchal si cela te plaît, mais tu ne parviendras jamais à faire de
• moi, même un simple colonel, que l'on puisse prendre au sérieux!»
En 1760, le chancelier Vorontsow obtint de l'empereur d'Allemagne
le titre de oamte du saint-empire poar ses deox frères. Boatoùrline vînt derechef pleurnicher en présence de Fimpératrice au sujet de son dévouement méconnu, et il fut créé comte russe. En automne de la môme année, il poussa l'outrecuidance jusqu'à solliciter le commandement en chef de Farmée russe qui combattait contre Frédéric H; il l'obtint, et le jour où il prenait congé du jeune grand-duc Paul, âgé de six ans, et rempli d'esprit, l'enfant, après l'avoir quitté, dit à son entourage : « le » maréchal Saltykow était, parti dans l'intention de faire la paix, et il » n'a point su s'y prendre, mais le maréchal Boutourline, lui, ne saura > faire ni la paix, ni la guerre! » -r- Effectivement, il fit preuve d'une telle incapacité, que le maréchal Laudon, commandant l'armée d'Autriche, alliée à la Russie, disait : < c'est une rude besogne qae de faire >la guerre au roi de Pru3se : il a pour se défendre, et son génie, et » l'ineptie du maréchal Boutourline! »
Pierre III, monté sur le trône, s'empressa de faire la paix avec Frédéric II, et nomma Boutourline gouverneur-général de Moscou. — Catherine lui accorda une démission qu'il n'avait jamais sollicitée, mais fidèle à son système d'envelopper la disgrâce de formes lûenveillantes, elle envoya une épée garnie de diamans à ce militaire qui n'avait jamais su en faire aucun usage, et une lettre-patente (rpaMora), où se trouvaient énumérés, avec éloges, les soi-disans services par lui rendus à l'état, par lui, qui n'en avait jamais rendu un seul! — Il aurait été curieux de pouvoir lire cette lettre-patente, vrai modèle de blague officielle! Le maréchal Boutourline, dont la brillante carrière est une preuve de plus de ce que peuvent, en Russie, l'intrigue et la finesse unies à la nullité la plus complète, mourut en 1767, à l'âge de 73 ans, laissant une fortune très-considérable. Il avait eu, de son second mariage, deux filles et un fils, souche des comtes Boutourline actuels.
L'oncle du maréchal, Pierre Ivanovitch, fut créé boyar dans les dernières années du dix-huitième siècle par Pierre P', lequel l'avait pris en affection à cause du penchant de Boutourline pour l'ivrognerie et de sa capacité à boire énormément de vin. Pierre P' a\ait, on le sait, organisé une corporation entière, composée des plus grands ivrognes de son pays; dans cette réunion l'on voyait siéger ensemble r le czar, des princes, des boyars, un ecclésiastique (le prêtre Nadarjinski, confesseur du czar), des bourgeois et même des domestiques. Cette assemblée, qui, pour le public, portait le titre de « conclave i et dont le nom véritable était «le concile étranger à toute tristesse» (oesoe- HaibHbift coôopi), se réunissait à des jours fixés par le czar, et se livrait à des orgies bachiques, lesquelles se prolongeaient parfois durant trois fois 24 heures, en séance permanente de jour et de nuit. Ceux qui tombaient ivres sur le plancher avaient le droit de dormir pendant une couple d'heures; ensuite on leur versait un ou deux seaux d'eau sur la télé et ils étaient tenus de recommencer à boire. A Noël, toute
eette bande odieuse, costumée en cardinaux, en prélats et en àbbés catholiques, en chinois, en turcs, en démons, etc., parcourait la ville dans des traîneaux burlesquement ornés, entrait dans les maisons des gens riches pour leur souhaiter la bonne fête (XpHcra CJiaBiiTb); le maître de la maison était tenu d'offrir du vin aux principaux membres de la bande, et de Teau-de-vie russe aux autres. Il y avait parfois des mascarades auxquelles prenait part également une troupe de dames, composée de personnes appartenantes à la noblesse. La directrice de cette troupe avait le titre de « princesse-abbesse » (RUflab-Bryiienbn); cette fonction fut long-temps remplie par Daria Gavrilovna Rjevski, née Sakovnine, et après sa mort, par la princesse Anastasie Pétrovna Galitsyne, née princesse Prozorovski. Dans la bande masculine les principaux ivrognes portaient les titres de métropolitains et d'archevêques, et avaient reçu, chacun, un nom spécial; la plupart de ces noms seraient in^possibles à citer, vu leur indécence inouïe. Le chef de la bande masculine portait le titre de «prince-pape» (KHASb^nana). Cette fonction fut iong-temps remplie par Tancien précepteur du czar, Zotow, et après sa mort, en 1717, par Pierre Ivanovitch Boutourline, lequel fut obKgé d'épouser la veuve de Zotow.
11 faut parler ici de Zotow et du confesseur Nadarjinski.
Nikita Moïsséiévitch Zotow appartenait à une famille de très-petite noblesse; son.lrisa:ieul, marmiton à la cuisine du czar Ivan*le-Terrible, avait servi en qualité d'aide-cuisinier à la cour du petit czarévitch Dmitri, massacré à Ouglitch en 1591, et il avait été anobli. Nikita Zotow occupait le modeste emploi de dûik à la commission des requêtes (H%Ao6mab\k npHKa^), lorsqu'il fut question en 1677 d'appeler auprès du petit czarévitch Pierre, âgé pour lors de cinq ans, un homme qui lui apprit à lire et écrire en russe, et les quatre règles de l'arithmétique. Le boyar Fédor Prokofiévitch Sakovnine recommanda Zotow, et celui-ci fut placé auprès de l'enfant en qualité de précepteur. Plus tard, il devint le complaisant de son élève, son compagnon de débauches et d'ivrognerie, et gagna son affection. Le jour où l'on fêta à Pétersboui^ la nouvelle de la capitulation de Riga, le 8 juillet 1710, la journée fut célébrée par un banquet colossal, où le vin coula à fiots. Vers la fin du banquet, Zotow, à demi-ivre, s'approcha du czar, lequel se trouvait déjà dans un état d'ivresse complète, et lui mettant la main sur l'épaule, dit : «voilà par quels hauts faits ton règne se trouve > signalé; c'est pourtant moi qui t'ai appris à lire et écrire ^^ tu devrais »me récompenser d'une manière signalée». Pierre, ivre, lui dit en le frappant sur le ventre, «quelle récompense veux-tu, pape?» — «Je veux » être comte et conseiller privé > — répliqua Zotow. Le czar se fit apporter une (Jume, un encrier et du papier, et écrivit séance tenante :
'^no npomeHlK) ■ sa cjystôy MiRBTt MoHceeBsqy SoroByr Aaercfl Ha4aBie : .*'rpa«i'% TEKse BiflSHaro GostTBUKa ^hbi, h RissBeil Kanaeiapiii reHepa4'k-Dpe3HAeBn. Unn**.
Et dans riyresse, il oublia de mettre la date. Mais Zotow, ivre à moitié sealement, écrivit sur la même feuille de papier :
''6jaro4apcTBe9i sa Bainy rocyiapcRyD npoMBory» MBJOcTb; BumeoHcaRnoio l^apcRarp BeJiHecTBa NHJocTiio, BanHcaBDOio Ero rocy4apcRoio Ck)6cTBeHHOio pyBoio, a Hhbht<i Sotobi BMRaJOBaBi Vfc Caflsn-nBTepOypie, Dpn nojy^eaia Be40M0CTB o bsatIb ropo4a Pun, 1«M« bo $ 4êBb, 1710 ro4a".
Et il remit le papier au chancelier Golovkine, pour la rédaction d'un diplôme comtal, lequel lui fut cependant délivré seulement trois ans plus tard, en 1713, et repris par ordre du czar, après la mort de ce comte, créé d'une si singulière façon.
Devenu veuf et déjà octogénaire, le comte • prince-pape » reçut du czar^ en 1714, Tordre de se remarier et d'épouser Anna léréméievna Pachkow, dont le cousin-germain, George Ivanovitch Pachkow (voyez page 83) était Fun des ofiîciers de confiance, ou pour s'exprimer avec une franchise complète, Tun des espions les plus affîdés du czar*. Yoici la description de cette étrange cérémonie nuptiale.
Le 16 janvier 1715, au signal de trois coups de canon tirés de la forteresse, les hommes invités a la noce se réunbrent à la maison du chancelier Golovkine, et les dames à celle de la < princesse-abhesse », M"^*" Rjevski. Le nombre des invités se montait à quatre cents, et un prêtre nonagta^ire, appelé exprès, pour cette cérémonie, de Moscou, où il était archi^prétre de la cathédrale de Saint-Michel au Krmnlrn^ att^dait les fiancés à la cathédrale de Saint-Pierre, à la forteresse. Le cortège se mit en marche da^s Tordre suivant :
o) le maréchal de la cérémonie, le vieux boyar prince Pierre Ivanovitch Prozorovski, en habit tout brodé d'or, en traîneau à quatre chevaux;
b) le fiancé, en habit de cardinal, en traîneau à quatre chevaux;
c) le vieux boyar prince Fédor louriévitch Romodanovski, le € prince-césar » dans un traîneau attelé de quatre ours enchaînés, conduits à la main, et hurlant d'une manière efifroyable, par la raison qu'on les agaçait pendant toute la route;
Ensuite venait le cortège des hommes à pied, dans Tordre suivant :
d) le maréchal prince Menchikow, le grand-amiral comte Apraxine, le grand-maître de l'artillerie Bruce, le général en chef Adam Weyde et le ministre de Pologne et de Saxe comte de Fitzlhum-Eckstaedt, tous les cinq en costumes de bourgmestres de la ville de Hambourg;
e) le czar, le lieutenant - général Ivan Ivanovitch Boutourline, le général-major prince George Troubetskoy et le constructeur de vaisseau Skltaiew, tous les quatre en costumes de mateJotS) portant des tambours sur lesquels ils battaient bruyamment;
* BUe IvftnoTitch Bachkow, bisaïeul de ma mère, fat le ootuîn-gennaîii de ce George Pachkow et de U comtesse Zotow.
f) le vieux boyar Tihone Nikitîtch Stréchnew, en costume de matelot, jouant bruyamment du cor.
Ensuite venaient des hommes en costumes : de Chinois, avec des sifflets à la main; de Vénitiens, avec des flûtes à la main; de heyduques, armés de grands bâtons ; d'archevêques catholiques-romains, avec des cornes de cerfs sur la tète; de Turcs, portant des assiettes; d'oavrîersmineurs, avec des guitares à la main; de bergers allemands, avec des cornemuses à la main; d'assesseurs de collège, portant des rossignols en cages; d' Américains-sauvages, avec des fourches en boi^; d'Hongrois, portant des poêles à frire; de Polonais, le violon à la main; de Kalmouks, la guitare russe (ôajajaHKa) à la mam; de paysans norvégiens; de pasteurs luthériens avec de petites flûtes( ryiiOKX ) à la main; de pêcheurs de baleine, armés de piques; de pilotes avec des sifflets de chasse a la main; d'Arméniens et de Japonais avec des flûtes à la main; de postillons prussiens tenant des cors à la main; de chasseurs avec des cors de chasse. Ensuite venaient des hommes en costumes : de Macédoniens, de moines bernardins, de Toungouzes, de Lapons, de bûcherons turcs, de sauvages du Honduras, de pêcheurs; de dissidens russes (raskolniki) ; ceux-ci portaient des cors de chasse, des cloches, des clochettes, des sonnettes, des cornemuses, etc., faisant un tintamarre effroyable. Le cortège masculin se trouvait clos par des assesseurs de collège et des hommes en habit vénitien portant des urnes à la main, entre lesquels marchaient les sept témoins d'honneur du mariage (ma^pa), tous les sept choisis parmi des octogénaires.
Puis venait le cortège des dames : la czarine Catherine avec huit des dames de sa cour, en costumes de paysannes frisonnes; les czarines Marthe Apraxine, Prascovia Saltykow et Natalie, la soeur de Pierre !•', en costume polonais; les trois filles de la czarine Prascovia, en costume espagnol, et puis toutes les dames invitées, dans les costumes des divers pays de l'Europe et de l'Asie.
Au sortir de l'église, l'on se rendit, dans le même ordre de procession, à la maison des nouveaux époux, où l'on prit place à table : des vieillards octogénaires, dont plusieurs pouvaient à peine se tenir sur leurs jambes, circulaient autour des tables et versaient le vin aux convives. Une fois les dames parties, l'orgie commença et dura pendant des heures entières:
De tout le corps diplomatique, un seul tnembre consentit à prendre part a cette fête, où les deux religions luthérienne et catholiqueromaine se trouvaient parodiées d'une manière inconvenante : c'était le comte de Fitzthum, luthérien lui-même, représentant d'un souverain catholique, le roi- électeur Auguste U. Des deux pays dont les intérêts et la dignité se trouvaient confiés aux soins de M. de Fitzthum, l'un,
la Pologne, était catholique; l'autre, la Saxe, était luthérien! Mais
Auguste n ne pouvait se passer de l'appui de Pierre P' pour tenir en échec les partisans de son adversaire Stanislas Lesczynski,,...
Zotow mourut deux ans après son second mariage, resté stérile, mais il avait eu, d'un premier lit, trois fils, auxquels, après la mort de leur père, le czar fit retirer le diplôme comtal, et leur fit défense de porter le titre de comtes. Des trois frères, un seul, l'aîné, Basile, eut un fils, Nikita, lequel laissa également un seul fils, Ivan. Celui-ci fut marié deux fois, et il eut un fils de chaque mariage. Son second fils, Nicolas, tourna la tète à la princesse Hélène Kourakine, fille de ce prince Alexis Kourakine, qui fut ministre de Tintérieur, et nièce de l'ambassadeur de Russie à Vienne et à Paris.
La famille Kourakine, à cette époque riche et puissante en cour, ne voulut point d'abord entendre parler d'une alliance avec les Zotow, mais les jeunes gens s'y prirent de façon à rendre le mariage indispensable Alors les Kourakine, forcés dans leurs retranohemens,
sollicitèrent et obtinrent d'Alexandre I, le 21 juin 1803, la restitution, à Nicolas Zotow, du titre de comte si étrangement conféré à son trisaïeul par Pierre P'. — Enfin, le 12 juillet 1804, Alexandre Zotow, le frère aîné du jeune séducteur, reçut également l'autorisation impériale de s'intituler comte; il fut l'aïeul des cwntes Zotow actuels. Son frère n'eut que deux filles, dont l'aînée est aujourd'hui la veuve de l'un des phis grands misérables de la cour moderne de Russie, du prince Tchernychew, ministre de la guerre sous le dernier règne.
La veuve du premier comte Zotow avait, je l'ai dit, épousé son successeur dans les dégoûtantes fcmctions de « prince-paqpe, » Pierre Ivanovitch Boutourline; elle n'eut également point d'enfans de ce second mariage.
Pour ce qui en est du confesseur de Pierre P', Timofey Vassiliévich Nadarjinski, ce fut un fin et rusé courtisan. Ses fonctions de confesseur auprès d'un prince aussi athée que l'était Pierre P' constituaient une sinécure complète, mais sa qualité de compagnon des orgies du ezar lui donnait assez d'occupation et lui valut une fortune immense. — Le czar, pendant son séjour à Paris, ayant entendu dire qu'un abbé, secrétaire du cardinal Dubois, était connu pour le plus intrépide buveur de France, dit : « il faut le faire lutter avec Nadar- » jinski » (uaAOÔHO ero coycTMib ci HaAapïKHBCRHM'b). L'abbé fut invité à souper chez le czar; l'on but ^ormément, et l'abbé roula sous la table, pendant que Nadarjinski, tout rouge et se tenant à peine sur sa ehaise, mais radieux, se versait encore une rasade. Pierre sauta au cou de Nadarjinski et lui cria : c mon ami, tu as soutenu l'honneur »de la Russie!» — Ce pseudo-confesseur reçut du czar, à plusieurs reprises, de belles propriétés, et laissa une fortune immense; il avait eu en don, entre autres, en Ukraine, la magnifique terre de Trosténetz, laquelle, par des mariages, a passé aux Korsakow, et appartient aujourd'hui aux Galitsyne.