‹ Mémoires du prince Pierre DolgoroukowChapitre 11 sur 37 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

SOMMJJBE ! L*exil (le HenchSkowj w gnwide ezi^nce )i Pétçnbont^; les infamies commises par loi aa pouToir; son admirable courage dans le malhears sa mort chrétienne. — Rappel de ses en&ns; mariage de sa fille avec le frère de Bieren« — Les fils et les petits-fils de Menchikow. — Le parti allemand. — Le parti rosse. — Les aspirations constitationneUes à la mode suédoise. — Ce qu'était la constitution suédoise de cette époque. — Erreur du parti ràsse, voulant la liberté pour 1» noblesse avec le maintien dn peuple sous le joug du serrage. — Influence des Dolgoroukow et leur égoîsme. — Genre de Tie de Pierre II i Moscou. — Seft fiançailles avec la princesse Catherine Dolgoroukow. — Tristesse du jeune empe* reur. — Les Dolgoroukow perdent la tête de joie et d'orgueil. — Maladie de l'empereur, d'abord bénigne, puis incurable. — Tristesse du peuple ; anxiété de la noblesse. — Folies yisées des Dolgoroukow; ils ne veulent point écouter Iqs sages ■conseils dn vienx maréchal. — Qs confectionnent xm testament impérial» et oom» mettent nn fiMix. — Mort de Fieire IL

Pierre II St son entrée solennelle à Hoscoa le 4 février 1728;. trois semaines après, le 25, ent lien la cérémonie da sacre impérial, et. un mois après le sacre, le sort de Menchikow et de sa famille fut défi* nitivement décidé.

Le 24 mars, une lettre anonyme, adressée à TempereTir, fut ramassée à la porte Spasski, au Kremlin. Dans cette lettre Fon reprochait viToment à Tempereur Texil de Menchikow dans sa ville de Ranenbonrg, à 337 verstes de Moscou (aujourd'hui ville de distrid de la province de Riazane); on lui conseillait de restituer à Fillustre exilé les r^nes du gouvernement, et Ton critiquait la conduite et les actes du souveram. Il est impossible de croire que Menchikow, si intelligent et û rusé, ait pu commettre la faute insigne de faire écrire une lettre aussi maladroite; était-ce une faute commise par des amis privés de tact et ignorant le terrain de la cour, ou bien était-ee une machina^ don atroce de la part des ennemis du généralissime disgracié, Ton n'a jamais pu arriver à éclaircir ce fait. Toujours est-il que les Dolgoroukow, redoutant Tesprit de Menchikow, et ne le trouvant point suffisamment éloigné de Moscou, profitèrent de cet épisode pour -lui porter

)e dernier coup et le plas rude de tous : ils firent confisquer son immense fortune*, et le firent envoyer en exil à 3,352 verstes de Moscoa, à Bérêzow en Sibérie, où il mourut Fan suivant.

Le prince Alexis Dolgoroukow et son fils Ivan, alors à Fapogée de la faveur, ne se doutaient guère que deux années plus tard ils iraient remplacer Menchikow à Bérêzow, le premier pour y mourir après quatre ans d'exil, et le second, pour y passer huit années, au bout desquelles on le ferait revenir pour le torturer et Técarleler.....

La lettre anonyme fut reconnue pour être de la main du confesseur de la vieille czarine Eudoxie, ce qui serait de nature à faire croire à Faction des ennemis de Menchikow, dont le calcul, à cette occasion, se trouva juste. Pour ce qui eh est du confesseur, abandonné par ceux qui Payaient fait agir, il fut knouté et envoyé en Sibérie.

A la cour de Pierre I, Menchikow avait une position spéciale, et pour ainsi dire hors de ligne du rang des simples sujets. Prince et duc d'Ijora, lui. et sa femme avaient le pas immédiatement après les membres de la famille impériale; ils jouissaient de privilèges et distinctions inaccessibles aux simples particuliers, comme par exemple celles d'avoir des gentilshommes de cour (hof-younker) et dés pageîj de familles nobles.

i La princesse D^ria Mihaïlowjia, née Arséniew, d'une famille dVeienne noblesse f était une personne assez* insignifiante, mais bonne et douce; en revanche, sa soeur Barbe, vieille fille non-mariée, petite, bossue, contrefaite, remplie d'esprit, méchante comme la peste, exerçait, sur son beau-frère, une influence considérable et très-funeste à la famille, en lui attirant de nombreux ennemis par sa hauteur, son ton aigre,: tranchant et ses implacables vengeances. Cette vieille fille fut la mauvaise fée de la famille. — Lors des fiançailles de sa nièce, avec Fempereur, nommée dame d'honneur (oàer'hofmeistérina), elle se

* Cette fortune consistait en 90,000 serfe, les 'villes d'Oranienbaum, Tambourg, Koporié, Ranenbourg, Potchep, Batourine ; 4,000,000 de roubles (pïiis de 25,000,000 4e fî'ancs en monnaie actuelle) saisis chez lui dans des tonrieaur remplis d'or; des capitaux pour Une somme de 9,000,000 de roubles (environ 60,000,000 de francs de monnaie acfiielle) déposés aox banques de Londres et d'Amsterdam j des dianiax^ et;ol)Jeti enrichiB de dUunans |>our la valeur de plus de 1,000,900 de roubles; 45[Hvres (près de 20 kilos) d'or en lingots ; de la vaisselle d'or et. des objets d'or pour le poids de 60 livres (25 kilos); trois services en vaisselle il'argent à 24 douzaines d'assiettes chacun ; l'un de ces services avait été confectionné à Londres, nn autre à Ëtambourg, le troisième à Augsbourg^ il venait d'en commander un quatrième i Paris, p6nr leqnel il avait déjà payé des arrhes i en^, un mobilier d'une magnificence teUe, que pea de souverains en Europe en possédaient un. pareil à cette époque. . t }-^9 sont issus d'un mourza tatar, Oslane, lequel se fit baptiser sous le nom de Procope, en l'an 1389; il épousa Marie Zotovna Jitow, fille d'un gentilhomme.de la chambre (stobiih) du grànd-duc Bmitri Donskoy. De ce Pi'ocope sont issus les Aiséiiiew, les Somow; les Rtistchewj l'une des familles du nom de Jdanow et l'une d'entre les nombienses flumlles du non de Parlow,

iaisâit baiser la main par les dames de la coarltl. Après la chute de sea beaa-frère, elle fut exilée au- couvent de rAssomption dans la Tille d'Alexandrow, à 164 verstes de Moscou, et contrainte d'y prendre le Toile; elle y finit ses jours.

Menchikow menait une existence de souverain à YassiK-Ostrow, dans' son immense maison (aujourd'hui le premier gymnase militaire) au-delà de laquelle s'étendait un vaste jardin, avec des serres, des Volières et un enclos pour bêtes à chasse. A cette époque, il n'y avait point de ponts sur la Neva; pour se rendre de ce côté de Tedu, Menchikow traversait la rivière dans un grand bateau doré, à douze et parfois à vingt-quatre rameurs; les bancs de bateau se trouvaient tendus de velours vert. De ce côté de la Néta l'attendait un^ voiture dorée en forme d'éventail, à roues basses; sur l'impériale du carrosse èe voyait une grande et haute couronne princière; la voiture était attelée de six chevaux aux harnais de velours couleur amarantbe avec omemens d'or ou d'argent En avant marchaient les heyduques; ils étaient suivis par deux pages à cheval, en habits de velours bleu à 'galons d'or; deux gentilshommes de la cour du prince caracolaient aux portières de la voiture, et six dragons à cheval fermaient là marche.

Pierre II ne se souciait nullement d'épouser la princesse Marie Menehikow, laquelle, de son côté, ne pouvait souffrir son fiancé. L'on raconte que le jeune empereur s'élait mis, un jour, aux genoux de sa 'soeur, la grande-duchesse Natalie, pour la supplier de faire opposition à ce mariage. — Menehikow espérait pouvoir forcer la main au jeune prince, et en attendant, la fumée de la vanité avait à un tel' peint aveuglé le généralissime, qu'il hésitait à accorder sa seconde fille, Alexandrine, au prince héréditaire d'Anhalt-Dessau, par la raison que la mère de ce prince était la fille d'un pharmacien : le fils de paysan, rex-pâtissier, l'ex-mignon redoutait de se mésallier...*

Lors de son exil à Ranenbourg, en septembre 1727, Menehikow commit la grande imprudence de quitter Pétersbourg avec une pompe,

* Le prince d'Anhalt-Dessau, alors régnant, LéopoH (né en 1679, mort en 1747) Pun des plas célèbres d'entre les maréchaux prussiens, .et malgré ses mAnières brusquejs, Pnn des plus populaires dans l'armée prussienne comme il le fut aussi parmi ses propres sujets, avait succédé à son père à l'âge de 14 ans. Seul rejeton de la branche de Dessau, il épousa, à l'&ge de 19 ans, en mariage morganatique, Anna-» Xtouise Fosen, fille d'un pharmacien de la ville de Dessan, de deux années plus âgée que lui; il en eut, en 1699, un fils appelé Ghiillaume-Gustave, et en 1700» un autre nommé Léopold-Maximilien. — «Le 29 décembre 1701, l'empereur d'Allemagne Xiëopold I créa AnnarLouise Fôsen princesse du saint-empire; le mariage fut déclaré, et les deux fils reconnus princes. Ils eurent ensuite encore trois autres fils et ,quatre filles. Ce lut pour' le prince Guillaume-Gustave que Ton rechercha la main de la princesse Alexandrine Menehikow.— Sa descendance b'est éteinte; le duc régnant d'AnhaH est l'arrière-<petit*fils da prince Léopold-Maximilien.

un éclat qui éblouirent le peuple, irritèrent ses ennenûs et blessera i'empereur^ il partit en plein jour, traversant la yilie dans un carrosse magnifique, suivi d^nne file de carrosses, d'équipages de tous genres, de chevaux de selle superbes, et d'une suite de cent vingt-sept serviteurs. — On fit partir après lui un courrier, pour lui retirer ses décorations, confisquer ses équipages et Tobliger à ciHitinuer sa roo^e dans de simples charrettes couvertes (kibitka); ce courrier le rejoignit à Tver, et Tex^-généralissime traversa Moscou d'une façon Ûen différente de son départ de Pétersbourg, si solennel et si pompeux*

Au mois de décembre, le conseiller d'état actuel Ivan Pléstçhéiew, ami de la famille Dolgoroukow, fut envoyé à Ranenbourg pour faire subir à Menchikow un interrogatoire, formulé dans les questions suivantes :

i"" Quel était le texte littéral de sa correspondance avec le sénateur suédois Dûcker, auquel il avait donné l'assurance, pour ta Suède, de n^avoir rien à redouter, Tarmée. se trouvant placée sous ses ordres, et au cas de la maladie grave de l'impératrice, il sollicitait, au besoin, l'aide de la Suède. De quel aide parlait-il? Qui avait écrit ces lettres? Où se trouvaient les brouillons de ces lettres^ ainsi que les originaux de celles, à lui adressées par Diicker?

2* Comme il avait l'habitude de tenir Tambassadeur suédois à Pétersbourg, baron de Cëderkreutz, au courant des affaires secrètes d'état, quelles communications lui avait-il adressées à cet égard?

S"" Consent-il à avouer avoir reçu de l'argent de la Suède, et entre autres 5,000 ducats pour la lettre ci-dessus dtée, adressée à Dûcker? Par l'intermédiaire de qui cet argent lui avait-il été remis?

4'' Comment avait-il osé frustrer la duchesse de Holstein d'une somme de 80,^000 roubles sur 300,000, qu'elle avait eu à toucher du trésor avant son départ de Russie? — Il s'était emparé de cette somme, en fusant signer à la duchesse un reçu de 240,000 roubles, tandis qu'elle n'avait reçu, en réalité, que 220,000 roubles.

S"" L'empereur ayant fait cadeau à sa tante la duchesse de Holstein de la créance du trésor sur le négociant anglais Marssey, Menchikow otligea la duchesse à lui en céder la moitié, et le baron Stambken, ministre holsteinois à Pétersbourg, avait produit un reçu de 2,000 ducats, signé, au nom de Menchikow, par son aide-de-camp le baron de JLieven?

Cette enquête traîna pendant tout l'hiver, et k la fin de mars, la lettre anonyme dont j'ai parlé vint achever la perte du prince-duc.

Après lui avoir confisqué tout ce qu'il possédait, on le fit partir pour Bérézow, avec sa femme, son fils et ses deux filles; on lui permit d'emmener avec soi dix serviteurs des deux sexes, et on lui assi- ^a, pour son entretien, celui de sa famille et de ses gens, K roubles (environ 32 francs de monnaie actuelle) par jour. Il fit preuve d'un

couragô imperturbable et d'une admiràt)le présence d'esprit, mais 3 n'en fat point de même de sa femme : à force de verser des larmes, elle perdit la vne, tomba malade en route et mourut au village d'Ouslone, à 12 verstes de Kazaû, sur le Volga; elle n'avait pas 45 ans, et au cimetière de ce village Ton montre la tombe modeste de cette femme, qui avait passé sa vie au sein d'un luxe oriental. L^ famille exilée cèntinua sa route.

Villebois, dont les Mémoires sont un triple extrait de blagues, raconte comment Mencbikow rencontra en chemin des officiers qui ignoraient sa cbttte; comment à Tobolsk on lui jeta de la boue; enfin, comment, après sa mort, ses enfanà, h Bérê'row, eurent une conversation avec les Dolgoroukow exilés. Tout cela ne sont que des mensonges.

La cbùte de Menchikow, arrivée l'année précédente, ne pouvait aucunement être ignorée nulle part en Russie : elle équivalait, par son importance, à un changement de règne; le généralissime ayant été, depuis la mort de Pierre I, le véritable souverain de l'empire. — Les exilés de distinction envoyés en Sibérie se trouvaient, à cette époque, toujours accompagnés d'un officier et d'une escouade de soldats, ne permettant à personne de s'approcher d'eux et encore moins de leur adresser la parole; personne n'aurait été assex osé pour enfreindre cet nsage, dont la violation pouvait conduire au knout et à une prison de plusieurs années. Enfin, les enfans de Mencbikow ont quitté Bérézow avant l'arrivée des Dolgoroukow. La nouvelle de la mort de llHencbikow parvint à Moscou peu après l'avénemenf d'Anne au trône, en mars 1730. Le prince Alexis Shahovskoy, marié à Une ArsénieWj parente éloignée de feue la princesse Menchikow, obtint sur-le-champ le rappel de ses enfans, tandis que les Dolgoroukow, exilés à la campagne en avril, en Sibérie au mois de juin, n'arrivèrent à Bérëzow qu'en automne.

Menchikow, dans son malheur, fit preuve, je l'ai dit, d'une forcé d'ânœ immense et véritablement digne d'admiration. — Lorsqù^l donnait, l'asnée précédente, après les fiançailles de sa fille avec l'empereur, Tordre d'insérer dans Talmanach officiel pour 1728, parmi les membres de la faintlle impériale de Russie, soa nom à lui, ceux de sa fetnme^ de son 'fils et de ses deux filles, il ne se doutait, certes, point, que cette année 1728 le verrait exilé au fin fond de la Sibérie, à Bérôzow, où l'hiver dure sept mois de l'année, le froid atteint 40*^ Réauiter, avec un vent du nord très-vif j en été la terre dégèle seulement à la profondeur de trois quarts d'archine (54 centimètres); en novembre et d^émbre l'aube du jour se lève à dix heures du matin, et à tcoîft heures dîe l'après-midi il fait nuit; niais en revanche, au mois de )uiiï{ le soleil disparaît de Thorizon peut moins de deux heures; l'été dure moins de trois semaines; au printemps et en automne régnent d'épaid broufllards, émanation des vastes marais dont Bérèzow se trotite en^ touré....;.. Là cet homtne si déffavé dans les jours de sa prospérité

inouïe et fabuleuse, perdu de Tices, orgueilleux, cruel, eoneusaioDnaire, sans foi ni loi, se transforma subitement en un modèle de patienee, de douceur, de calme, de résignation; après avoir yécu comme un scélérat, il fmit par une mort telle que le meilleur des chrétiens pourrait en désirer une pareille. — Avec Taide des quelques serviteurs dont il se trouvait accompagné, il se bâtit, maniant lui-même la hache, une petite maison en bois, sur la rive escarpée de la Sosva; il bâtit également une église (détruite par un incendie en 1765); pendant le service divin, il remplissait Toffice de sous-diacre et celui de marguilr lier, et après la messe, il improvisait parfois un sermon. Il dictait à ses enfans les souvenirs de sa vie; malheureusement, Ton ignore ce qu'est devenu ce manuscrit véritablement précieux. Le rude climat da nord raffermit sa santé, jusques-là assez délicate; il était maigre et frileux; dans son exil il prit de Tembonpoint et s'aguerrit au froid. ;

Sa fille aiuée, Marie, Tex-fiancée impériale, tomba malade en 1729; il n'j avait point de médecin à Bérëzow, et Menchikow la vit mourir dans ses bras, à Tâge de 18 ans. Il Fensevelit de ses propres mains, après avoir lui-même creusé la tombe de la pauvre jeune fille. Il lui survécut de peu : une inflammation se déclara; à Bérëzow il n'y avait, non-seulement point de chirurgien, mais pas même de barbier; personDQ ne put le saigner, il mourut le iH octobre 1729, à Tâge de 56 ans, et fut enterré près de Téglise par lui bâtie, à une vingtaine de mètre^ du bord de la rivière. Là^ repose cet homme véritablement phénoménal^ qui fut grand par ses talens, odieux par ses vices dans les jours de sa prospérité; grand et sympathique* par son courage et sa résignation dans le malheur, qui sort incontestablement do la ligne des hommes ordinaires, et auquel il fut donné d'apparaître dans les annales de notre pays comme un éclatant météore, tantôt utile, tantôt malfaisant, mais toujours lumineux...

Après la réception à Moscou de la nouvelle de la mort de HencbiT kow, le prince Alexis Shahovskoy, le mari de l'une des parentes . éloignées de sa femme, lieutenant-colonel de la garde à cheval et l'un des courtisans les plus assidus de Bieren, obtint de celui-ci le rappel des enfsms de l'illustre exilé, Alexandre et Alexandrine. — Le prince Shahovskoy s'y prit habilement Les banques de Londres et d'Amsterdam, auxquelles le gouvernement russe avait réclamé les iminenses capitaux déposés par le maréchal , avaient refusé de les restituer aar trement qu'à ses. héritiers légitimes. — Avec les procédés du temps, il n'y^ a nul doute que, sans l'intervention de Shahovskoy, l'on aurait eu recoiurs. à la torture pour obliger le jeune Menchikow à faire. les démarches légales néçessiaires pour retirer ses capitaux de Londres et d'Amsterdam. Shahovskoy persuada à Bieren de profiter de l'occasioa pour marier son frère Gustave à la jeune Menchikow et s'emparer deis immenses capitaux do jeune homme. C'est ce qui eut lieu.

Alexandre M^hehikow^ âgé dé 1*7 ans,, fat.rétaUi dans ses titres de prince des deux empires de Russie et d'Allemagne et d'altesse, mais ee]m de due d'Ijora ne lui fut poiikt -restitué; des 90,000 serfs possédés par son père, on lui rendit près de 2,000 serfs, c'est-à-dire la cinquantième partie; il n'obtint rien dçs capitaux ni. des immâises richesses mobilières de son père; H il fut nommé enseigne aux gardés Préobrajenski, après avoir été auparavant, à l'âge de 13 ans, liëutenant-géné-r rat, grand-chambellan, chevalier de Saint- André et de l'Aigle'-Noir de Prusse; Il fnt obligé de pUoèr à la disposition du gouvernement les 0,000.,000 de roubles déposés par son père aux banques de Londres et d'Amst^dam : 8,000,000 furent en partie confisqués par l'état, en partie volés par le favori Bieren, et le neuvième million {ut donné à Gustave Bieren qui épousa la princesse Alexandrine Menchikow, celle-r là môme dont le maréchal prussien, prince régnant d'Anhalt-Dessaur, avait recherelié la main pour son fils aîné. Cette pauvre jeune femme fut très-malheureuse dans son knariage; elle mourut le 13 oetobife 173&, à Page de 24 ans, sans laisser d'enfans.

Le prince Alexandre Menchikow devint plus tard général en chef, major au% gardes et cordon de Saint-Alexandre. C'était un houMne. p^rfaitement nul, frisant la bêtise; rempli de morgue dans son addîescence, aux jours de la tou(e-puissa&ce de son père, il élait devenu, à son retour de la Sibérie, poli et prév^naaat envers tous. Il épousa une Galitsyne, soeur consanguine de ma trisaïeule, et mourut en 1764^ à J'âge de 90 ans^ laissant deux fîUes et deux fils, dont l'aîné,. Pierre, n'eut point de postérité mâle*. Le plus Jeune, le prince Serge, dm^ sa jeu^eg^e aide-dp-çamp de Catherine II, et plus tard sénateur, mourut en 18i5> à l'âge de 68 ans^ laissant, de son mariage aveo une Galitsyne, deux fils et une, fille, la princesse André Gagarine. Le fils aine du prince Serge, l'amiral prince Alexandre, ancien .ministre de la marine ^commandant l'armée russe dans la guerre de Crimée, a eu pour véritable père . le célèbre comte Armfelt (l'ami de Gustave III et le père du ministre secrétaire d'état de Finlande). Le prince Serge Menchikow avait hérité de la nullité de son pè|?e, et malheureusement, des goûts dépravés de 3on célèbre aïeul; il étaix d'autant moins excusable, qu'il sç trouvait marié à l'une des plus belles femmes de la Riissie.

Sous le rèigne de Pierre II, il y avait à lai cour de Russie deux partis^ sans compter celui de la famille.. Dolgoronkow, que nous né

: *' Le prince Pierre' Menchikow laissa de fon mariage avec une Bolgoroukow (soeur Qônsangaine du ministre de la justice et nièce de ce même prince Ivan, qm avait été l'un des principaux auteurs de, Pexil et de la ruine de la famiUe Menchikow) deoj^ filles, madame Néiëlow et madame Kochélëw. Les deux soeurs du prince Pierre épousèrent ; Paînfie, le çzarévîtch Alexandre Bakàrovitch de Géorgie, petit-fils dû c*ar Vahtang ; la plus jeune, Etienne St^panoritch Zinovfew, ministre de Russie 1^ Madrid Eï>w le r^nè de Catherine II.

( pouTom appeler da nom de parti : c'était une eolerie, et voilà tout.

I Le devoir, souvent Men pénible, de Fimpartiale vérité, nous oblige à

I dire que sons le règne de Pierre II les Dolgoroukow ne représentaient

[ aucun parti, aucune tendance autre que celle des vues les plus

: personnelles, les plus égoïstes, ayant pour but, uniquement et exclu-

[ sivement, d'abattre toute influence de cour pouvant rivaliser avec la

[ leur, de s'enrichir, de jouir de la vie et de ses plaisirs, sans le moindre

\ respect ni des droits, ni de la dignité d'autt'ui. Le seul mérite qu*ils

I aient eu, ce fut de n'avoir point été cruels; à l'exception de la terriUe

I catastrophe de Mencbikow, avec lequel c'était^ pour eux, une lutte à

' mort, les divers exils du règne de Pierre II furent remarquables par

l leur mansuétude et aucune fortune ne fut confisquée, celle de Men«

\ ebikow exceptée. 11 faut ajouter que les cruautés, les mesures violentes

i répugnaient au caractère de Pierre II et encore plus à celui de sa

I soeur, la jeune grande-duchesse Natalie, laquelle, si elle eut vécu,

I aurait pu devenir Tange^gardien de la Russie. En 17^, le jeune

empereur, en vertu d'une promesse faite à son adorable soeur au lit de

mort de celle-ci, abolit la terrible chancellerie secrète de Préobrajenski,

\ créée par son bisaïeut le czar Alexis, et que la féroce impératrice

\ Anne se bâta de rétablir immédiatement après son avènement au trône.

Les réformes de Pierre I avaient été si radicales, si vivaces, et au

milieu d'une masse de souffrances individuelles, avaient déjà produit

pour l'état des résultats si importans, des résultats dont l'évidente

utilité éclatait d'une façon si incontestable aux yeux des hommes les

phis prévenus contre ces réforoies, que parmi les classes supérieures (les

seules appelées, en ce temps-là, à exercer une influence sur la marche

des affaires), il ne pouvait plus être nullement question d'un retour

aux moeurs, us et lois antérieures à l'époque du terrible, mais si

iuletligent l'éfonnateur. Autant aurait valu essayer de remettre aux

lisières un garçon de dix ans. Personne ne pouvait songei^ à ressusciter

un passé définitivement mort, mais la divergence, et une divergence

radicale, perlait sur la marche à suivre dans les réformes.

Le parti nouveau, appelé aussi parti allemand, voulait continuer à Btarober dans la voie tracée par Pierre I : maintenir l'absolutisme dans tout» sa plénitude, faire une guerre hicessante, impitojrable» au^t vieux usages du pays, aux traditions nationales, à tout ce qui rappelait r<»*dre de choses antérieur à Pierre I. Ce parti avait raison en afiirmant que les usages et les traditions russes, à la fin du dit-septième «ièele, étaient un mélange de la barbarie mongole avec la pourriture byzantine; qu'il fallait régénérer la Russie par la civilisation européenne, et la régénérer à quelque prix que ce fût. Ce parti ne se trompait nullement en ajoutant que l'organisation politique dé la Russie, au dix-septième siècle, était' pourrie a un tel point que nous n'étions point de force à, faire la guerre aux Turcs, et deux fois.;AOtt& avions, fort heureuseai^

0t grâce à Dieo, été sauvé» par le fanatisme, le manque de tact et Fineptie politique du clergé catholique et des magnats polonais : ils avaient empêché le prinee Ladislas de Pologne de ceindre la couronna de Monomaque en s*opposant à son changement de religicm, et un demi-siècle pins tard, ils nous avaient sauvés encore une fois en obligeant, par leurs persécutions religieuses et aristocratiques, les Petits-Russiens à se jeter dans les bras de la Russie. Aux objectioi^, adressées aux hommes du parti allemand, sur les difficultés à conduire la nation, surtout la classe élevée, misé en contact avec la civilisation . enropéenne, au moyen des procédés asiatiques de Pierre I, ces hommes répondaient que les élémens mongols et byzantins se trouvaient trop fortement enracinés en Russie pour avoir rien à redouter à cet égard; que des individus se laissant, malgré leurs richesses et leur position sociale, paisiblement dépouiller, exiler, fustiger, knouter, mutiler/ ne ressemblaient en rien à la noblesse européenne; qu'il n'y avait point

de joug dopt la pesanteur put leur paraître insupportable L'histoire,

les événemens postérieurs, ont, hélas, trois fois hélas, donné raison aux hommes de ce parti

Le parti russe, appelé à tort le parti t)wt*aî-russe, lui-môme s'imaginant Tétre d'ailleurs, comprenait aussi le danger et l'impossibilité de rétablir le passé dans son entier, dans toute sa vétusté; il voulait développer la civilisation en Russie sans renoncer aux moeurs de la vie privée, et en accordant, à cet égard, une seule concession, d'ailleurs la [rfus importante de toutes, puiscp'elle était, à elle seule, toute une révolution sociale : il ne prétendait point rétablir l'usage tout asiatique de la claustration des femmes, usage introduit en Russie sous le joug mongol et brisé par Pierre I. Le parti russe voulait se servir des étrangers; il en comprenait l'inévitable urgence, mais il ne voulait s*en servir qu'avec discernement, et sans laisser les étrangers arriver aux postes élevés de l'état, à moins de les voir embrasser la religion grecque et épouser des demoiselles russes, ainsi que cela avait eu lieu jusqu'à l'époque de Pierre L Enfin, la grande majorité du parti russe, lasse du joug écrasant des czars, voyant avec une jalousie insigne, et Wen légitime, l'indépendance, poussée mémo à l'excès, des gentilshommes polonais, ainsi que la constitution tout récemment établie en Suède ap:rès la mort de Charles XH, voulait poser des limites au pouvoir Impérial.

L'influetice exercée par l'exemple des institutions suédoises, sur la conduite de la noblesse russe en 1730, m'engage à dire ici quelques mots au sujet de ces institutions. En Suède, le parlement se trouvait composé, jusqu'à l'année 1865, de quatre chambres : 1** la chambre du clergé, où l'archevêque d'Upsal et les divers évéques siégeaient de droit, et les autres ecclésiastiques par élection ; î'' la chambre de la noblesse, où siégeaient de droit tous les chefs des familles nobles sans

exception, divisés en trois sections, votant chacune séparément : à) la section des comtes et des barons ; b) la section de la noblesse ancienne et c) celle de la nouvelle noblesse; 3** la chambre des bourgeois; 4" la chambre des paysans; toutes les deux composées par élection. Enfin, un sénat viager de seize membres était le conseil du roi pendant les vacances du parlement.

Les rois Charles XI et Charles XII avaient cessé de convoquer ce dernier, s'étaient arrogés le pouvoir absolu le plus despotique, et avaient réduit le sénat à n'être plus qu'un bureau d'enregistrement. A la mort de Charles XII, les généraux proclamèrent reine de Suède sa soeur, Ulrique-Éléonore, mariée au prince Frédéric de Hesse-Cassel. Mais le sénat annula cette élection, convoqua le parlement, et de concert avec lui, élut cette même princesse Ulrique-Éléonore, mais à la charge, par elle, de régner aux conditions suivantes : 1^ le pouvoir législatif, le droit d'établir les impôts, déclarer la guerre et conclure la paix sera exercé en commun, par le roi et le parlement; 2** la majorité du souverain sera fixée à 18 ans; 3^ le souverain gouverne le pays avec l'intervention du sénat; 4<» les principaux fonctionnaires civils sont nommés par le sénat, à la majorité des voix; 5"" les sujets du souverain, y compris l'armée et la flotte, prêtent serment de fidélité au souverain et à l'état.

Cette constitution subsista en Suède jusqu'en 1772; elle fut renversée par Gustave III, et le pouvoir absolu, rétabli, dura jusqu'en 1809, date de l'établissement, en Suède, de la monarchie constitutionnelle. — Eil Russie, les nobles les plus riches, les plus élevés en position sociale, visaient directement à l'établissement d'une constitution semblable à celle de la Suède, mais la grande majorité de la noblesse se montrait bien plus modeste dans ses aspirations : elle voulait l'exemption des châtimens corporels, l'abolition de la confiscation, celle du service forcé et de ne pouvoir être ni exilée, ni condamnée autrement, qu'en vertu d'un jugement régulier.

Rien de plus légitime que ces aspirations, si la noblesse les avait formulées, non pour elle seule, mais pour tous ses compatriotes; au lieu de cela, elle voulait le maintien du servage, oubliant qu'en Suède, de même qu'en Angleterre, la liberté politique n'avait jeté des racines inextinguibles qu'à cause de l'absence du servage; ignorant en même temps qu'une noblesse libre, investie de privilèges politiques, refusant ces privilèges aux autres classes de la société, foulant aux pieds la classe rurale réduite en servage, marche inévitablement à un abîme, où elle entraîne le pays avec elle : c'est ce qui est arrivé en Pologne.

Cette prétention du parti russe à investir la noblesse de droits politiques exclusifs, en maintenant, en même temps, la classe rurale sous le joug du servage, prétention aussi illogique et absurde qu'elle était déloyale, inhumaine et barbare, mit obstacle à l'affranchissement

de la noblesse ntsse, laquelle, pour avoir voulo, josqu^à o&e époqae loate récente, maintenir en servage ses. compatriotes, continue à patauger sous le joug d'un esclavs^e humiliant et vil... Le dernier des pauvres d'un pays libre, de la Suisse, de Tltalie, de la Belgique, da la Hollande, de TAngteterre est incontestablement plus libre, plus sûr de sa dignité personnelle, de sa dignité d'homme qu'un gentilhomme russe, qu^un prince issu de Rurik et millionnaire; 1 autre est libre; ceux-ci ne sont que des esclaves privilégiés, pouvant être emprisonnés, exilés et fustigés à volonté.

Le parti allemand se composait de toute la noblesse des provinces baltiques, et de tous les étrangers au service de la Russie, parmi lesquels les plus influens étaient : le vice-chanceli^ baron Ostermanni le maréchal comte Bruce, le grand-maître de Tlirtillerie comte Munich et le grand-écuyer lagoujinski. A ce parti se joignaient tous ceux d'entre les Russes que des services rendus à Pierre I^ ou le hasard, avaient fait arriver à des positions plus ou moins élevées, et qui ne pouvaient espérer, ni personnellement, ni par leurs traditions de famille^ d'occuper, dans le parti russe, une place aussi avantageuse que celle, aujourd'hui occupée par eux. Parmi ces hommes «nouveaux» ainsi qu'on les désignait, le plus éminent, par son mérite, son habileté et «on énergie, était incontestablement l'archevêque de Novgorod, Féofane Procopovitch, président du synode, le confident et le principal collaborateur de Pierre I dans ses réformes ecclésiastiques. Il y avait ensuite toute la famille des Golovkine, les généraux Roumiantsow, Tchemycbev et plusieurs autres.

Le parti russe se composait de toute la noblesse, sauf, sous le règne de Pierre U, de la famille Dolgoroukow, laquelle, accaparant le pouvoir, ne songeant nullement au bien de l'état, préoccupée de ses calculs personnels, s'était placée daps un isolement complet.

L'homme le plus éminent, le chef reconnu et incontesté du parti russe était le vieux prince Dmitri Mihaïlovitch Galitsyne, frère aine du maréchal prince Michel. Le prince Dmitri, aussi respectable que son frère, avait sur lui l'avantage d'être doué d'une vaste intelligence, d'une immense énergie et d'une fermeté imperturbable.

n y avait encore, dans le parti russe, un homme d^une haute Intel ligence et d'une immense habileté, le baron Schafirow, l'ex- vice-chancelier. Par son origine étrangère, par son extrac^tion si modeste, par sa coopération si importante aux réformes de Pierre I, sa place se trouvait marquée aux premiers rangs du parti des hommes nouveaux, mais il avait été poussé dans le parti russe par la haine mutuelle régnante entre lui et Ostermann, son ancien secrétaire, devenu son supérieur, et qu'il visait, à son tour, à renverser et à remplacer. Sa grande expérience politique, sa profonde connaissance des hommes pou* vaient être fort utiles à ses nouveaux amis. Allié, par sa belle-GUe,

dax Izmatlow; par ses gendres, aux Dolgoroukow, aux Saltykow, aox Havanski, aux Gagarine, il vivait dans rintimitô de la vieiHe noblesse; rusé et insinuant, il avait trouvé le moyen, lui, Tancien ministre et favori de Pierre I, de gagner la conûance et la bienveillance de la

vieille czarine Ëudoxie, cette victime du terrible czar Schafirow

donna souvent aux Dolgoroukow des conseils sages et prudens, qui,

malheureusement, ne furent point écoutés Si Pierre II avait vécu,

nul doute que le vieux baron eût évincé Ostermann, et repris soa ancien poste de vice-chancelier

Le genre de vie, adopté à Moscou par le jeune empereur, ou plutôt celui que les Dolgoroukow lui avaient fait adopter, éiaÀt de nature, non-seulement à Tenlever à toute occupation sérieuse, mais encore à ébranler sa santé, -r* Le jeune homme avait du goût pour la chasse : Ton en profita pour le porter à des courses, ou plutôt à des voyages de chasse qui $e prolongeaient, parfois, pendant des semaines entières. Les vastes forêts entourant, à cette époque, Moscou, et se prolongeant au loin, attiraient les chasseurs; Ton exploita à double titre la passion du jeune prince pour cet amusement : d^abord, on le décida à 6xer sa résidence à Moscou, à renoncer à tout retour à Pétersbourg, au grand désespoir du parti des Allemands et des hommes nouveaux, lesquels se sentaient mal à Taise dans la vieille capitale, centre de la vieille Russie; ensuite, en poussant Tempereur à des absences continuelles de Moscou pour aller à la chasse, on Tenlevait aux autres influences de cour, et en Fentourant constamment, en ne le perdant point de vue, on arrivait à exercer sur lui une influence absolue. Ce système était poussé si loin, que Ton s'arrangeait de manière à empêcher tout entretien en tête-à-tête entre Tempereur et sa vieille grand'mère Eudoxie, à laquelle il témoignait beaucoup de respect et qu'il comblait de caresses ; il y avait toujours, au moins, un témoin de leurs conversations.

Ostermann disait, les larmes aux yeux : « Ton agit avec l.empereur, • comme si Ton voulait détruire sa santé et le faire mourir! » Ostermann était connu pour un homme pouvant pleurer à volonté, mais dans le cas dont il s'agit ici, le vice-chancelier avait complètement raison, et son propos était celui d'un ministre fidèle et éclairé.

Dans le courant de l'hiver de tliS à 1729, l'empereur, à peine levé, montait journellement en traîneau, accompagné du favori et du père de celui-ci, et parlait pour le château d'Izraaïlovo, près de Moscou; où il passait la journée entouré des Dolgoroukow et de leurs amis, entendant leurs lamentations sur la nécessité, venue à la suite des réformes de" Pierre I, de souffrir la présence des étrangers et des Alletnànds dans lès hantes fonctions de l'état. Le jeune souverain se trouvait devenu ainsi la proie exclusive d'une coterie égoïste et avide, l'isolant de ses meilleurs conseillers, l'exploitant en vue d'intérêts personnels. Il avait pris en affection l'un de ses chambellans, le fils aîné

da prince Dmitri Galitsyne, Serge, un jeane homme de 32 ans, parfoiteinent élevé et fort distiogaé. — Poar éloigner ce concurrent dange-^ reax, on envoya le prince Serge à Berlin en qualité de ministre, et pour lui dorer la pilule, on le nomma conseiller privé, rang aujour-^ d'hui prodigué à toutes sortes de paltoquets et complètement déchu, mais à cette époque fort apprécié et recherché.

Je trouve, dans les papiers de mon aïeul, une note indiquant les courses de chasse de Kerre dans le courant des années 1728 et 1729, avec l'observation que les chasses de moins de quatre jours n'y sont point indiquées, vu la difficulté de les enregistrer, tant elles étaient fréquentes :

E;i 1728, du 7 au 19 mai — » 12 jours.

du 21 mai 'au 14 juin — 24 jours.

da 30 juin au 10 juillet — 10 jours.

du 7 septembre au 8 oetobrv — 26 jours,

du 14 octobre au 7 novembre — 84 jours (cette châsse se serait enoora prolongée s'il n'avût reçu la nouvelle de la maladie grave de sa soeur Natalie, laquelle mourut le 22 novembre). En 1729, du 1 au 23 mars — 22 jours.

du 20 au 24 avril — 4 jours.

du 5 juillet au 29 août -— 55 jours.

du SI août au 4 septembre —^ 4 Joura*

du 8 septembre au 9 novembre — 62 jours.

Ainsi, de février 1728 à novembre 1729, dans le courant de 21 mois, 243 jours, c'est-à-dire huit mois de grandes chasses, sans compter les petites chasses -de un, deux ou trois jours! — L'on comprend qu'il ne s'agissait plus ni d'études, ni de travail avec les ministres : les membres du corps diplomatique ne voyaient presque jamais Tempereur et s'en plaignaient avec aigreur; le seul duc de Liria, rusé intrigant, faisant platement la cour aux Dolgoroukow, parvenait, de temps en temps, à voir l'empereur, invisible à peu près pour tout ce qui ne faisait point partie de la société intime des Dolgoroukow.

Pierre II s'était épris d'une telle passion pour la châsse, que l'un de se^ plaisirs consistait, non-seulement à voir manger ses chiens, mais encore à préparer lui-même leur nourriture, et c'était un jeune homme de quatorze ans, rempli d'esprit et d'une intelligence fort au-dessus de son âge!

Dans le sein de la famille Dolgoroukow se produisaient des mésintelligences sérieuses.

Le vieux maréchal prince Basile Vladimirovilch, un homme fort arriéré dans ses idées, mais du caractère le plus droit et le plus loyal; intimement lié avec la vieille czarine Eudoxie, pour la cause du fils àé laquelle il avait tant souffert, aurait voulu voir le jeune empereur se laisser conseiller et diriger par sa grand'mère, ou, en d'autres termes, par le baron Schafirow : la vieille czarine ayant fort peu d'esprit et ne comprenant rien aux affaires.

Le prince Basile Loukitch, un homme si tnteliigent, mais si peu sûr, coitivait, lui, soigneusement Famitié de son cousin le prince Alexis et de son neveu le prince Ivan : connaissant Tincapacité politique de tous les deux, il espérait arriver à les dominer et à réaliser ses rêves d'ambition. Il ne redoutait, en réalité, que le frère du prince Alexis, le prince Serge, d'autant plus que celui-ci se trouvait conseillé par son beaupère Schafirow; aussi avait-il organisé, avec l'ai Je du duc dé Liria et des jésuites, tout un vaste réseau d'intrigues souterraines, parmi lesquelles l'une des plus graves consistait à vouloir rétablir le patriarcat, en élevant à cette dignité le prince Jacques Pétrovitch Dolgoroukow (le frère de mon trisaïeul), un imbécile que l'on espérait pouvoir mener et diriger à volonté.

Mais ce qu'il y avait de plus extraordinaire, de plus incroyable, c'était de voir le prince Alexis Dolgoroukow pousser la bêtise jusqu'à être jaloux du crédit de son propre fils, le prince Ivan! Le père et le fils étaient fort mal ensemble depuis le commencement de la grande intimité du dernier avec l'empereur. Le prince Ivan n'accompagnait pas toujours son souverain à la chasse; il lui arrivait de rester à Moscou et il profitait de ce temps pour se livrer à l'existence la plus désordonnée et la plus odieuse. La nuit, entouré d'une troupe de mauvais sujets armés, il courait à cheval les rues de la capitale; il entrait de force dans les maisons; il déshonorait les femmes et les filles, et personne n'osait opposer de résistance, ni porter plainte contre le favori de l'empereur! Pendant ce temps, son père, lequel ne lui reprochait point son odieuse conduite et ne trouvait môme rien à redire à ces exploits (molodétchéstvo), comme il s'exprimait, mais jalousait le crédit de son fils, tâchait d'attirer la faveur impériale sur son second fils, Nicolas, âgé de quinze ans, d'une nullité qui touchait à la bêtise, et fort aimé par son père.

Le prince Ivan s'oubliait à un point inimaginable. Parmi ses maîtresses, se trouvait la princesse Nikita Troubetskoy, fille du chancelier Golovkine. Un jour, ayant une pointe de vin dans la tête, se trouvant chez la Troubetskoy, il se prit de dispute avec son mari (plus que complaisant d'ailleurs) et il aurait jeté le prince Nikita par la fenêtre, si Etienne Lapouhine ne l'en avait empêché!

La mort de la grande-duchesse Natalie (22 novembre 1728), soeur de l'empereur et si aimée de son frère, en faisant tomber le dernier obstacle qui pouvait faire ombrage au crédit des Dolgoroukow, suggéra aux princes Alexis et Ivan l'idée de marier l'empereur avec leur fille et soeur, la princesse Catherine. Elle avait dix-huit ans; par conséquent elle était de quatre années plus âgée que l'empereur*. Elle était

• Pierre II était né le 12 octobre 1716, quelques jours avant la mort de sa mère, la princesse Charlotte-Sophie de Bninswick- Wolfenbuttel. L'on a inventé un roman sur le compte de cette demièic : Ton a raconté qu'elle B*était sauvée et une étraa-

grande,. belle, élaneée, d'une taille svelte, avec de magnifiques clieveux brans, et des yeux expressifs, pleins de volupté. — E^le ne manquait point d'esprit, mais elle était fière, orgueilleuse, haut^ne, insolente, dure, d'un caractère entier, énergique, méchant, et plus tard, à Bérëzow, son inconduite contribua pour beaucoup aux malheurs de sa iamilie. Elle aimait le comte de Millésime, secrétaire de Fambassade autrichienne à Pétersbourg, et parent de l'ambassadeur comte Wratislaw*4 il était question de leur mariage, mais, pour son mjJheur, son père et son frère formèrent d'autres visées.

Pendant la dernière grande chasse à laquelle assista Pierre If, chasse dont la durée atteignit deux mois [le rendez-vous central des invités était à Gorenki, terre appartenante au prince Alexis Dolgoroukovf.) la famille de celui-ci s'y trouvait; les dames accompagnaient souvent l'empereur à la chasse, et dans l'une de ces parties, au mois de septembre, à la suite d'un copieux repas, l'on s'arrangea de manière à laisser la princesse Catherine et le jeune empereur en tôte-à-tôte... Pierre U agit en homme d'honneur; il se décida à épouser la }eune personne à laquelle il avait enlevé ce qu'il n'était plus en son pouvoir de lui restiluerf . Le projet de mariage s'ébruita : l'on en parlait à Moscou; le public était mécontent; les ennemis des Dolgoroukow terrifiés; enfin, le 9 novembre, l'empereur revint à Moscou. Le 19, il

gère «anitété inhumée à sa place; il s'est tronyé, plas tard, une av^tnriëre ponr usurper, dans un demi-jour mystérieux, le nom de cette princesse. — Tout ce roman n'est qn*une blague. Elle n*ayait nul besoin de se sauver pom* échapper à son mari qui la tourmentait, la brutalisait et lui rendait l'existence insupportable : elle n'aurait eu qu'à s'adresser à Pierre I, dont elle possédait l'affection et l'estime; à sa première demande il aurait fait enfenner le cxaréviteh dans un couvent. Pierre I aimait beaucoup sa belle-fille; il pleura sa mort, et malgré son titre de luthérienne, il la fit inhumer (par une exception unique en Russie), dans la cathédrale de Fierre-et-I'aul, à la forteresse de Pétersbourg. Plus tard, lors de la reconslruction de cette cathédrale, les tombes de la princesse Charlotte et de son mari fiirent encloses dans les piliers de l'édifice, et ne sont plus visibles de nos jours.

• * Les Millésimo, établis en Bohême, et éteints en 1852, étaient une branche de Tangue maison italienne del Caretto, marquis souverains de Savone, de Finale et autres lieux au quatorzième siècle, créés comtes de Millésimo et du saint-empire en

t Le Fort, ministre de Pologne et de Saxe à Pétersbourg, écrivait à sa cour le 17/C avril 1730 :

** La chaste promise du défunt csar est heureusement accouchée^ mercredi passé, d'une fille, digne production d'nn chevalier-garde, nommé Mictérow. "

Le Fort avait été induit en erreur par les partisans de Timpératrice Anne. La princesse Catherine n'avait point *< heureusement accouché, " Elle avait fait une fausse couche, et mis au monde un enfant mort-né, âgé d'envhron six mois. Cet en&nt était celui de Pierre II, et aucun chevalier-garde n'y avait contribué. La princesse Catherine, non par vertu, mais par fierté et orgueil, n'aurait point accueilli, à cette époque de sa vie, les hommages d'un Mictérow. D'ailleurs, son père et son frère savaient foi*t bien h quoi ils se seraient exposés, si l'empereur, en épousant leur fille et soeur, se serait aperçu avoir eu un prédécesseur.

manda au palais les officiers-généraux et les fonctioimaires civils des quatre premières classes, ce que Ton appelait alors gkénéralitett, etieur annonça son intention d^épouser la princesse Catherine Dolgoroukow. Deux jours après, le grand-maître des cérémonies, baron d^Habiehstahl, fut* envoyé chez les: chefs de mis^sions étrangères pour leur annoncer cette nouvelle, et le lendemain, le corps diplomatique vint porter ses félicitations à Tempereur ainsi qu'à sa fiancée. Le comte de MiUésimo ne s'y trouvait point sous le prétexte d'indisposition, et quinze jours après (le 6 décembre), Tambassadeur d'Autriche comte Wratislaw le fit partir pour Vienne, en courrier.

Le 24 novembre, jour de la Sainte-Catherine, fête de la fiancée», toute la cour, le corps diplomatique et la société de Moscou allèrent lui porter leurs fôliçitalions au palais Golovine, assigné pour sa résidence et celle de sa famille.

Le 30 novembre eurent lieu les fiançailles solennelles, au palais Le Fort, habité par l'empereur.

Un oukaze prescrivit de donner à la jeune personne les titres de Fiancée impériale (Gosoudarynia Néoiesta) et d'altesse impériale. — On lui nomma des demoiselles d'honneur.

Les Dolgoroukow connaissaient parfaitement le fâcheux effet produit par ce projet de mariage; ils n'ignoraient point le mécontentement des nobles, l'irrilalion générale existante contre eux, et à tout événement ils prirent des précautions militaires pour la solennelle journée des fiançailles, le 30 novembre 1729. Ce jour-là l'on fit venir au palais Le Fort un bataillon de Préobrajenski, douze cents hommes, avec fusils chargés et gibernes garnies de balles, et l'on fit entrer la compagnie des gre-t nadiers de ce bataillon, au nombre de cent cinquante hommes, en partie dans la vaste salle où la cérémonie devait avoir lieu, en partie dans les pièces contiguës. Le prince Ivan avait pris toutes ces mesures sans en dire môme un mot au doyen des lieutenans-colonels du régiment Préobrajenski, le vieux maréchal Dolgoroukow, dont grand fut l'étonnemeut de voir le palais rempli amsi de soldats de son régiment. Le prince Ivan en avait donné l'ordre (sans avoir le moindre droit d'en agir ainsi) au plus jeune des lieutenans-colonels de Préobrajenski, le lieutenant-général et sénateur prince Grégoire loussoupow, et ce plat courtisan, lequel permettait au père du prince Ivan de Tinterpeller en public : eh! le Tatare! (eyf ty, Tatarinef), s'était obséquieusement empressé d'exécuter l'ordre si illégal du jeune favori.

Dans l'après-dînée, à trois heures, la cour, les officiers-généraux et le corps diplomatique se réunirent dans la salle du palais Le Fort. An milieu de cette salle se trouvait étendu un immense et magnifique tapis de Perse, sur lequel était placée une table recouverte d'un drap en pourpre d'or. Au milieu de celte table l'on voyait un plat d'or avec une croix, et deux assiettes d'or, avec les bagues nuptiales, enrichies de niagnifiques diamans.

La fiancée arriva, du palais Golovioe au palais Le Fort, avec le cortège suivant; tons les carrosses étaient à six chevaux :

Deux carrosses occupés par les chambellans.

Un carrosse occupé par le grand-chambellan (prince Ivan DolgoroQkow).

Quatre coureurs, à pied.

Deux huissiers de la chambre, à cheval.

L'écuyer de la cour (Kochéiew), à cheval.

Quatre grenadiers aux gardes, à cheval.

Quatre postillons impériaux.

Le carrosse, où se trouvait assise, au fond, la fiancée, ayant sur lé» devant sa mère et ses deux soeurs, Anna, âgée de 19 ans, et Hélène, âgée de 14 ans^. Le carrosse était entouré de heyduques à pied, de pages et de pages de la chambre à cheval.

Plusieurs carrosses avec^ les dames de la famille de la fiancée.

Plusieurs carrosses où se trouvaient les demoiselles d'honneur de la fiancée et les quatre dames à portrait : la baronne Ostermann, née Strécbnew, madame lagoujinski, née comtesse Golovkine; la princesse Tcherkaski, née princesse Troubetskoy, et madame Tchemycbew, née Rjevski.

Au moment où le carrosse de la fiancée, ayant sur Fimpériale une grande couronne, roula sous la porte d'entrée de la cour du palais, la couronne heurta le poteau transversal de la porte d'entrée, tomba sur le pavé et se brisa en morceaux. Le peuple amassé en foule autour de cette porte, cria : « mauvais présage; ce mariage n'aura point lieu! >

La garde du palais porta les armes à la fiancée, laquelle, à la descente de l'équipage, fut reçue par le maréchal de la cour Schépéiew et le grand-maître des cérémonies baron d'Habichstahl. A son entrée dans la saUe, elle fut reçue par la czarine grand'mère de l'erapereur, par la grande-duchesse Elisabeth, la duchesse de Mecklembourg, la clarine Prascovia et la petite princesse Anne de Mecklembourg (depuis la régente princesse de Brunswick). — La fiancée et la czarine grand'mère prirent place sur des fauteuils; les quatre autres princesses de la famille impériale sur des chaises; la mère de la fiancée, ses soeurs, tantes, cousines, arrière-cousines, ses demoiselles d'honneur et les quatre dames à portrait se placèrent derrière le fauteuil de la fiancée, et se tinrent debout pendant toute la cérémonie, ainsi que toutes les autres personnes présentes, y compris les hommes et les dames du corps diplomatique, sans en excepter môme les trois ambassadeurs f.

• La princesse Anna mourut en 1768, sans avoir été mariée; la princesse Hélène, an retour de l'exîl, épousa le prince George Jouriévitch Dolgoroukow, nereu du maréchal. Elle vécut à Moscou, où elle mourut en 1799, à l'âge de 84 ans, 70 ans après les fiançaUIes de sa soeur.

t liC comte Wratislaw, ambassadeur de l'empereur d'Allemagne; le duc de Lîria, ambassadeur d^Espagne, et le baron de Westphalen, ambassadeur de Danemarck*

Le corps diplomatique se troava placé vis-à-vis des dames, à droite du faateuil destiné à l'empereur; à gauche de ce fauteuil se tenaieut les maréchaux Galitsyne, Troubetskoy et Bruce; les membres du conseil suprême : prince Dmitri Galitsyne, princes Basile et Michel Dolgoroukow, les conseillers privés actuels comte Moussine-Pouchkine et prince Romodanovski ; le général Matiouchkine; le grand-écuyer lagoajinski; les huit sénateurs*; tous les Dolgoroukow présens à Moscou, et plus loin tous les officiers-généraux présens à Moscou.

A côté de la 4able, placée au milieu de la salle, se tenait le président du synode, Féofane Procopovitch, entouré de prélats et d'archimandrites, il avait câébré, deux ans et demi auparavant, les fiançailles de Pierre il avec la princesse Marie Menchikow, dont on venait seulement d'apprendre la mort à Bérëzow.

Il est aisé de se figurer les sentimens, les émotions qui devaient régner dans l'âme de la czarine Eudoxie! Elle avait 57 ans; après 29 années de cloître, de prison, de malheurs, elle se trouvait à la cour, à la première place, ayant le pas sur tout le monde, mais condamnée à voir, tout près d'elle, la grande-duchesse Elisabeth, la fille de la prostituée qui avait pris sa place à elle, Elisabeth, ce souvenir vivant de ses infortunes, des horribles souffrances que Pierre I lui avait fait endurer! Élevée dans les vieilles idées, dans l'aversion pour les étrangers et les usages européens, elle en voyait le triomphe en Russie et se trouvait obhgée d'accepter les faits accomplis!

L'empereur, averti par le grand-chambellan, arriva accompagné du maréchal Dolgoroukow, du prince Alexis, du chancelier Golovkine et du vice-chancelier Ostermann. Il prit place dans le fauteuil à lui destiné, vis-à-vis de sa fiancée, et après être resté ainsi quelques instans, il vint, avec la fiancée, se placer sous un dais admirablement riche, tenu par six généraux-majors : le prince Bariatinskif, de Wenedigher, Bibikow*, Izmaïlowf, Keitfa et léropkine, commandant de place à

• Lieutenans-généraux : Ivan Mamonow, prince Grégoire loussoupow, Simon Saliykow; les conseillers privés : prince Michel Galitsyne le jeune, Fëdor Naoumow et prince Alexis Tcherkaski; les conseillers d'état actuels : Ivan Boutourline et Baale NoTOSsiltsow.

f Gendre du chancelier Golovkine, et trisaieal du maréchal Bariatinski.

• Ivan Ivanovitch, président du coUége du contrôle, l'un des hommes les plus intelligeos et les plus rusés de son temps. Il fut, sous le règne d'Anne, président de l'administrAtion des revenus (kammer-koUéghiaJt et sous celui d'Elisabeth, lieutenantgénéral, sénateur et gouverneur de la Patite-Russie. 11 était marié à Agrippine Avtamonovna Ivanow, fille du secrétaire d'état de Pierre I (voyez page 216). La fiunille Bibikpw, fort illustre dans Phistoire de Russie, est issue de Bmitri Jidimirovitch, boyar dans le grand-duché de Tver au quatorzième siècle, un mourza tatar baptisé.

f Léon Yassiliévitch, ancien ambassadeur en Chine, oncle de cet Izmaïlow qui trahit son ami Pierre III, et aïeul du général Izmaïlow si tiistement célèbre par ses extravagances, ainsi que par ses cruautés envers ses sera et ses voisins pauvres.

Moscou*. L'arebevéqae Féofane dit les prières d'asage, et procéda à la bénédiction des bagnes nuptiales; ensuite, Tempereur et sa fiancée, après avoir embrassé la czarine grand^mère, lui avoir baisé la main et reçu sa bénédiction, se firent baiser la main par tout le monde sans exception. La grande-ducbesse Elisabeth, la dncliesse de Mecklembourg, sa fille et la czarine Prascovia, obligées de faire bonne mine à mauvais jeu, vinrent, le dépit dans le coeur, baiser respectueusement la main de la princesse Catherine, laquelle conserva, pendant toute la durée de la cérémonie, un air de hauteur et de dédain, aussi inconvenant qu'il était impolitique, le tout mêlé d'une apparence de lassitude et de fatigue. Pendant le baise-main on tira des salves de coups de canon; ensuite eut lieu un feu d'artifice; puis le bal commença; il ne dura guère longtemps; ta fiancée se sentit trop fatiguée et demanda à se retirer; pour cette même cause il n'y eut point de souper solennel; chacun put aller se placer et manger aux nombreuses tables dressées et servies.

La fiancée fut reconduite au palais Golovine avec le même cortège et le même cérémonial qu'à son arrivée, seulement, à son départ, les tambours de la garde du palais battirent aux champs, et le grandécuyer lagoujinski accompagna, à cheval, celle qui paraissait destinée à devenir sa souveraine.

Le mariage fut fixé à sept semaines de là, au 19 janvier 1730.

Le jeune- empereur paraissait triste et abattu; toute belle que fut sa fiancée, il ne l'aimait point, n'avait nul désir de se marier, et malgré son âge si jeune de quatorze ans, il agissait comme aurait pu le faire nn homme d'un âge mûr, décidé à réparer, par le don de sa main, un moment d'entraînement sous l'empire duquel il avait ravi à une jeune personne ce qu'il n'était plus en son pouvoir de lui restituer...

La conduite de Pierre II à l'égard de sa fiancée ne saurait être assez louée et admirée, et cela d'autant plus que la princesse Catherine ne le méritait guère... L'empereur lui parlait peu, semblait indifférent pour elle, mais la traitait avec les plus grands égsu^ds. Il arriva au jeune souverain, pendant les cinq semaines écoulées entre ses fiançailles et sa dernière maladie, de se laisser aller à dire qu'il avait le pressentiment d'une fin prochaine, et que d'ailleurs il ne tenait point à la vie... Et ces propos échappaient à un adolescent de quatorze ans, bien supérieur à son âge et par l'intelligence et par la santé, fort, robuste, avec cela le maître absolu du plus vaste des états de l'Europe... Terrible et effrayant revers de la médaille des grandeurs humaines...

Le peuple aimait Pierre II, connaissant son bon coeur; se plaisait à admirer sa prestance belle et noble, produisant toujours tant d'effet sur les masses ignorantes. Le peuple aimait en lui le dernier représentant

• Le père de ce célèbre léropkine, qui fut gouverneur-général à Moscou sous le règne de Catherme IL

mâle de la dynastie régnante sor la Russie depuis plus d'an sièele; it aimait en lui le souverain connu par son aversion à Tégard de ce Pétersbourg abhorré de la nation russe, et par s(hi affeetion pour notre m^re Moscou aux blanches murailles (nacba matouchkn Moskva hiéloka" mennaïa), ainsi que le peuple appelle cette vieille capitale si chère au coeur de tout véritable et bon Russe. Ignorant des intrigues de cour, ne connaissant point le caractère de la princesse Catherine , ni celui des paembres de sa famille, le peuple se réjouissait sincèrement de voiï son souverain, Tunique rejeton de la lignée de ses eears^ son éclatutU sQleil (krasnoié solnychko), sobriquet donné par le peuple à Pierre II, épouser une Russe, une orthodoxe, et fixer sa résidence à Moscou.....

Mais il en. était autrement dans le sein de la noblesse. Contente de voir la résidence du souverain transportée à Moscou, elle était littéralement ahurie par la nouvelle du prochain mariage de Fempereur avec la princesse Catherine. — L'égoïsme des Dolgoroukow faisait craindre pour Favenir d'un gouveraement dirigé par eux; leur arrogance inouïe irritait et exaspérait la noblesse, et d'autant plus, qu'il fallait refouler au fond des coeurs ces sentimens amers et cuisans, et faire bonne mine à mauvais jeu

Dans la famille Dolgoroukow régnait une joie, une jubilation qu'ils ne se donnaient point la peine de dissimuler. Le prince Alexis avait reçu de Fempereur douze mille familles de serfs (12^000 krestianskih dvorow)y c'est-à-dire environ 40,000 serfs. L'ambassadeur d'Allemagne, comte Wratislaw, désireux de conserver à son souverain Falliance de la Russie, s'était chargé d'obtenir, pour le prince Alexis, av^c un diplôme de duc et prince du saint-empire, le duché de Kozel en Silésie, promis à Menchikow aux jours de la toute-pnissance de celui-ci. La joie se manifestait avec plus ou moins d'arrogance, suivant le plus ou moins de capacité intellectuelle de chacun des membres de la famille; comme il arrive toujours en pareil cas, les moins intelligens se montraient les plus arrogans : le prince Alexis, toujours si bête, se laissait baiser la main par les gentishommes venant lui faire visite...

La catastrophe approchait à grands pas...

Le mardi 6 janvier 1730, jour de l'Epiphanie, à la cérémonie habituelle de la bénédiction des eaux, les deux régimens des gardes, ceux de Préobrajenski et de Sémënovski, se trouvaient rangés en parade sur la glace de la Moskva, sous le commandement du maréchal Dolgoroukow. La princesse-fiancée vint assister à cette cérémonie; elle arriva dans nn traîneau doré attelé à six chevaux; l'empereur se tenait debout derrière son traîneau (na zapiatkah). Ils étaient accompagnés d'une suite nombreuse de dames en traîneaux, d'officiers-généraux à cheval et de l'escadron des chevaliers-gardes au grand complet. — L'empereur monta à cheval et alla se placer à la tète du r^iment Préobrajenski. — La cérémonie et la parade durèrent long-temps; le froid était vif et un vent aigii du nord souffla pendant tout ce temps.

La veille, Pierro II avait nommé le prince tvdn major aux gardes Préobrajenski ; ce fat la dernière faveur par lui accordée à son favori.

De retour au parais, le jeûne empereur se plaignit d'un violent mal de tête. Le lendemain, mercredi matin, la petite-vérole se déclara, assez bénigne d'abord.

Le jeudi 15 janvier une note fat adressée au corps diplomaticpie, et des dépêches expédiées à tous les minisires russes à l'étranger pour annoncer l'heureuse éruption de la petite-vérole et déclarer l'empereur hors de danger; mais dans cette même journée le jeune souverain ayant commis Finsigne imprudence d'ouvrir le vasistas de la fenêtre pour humer l'air froid et vif de janvier, la pelite-vérole rentra, et il n'y eut plus aucun espoir de sauver l'empereur. Le peuple était consterné; la noblesse préoccupée, inquiète des chances de l'avenir; les Dolgoroukow étaient terrifiés

Dans l'après-midi du samedi 17 janvier, le prince Alexis, son fils Ivan, les (Jeux frères d'Alexis, Serge et Ivan, et Basile Loukitch, se trouvaient réunis, au palais Golovine, au rez-de-chaussée, dans la chambre à coucher du prince Alexis; préoccupés, soucieux, ils causaient entre eux de la maladie de l'empereur, de sa fin inévitable et des éventualités de l'avenir.

• Qui faudrait-il élever au trône?» dît le pririce Alexis.

«A qui pensez-vous?» demanda Basile Loukitch.

«Il faudrait, répondit Alexis, rédiger un testament, en vertu duquel t rempereur... /mi léguerait la couronne, h elle,^ ajouta-t-il en désignant da doigt le bel étage du palais, occupé par sa fille la princesse Catherine.

« La nation ne voudra point ajouter foi à un testament pareil, reprit >le prince Basile; c'est là une entreprise bien dangereuse et pouvant » mal tourner. »

« Moins dangereuse que vous ne le pensez! » s'écria le prince Serge.

Alors le prince Basile, redoutant de se compromettre par son opposition aux vues de ses cousins, dit : « II est vrai que j'ai à vous faire » part d'une lettre, à moi adressée par l'ambassadeur de Danemarck*. » Il m'écrit : l'on parle de l'état désespéré où se trouve Tempercur. Si » l'on venait à le perdre, qui monterait sur lé trône? L'avènement de » la princesse Elisabeth serait fort désagréable à sa majesté Danoiséf. • Vous auriez dû faire monter sur le trône la fiancée de l'empereur, » votre nièce. Après la mort de Pierre I^ Menchîkow et Tolstoy ont » tien fait monter sur le trône l'impératrice Catherine. »

• C'était un baron de'Westphalen, homme d'esprit, éradit, mais d'une crasse ararice. Il s'isolait de ses collègues et de la société russe pour économiser sw ses ftuis de représentation, et par cet isolement il arrivait à être assez mal au courant des choses.

t La cour de Danemarck redoutait, avec liaison, qu^en cas de l'avènement d'Elisabeth an trône, le beau-frère de cette princesse, le duc de Holstcin ne se trouvât en position de reprendre les états de ses aïeux, à lui enlevés par le Danemarck.

Cette lettre joua Teffet de la goutte d'eau faisant déborder le vase : les Dolgoroukow se décidèrent à rédiger un faux testament, et si Ton n$ parvenait point à le légaliser en obtenant la signature de Fempereur, à le faire signer par le jeune prince Ivan, sachant imiter assez bien la signature de son souverain. L*on invita le prince Basile à rédiger un testament dans le sens voulu, mais Fhabile diplomate était beaucoup trop fin et trop rusé pour vouloir écrire de sa main un acte aussi compromettant; il prétexta sa mauvaise écriture illisible, et le testament fut écrit sur-le-champ, à deux exemplaires identiques, sous sa dictée et celle du prince Alexis, par le frère de celui-ci, le prince Serge- Pendant que cette coupable conférence avait lieu chez le prince Alexis, Ton y vit arriver le vieux et loyal maréchal Dolgoroukow, accompagné de son frère Michel. Ils trouvèrent leurs cousins occupés à la confection d'un faux.

«Que faites-vous là? s'écria le maréchal, vous voulez une chose » impossible! La princesse Catherine ne peut monter sur le trône; elle » n'est point la femme de l'empereur I»

«Elle n'est point sa femme, dit le prince Alexis, mais elle est sa «fiancée, et cela suffit. D'ailleurs, ajouta-t-il avec une suffisance qui » prouvait bien son ineptie, vous êtes lieutenant-colonel du régiment

• Préobrajenski, mon fils en est le major; à vous deux vous pou- »vez entraîner ce régiment; nous pourrons travailler aussi le régi- »ment Sémênovski; nous inviterons Golovkine et le prince Dmitri «Galitsyne à être avec nous, et s'ils s'y refusent, nous les ferons » tuer. »

Le vieux maréchal, indigné, s'écria : « vous radotez comme des en- » fans (tchto vy rébiatchiié vrëté) : comment voulez-vous faire une chose » pareille? Comment puis-je entraîner mon régiment à un acte de ce

• genre? Mais si je lui m touchais un mot, non-seulement je serais

• agonisé d'injures, mais encore assommé sur place! Où avez- vous vu » que des choses pareilles puissent se passer : une fiancée monter sur »le trône? Mais personne ne voudra lui prêter serment de fidélité: » non-seulement le public, mais encore nous, les membres de la famille,

• nous nous y refuserons! >

«Comment cela?» s'écria le prince Alexis, pâle et blême.

«Oui, continua le maréchal; je vous dis la vérité : je préfère vous

• la dire en ce moment, plutôt que de vous induire en erreur. Je n'ai

• point l'habitude de mentir, ni de tromper les gens, et encore moins

• mes parens! » Sur ces mots, il se leva et s'en alla, suivi de son frère.

Les sages paroles du vieux et loyal maréchal n'exercèrent le moindre effet sur ces imprudens. Le prince Basile Loukitch et le prince Serge, hommes d'esprit, comprenaient le danger du jeu terrible joué par eux,

mais aveuglés par Tambition, par la soif du pouvoir, ils couraient à Tabime de gaieté de coeur.

La seule chance, et encore assez incertaine, pour les Dolgoroukow de faife monter la princesse Catherine sur le trône, aurait résidée dans une entente à Famiable avec la noblesse, dans une large constitution offerte à la noblesse entière. Cette chance, la seule existante, fut repoussée par eux : ils voulurent s'emparer du pouvoir absolu, illimité; Mis eurent pour lots la Sibérie et Téchafaud, et leur catastrophe, les terribles malheurs venant s'appesantir sur eux, ne leur ont valu la moindre commisération, la moindre sympathie : châtiment terrible, mais bien légitime d'un essai d'usurpation, provoqué par l'égoïsme et l'avidité, par des vues exclusivement personnelles!

Le prince Ivan fils signa au bas de l'un des deux exemplaires le nom impérial, Pierre, commettant ainsi un faux incontestable. Il partit pour le palais Le Fort, emportant avec soi les deux exemplaires, dans le but de faire signer l'un d'eux à l'empereur, et dans le cas où il en serait empêché, de produire l'autre exemplaire, signé en faux.

n échoua complètement dans son projet de faire signer le testament par l'empereur. Dans la soirée du samedi et pendant la nuit, Oster* mann ne quitta point la chambre du malade; dans la journée du dimanche l'empereur perdit connaissance : la mort approchait à grands pas, et le lundi, 19 janvier 1730 (vieux style), le jour même désigné pour la célébration de sa noce, Pierre II rendit le dernier soupir à une heure et demie du matin, en présence d'Ostermann et du prince Ivan. — Il était âgé de quatorze ans et trois mois; son règne avait duré deux ans et huit mois. Avec lui s'éteignit la dynastie Romanow, après c^t-dix-sept années de règne.

CHAPITKE IX

SOMMAIRE : Agitation au palais après la mort de Pierre U. — > Le conseil iniiine suprême. — Le prince Dmitri Galitsyne parvient à faire décider l'élection de la duchesse de Courlande et la limitation du pouvoir impérial. — Béunion du ghéné" raUtett, — Liste de ces fonctionnaires en 1730 (tirée des papiers de M; Karabanow). — Les membres du conseil suprême rédigent un projet oligarchique, et louvoient à la duchesse. -^ Irritation générale et fort légitime. *^ Les divers par* tis; négociations entre eux. — Projet Saltykow-Tatistchew. — Retour de Léontiew à Moscou. — Les suprêmiers se croient sûrs de la victoire. ^- Leur refus d'accepter le projet Tatistchéw et même un autre, bien plus modéré encore. — Indignation générale. — Les suprêmiers offrent des concessions insuffisantes. — Arrivée de Timpératrice à Moscou. — Elle est tenue en charte privée par le prince Basile Lonkitch

. Dolgoi^ukow; néipimoinsi ses paiiisans trouvent le mojen de correspondre avec elle. — Mesures prisée par la noblesse. -— Journée du 25 février; péripéties successives et dénouement complètement inattendu. — Restauration du pouvoir absolu*

Pierre II avait rendu le dernier soupir à une heure et demie du matin, le lundi 19 janvier vieux style. Plusieurs d'entre les principaux personnages avaient passé toute la nuit au palais; d'autres y avaient eu des messagers tout prêts à leur porter la grande nouvelle. Vers cinq heures du matin il y avait déjà beaucoup de monde au palais.

Le prince Ivan avait commencé par produire le faux testament de Pierre II, et avait rencontré une opposition universelle. — Le conseil intime suprême se relira dans une chambre pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire dans la situation des choses.

Ce conseil intime suprême se composait de six membres, généralement appelés suprêmiers (verhovnikt) ; c'étaient : le chancelier Golovkine, le vice-chancelier Oslermann, le prince Dmilri Galitsyne et trois Dolgoroukow : Basile Loukitch, Alexis, le père du favori, et Michel, frère du maréchal. Ostermann resta auprès du cadavre impérial, en fit faire la toilette en sa présence, le fit placer dans un cercueil et exposer dans Tune des salles du palais, pendant que Golovkine, Galitsyne et Basile Loukitch Dolgoroukow se réunissaient en séance (Alexis et Michel Dolgoroukow ne se trouvant point au palais). Us invitèrent le

vieux maréchal Dolgoroultow, qui avait passé la nuit au palais, à venir prendre séance au conseil suprême, et envoyèrent la môme invitation au maréchal Galitsyne, lequel avait passé la nuit à son hôtel. Ces deux maréchaux étaient lieutenants-colonels : Dolgoroukow dn premier régiment des gardes, celui de Préobrajenski ; Galitsyne, du deuxième régiment des gardes, celui de Sémënovskî^ et le concours de tous les deux était indispensable au gouvernement nouveau.

Les suprèmiers firent chercher Ostermann, lequel vint pour un instant; avec sa finesse habituelle, il leur déclara qu'à titre d^étranger, il ne croyait point devoir prendre part à une discussion où Ton allait disposer de la couronne de Russie, et qu'il se rangerait de l'avis de la majorité; ceci dit, il s'en alla pour retourner à ses occupations auprès du cadavre impérial.

Les suprèmiers se trouvaient placés autour d'une grande table, sous la présidence du vieux chancelier, tremblant et craignant de prendre un parti quelconque. Basile Stépanow, secrétaire du conseil, tenait la plume pour le protocole. — Je vais transcrire cette mémorable séance d'après une note trouvée dans les papiers de mon aïeul, et rédigée par lui sur les renseignemens à lui transmis par le prince Dolgoroukow de ia Crimée, neveu du maréchal.

Le chancelier toussait et arguait d'une extinction de voix; le prince Dmitri Galitsyne prit la parole : « La lignée mâle de la famille impé- >riale, disait-il, vient de s'éteindre; avec elle s'éteint la descendance » légitime de l'empereur Pierre L II n'y a point à penser aux bâtards de » Pierre (nétchého doumait ô Pétrovskih vybliadkah). Le testament de » Catherine ne saurait avoir aucune valeur pour nous ; cette fille tirée » de la boue (dievka, iz griazi vytastchennaîa) n'avait aucun droit de

• s'asseoir sur le trône, et encore moins celui de disposer de la cou-

• ronne de Russie. Le testament du feu empereur, dont je viens d'en- » tendre parler, est faux »

Le prince Basile Loukitch voulut l'interrompre, mais le maréchal Dolgoroukow lui imposant silence d'un geste vif, s'écria avec un ton d'énergie et de conviction : « oui, ce testament est faux ; d'ailleurs,

• personne n'a le droit de monter sur le trône, lorsqu'il existe encore

• des princesses (jenskiié tchlény) de la famille impériale. Ce qu'il y » aurait de plus juste et de plus sage, serait d'élire la czarine Eudoxie > Fédorovna « (le maréchal était un ami intime de cette princesse, pour ia cause du fils de laquelle il avait tant souffert).

Galitsyne reprit : « Je rends toute justice aux vertus de la czarine^

• douairière, mais elle n'est qu'une veuve de souverain; il y a des » filles de czar, les trois filles du czar Ivan. L'élection de l'aînée, Cathe-

• rîne Ivanovna, entraînerait des embarras; elle-même est une bonne

• personne, mais son mari, le duc de Mecklembourg , est méchant et » fou. Mais il y a Anna Ivanovna, la duchesse de Courlande, c'est une

»feimne d'esprit; elle est d'un caractère difficile, il est vrai, mai» » en Courlande l'on ne se plaint point d'elle, »

« Vous avez raison, » dit Basile Loukitch, lequel, lors de sa missio» diplomatique à Mtttau, s'étant trouvé être pendant plusieurs semaines Famant de la duchesse, se flattait de le redevenir, de reprendre son ascendant sur elle et de la dominer. « Seulement, continua Gaittsyne,. » quel que sait votre choix, nous devons rendre le gouvernement plus »doux (sebé poléhtchite),^ — «Gommât cela'? » demanda le chancelier. — « Le rendre plus doux, en nous donnant plus de liberté > (tak, polektchitef schtoby voli sehé prihavit)^ répondit Galitsyne. — « Nous commencerons » par BOUS donner la liberté, mais nous ne saurons point la conserver > {hot i zatchnëm éto, no né ouderjim}^ dit Basile Loukitch* — • Non^ nous » le saurons » (niepraivda, ouderjim), s'écria Galitsyne. — L'on décida d'élire la duchesse de Courlande, en posant des limites au pouvoir impérial, et l'on sortit de la chambre pour se rendre dans la grande salle du palais, y annoncer cette immense nouvelle aux personnes qui s'y trouvaient réunies. La grande majorité approuva avec enthousiasme le projet de limiter le pouvoir impérial; les étrangers et les Allemands froncèrent les sourcils : l'archevêque de Novgorod, le célèbre Féofane, ayant rappelé aux suprêmiers l'existence du testament de Catherine I au profit du petit prince de Hdstein et de sa tante Elisabeth, reçut du prince Dmitri Galitsyne cette dure réponse : « nous ne voulons point de » ces bâtards » (né hotim étih vybliadkov).

L'on invita les personnes présentes à se réunir au palais vers neuf heures du matin, et la môme invitation fut adressée, par envoi d'exprès, à tout le ghénéralitet présent à Moscou ce j.our-]à, c'est-à-dire à toutes les personnes ayant rang de la quatrième classe au moins. De nos jours ces rangs, devenus ridicules, sont tombés dans la boue; mais en 1730, et encore longtemps après, ils avaient conservé toute la considération et la grande importance que Pierre I avait tenu à leur attribuer, afin de pouvoir s'en servir comme d'une arme, pour arriva à briser l'influence de la vieille noblesse, hostile en majorité aux réfcHrmes du terrible empereur, réformes durement accomplies, mais si nécessaires et si utiles. Aussiy je crois devoir placer ici une liste du ghénéralitet de 1730, trouvée dans les papiers de M. Karabanow, avec cette annotation de sa main : phisieurs d'entre mx se trouvaient retenus ^ par leurs fonctions, loin de Moscou, mais tous ceux qui se trouvaient dans la vieille capitale ont pris une party plus ou moins considérable^ aux pourparlers et au^ intrigues de 1730. V annonce du mariage de l'empereur pour le 19 janvier avait attiré^ dans la capitale, une grands affluence de nobles riches et haut placés.

Eu parcourant cette liste, il est aisé de se convaincre de la portée immense de la réforme sociale, opérée par la main rude, mais si intelligente, de Pierre I : les noms des hommes nouveaux, des Allemands,

des étrangers Torroent une partie considérable de cette liste. L'élément Kvoûieii et étranger occupe un cinquième des hauts grades civils, un tiers dans Tarmée et les deux tiers dans la flotte. Il faut avouer que personne en Russie, quarante ^innées auparavant, n'aurait pa prévoir Favcnement aux fonctions élevées de l'état d'un personnel aussi international, et cela seul prouve la profondeur des racines poussées, dans le sol du pays, par les réformes de Pierre I.

Chancelier de l'empire : comte Gabriel Ivanovitch Golovkine, président du collège des affaires étrangères, membre du conseil intime suprême.

Maréchaux en activité de service : prince Michel Mihaïlovitch Galitsyne l'aîné; prince Basile Yladimirovitch Oolgoroukow; prince Ivan louriévitch Troubetskoy.

Maréchaux retirés du service : Jean Sapiéha, polonais (il était retourné en Pologne); comte Jacques Vilimovitch Bruce, d'une famille écossaise proscrite pour la cause jacobite.

Généraux en chef : Jean-Bernard de Weisbach, depuis comte, d'une famille originaire de la Bohême; Hermann-Jean de Bohn, allemand; Pierre Pélrovîlch Lascy, gouverneur-général des provinces baltiques, depuis maréchal et comte, irlandais proscrit pour la cause jacobite; Michel Âfanassiévitch Matiouchkine, neveu-germain du czar Alexis; comte de Munich, oldenbourgeois, grand-maître de l'ârlillerie, directeurgénéral des fortifications et des voies fluviales, gouverneur-général de Pétersboûrg, vice-président du collège de la guerre, qu'il présidait par intérim, depuis maréchal; Daniel Pavlovitch AposloH, hetnian de la Petite-Russie; lagoujinski, grand-écuyer , depuis comte, d'origine polonaise; prince Ivan Alexéiévitch Dolgoroukow, grand-chambellan.

Général en chef dégradé de son rang et exilé à la campagne : Ivan Ivanovitch Boutourline.

Amiraux : Pierre Ivanovitch de Sievers , vice-président et président par intérim du collège de Tamirauté, ancien officier de la marine danoise, d'une famille du Holstem; Thomas Gordon, écossais, d'une famille proscrite pour la cause jacobite, neveu de ce général Patrick Gerdon qui avait vaincu et détruit les «tréliXz.

Conseillers privés actuels: comte Ivan Alexéiévîtch Monssîne-Pouchkinej prince Basile Loukitch Dolgoroukow, prince Dmitri Mihaïlovitch Galitsyne; le baron, depuis comte, André Ivanovitch Ostermann, westphalien, vice-chancelier, vice-président du collège des affaires étrangères, grand-maître de la cour et, de même que les deux précédens, membre du conseil intime suprême; prii&ce Ivan Fédorovitch Romodanovski ; comte Alexandre Gavrilovitch Golovkine, ministre à La Haye, et encore deux princes Dolgoronkow, tous les deux membres du conseil intime «uprême : Alexis Grigoriévilch et Michel Yladimirovitch.

Lieutenaus-généraux : Grégoire Pétrovitch Tehernychew, depuis comle; Ivan Mihaïlovitch Golovine; Fédor Gavrilovitch Tchékine; Staff, allemand; Ivan lacovléviteh Dupré, français; Michel lacovlévitch Voikowç Guillaume Vilimovitch van Delden, hollandais; Ivan Iliitch Dmitriew- Mamonow, sénateur; André Ivanovitch Oucliakow, depuis comte; prince Grégoire Dmitriévitch loussoupow, sénateur; Simon Andréiévitcb Saltykow, sénateur, depuis comte; prince George louriévitch Troubetskoy; Ivan Mihaïlovitch Liharew; Basile lacovlévitch Levachow; Fédor Nicolaïévitch Balk; Christophe Urbanowicz, polonais; de CouloUj français; Alexandre Ivanovitch Roumiantsow, depuis comte; baron de Scbwerin, mecklembourgeois; Pierre Bogdanovitch Le Fort, suisse, neveu du célèbre favori de Pierre I et cousin-germain du ministre de Saxe et de Pologne en Russie; Guillaume Henning, hollandais; Vladimir Pétrovitch Schérémétew; Simon Grigoriévitch Narychkine; comte Othon-Gustave de Douglas, suédois, d'une famille d'origine écossaise * ; prince Simon Fédorovitch Mestcherski et le czarévitch de Géorgie Bakar, fils aîné du czar Yahtang.

Lieutenant-général retiré du service : Gabriel Séménovitch Kropotow.

Lieutenans - généraux dégradés de leur rang ; comte Antoine Emmanouilovilch de Vier, exilé en Sibérie par Menchikow, en mai 1727; Alexis lacovlévitch Volkow, exilé à la campagne, en septembre 1727, après la chute de Menchikow dont il fut Tamif.

Vice-amiraux ; Daniel Wilster, anglais proscrit pour la cause jacobite; Naoume Akimovitch Séniavine ; Mathieu Izmaïlovitch Zmaïévitch , illyrien, originaire de Cattaro*.

Conseillers privés (par ordre alphabétique) : comte de Bassewitz^ premier ministre du duc de Holstein; Pierre Mihaïlovitch Bestoujew- Rioumine, depuis comte; deux frères, princes Dolgoroukow : Ser^e et Ivan Grigoriévitch ; deux princes Galitsyne : Michel Mihaïlovitch le jeune, sénateur, et son neveu Serge Dmitriévitch, ministre à Berlin; comte Ivan Gavrilovitch Golovkine ; Alexis Vassiliévitch Makarow ; Fédor Vassiliévitch Naoumow, sénateur; Ivan Nikiforovitch Pléstchéiew; Alexis Lvovitch Pléstchéiew, gouverneur de Moscou; Raçki, polonais,

* Il avait pris da senûce en Russie après la paix de Nystadt; plus tard, en 1740^ se trouvant g^éral en chef et gouverneur d*Esthonle, U fut expulsé de Bussie à la suite de lettres perlustrées )i la poste.

t Ils furent rappelés et rétablis tlaus leur grade : Volkow pai* Timpératrice Anne; de Vier par l'impératrice Elisabeth.

• Promu au rang d'amiral en 1727, il avait été, Pan suivant, dégradé au rang de Tice>amiral et privé du cordon de Saint- Alexandre, à la suite d'un mémoire un pca Tif> présenté au jeune empereur sur Pabandon incroyable dans lequel on laissait yégé-' ter la flotte russe depuis la mort de Pierre I. Cet excellent marin, passionné pour son art, et dont la véracité, la franchise se trouvaient fort mal goûtées à la cour, mourut en 1735 dans le grade de vice-amiral et dans la pauvret^ sans que justice lui ait été rendue l •

nainistre de Russie à Mittan ; comte Sava Loukitch , Yladislavitch» Bagouzinski, illyrien; Dmitri Ândréiévitch Schépôlew, maréchal de la couri Basile Pétrovitch Stépanow, secrétaire du conseil intime suprême, et à ce titre, an personnage de grande importance; prince Alexis Mibaïlovitcb Tch0rkaski, sénateur.

Conseiller privé dégradé de son rang et exilé à la campagne après ia chute de son beau-frère Menchikow : Basile Mibaïlovitcb Arséïiiew*.

Généraux-majors (par ordre alphabétique) : Simon Alaberdéiew ; comte André Matvéiévitch Apraxine, grand -échanson; Basile Stépanovitch Araktcbéiew; Ivan Ivanovitcb Babmétew; prince Ivan Fédorovitch Bariatînski; baron Bauer, livonien; Ivan Ivanovitcb Bibikow; président du collège du contrôle (révizione-kolleghià) ; Alexandre Borissovitcb Boutourline, depuis maréchal et comte; les deux frères de Brigny, français; Ivan Ivanovitcb de Gampetnbausen, livonien, depuis baron; €lappier de Collongue, français; prince Serge Mibalilovitcb Dolgoroukow, neveu du maréchal; deux Grékow, Maxime et Etienne; prince Louis de Hesse-Hombourg ; Charles Hocbmulh, allemands tous les deux; Michel Hroustchow; baron van Huyssen, hollandais; Adrien Nikiforovitch lélaghine, hofmeister] Dmitri Fédorovitch léropkine, premier commandant de place (ober-kommendanie) à Moscou ; Etienne Loukitcb Ignatiew; trois Izmaïlow ; Ivan Pétrovitch, hofmeister de la czarine douairière; son neveu Léon Vassiliévitcb, ancien ambassadeur en Chine, et le frère aîné de celui-ci, Pierre; Jacques Vilimovitch Keith, écossais proscrit pour la cause jacobite; Rodione Mibaïlovitcb Kocbélew, écuyer de la cour; Basile Ivanovitcb Kortchmine (auquel Vassili-Ostrow est redevable de son nom); Etienne Vassiliévitcb Lapoubine; Michel Ivanovitcb Léontiew; comte Frédéric de Loewenwolde, livonien; baron de Lnberas, livonien d'une famille d'origine écossaise; deux frères, princes Ourouasow : Grégoire et Basile Alexéiévilcb; Ivan Vassiliévitcb Panine le père des deux premiers comtes de ce nom; André Vassiliévitcb Panine, frère du précédent; Porochine, Alexis Ivanovitcb Potemkine; deux Saltykow: Basile Fédorovitch, le père du premier amsmt de Catherine II, et Pierre Séménovitch, depuis maréchal et comte ; Basile Pétrovitch Schérémétew; Ivan Maximovitch Schouvalow, père des deux premiers comtes de ce nom; Ouiiane Akimovitch Séniavine, directeur des bâtimens delà couronne; prince Alexis Ivanovitcb Shabovskoy; Léonce lacovlévitch Soïmonow; Simon Ivanovitcb Soukine; Ulrich Olofovitch de Sparreuter, suédois; Charles-Louis Spiegel, allemand; prince Michel louriévitcb Stcherbatow; Fédor Ivanovitcb Sloffein, allemand; Alexis Ivanovitcb Tarakanow; Etienne Loukitcb Véiiaminow, prince Basile Viazemski ; Pierre Loukitch Voiéikow ; Artémius Pétrovitch Volynski , ministre à Kiel ( auprès du duc de Holstein ) ; de Wenedighcr, alle-

* Il fut rappelé de Texil par l'impératrice Anne.

maDd; Wetterany, hongrois; André de WiU, belge; Artémius Grigoriéyitch Zagriajski et Basile Nikititcti Zotôw.

Gônértiiix-inajors dégradés de leur rang : Grégoire Grigoriéyitch Skorniakow-FissaneW, exilé en Sibérie, en mai 1727, par Menchikow, dont il avait été si longtemps l'agent; George Ivanovitch Famintsyne, exilé à la campagne, en septembre 1727, après la chute de Menchikow dont il fut Tami*

Contre-amiraux î lord Duffus, pair écossais proscrit pour la cause jacobite; Pierre Pétrovitch Brédahl, norvégien; comte Nicolas Fédorovitch Golovine, ministre à Stockholm.

Contre-amiral exilé à la campagne : Alexandre Lvovitch Narychkine.

Conseillers d'état actuels (par ordre alphabétique) : Paul Fédorovilch Balk-Polew; Alexis Pétrovitch Baskakow; les deux frères Bestoujew- Rioumine, depuis comtes : Michel Pétrovitch, ministre à Varsovie et à Dresde, et Alexis, ministre à Copenhague, depuis chanceher; Alexis louriévitch Bibikow; les deux frères Blumentrost (dont le père, allemand d'origine, avait été le médecin des czars Alexis et Fédor, de la czarine Sophie et de Pierre I) ; Jean-Gotllieb, arhiater (c'est à-dire premier médecin de la cour et président du collège de médecine) et Laurent, médecin de la cour et président de Tacadémie des sciences de Pétershourg; Botticher, allemand, ministre de Russie à Hambourg; Ivan Ivanovitch Boutourline, sénateur f; Alexandre Brédihine; Alexis Dachkow; Basile Afanassiévitch Dmilriew-Mamonow ; Fick, allemand, président du collège de la justice; prince Alexis Dmitriévitch Galitsyne; comte Michel Gavrilovitch Golovkine ; baron d'Habichstahl, grand-maître des cérémonies, ancien ministre de Meckiembourg-Schwérin en Russie, allemand, d'une famille d'origine suisse; lergolski ; Ëlie Issaïévitch Issaïéw; Ivan Koltovskoy; prince Alexandre Borissovilch Kourakine, ministre à Paris; Ivan Ivanovitch Kropotow; Louis Lanczinski, polonais, ministre de Russie à Vienne; comte Reinhold de Loewenwolde, livonien; comte Platon Ivanovitch Moussine-Poachkine ; Basile lacovlévitch Novossiltsow, sénateur; Charles de Prinzenstjema, vice-président et président par intérim du collège des revenus ( kammer-kolleghia ), suédois *, Michel Alexéiévitch Saltykow, baron Pierre Pavlovilrh Schafîrow; Ivan Pétrovitch Schérémètew; Serge Sékiotow; Michel Andréïôvilch Soubotine, président du collège des propriétés foncières (vottckinnaîa Aroi-

* Es fui'ent rappelés et rétablis dans leur grade : Famintsyne par Tlmpératrioe Anne, et Fissarew par l'impératrice Elisabeth.

f Beau-frère du maréchal Galitsyne par la première femme de celui-ci : il ne faut point le confondre avec son homonyme et cousin issu de germain, le vieux général Boutourline.

* Prinzenstjema, officier suédois, prisonnier à la bataiUe de Poltava, s'était fiiit naturaliser russe : il gagna et mérita en plein la confiance de Pierre I dont il fut Ton des principaux collaborateurs lors de l'organisation des collèges administratif; c'était un homme de mérite, un administrateur habile et d'une probité parûute.

ieffhia); prince Ivan Andréiévitch Stcherbatow, mini&tre à Mftdrid^ baron Alexandre Grigoriévitch Stroganow; Ivan Antonovitch Tcherkassow, depuis baron ; Pierre Véliaminow* Zernow^ Mathieu Fédorovitck Voiéïkow, procureur au sénat et maitre-général des requêtes {ghénéraUrékétmeister) ; Alexis Zybine,

Conseiller d'état actuel retiré da service : Ma&teu Dmitriévitch Olsoufiew.

Conseiller d'état actuel exilé à la campagne: George Nélédinski, ancien sénateur.

Pierre I, dans les vingt d«mières années de son règne, s'était abs« tenu de nommer des métropolitains; ses deux premiers successeurs avaient suivi cet exemple, et la dignité de métropolitain se trouvait vacante. Le synode était composé de six membres : TarchevÔque de Novgorod, Féofane Procopovitch, président; l'archevêque de Tvcr, Féofilakte Lopatinski, vice-président; l'archevêque de Rostow, George Dachkow; les évoques de Kolomna et de Vologda, Ignace Smola et Athanase Condoidi (ce dernier, grec d'origine, était venu en Russie avec le prince Cantémir); enfin, l'archimandrite Raphaël Zaborovski, depuis métropolitain de Kiew. Il y avait, de plus, à Moscou, au moment de la mort de Pierre II, outre l'évêque de Kroutitsa,, Léonide, administrateur du diocèse de Moscou, plusieurs prélats arrivés de leurs diocèses pour assister au mariage de l'empereur: Sylvestre, archevêque de Kazan, les évêques : de Riazane, Gabriel Boujinski et de Péréiaslaw, Joachim Stroukow.

Après ces renseignemens , tirés des papiers de M. Karabanow, je reprends mon récit.

A neuf heures, tout le ghénéralitet, le haut clergé, la cour et tout ce qu'il y avait à Moscou de gens de grandes familles se trouvaient réunis au palais Le Fort. Le respectable prince Dmitri Galitsyne les harangua avec son éloquence mâle et digne; leur annonça la décision prise par le conseil suprême d'élire la duchesse de Courlande, à des conditions de nature à limiter considérablement le pouvoir impérial. Les Allemands, les étrangers surtout ne goûtaient guère ce système, mais force leur fut de se taire en présence des acclamations enthousiastes poussées par la grande majorité des Russes. Parmi nos compatriotes, il n'y avait, pour le pouvoir absolu, qu'un petit nombre de familles alliées à la duchesse de Courlande: les Saltykow, les Troubetskoy, les Golovkine, le vieux prince Romodanovski; tous les autres Russes étaient dévorés par la soif de la liberté, et l'on ne pouvait encore s'imaginer que les membres du conseil suprême fussent assez aveugles, assez iraprudens et assez impudens pour oser essayer de vouloir remplacer le pouvoir absolu d'un seul par un pouvoir encore plus odieux, t; encore plus intolérable, celui de deux familles (les Dolgoroukow et les Galitsyne). Il y avait à ce moment, sur les huit mem-

brei dtt conseil raprôme (y compris les deux maréchaux invités a ^éger dans la nnU du décès de Tempereur), quatre princes Dolgorou-. kow et deux princes Gatitsyne.

Le conseil intime se retira pour siéger, et rédigea le fameux acte constitutionnel dont Toriginal n'existe plus, ou du moins on en ignore l'existence. Plusieurs textes ont été imprimés; je placerai ici em note ces diflérentes versions*.

Dmitri Gaiilsyne proposa de iiaire porter ces conditions à la duchesse, qui se trouvait à Mittau, par une députation composée d^im membre du conseil, d'un sénateur et d'un général. Le marécba] Dolgoroukow ayant dit qu'il serait convenable d'y adjoindre on archevéqne» par égard pour le clergé, Galitsyne, qui n'atmaii point les prêtres et ne pouvait souffrir les moines, s'écria avec une grande vivacité : « Non,

• le clergé ne mérite aucuns égards! Le clergé s'est déshonoré en

• prêtant son assistance à l'avènement au trône de Catherine, cette fillo

• A, Texte envoyé à sa cour par Magnan, chargé d'affaires de Fraoce :

1. Que Timpératrice no se remariera jamais, ni h un Russe, ni à aucun étranger.

2. Qu'elle ne pourra, ni de son vivant, ni à l'article de sa mort, nommer aucun pour son successeur; cette autorité d'élire un saccosseur devant demeurer an pouvoir du eonseU suprême.

3« Qu'elle ne tâchera jamais d'entrer au confieit, ni n'accordera ^Qcune gr&ce, de quelque nature qu'elle puisse être, ni à qui que ce soit, et qu'elle ne pourra conférer de rang au-dessus de celui de colonel.

4. Que lorsque la nécessité requerra la présence de l'impératrice au conseil, eUe n'y aura que deux voix, qu'on lui donne en considération de la dignité suprême et pour décider lorsque les opinions dans le conseil seront diffêrentes ou égales.

5. Qu'elle ne pourra jamais changer les membres du conseil, ni en élire de nouveaux pour les places vacantes.

6. Qu'elle ne pourra jamais rechercher les comptes ni les autres affaires qui se font dans le conseil, et que quand elle viendra à les savoir, elle ne pourra les annuler, empêcher, ni rompre.

7. Ï31e n'aura autre diose  faire, qu'à confirmer ce que le conseil lui présentera. Note de l'auteur de ces MémoircA, — Ces conditions se trouvaient rédigées sous tme

forme trop grossière pour être ainsi présentées à la duchesse. Aussi Magnan^ dans une dépêche postérieure, envoie-t-il à sa cour les conditions portées à la duchesse et signées par elle (voyez plus loin la note suivante -B). Ces dernières conditions, celles de la note B, sont, je dois le dire, parfaitement et absolument identiques avec celles, verbalement racontées à mon aïeul, un demi-siècle plus tard, par le prinee Basile Mihaîlovitch Dolgoroukow de la Grimée, neveu du miaréchal Dolgoronkow, et consignées sur le papier par mon aïeul. Le père et^l'oncle du prince de la Crimée siégeaient tons les deux au conseil suprême.

B» Voici ces conditions :

1. L'impératrice consultera le conseil suprême 8«r toutes les affidres du gonvernement.

2. Elle ne fera ni la guerre, ni la paix sans le eonsentement de ce conseil.

3. Elle n'établira aucun impôt sans le consentement de ce conseil..

4. Elle ne conférera aucune charge considérable sans le consentement de ce conseil (dans le texte de mon aïeul,'1es mots *' charge considérable" sont remplacés par ceuxci : ** ni rang, ni fonction des cinq premières classes. "

>paUique (étou pouUitcknouiou dévkou)\* H proposa de choisir le prince Basile Loukitch Dolgoroukow, intimement connu avec la duchesse, et le sénateur prince Michel Galitsyne, son plus jeune frère^ Alors le chancelier Golovkine proposa aussi son parent, le général I^éontiew, et ceci fut accepté. On rédigea également, séance tenante, une instruction pour les trois députés; Toriginal, ni les copies de cette instruction n'existent plus» mais il est pertinemment avéré que Ton y insistait spécialement sur ce que la duchesse n'amenât point en Russie son chambellan Bieren (connu de tous pour être son amant). Cette députation se mit en route le soir môme, lundi 19 janvier.

5. £116 ne fera condamner^ niezéciifeer aneon noble Bans jugement préalable,

6. Les biens d'aucun gentilhomme ne pourront être confisqués 4ans un airét da tribunal.

7. Aucune propriété appartenante aux domaines de la couronne ne i>ourra être donnée sans le consentement du conseil snprême.

8. Sans te consentement du même conseil, l'impératrice ne poux» ni se jnarier, ni «e choisir nn successeur.

C. Voici ks renseignemens envoyés à sa cour, le 19 février (2 mars), par ILe Fort, ministre du roi de Pologne, électeur de Saxe.

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