‹ Mémoires du trottoirChapitre 18 sur 56 · MERE ET FILLE SONT SŒUES · texte numérisé non relu

MERE ET FILLE SONT SŒUES

n sait que les mêmes anecdotes reparaissent tous les ans, comme les lilas et les petits pois. Les Parisiens y sont habitues. L'abonné dit, en ouvrant son journal : « Il y a longtemps qu'on ne m'a donné l'histoire des deux marchands de parapluies... »Ou bien: «Les rédacteurs de ce journalauraient-ils oublié l'anecdote du médecin de campagne qui, allant soigner un malade, emporte son fusil dans le cas où il rencontrerait un perdreau?... C'était pourtant drôle : — « Je vais voir un client. . . — Vous avez donc bien peur de le manquer ?» Il faudra que j'écrive au journal pour réclamer... Voilà plus de six mois que je n'ai lu ça... J'en suis tout triste »

A côté des nouvelles à la main, il y a une vingtaine de scies qui passent de mode et qui reviennent, comme les pantalons collants et les chapeaux à petits bords. De ce nombre est la charge à jet continu contre les belles-mères.

Les belles-mères ont défrayé les vaudevilles et les petits journaux pendant quinze années du règne de Louis-Philippe. Elles étaient alors ce qu'a été depuis le cléricalisme. On tirait dessus de tous côtés; et les belles-mères continuaient à porter des anglaises et des chapeaux en cabriolet, se disant que la mode viendrait peut-être un jour de les laisser tranquilles.

1848 apporta une courte trêve à leurs maux; les discours de Ledru-Rollin et l'impôt des quarantecinq centimes suffirent à défrayer les gazettes; on s'occupa d'Armand Marrast, de madame Flocon; et on laissa respirer les belles-mères.

Mais, après le coup d'Etat, les sujets manquèrent bientôt aux échotiers, et les épigrammes contre les belles-mères se mirent à refleurir dans le grand silence.

Il y eut, toutefois, des entr'actes. La guerre de Crimée, la guerre d'Italie, la campagne du Mexique furent pour les respectables dames autant de diversions utiles. Elles se croyaient oubliées à jamais après la défaite de 70 et les orages de la Commune.

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