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ENTRE DES HIDALGOS ANGLAIS ET DES GENTLEMEN ESPAGNOLS

Il n'y avait qu'Arnault pour trouver ces choses-là. Une autre fois, il annonçait :

COURSES DE TAUREAUX par la troupe des vaches landaises.

Et, comme on lui faisait observer que, dans ce cas, il fallait dire, en parlant du premier sujet, le vacheador au lieu de toréador, Arnault répondit gravement :

— Le public ne comprendrait pas 1

Je dois à l'ex-directeur de l'ancien Hippodrome des heures de douce hilarité que ne me procurera jamais M. Zidler.

Un jour, Arnault convie la presse parisienne à la repétition générale d'une grande pièce militaire intitulée : la Prise de Sébastopol. J'arrive exactement à l'heure indiquée. Arnault se précipite à ma rencontre.

— Mon cher ami, me dit-il, il y a un petit retard de deux heures. Le régisseur avait oublié les tambours, on est allé en chercher. Puis, j'ai besoin de cinq cents hommes de la troupe, et le général ne veut m'en prêter que trois cents. Il faut que je trouve les soldats russes dans le civil...

— Je reviendrai, lui dis-je.

— Pas du tout, restez donc... nous allons flâner dans les coulisses, et je veux vous montrer mon colonel.

— Quel colonel ?

— Un colonel que j'ai dû chercher moi-même. On me prête bien des figurants à cinq sols par tête, mais on me refuse les officiers. C'est à moi d'en trouver. Pour commander l'assaut, j'ai dû '.me procurer un colonel civil, mais... vous allez voir ! Cest

un garçon superbe, un ancien sergent-major, qui est tout fier de porter l'uniforme d'officier supérieur. Il était un peu maigre, mais voilà quinze jours que je l'engraisse...

Et, comme je riais, Arnault reprit vivement :

— Vous croyez que je plaisante? Il me coûte six francs par jour! Je le nourris à mes frais... trois plats à chaque repas, une bouteille le matin, une bouteille le soir... Aussi vous allez être surpris du résultat...

Appelant le régisseur : — Michel, faites venir Fre'nembois!

A Finstant Frénemhois parut en grand costume de colonel. C'était un fort bel homme, qui sentait sa Reine Blanche d'une lieue.

— Qu'en dites-vous? reprit Arnault d'un air triomphant. On ne dira pas que je ne fais pas bien les choses. Est-il beau cet homme-là, oui ou non?

— Superbe ! répondis-je.

Arnault jubilait.

— Il n'y a pas, s'écria-t-il, un colonel qui puisse lutter avec le mien... non, pas un, dans toute l'armée française !

Et, comme Frénembois s'inclinait :

— Vous pouvez rentrer, lui dit le directeur. Et surtout, ne vous fatiguez pas. Souvenez-vous que, à partir du 8, vous prendrez tous les jours le Ma-

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melon Vert... Ça n'a l'air de rien, mais c'est fatigagant. Et soignez votre voix; je connais le public, il lui faut une belle voix de commandement.

Frénembois rentra dans sa loge.

— Quel colonel ! s'écria encore Arnault avec admiration.

Et il ajouta tout bas : — Mieux qu'un vrai!

Les amis du gros rire n'oublieront jamais le piano à vapeur dont Arnault nous offrit la primeur. Il n'y eut qu'une seule et unique représentation, et cet instrument faillit coûter la vie à deux cents personnes.

Le jeudi n juillet 1868, à quatre heures de l'après-midi, les courses en char venaient d'être terminées, l'homme à la boule avait fait le tour de l'arène, le faux Blondin emportait l'omelette confectionnée sur la corde raide; Arnault cria : le piano à vapeur!

On vit apparaître alors une chaudière montée sur quatre roues; cette chaudière était traînée par un cheval, ce qui parut tout d'abord assez comique. Au-dessus de la chaudière s'étalaient une rangée de tuyaux semblables à la gamme de la flûte de Pan.

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L'inventeur attisa le charbon de terre et lâcha le piston.

La vapeur fit irruption par tous les tuyaux à la fois. Non, jamais pareil vacarme n'a frappé les oreilles humaines. Jamais tempête, tremblement de terre, éruption volcanique n'ont produit la moitié d'un tel bruit. Imaginez les trompettes de Jéricho et des clairons gigantesques dans lesquels soufflerait le mistral; ajoutez-y les rugissements de cinq cents lions brûlés vifs et de douze cents ânes en état d'ivresse, vous aurez une faible idée de la première mélodie du piano à vapeur.

Tout le monde se bouchait les oreilles, les enfants criaient, les femmes se trouvaient mal. Quelques spectateurs épouvantés s'enfuyaient à toutes jambes.

Arnault avait pâli. — Qu'y a-t-il donc ? demandat-il.

L'inventeur serrait les pistons et luttait avec énergie :

— On a trop chauffé, répondit-il.

— Lâchez; tout! dit Arnault.

— Et pouvoir! fit l'inventeur désespéré. Le tumulte allait grandissant.

— Assez! assez! criait-on de toutes parts.

Tout à coup, une détonation épouvantable se fit

entendre. Le piano venait d'éclater. Ce fut un sauve-qui-peut général.

Quand le nuage de vapeur se fut dissipé, on aperçut l'inventeur évanoui. Les tuyaux tordus jonchaient le sol; la chaudière était fendue par le milieu, et le brasier continuait à chauffer dans le vide.

— Enlevez ça, dit Arnault; et en avant la musique!

L'orchestre partit bruyamment, mais il fut impossible de rallier le public.

On sait comment a fini l'Hippodrome. Un soir, une lueur immense s'éleva sur Paris; le ciel était en feu; les Champs-Elysées, le quartier de la Madeleine semblaient éclairés comme à midi. A une heure du matin, on pouvait lire ses lettres rue de Châteaudun sans allumer de bougie. L'Hippodrome brûlait.

Cent cinquante chevaux y furent consumés, — et, chose incroyable, les inspecteurs de la compagnie d'assurances ne purent retrouver que soixante fers. Il y eut, comme cela, un tas de petites singularités, mais tout finit par s'arranger.

Arnault ne survécut que peu de temps à la des-

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truction de l'établissement où se déployait son génie. Quelques farceurs s'amusaient à le faire bondir en disant que c'était lui qui avait mis le feu à l'Hippodrome. Jamais père injustement accusé d'avoir tué son enfant n'eut d'aussi belles révoltes que ce pauvre Arnault.

— Cependant, lui dit un jour Noriac, si je voulais parler?

— Eh bien! quoi?

— Le jour même de l'incendie je vous ai rencontré sur le boulevard, un cigare à la main, et vous m'avez demandé un peu de feu/

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