‹ Mémoires du trottoirChapitre 45 sur 56 · L'UNION FAIT LA FORCE · texte numérisé non relu

L'UNION FAIT LA FORCE

ules Moncrabeau professe des opinions tellement avancées qu'il est seul à les comprendre. Le caractère de Marat est, à son avis, gâté par des côtés bourgeois et des commencements compromettants. Sjus la Commune, Moncrabeau eût fait fusiller Raoul Rigault et Ferré comme réactionnaires.

La société, d'après lui, ne peut être sérieusement épurée que par une vaste inondation qui, détruisant à la fois les villes et les hommes, permettrait à une poignée de bons citoyens échappés au désastre, de former un nouveau pacte social basé sur la raison pure et L'égalité absolue. Pour que la force ne puisse

jamais primer le droit, tout individu plus vigoureux que les autres serait tenu de porter un poids déterminé, comme certains chevaux de courses reçoivent une surcharge.

Moncrabeau a édifié tout un système dont l'application sera difficile tant qu'il y aura une ou deux Chambres, un gouvernement, une armée, un parquet, des citadins et des paysans. Une fois ces obstacles supprimés, cela ira tout seul.

Eh bien! qui le croirait? Moncrabeau, qui a plus que personne besoin d'une tribune, ne trouve aucun journal pour accueillir sa prose. Le grand socialiste est méconnu. Ce bourgeois de Clemenceau lui a ri au nez, cet aristocrate de Rochefort Ta éconduit, ce retardataire de Secondigné n'a pas voulu le comprendre.

Où trouver un commanditaire? Comment se procurer les fonds indispensables pour la publication d'un journal vraiment novateur, dont le titre ne manquerait pas de piquer la curiosité publique : Y Homme nu, organe de l'égalité sociale?

Moncrabeau a frappé à toutes les portes, sonné à toutes les bourses; aucune ne s'est ouverte.

Il y a quelques jours, Moncrabeau, désespéré, apprit qu'un groupe de royalistes s^occupait de fonder un journal qui aurait un double but : démolir la république et protéger les intérêts d'un groupe

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