LE CHANTAGE & LA MORALE
aborde franchement un sujet des plus délicats. Il s'agit de la campagne tant de fois avortée, tant de fois renouvelée, contre le cercle de Monaco. L'inconvénient de toucher à un sujet de ce genre c'est que, dans l'attaque, on passe pour un exploiteur; dans la défense, pour un stipendié. Il y a pourtant une vérité au milieu, et je ne pense pas que la recherche de la vérité soit interdite. Ceux qui ont vu Monaco il y a vingt-cinq ans et qui n'y reviendraient qu'aujourd'hui auraient peine à reconnaître le pays. Des jardins enchantes recouvrent le roc autrefois aride; des villas au gracieux
frontispice s'étagent sur le flanc de la montagne; de tous côtes, les palmiers, les orangers, les citronniers donnent au paysage un aspect tropical. Ce ciel indigo, cette mer bleue qui se joue sur un sable fin dans les golfes transparents, ces rivages franges d'écume comme d'une dentelle, ces horizons profonds ponctués de ci de là d'une voile latine, c'est un coin de l'Orient à vingt-trois heures de Paris.
Dès que la neige reprend possession de la Russie, dès que le givre recouvre les toits de Londres, dès que la bise coupe les profils belges aux alentours de Sainte-Gudule, les trains s'emplissent de voyageurs qui viennent peupler le littoral de la Méditerranée, du golfe Jouan à San-Remo.
Ce qu'on a bâti de maisons et de villas depuis quinze ans, ce qu'on a planté d'arbres et semé de rieurs sur des rives autrefois désertes et incultes, ce qu'on a fait de routes et de canaux, Sémiramis n'y voudrait pas croire. Des terrains qui, à Nice et à Cannes, se vendaient vingt sous le mètre, valent aujourd'hui deux et trois cents francs.
La promenade des Anglais, qui n'était qu'une route mal tenue, souvent couverte par les eaux, est devenue ce que l'on voit, quelque chose comme Ta-