LE JEU, LE CHANTAGE ET LA MORALE
venue des Champs-Elysées, où, d'un côté, le palais de l'Industrie, le concert Besselièvre et le Panorama sont remplacés par la Méditerranée.
D'où vient cette transformation? Quelle est la cause de cette étonnante plus-value, de la richesse de toute la contrée? C'est l'attrait de Monaco : théâtre, concerts, tir et casino.
C'est ici que je demande à m'expliquer.
Je n'aime ni ne défends le jeu, la loterie, ou toute autre invention destinée à rogner la fortune des particuliers; mais le jeu existe et s'étale dans toute son insolence à Nice plus qu'à Monaco, et à Paris plus qu'à Nice. Le cercle de la Méditerranée voit souvent un banco de cent mille francs; on y arrête chaque année un certain nombre de grecs (qui sont souvent espagnols, polonais ou français^. Le cercle de Cannes n'est pas plus favorisé que les cercles de Nice.
Le trente-et-quarante et la roulette sont les seuls jeux auxquels il soit impossible de tricher; il y a un maximum qui ne permet pas au particulier de se ruiner en deux ou trois coups, comme à Paris, comme à Nice ou comme à Saint-Pétersbourg.
La banque de Monaco ferme à onze heures, tandis que les cercles et tripots sont ouverts toute la nuit; en outre, on ne peut y jouer sur parole; or,
le coup sur parole est le va-toutdes desespérés. C'est le coup du suicide.
Mais, me dira-t-on, il y a bien de temps en temps un suicide à Monte-Carlo. Parbleu! tout commis infidèle, tout caissier qui a spéculé à la Bourse avec les fonds à lui confiés, tout fils de famille qui en est arrivé à ses trois derniers billets de mille francs viennent fatalement essayer delà dernière chance qui leur reste.
— Si je gagne assez pour me refaire, dit chacun d'eux, je vivrai... Ma faute sera ignorée, et je rentrerai dans le droit chemin.
Un de ceux qui perdent se tue, un sur cent. Mais combien ont trouvé là ce qu'ils cherchaient et sont repartis combler les brèches qu'ils avaient faites imprudemment au bien d'autruirWiesbaden, Hombourg, Bade, il y a quelques années, Monte-Carlo aujourd'hui, prélèvent une dîme sur la fortune des riches oisifs, mais ils ont certainement tiré d'affaire plus de gens réduits à la dernière extrémité qu'ils n'en ont précipité dans le gouffre.
La banque supprimée, — en admettant qu'il y ait possibilité de rompre les traités, de déchirer le contrat, de forcer la main à un pays reconnu indépendant, — la banque supprimée, on ira perdre dans les cercles et dans les tripots, plus rapidement et dans de plus mauvaises conditions, ce qu'on appor-