DEUXIÈME PARTIE
Î8 août.
Je sens s'afFoiblir la résolution de poursuivre mon entreprise ; les maux de mon pays me tourmentent ; la perte de mes amis affecte mon courage; une tristesse involontaire pénétre mes sens, éteint mon imagination et flétrit mon cœur. La France n'est plus qu'un vaste théâtre de carnage» une arène sanglante où se déchirent ses propres enfiants.
L'ennemi, favorisé par les divisions intestines, s'avance de toutes parts; les villes du ?)ord tombent en sa puissance; la Flandre et l'Alsace vont devenir sa proie ; l'Espagnol ravage le Roussillon ; les Savoisiens repoussent une alUance que l'anarchie rend affreuse; ils retournent à leur ancien maftre, dont les soldats franchissent nos frontières; les rebelles de la Vendée continuent de désoler une grande étendue de territoire; les Lyonnois, indiscrètement irrités, ont développé leur résistance : Marseille vole à leur secours , les départements voisins s'ébranlent, et, dans cette agitation universelle, dans ces déchirements multipliés, il n'est rien d'uniforme que la marche des puissances étrangères. Notre gouvernement est une espèce de monstre dont les formes et l'action sont également révoltantes ; il détruit tout ce qu'il touche et se dévore lui-même : ce dernier excès fait l'unique consolation de ses nombreuses victimes.
Les armées, aussi mal approvisionnées-que mal conduites, se battent et fuient alternativement en désespérées; les généraux habiles sont accusés de trahison, parce que des représentans , qui n'entendent rien à la guerre, trouvent mauvais ce qu'ils ne comprennent point, et jugent aristocrates tous les individus plus éclairés qu'eux. Un corps législatif, que la foiblesse caractérisa dès les premiers instans de son existence, offroit d'abord de très-vifi» débats tant qu'il exista dans son sein assez de lumières pour connoftre