‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 38 sur 90 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

puis les mathématiques , exercèrent pendant quelque temps mon activité; Nollet, Réaumur, Bonnet, qui ré vent quand les autres décrivent, m'amusèrent u leur tour, ainsi que Maupertuis, qui fait des jérémiades même en décrivant les plaisirs des limaçons : enfin, Rivard m'inspira l'envie de devenir géomètre. Guéring, marbrier et arpenteur, honune sage et doux , dans sa simplicité , venant un jour pour entretenir mon père , me trouva tellement collée sur l'in-quartcf de Rivard, que je ne m' et ois pas aperçue de son arrivée. Il entra en conversation avec moi, et m'observa que les élémens de Clairaut me conviendroieut beaucoup mieux pour les notions que je désirois prendre ; le lendemain il m'apporta l'exemplaire qui étoit en son pouvoir. Je trouvai véritablement une réduction simple des premiers principes, et combinant à la fois que cet ouvrage m'étoit utile, et <[u'il ne me convenoit point d'eu priver le propriétaire aussi longtemps que j'aimerois à le conserver , je pris tout uniment le parti de le copier d'un bout à. l'autre, y compris ses six planches. Je ris de cette opératioii chaque fois que je me la rappelle. Tout autre que moi auroit désiré de faire acheter l'ouvrage; l'idée ne s'en présenta même pas; celle de le copier me vint aussi naturellement que celle de piquer un patron de dessin , et tut presque aussitôt réalisée ; c'étoit un petit in-octavo. Je dois avoir encore dans mes paperasses ce plaisant manuscrit. La géométrie m'amusa tant qu'il ne fut pas besoin d'algèbre; la sécheresse de celle-ci me dégoûta dès que j'eus passé les équations du premier degi*é; j'envoyai par delà les ponts la multiplicité des fractions , et je trouvai qu'il valoit mieux lire de beaux vers que de me dessécher sur des radicaux. En vain, quelques années après, M. Roland me faisant la cour, tenta de rappeler cet ancien goût; nous ftmes beaucoup de chiffres ; mais la raison par X ne me parut jamais assez aimable pour me fixer longtemps.

5 septembre.

Je coupe le cahier pour joindre dans la petite boite ce qui est écrit; car lorsque je vois décréter une armée révolution-naire^ former de nouveaux tribunaux de sang, la disette

8S MEMOIIES PARTICULIERS.

menacer f et les tjrrtuu aux abois, je ême dis qu'ils vomi faire Je nouvelles victitneSy et que personne uest assure' de vivre vingt-quatre heures,

Jj9l correspoodanoe de Sophie fEnsoit taajamtê Vun de mes grands plaisirs; les liens 4le notre amitié s'étoient reiseirés dans les voyages qu'elle avoit faits {4osieurs fois à Paris. Mon oœur sensible avoit besoin, je ne dirai pas d'nne chimère, Baais d'un objet principal, et surtout de confiance et de communications; l'amitsë me les présenioit, je la nonnrissots avec délices. Ma façon d'être avec ma mère, si douce qu'elle fàt, ne m'auroit pas tenu Ueu de cette affection; «Ue conser- ¥oit quelque diose de cette g^ravité qu'emportok le respect d'une part et l'autorité de l'autre. Ma mère pouvoît tout savoir, ^je n'avois rien à lui cacher; mais je ne pouvois pas tout lui dire : une mère reçoit des aveux , on ne fiait de confidences qu'à son égale.

Avssi, sans me demander à lire les lettres que j'écrivois à Sophie, ma aère étoit bien aise que je les lui laissasse wnr, et notre «rangement à oet égard avoit quelque chose de plaisant ; nous nous étions entendues sans nous rien dkv. Lorsqu'il m'arrivoit des nouvelles de ma bonne amie, régnhèremeut toutes les semaines , je lisois quelques phrases de sa lettre , mais je ne la commnniquois {>oint. Lorsque je lui aviois écrit, je laissois sur ma table, durant un jour, ma lettre toute pliée et suscrite, sans être cachetée : ma mère ne manquoit guère de saisir un instant pour y jeter les yeux, rarement ea ooa présence , ou s'il lui arrivoit de le faire ainsi, j'avois aussitôt quelque raison de m'éloigner; qu'elle Peut Uà ou non, l'intervalle supposé nécessaire pour qu'elle le jBH s' étant écoulé, je fermois ma lettre, non pas toujours sans y avcMr ajouté un post-scriptum. Il ne lui est jamais arrivé de me parler de ce qu'elle avoit ainsi lu ; maâs je ne manc|uois point de faire connottre par là tout ce que je voulois qu'elle sût de mes dispositions, de mes goûts, de mes opinions ; je les exposois avec nne liberté que je n'anrois osé prendre avec elle. Ma franchise n'y perdoit rien; car je m avoir droit de l'exercer, sans qu'on eût celui de ne

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