DEUXIEME PARTIE. K
arec Un l'espèce de contrainte où me teiioie»t les indivickis de BOB sexe : nous causions agréablement dans ses visites, qu'il proloogeoit Tolontiers, et nous nous liànies d^maiiié. a L'un ou l'autre de nous, me dit-il un jour, a de grands torts : je «lis venu trop tôt, on vous êtes vernie tarop tard.« Quoique Missa m'intéressât par son esprit , son âge in'av<^ dispensée de m' apercevoir que j'eusse eu tort d'être venue plus tard que lui; je ne lui répondis que par un sourire. Il élevoit des nièces avec lesquelles il voulut me faire £Mre coonoissanoe ; nous nous vîmes quelquefois; mais comme elles ne atuutïhmefit pas plus sans leur gouvernante que je ne marcfaiMs sans ma mère , et que l'état de l'oncle ne lui lais^ soit guère la liberté de soutenir cette liaison , elle ne se forma point, à raison de la difficulté des distances et de nos habitudes réciproques et sédentaires. Missa me gronda beaucoup un jour qu'il trouva sur mon lit La recherche de la vérité, du père Malebranche. « Ek , mon Dieu ! lui dis-je , si tous vos malades s'amusoient à pareille cbose au lieu de s'impatienter contre lemn maux et vous-même, vous n'auriez pas tant à feire. » Quelques personnes se trou voient dans ma ohambue; on s'entretint de je ne sais quel emprunt dont l'édit de création ne iaisoit que de paroitre, et auquel tout Paris cooroit déjà. — «Les Français, dit Missa, donnent tout à la confiance. — Dites à la vraisemblance , lui observai-je. — Oui, répliqua Missa, le mot est juste et profond. — Ne ane grondée donc point d'étudier Malebranche, interrompis-je avec vivacité; vous voirez bien que je ne perds pas mon temps. »
Missa étok alors «âvi dans ses visites par un jeune médecin nouvellement reçu docteur; il lui arrivoit quelquefois de me l'envoyer à l'avance, attendre son arrivée. Celui-là, pour me servir de son expression, n'auroit pas eu le tort d'être venu trop t6t; mais quoiqu'il fi\t assez bien de figure, il avoit quelque chose d'important qui me déplaisoit. J'ai une aversion naturefle si décidée pour l'affectation et les airs avantageai, que je les pi«nds constamment pour l'enseigne de la médiocrité, même de la sottise, quoiqu'il fût vrai, dans Fanden régime, qu'ils n'étoient quelquefois qu'un tra-
rers de la jeunesse. Bref, loin de me sëdnire, ils m'indisposent, et je juge toujours en mal les personnes qui les manifestent. C'est tout le souvenir qui m'est resté du jeune docteur, que je n'ai pas revu depuis cette époque, et que je ne verrat probablement jamais, car j'ai ouï dire que le médecin de Paris de ce nom étoit émigré depuis la révolution.
La campagne étant nécessaire à mon parfeit rétablissement, nous allâmes respirer son air bienfaisant auprès de M. et de madame Besnard; déjà, depuis deux ans, nous passions chez eux , ma mère et moi , presque tout septembre. Lieur situation avoit encore quelque chose de très-prc^re à nourrir ma philosophie et à fixer mes méditations sur les vices de l'organisation sociale.
Madame Besnard, dans l'infortune qui lui avoit été commune avec ses sœurs , étoit entrée chez un fermier général dont elle régissoit la maison; c'étoit celle du vieil Haudry; là, elle avoit épousé un intendant, M. Besnard, avec lequel , retirée depuis longtemps, elle vivoit modestement dans la paix et le bonheur.
La fierté assez déplacée de madame Phlipon rappeloit quelquefois en ma présence , et dans le secret de la famille , combien ce mariage lui avoit déphi ; assurément elle avoit tort, autant que j'en ai pu juger. M. Besnard avoit de l'honnêteté, des mœurs; l'un et l'autre dévoient le rendre d'autant plus recommandable qu'elles étoient plus rares dans son état ; aussi les procédés les plus délicats ont caractérisé sa conduite à l'égard de sa femme; il est impossible de porter plus loin la vénération , la tendresse , le dévouement ; c'est dans la douceur d'une union parfaite que tous deux prolongent une carrière où , nouveaux Pliilémon et Baucis, ils s'attirent le respect de quiconque peut être témoin de leur simplicité, de leurs vertus : je m'honore de leur appartenir, et je le ferois également, lors même qu'avec leur caractère et leur conduite M. Besnard eût été laquais.
Le vieil Haudry, artisan de sa fortune, étoit mort; il avoit laissé de grands biens à un fils qui, né dans l'opulence, devoit les dissiper. Ce fils , déjà veuf d'une femme charmante.