SUPPLÉMENT
IiUerro^mioire de la citoyenne Holand a l'abùaye, tiré du Thermomètre du jour, par Jhtiaure, des 21 et fâjuin 1793 '.
Je me fais un devoir religieux, quelles que soient les préventions publiques, d'offrir aux personnes accusées un moyen de répandre leur justification. (Test ce qui me détermine à publier ici l'interrogatoire de la citoyenne Roland. Il n'y a que des lAches ou des hommes sans équité qui puissent blâmer cette conduite.
DULAUHE.'
Le 12 juin, Louvet, administrateur de la police, s'est présenté à l'Abbaye pour interroger la citoyenne Roland.
Demande. N'avez-vous pas eu connoissance des troubles qui ont agité la république durant et après le ministère du citoyen votre époux?
Réponse, J'ai connu ces choses-là comme on peut les connoitre, par les papiers publics et les conversations.
Observé que cette manière négative de répondre ne satisfieiisoit point à la question ; les papiers publics ne donnent pas les connoissances précises que je devois avoir eues des affaires.
R, Que je n'étois pas tenue de les prendre, puisque n'étant qu'une femme , je n'avois point à me mêler d'elles.
Z). Si je n'avois pas connoissance d'un projet de république fi^érative, et de détacher les départemens de Paris?
R, Que je n'avois jamais entendu parler de rien de semblable; que je devois dire, au contraire, que Roland et toutes les personnes que j'avois été dans le cas de voir s'étoient constamment entretenues en ma présence de l'utilité de maintenir l'unité de la république comme propre à lui donner plus de force; de la nécessité pour cela de conserver la balance égale
t Cette pièce Crouvoit probablement sa place dans la partie des Notices historiques qui a été brûlée : il a paru bon de la rétablir ici en supplément.
n* NOTICES HISTORIQUES.
entre tous les départemens ; du désir que Paris ne Bt rien qui pût exciter leur jalousie; de celui de voir régner dans toute l'étendue de la France la justice et la liberté, et de concourir à leur maintien.
Obs. Que si ces |>ersonues ne parloient que de justice et de liberté, sans l'é^jalité, elles n'étoient point dans \cê principes.
R. Que, dans mon opinion comme dans celle des personnes que j'avois entendues, Téçalité est le résultat nécessaire de la justice et de la liberté.
D. Quelles étoient les personnes qui composoient la société de Roland et la mienne?
R. Celles avec lesquelles Roland avoit des affaires à traiter, ou d'anciennes relations d'amitié.
Obs. Qu*on auroit désiré savoir les noms des citoyens on citoyennes que je voyois le plus habituellement.
R. Que celles que je voyois ainsi étoient assez généralement connues « et que certes aucun ne venoit chez moi en secret.
Obs. Que je pouvois dire celles qui venoient le plus fréquemment chez le ministre et fbriiioient une société particulière.
R. Que, comme homme public, Roland recevoit quelquefois dans uu jour cent |>ersonnes dont je ne vovois pas une seule; que, pour moi, je n'avois jamais tenu cercle; mais que je recevois quelquefois à table les collègues de mon mari et les personnes qui se trou\ oient avoir (juelques relations avec* eux.
D. Si je n'avois pas connoissance d'écrits envoyés dans les départemens pour les soulever contre Paris?
R. Que je n'avois jamais rien connu de pareil.
Obs. Que cependant U^ ininisti*e Roland avoit établi dans les départemens des bureaux d'opinion publique, et qu'il paroissoit qu'il y avoit eu des fonds affectés [)our cet effet.
R. Que la première partie de la question me paroissoit absolument dénuée de fondement; quant à la seconde, qu<' tout le monde connoissoit ledéc*ret qui mettoit des fonds à la disposition du ministre de l'intérieur pour répandre d<>s écrits utiles, et que Roland ayant rendu ses comptes, on pouvoit voir quels écrits avoient été envoyés.
D. Si je nommerois bien ces écrits; que je devois pouvoir dire ce qu'ils étoient 1
R, Que les comptes étant publics et ayant été affichés, chacun y trouveroit la liste de ces écrits plus exactement que jo ne saurois la donner, et que, par rapport à leur contenu, c'étoit au public et non h moi de les ju^cr.
Obs. Que Roland n'avoit pas rendu ses comptes, puisqu'il sollicitoit si vivement de les rendre pour quitter Paris.
R. Que ne voulant pas certainement supposer de mauvaises intentions dans celui qui m'interroçeoit, je ne voyois dans la présente question qu'une grande i(jnorancc des faits. Que nonseulement Roland rcndoit ses comptes chaque mois à la Convention, mais qu'à sa sortie du ministère il avoit fourni un compte général le plus étendu, le plus détaillé. Que ce qu'il sollicitoit, c^étoit l'apurement de ces comptes, c'est-à-dire leur examen par des commissaires de la Convention et leur rapport à l'Assemblée de ce qu'ils les auroient trouvés être. Qu'en conséquence le comité de l'examen des comptes avoit chargé de ce soin plusieurs de ses membres ; que je savois qu'ils s'étoient transportés plusieurs fois à l'hôtel de l'intérieur; qu'ils s'y étolent fait représenter les minutes et pièces justificatives; qu'ils avoient été édifiés comme ils dévoient l'être de l'administration d'un homme que l'on citera lon([lemps pour son inté(jrité comme pour son coura(je; que le plus vif désir de Roland, comme le mien, étoit que ces commissaires fissent leur rapport, et que j'invitois tous les bons citoyens à se joindre à moi pour l'obtenir.
(Je fus interrompue dans cette réponse; on la trouvoit trop longue ; on m'accusoit d'aigreur. J'observai que j'usois de mou droit, et qu'il n'y avoit point d aigreur à informer ceux qui ignoroient encore que Roland eut rendu ses comptes, qu'il l'avoit fait depuis longtemps.)
D, Si je n'avois vu personne dans mes liaisons qui fût ami de Du mou riez ?
R. Que personne à ma connoissance n'avoit d'intimité avec lui parmi celles que je voyois.
D. Si je n'avois pas eu des liaisons avec des traîtres?
R. Que toutes les personnes que j'avois été dans le cas de voir étoient tellement connues par leur patriotisme qu'on ne pouvoit même les soupçonner de relations avec des traîtres.
/>. Si je savois où étoit mon mari?
R. Que je l'ignorois.
MB NOTICES HISTORIQUES.
/>. Sî je ne connoissois pas un projet de dîssoudi-e les sociétés |>opulaires ?
R. Que personne en ma présence n*avoit énoncé ni de projet ni d^opinions de ce (jenre.
Là s'i»st terminé un interrogea toi re fait après douze jours d^unc am^station non motivée, sans dire à i'interro^^ de quoi elle e^t prévenue ou soupçonnée, sur quels faits, par conséquent « on devait la questionner.
Sûre de moi, parce que je ne puis que ga(jner à dire la vérité sur mes sentimens et sur toutes les personnes que j^ai fréquentées, j'ai négligé l'exercice de mes droits, j'ai répondu à tout avec simplicité.
L'interrog;atoire étoit sur deux feuilles; on a demandé ma signature à la Bn seulement. J'en ai réclamé copie , on me Ta promise pour le lendemain : je ne l'ai pas reçue; il y a neuf jours d'écoulés; je l'ai fait demander quatre fois inutilement. Mais en quittant l'administrateur, j'ai couché par écrit tout ce qui venoit de se passer ; je suis certaine d'avoir rapporté exactement ce qui s'est dit, et je si^ne, Roland, née Phlipon.
PBEMIERE DETET^TION. f»
MADAME BOLAVD REPREND LE RECIT DE 8A VIE OU ELLE l'aYAIT LAISSÉ DAR8 SES MÉMOIRES PARTICFLIERS.