‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 71 sur 90 · BUZOT · texte numérisé non relu

BUZOT

D'un cai-actére élevé, d'un esprit fier et d*un bouillant courage, sensible, ardent, mélancolique et pa^ess<^ux, doit quelquefois se porter aux extrêmes. Passionné contemplateur de la nature, nourrissant son imagination de tous les crharmes qu'elle peut offrir, son âme des principes de la plus touchante philosophie ; il parolt fait pour goûter et procurer le bonheur domestique; il oubUeroit F univers dans la douceur des vertus privées avec un cœur digne du sien. Mais jeté dans la vie publi(|ue, il ne connoft que les règles de Fanstère équité ; il les défend à tout prix. Facile à s'indigner contre F injustice, il la poursuit avec chaleur et ne sait jamai» composer avec le crime. Ami de Fhumanité , susceptible de» plus tendres affections, capable d'élans sublimes et des résolutions les plus généreuses , il chérit son espèce et sait se dévouer en républicain ; mais, juge sévère des individus , difficile dans les objets de son estime, il ne Facrcorde qu'à fort peu de gens. Cette réserve , jointe à l'énergique liberté

* Biizol ( François- Léoiiard-NiroLi.'»), né à Evreux eu 1760. avait élr dépiii«' (lu lien au\ élal.'< {jéiiémiix. Pro^tcril au 31 mai, il œ mi«lit j Evreux. |»ui4 à Caen , a%'er Bariiantui, rherchant à «ouleTer lc^« départe» menu contre la Convention, dominée |)ar la Montagne. Après la défaite de Venion^ il Ae cacha à Ouim|M>r, pu'n à Vemou, et linit |jar »e midre dauH la Gironde, à Saint-Kmilion, où il si* li-ouva avec Barl»arou\, Iamitti, Pélion, Salle et Guadet. Ci^ deux dernier:! *e réfugièrent dans la niai«M> du |}ère de Guadet : Pétion, Buzot et Barl>an>u\ trouvèrent nn asile cWx madame Holiert Bouquey. lU vécurent pluitieurt moiii dans une espère de |Miil.4, à trente pieds m>u< terre : c'eitt là qu'ils commencèrent à écrire le«r» Mémoires. Olili|»<'s do s** réfugi«»r, dans h'* premiers mois d«* 17^4^ ckri un |>emiquier, Baptiste Triinpiart. ils durent, à la sitile de |M'rqiiisiiion« qui amenèrent rarrestation de Guadet et de Salle, al*andonner c^ette refraitr que le pauvre leur avait ménagf'e, et |ian*oiirir les campagnes, |»uLsmie Ve* portes des villes se fermaient à eu\. Dini\ jours a|>rès avoir «piitté Sainl- Emilion, Buzot et Pétion furent triHivés morts dans un cbamp de blé, à une liiMic d«r Saint-Emilion. Leurs cadavres avaient été à demi devants par l<*s lou|»s. M. et madame Bouquey |>ayèrent de leur vie rbos|»italité qu'ils avaient doiniée au\ pros^-rits. Ils furent conduits sur Tét'ba^ud avec iJu- «ieur« memlires de la famille de Guadet. Trinquart n'('*cha|»pa qu'aver tteiiir à la mort.

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avec laquelle il s'exprime, l'a fait accuser de hauteur et lui a donné des ennemis. La médiocrité ne pardonne guère au mérite ; mais le vice hait et poursuit la vertu courageuse qui lui déclare la guerre. Buzot est l'homme le plus doux de la terre pour ses amis , et le plus rude adversaire des fripons. Jeune encore, la maturité de son jugement et F honnêteté de ses mœurs lui valurent Pestime et la confiance de ses conci* toyens. Il justifia l'une et l'autre par son dévouement à la vérité, par sa fermeté, sa persévérance à la dire. Le commun des hommes, qui déprécie ce qu'il ne peut atteindre, traite sa pénétration de rêverie, sa chaleur de passion, ses pensées fortes de diatribes , son opposition à tous les genres d'excès, de révolte contre lar majorité ; on l'accusa de royalisme, parce qu'il prétendoit que les mœurs étoient nécessaires dans une république, et qu il ne faut rien négliger pour les soutenir ou les rectifier; de calomnier Pai*is, parce qu'il abhorroit les massacres de septembre, et ne les attribuoit qu'à une poignée de bourreaux gagés par des brigands; d'aristocratie, parce qu'il vouloit appeler le peuple à l'exercice de sa souveraineté dans le jugement de Louis XVI ; de fédéralisme, parce qu'il réclamoit le maintien de Fégalité entre tous les départemens, et s'élevoit contre la tyrannie municipale d'une commune usurpatrice. Voilà ses crimes. Il eut aussi des travers. Avec une figure noble et une taille élégante, il faisoit régner dans son costume ce soin, cette propreté, cette décence qui annonce l'esprit d'ordre, le goût et le sentiment des convenances, le respect de F homme honnête pour le public et pour soi-même.

Ainsi, lorsque la lie de la nation portoit au timon des affaires des hommes qui faisoient consister le patriotisme à flatter le peuple pour le conduire , à tout renverser et envahir pour s'accréditfA* et s'enrichir, à médire des lois pour gouverner, à protéger la licence pour s'assurer Fimpunité, à égorger pour affermir leur pouvoir, à jurer, boire et se vêtir en portefaix pour fraterniser avec leurs pareils; Buzot professoit la morale de Socrate et conservoit la politesse de Scipion : le scélérat! Aussi F intègre Lacroix, le sage Chabot, le doux Lindet, le réser\'é Thuriot, le savant Duroi,

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rbumain Danton et leurs fidèles imitateurs Pont déclaré trattre à la patrie ; ils ont fait raser sa maison et confisqué ses kieiis , conmie autrefois on bannit Aristide et condamna Pliocion. Je m'étonne qu'ils n'aient point décrété qu'on oublieroit son nom. C'eût été plus conséquent à leurs vues que de prétendre le conserver avec des épithèies que désaroue l'évidence.

On ne peut point effiEicer de l'histoire la conduite de Buzol dans l'Assemblée constituante, ni supprimer ses sages motions , ses \^oureuses sorties dans la Convention. Quelle que soit l'altération des opinions dans des journaux peu fidèles, les principes qui les appuient se retrouvent toujours. Buzot improvisoit fréquenunent, travailloit peu* d'ailleurs, mais ne manquoit jamais de s'élever contre tout système pervers ou nuisible à la liberté. Son rapport sur la garde départementale, dont on a si fort décrié le projet, contient des raisons auxquelles on n'a pas répondu ; celui sur la loi proposée contre les provocateurs au meurtre, renferme la plus saine politique, et cette philosophie, vraie comme la nature, forte comme la raison, sur lesquelles elle s'appuie; sa proposition du bannissement des Bourbons, développée avec précision, motivée avec justesse, est écrite avec grâce et chaleur; son opinion sur le ju(^ement du roi, nourrie de choses et de raisons, n'a rien du pathos et des divagations auxijuels ce sujet a donné lieu à tant de harangueurs ; enfin ses lettres à ses comniettans , des et 22 janvier, peignent son àme avec une vérité qui les fera rechercher. Quelques lutteurs de sa force auroient pu donner à la Convention l'impulsion qui lui étoit nécessaire, mais les autres honunes il talens, paroissant se ménager comme orateurs pour les grandes occasions, négligeoient trop le combat journalier, et ne se méfièrent |K)int assez de la tactique de leurs médiocres adversaires.

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