PÉTION
Véritable homme de bien et homme bon , il est incapable de flaire la moindre chose qui blesse la probité, comme le plus léger tort ou le plus petit clia(rrin à personne ; il peut négliger beaucoup de choses pour lui, et ne sauroit exprimer un refus d'obliger qui que ce soit au monde. La sérénité d'une bonne conscience , la douceur d'un caractère facile , la franchise et la gaieté distinguent sa physionomie. Il fut maire prudent, représentant fidèle, mais il est trop confiant et trop paisible pour prévoir les orages et les conjurer. Un jugement sain, des intentions pures, ce qu'on appelle la justesse de l'esprit, caractérisent ses opinions et ses écrits, marqués au coin du bon sens plus qu'à ceux du talent. Il est froid orateur et lâche dans son style , comme écrivain ; administrateur équitable et bon citoyen, il étoit fait pour pratiquer les vertus dans une république et non pour fonder un tel gouvernement chez un peuple corrompu qui le regarda durant quelque temps comme son idole, et se réjouit de sa proscription comme de celle d'un ennemi.
Lors de l'Assemblée constituante, au temps de la révision, j'étois un jour chez la femme de Buzot lorsque son mari revint de l'Assemblée fort tard, amenant Pétion pour diner. C'étoit l'époque oii la cour les faisoit traiter de factieux et peindre comme des intrigans tout occupés de soulever et d'agiter. Après le repas, Pétion, assis sur une large ottomane, se mit à jouer avec un jeune chien de chasse avec l'abandon d'un enfant; ils se lassèrent tous deux et s'endormirent ensemble, couchés l'un sur T autre : la conversation de ({uatre personnes n'empêcha pas Pétion de ronfler, n Voyez donc ce factieux, disoit Buzot en riant; nous avons été regardés de travers en quittant la salle, et ceux qui nous
^ Pétion ou Péfhioii de Villeneuve (Jérôme), né à Chartres en 1753, avocat, avait été député aux état-* généraux, et fut envoyé a la Convention par le département d'Eure-et-Loir. Proscrit au 31 mai ^ il ac réfii(pa à Gacii , puiji dans ia Gironde , où il m* doiina la mort avec Buzot.
a08 NOTICES HISTOHIOL'KS.
accusent, très-agités pour leur parti, s'imaginent <|ue nous sommes à manœuvrer. »
Cette scène et ce discours se sont fréquemment retracés k ma mémoire depuis ces temps malheureux où Ton accuse et proscrit Pétion et Buzot comme royalistes avec autant de raison que la cour les accusoit alors d'intrigues. Toujours seuls avec leurs principes, ne communiquant avec les hommes qui en professoient de semblables que pour s'entretenir des opinions relatives, ils ont cru qu'il devoit suffire de réclamer opiniâtrement la justice, de dire constamment la vérité, de s'immoler ou s'exposer k tout plutôt que de les trahir, et ils sont déclarés traîtres à la patrie !
Je veux consigner ici un fait assez marquant. On a vu ailleurs que, durant le premier ministère patriote, il avoit été arrangé que le ministre des afIBaires étrangères prendroit sur les fonds attribués à son département, pour dépenses secrètes, quelques sommes qu'il remettroit au maire de Paris, tant pour la police, qui se réduisoit à zéro faute de moyens, que pour des écrits destinés à contre - balancer ceux de la cour. Dumouriez ayant quitté ce département , il fiit question du même objet avec d' Abancourt ; c'est-à-dire (les fonds nécessaires à la police seulement. D' Abancourt ne voulut rien faire de lui-même ; mais il prétendit que c'étoil une chose à faire goûter au roi , et dont il ne pou voit manquer de sentir la justice. Le roi ne goûta pas la proposition, et répondit en propres termes cju'il ne donneroit pas de^ verges pour se fouetter. C'étoit de bon sens, puisqu'il n'étoit pas c(mstitutionnel de bonne foi, et l'on pouvoit s'attendre à cette réponse. Mais peu de jours après, Lacroix, ce collègue actuel de Danton, avec lui déprédateur de la Belgique, persécuteur des honnêtes gens et dominateur du jour; Ijacroix, (jui siégeoit alors à l'Assemblée législative, et qu'on savoit aller au château , se rendit chez Pétion pour lui assurer la libre disposition de trois millions s'il vouloit en user (le manière à soutenir Sa Majesté , proposition (|ue le maire . dans son caractère , devoit trouver plus offensante (|ue le roi n'avoit pu trouver l'autre déplacée; aussi fut-elle rejetée, malgré T accueil très-particulier f|u'il reçut du roi dans le
même temps, car ayant été appelé au château, au lieu d'y trouver le roi environné comme à l'ordinaire, ne l'ayant jusque-là jamais vu seul, il fut introduit dans son cabinet, où personne autre ne paroissoit être, et Louis XVI lui prodigua les témoignages d' affabilité, d'intérêt, même ces petites cajoleries aimables qu'il savoit fort bien distribuer k volonté. Le léger bruit d'un froissement d'étoffe de soie derrière la tenture pei*suada à Pétion que la reine étoit présente sans être visible, et les caresses du roi le convainquirent de sa fausseté. Il resta ferme et bonnête, sans céder au prince f|ui tentoit de le corrompre, de même que, sans flatter le peuple, il voulut ensuite appeler à lui pour le jugement de ce même roi, tandis que Lacroix, qui l'avoit servi, et s'en étoit probablement fait payer, ne Irouvoit pas qu'on pût l'envoyer trop tôt à la mort.
PAGHE'.
On a dit avec raison que le talent de connoitre les hommes devoit être le premier chez ceux qui gouvernent ; leurs erreurs dans ce genre sont toujours les plus funestes. Mais l'exercice de ce talent si difficile le devient bien plus encore dans les temps de révolution , et enfin il est tel degré d'hypocrisie dont il n'y a plus de honte à être dupe, car il faudroit être pervei's pour le soupçonner.
J'avois^ rencontré dans ma jeunesse, chez une de mes parentes, Gibert, employé dans les postes, qui avoit ce degré d'aménité, compagne ordinaire du goût des beauxarts. Gibert, homme honnête et tendre père, s'amusoit k la
• Parhe (Joaii-Nicolaj»), né à Pari» en 1740, mort en 1823, était fils «riui 'iuiAMi (le Thûtel du duc de Castriez. Le duc, qui lui avait fait donner de riu.4truction , le chargea de l'éducation do ne* enfantt. Pache fut hucccmîveinent employé dani< le* bureaux de Roland, ministre de la {guerre, maire de ParLn. Il fut un de.<4 |)rinci|>aux auteurs de la journée du 31 mai. Poursuivi imiuj* la Convention, inquiété «oui* le Directoire?, Paclie se retira à <'harle%'ille, où il vécut obscur et ignoré, étranger à tout ce qui se passiait en France. Madame* Roland n'est pas la seule |>ersonne qui 'ait mis en doute la sincérité de hpa convictions révolutionnaires.
Mê 50T1CK HI.STOBK>CE5.
peioliire^ culÛTOii la musiiqiie, et ie £ûmmI esÙÊmer des pcrsonner àe !»a coonoi^^iice par sa probité. 11 ctoit !■ ifi^i ment attaché à on homme, sod ami par exceUence, ttoot il ▼antoit le rare mérite arec Feiithoasiaâaie do dérinigmeut et la modestie d'mi iodirida qui » estime fbft inférieur. Je tî* quelquefois cet ami , dans lequel on ne pouroit renBarqocr, au premier coup d'œil , qu^une simplicité extrême ; mais je ne ht* pa» à portée de Fapprécier, car je le rencontrai peu et je ne voyois» pas sourent Gibert lui-même ; Japprt^ seulement par lui que son ami, c'étoit Pache, anM>ureux de la rie cljam|>étre, s>enle conrenable à ses moeurs patriarcale», de la liberté dont ses» connoissances lui fai^oiçnt me»arer tou?» les a%'aiita(jes , abandomioit en France une place honnête dans r administration , pour s'établir en Suisse avec sa fiunille. Je su> par la suite qu'ayant perdu sa femme, TOTant se» enfaiis soupirer pour Pan> , et la révolution préparer Tafl^anchi^semeot national, il prenoit le parti de revenir; enfin que, satUfait de Falsance que lui procuroit Téchange de ses propriétés, et Facquisition heureuse d^un domaine national, il avoit renvoyé à un ci-devant ministre les contrats <f une pension qu'il tenoit de lui.
Il ne fialloit pas se trouver fréquemment avec Gibert, et conuoitre sa liaison avec Pache , pour être informé de tout ce qui pou voit être dit d'avantageux sur celui-ci. Dans le moi> de janrier 1792, il nou> l'amena, et je le ris de loin en loin. Pache, ainsi que je l'ai déjà observé, porte le manque de la plus (p*ande modestie; elle est même telle qu'on e}»t tenté d'adopter l'opinion qu'il paroit avoir de hii, et de ne pas le prendre pour une grande valeur. Mais on lui tient compte de cette modestie quand on décou^xe qu'il raisonne avec justesse et qu'il n'est pas dénué de connoissauces. Comme il a infiniment de réserve et ne se découvre jamais à nu, on ne tarde pas de soupçonner qu'il en »ait plus qu'il n'en dit, et l'on finit par lui croire d'autant plus de mérite qu'on avoit été prêt de commettre l'injustice de ne point lui en acconler. l]n homme qui parle peu, qui écroule avec intelligence tout ce dont on peut traiter, et se permet quelques observations bien placées, passe aisément
DEUXIEME DETEÎSTION. 311
pour habile. Pache s'étoit lié avec Meuniers et Mong^e , tous deux de l'Académie des sciences; ils avoient fondé une société populaii*e dans la section du Luxembourg;, dont l'objet, disoient-ils , étoit l'instruction et le civisme. Pache étoit tort assidu dans cette société ; il sembloit consacrer à la patrie, comme citoyen, tout le temps qu'il ne donnoit point à ses enfians , et qui séparoit les leçons de cours pubUc auxquels il les conduisoit.
J'ai dit ailleurs comment Roland fut appelé ai,i ministère à la fin de mars de cette année-là ; les bureaux étoient remphs d'agens de l'ancien régime, très-peu disposés à favoriser le nouveau ; mais ils avoient la marche des afFaii*es , et il ne falloit pas risquer de désorganiser toute une grande machine , dans ces temps de troubles , pour renouveler des agens ; on devoit donc se borner à les surveiller et se préparer de loin à les remplacer. Mais dans la multipUcité des affaires dont le courant journalier entraîne F homme en place avec une inconcevable rapidité, on ne peut se dissimuler qu'il est facile de le compromettre, s' 4^ n'apporte à tout une attention scrupuleuse qui devient infiniment pénible quand elle est inspirée par la défiance.
Dans cette situation,. Roland désiroit trouver un homme sûr, qu'il pût garder toujours près de lui dans son cabinet, . à qui il feroit relire une lettre, un rapport, sur quelque objet pressant, qu'un autre plus pressant encore ne permettoit pas de revoir assez vite, non pour la rédaction, mais pour s'assurer que les principes adversaires des commis n'auroient point influé sur la manière de poser les faits ou de déduire les motifs; un homme qu'on pût charger d'aller choisir telle pièce dans tel bureau, ou de porter tel ordre verbal sur quelque matière importante. L'idée de Paclie se présenta. Pache avoit été dans les bureaux de la marine; il connoissoit la triture des affaires ; Pache avoit un sens droit , du patriotisme, des mœurs qui font honorer le choix de l'homme pubUc, et cette simplicité qui n'indispose jamais contre lui.
L'idée parut excellente. On fait parler à Pache, qui manifeste aussitôt le plus grand empressement de servir
Roland, en étant utile à la chose publique, mais sous la condition qu'il conservera son indépendance, sans prendre aucune espèce de titre ni d'appointemens. C'étoit un noble début. On imagina que, lors d'une nouvelle organisation des bureaux , il seroit aisé de voir à quoi il conviendroit plus particulièrement, et Pache se rendit chez Roland, dans le cabinet duquel il arrivoit tous les matins à sept heures « avec son morceau de pain ù la poche , et demeuroit jusqu'à trois, sans qu'il fut possible de lui foire jamais rien accepter. Attentif, prudent, zélé, remplissant bien sa destination « fieûsant une observation, plaçant un mot qui ramenoit la question à son but, adoucissant Roland quelquefois irrité des contradictions aristocratiques de ses commis.
Roland, excessivement ardent, fort sensible, mcttoit un prix infini à la douceur , à la complaisance de Pache ; le traitoit en ami précieux; et moi, touché de Futilité dont je le croyois être à mon mari, je lui prodiguois les témoignages d'estime et les démonstrations d'attachement. Pache n a voit point de style ; il ne falloit pas lui donner une lettre à faire , c'étoit sec et plat; mais on n avoit pas besoin de lui sous ce rapport, et il étoit utile sous celui pour lequel la surveillance d'un homme fidèle avoit été imaginée. Servan, notre ami, appelé à la guerre, effrayé de la complication et du bouleversement de certaines parties , nous envia Pache. — « Laissez venir près de moi cet honnête homme, disoit-il à Roland; vous n'avez plus besoin de lui, vous êtes cent fois au-dessus de votre travail, et le chaos des premiers instans une foi^ débrouillé , cette surveillance d'autrui ne vous est pas néccî»saire, tandis <iue je me trouve avec une surcharge d'affaires, dans la plus grande pénurie de sujets à qui je puisse nie confier. » — Ces ministi-es-là croyoient encore qu'il falloit de la capacité pour occuper des places, et <iuon ne pou voit eu revêtir personne sans quelque motif raisonné de lui supposer des moyens de la remplir. Roland consentit ; Pache consulté se prêta d'aussi bonne grâce aux mêmes conditions qu'il avoit faites à Roland. Jeté de ce côté, nous ne le vîmes plus guère; mais Servan s'en louoit beaucoup. Le ministère fut changé; Roland se tint dans sa retraite, et Pache retourna
DEUXIEME DETENTION. ;jI3
à sa section. Le 10 août survint, et F Assemblée législative rappela les ministres patriotes ; Roland or{;anisa ses bureaux ; Pache avoit confirmé qu'il ne vouloit pas s'engager, et Roland plaça Fépoul que Pache lui avoit donné ; homme intelligent, lal^orieux , exact , qui remplit fort Lien la partie de la comptabilité; homme adroit, qui ne se met en opposition avec personne, et trouve fort bon le parti du plus fort.
Nommé à la Convention, dégoûté par les horreurs de septembre, Roland voulut donner sa démission du ministère, et comme il sa voit l'extrême embarras dans lequel alloient se trouver les hommes sages pour lui donner un successeur, il crut servir la chose publique en indiquant Pache ; il le fit avec la franchise de son caractère et T abandon d'une âme sensible qui s'honore de reconnoitre le mérite où elle croit le voir résider.
Pache, quil n' avoit pas prévenu de son intention et qui avoit refusé , peu avant , l'intendance du Garde-meuble pour laquelle il offrit Restout, que Roland nomma sur son témoignage; Pache parut fort content de rester libre; et cependant il accepta de Monge une mission pour Toulon , où il se rendit et fit des sottises, à ce que j'ai su depuis.
La santé de Servan l'obligeant à quitter la guerre, l'homme qui avoit été présenté par Roland fut porté à ce département, comme celui dont on pouvoit être le plus sûr pour les principes, et qui ne devoit pas être sans moyens, quant aux talens. Nous écrivîmes à Pache sa nomination, en le pressant d'accepter; mais cela n'étoit probablement pas nécessaire ; car cet homme si jaloux de son indépendance ne parut pas avoir la plus légère inquiétude sur le fardeau dont on le chargeoit, et il le prit sans hésiter. De retour à Paris, il vint nous voir; nous l'entretînmes avec confiance de la disposition des esprits, du parti que formoit la députation parisienne; des excès de la commune, des dangers que sembloit courir la liberté de la Convention, et surtout de ceux que pouvoit faire courir la domination d'hommes vicieux et coupables (|ui ne cherchoient à l'acquérir que pour éviter le châtiment ou satisfaire leurs passions; de l'ordre à établir dans son département , et de la joie de le voir au conseil où
314 ?iOTICES HISTORIOCIES.
» préjieDce entretiendroit runhé de Toloolé comme cTactien. Pacbe reçut le» épanchement» de la coofiance, arec le Mience d'un bomme qui se déçoise, s'opposa au conseil à tous les aris de Bolaud , et ne Tint plus le revoir.
Nous imaginâmes d* abord qu'un mouvement de Fanioiirpropre, une sorte de crainte de paroltre la créature de Roland, étoient la cause de cette conduite. Mais j'appris que cet homme, qui n'acceptoit jamais les invitations de son collègue soas le prétexte de la retraite dans laquelle Pobligeoit de vivre la multiplicité de ses travaux, recevoit à sa table Fabre, Chabot et autres montagnards, s'enviroonoit de leurs amis , plaçoit leurs créatures , tous valets de comédie ou des ignorans, de?» ititrigans leurs pareils, et que les honnêtes gens commençoient à murmurer et à gémir. Je crus qu'il falloit tenter un dernier moyen pour l'éclairer s*il n'étoît que séduit, et avérer ses torts s'il étoit de mauvaise foi. Je lui écrivis, le 11 de novembre, avec le ton de F amitié, pour lui faire part des murmures qui s'élevoient contre lui, des raisons qui les fiaisoient naître, et de ce que son intérêt sembloit dicter. Je lui rappelois ce dont la confiance l'avoit prévenu à son arrivée au ministère; je disois un mot de» sentimeiis non équivoques que nous lui avions témoignés « de l'ensemble qu'ils donnoient lieu d'espérer, de Fétat de choses si contraire à ce qu'ils auroient fait présumer.
Paclie ne me Ht pas la moindre réponse; et nous sûme;* bientôt que ses premiers commis , Hassenfratz , Vincent , etc. (petits êtres que je ne nommerois point si leurs excès n'a voient déjà consigné leurs noms dans l'histoire des agitations populaires de ces derniers temps), déclamoient aux jacobins et ailleurs contre Roland, et l'annonçoient comme un ennemi du peuple. 11 n'y eut donc plus lieu de douter que Pache rherchoit à le renverser. La bassesse, l'atrocité de cette conduite me pénétrèrent d'indignation et de mépris; je précédai, dans ces sentimens, plusieurs personnes qui avoient connu Pache d'après nous, <|ui furent alors portées à m* accuser de légèreté, et qui m'ont bien passée depuis dans l'aversion c|u'il leur a inspirée. Les nialveisations, ou du moins \e> dilapidations dans l'administration de la (guerre, furent Imr-
ribles sous son ministère; la désorg^anisation s'effectua partout, à raison du mauvais choix des sujets; il jfiit prouré qu'on payoit comme au complet des rëgimens réduits à uo petit nombre d'hommes ; la comptabihté fiit impossible , nonseulement à établir , mais à figurer , pour plus de cent trente millions : dans les ving^-quatre heures qui suivirent sa démission , forcée par tant de maux , il nomma , à soixante places, tout ce qui restoit à sa connoissance de sujets assez vils pour lui foire la cour, depuis son gendre, de vicaire devenu ordonnateur à dix-neuf mille livres d'appointemens, jusqu'à sou perruquier, polisson de dix-neuf ans, fait commissaire des guerres. Voilà les exploits que le peuple de Paris a récompensés en l'appelant à la mairie , où , soutenu par les Chauniet, Hébert et autres gredins, il a favorisé l'oppression du Corps législatif, la violation de la représentation nationale, la proscription de tout ce qu'il y- a d'hommes vertueux, et assuré la perte de son pays.
Et c'est là l'homme qui cherchoit un pays libre, qui remettoit des pensions et refusoit des places ! — Mais Pache alloit en Suisse, d'où il étoit originaire, en veitu de quoi son père gardoit à Paris la porte d'un grand seigneur, et où il espéroit une existence plus agréable que celle des Ueux qui lui rappeloient sa naissance; Pache reçut de Gastries une pension qui attestoit la dépendance dans laquelle il avoit été chez lui, et qui pou voit être un sujet de suspicion, lorsque les nobles et les ministres de l'ancien régime étoient poursuivis; voilà le côté que je ne connoissois pas, et qui n'est plus en opposition avec Pache , revenant en France après la prise de la Bastille, captant les suffrages dans une petite société populaire habilement organisée pour acquérir de l'influence, refusant avec obstination des places secondaires, et n hésitant pas une minute pour entrer au conseil, en se chargeant du département du ministère le plus important dans les circonstances. C'est en politique le tartuffe de Molière.
A r instant où j'écris, Biron est détenu dans la prison que j'habite, Biron, venu dans les derniers temps du ministère de Pache pour le dénoncer à T Assemblée, muni en consé-