‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 74 sur 90 · BARBAROUX · texte numérisé non relu

BARBAROUX

Barbarout, dont les peintres ne dédaigneroient pas de prendre les traits pour une tête d'Antinoiis, actif, laborieux, franc et brave , avec toute la vivacité d'un jeune Marseillois, étoit destiné à devenir un homme de mérite et un citoyen aussi utile qu'éclairé. Amoureux de l'indépendance, fier de la révolution, déjà nourri de connoissances , capable d'une

' Barbaroux (Charle^-J eau-Mario), né à Marseille en 1767. Proscrit après la journée du 31 mai , il se retira iraliord à Cacn , puis en Bretagne. De là, il .ne réfuta, sur le conseil de Guadet, a Saint-Emilion, avec quatre autres proscris. Après Tarrestation de Guadet et de Salles, Barbaroux quitta sa retraite avec Pétion et Buzot. « Les députés marchèrent jnsqu^ao matin ; alors ils se trouvèrent k une lieue de Saint-Emilion , au milieu d*nn pays inconnu. Ils aperçurent une alfluence considérable d'hommes; ils ne doutèrent plus que ce fussent des gens envoyés |>our les arrêter. Barbaroux désespéra de son sort et se brûla la cervelle. » ( Vie de Buzot y publiée par M. Guadet, en tète des Mémoires de Buzot,) Le coup de pistolet n'était pas mortel. Lorsqu'on trouva Barliaroox, il vivait encore; on le transporta à Bordeaux , où il fut guillotiné le 25 juin 1794.

;jîO iNOTICES HISTORIQUES.

longue attention avec Thabitude de s'appliquer, sensible à la gloire, c^est un de ces sujets qu'un grand politique voadroit s'attacher, et qui devoit fleurir avec éclat dans une république heureuse. Mais r|ui oseroit prévoir jusqu'à quel point l'injustice prématurée, la proscription, le malheur, peuvent comprimer une telle âme et flétrir ses belles qualités! Les succès modérés auroient soutenu Barbaroux dans la carrière , parce qu'il aime la réputation , et qu'il a toutes les facultés nécessaires pour s'en fiaire une très-honorable; mais l'amour du plaisir est à côté ; s'il prend une fois la place de la gloire, à la suite du dépit des obstacles ou du dégoût des revers, il affaissera une trempe excellente et lui fera trahir sa noble destination.

Lors du premier ministère de Boland, j'eus occasîoo de voir plusieurs lettres de Barbaroux; adressées plutôt à l'homme qu'au ministre, et qui avoient pour objet de lui faire juger la méthode qu'il convenoit d'employer pour conserver dans la bonne voie des esprits ardens et faciles à s'irriter comme ceux des Bouches-du-Rliône. Roland, stricte observateur de la loi , et sévère comme elle , ne savoit parler qu'un langage, lorsqu'il étoit chargé de son exécution. Les» administrateurs s'étoieut un peu égarés, le ministre les avoit tancés avec vigueur; ils s'étoient aigris : ce fut alors que Barbaroux écrivit à Roland pour rendre hommage à la pureté d'intention de ses compatriotes, excuser leurs erreurs, et faire sentir à Roland qu'un mode plus doux les ramèneroit plus tôt et plus sûrement à la subordination nécessaire. Ces lettres étoient dictées par le meilleur esprit et avec une prudence consonnnée ; lorsque je vis leur auteur , je fus étonnée de sa jeunesse. Elles eurent l'effet qui étoit imman(|uable sur un homme juste (|ui vouloit le bien ; Roland relâcha de son austérité, prit un ton plus fraternel qu'administratif, ramena les Marseillois, et estima Barbaroux. Nous le vîmes davantage après la sortie du ministère; son caractère ouvert, son ardent patriotisme nous inspirèrent de la confiance; ce fut alors que, raisonnant du mauvais état des choses et de la crainte du despotisme pour le Nord , nous formions le projet conditionnel d'une république dans le Midi. — «Ce sera notre

DEUXIEME DETEMTfON. 3îf

pis-aller, disoit en souriant Barbaroux; mais les Marseillois qui sont ici nous dispenseront d'y recourir, v — Nous jugions, par ce discours et quelques autres semblables, qu'il se préparoit une insurrection; mais la confidence ne s'étendant pas plus loin, nous n'en demandions pas davantajje. Dans les derniers jours de juillet, Barbaroux cessa presque ses visites, et nous dit, à la dernière, qu'il ne falloit pas juger de ses sentimens à notre égard par le premier aperçu de son absence, qu'elle a voit pour objet de ne pas nous compromettre. Il repartit pour Marseille après le 10, et revitit député à la Convention. H y a fait son devoir en homme de courage; plusieurs de ses discours écrits montrent une excellente logique et des connoissances dans la partie administrative du commerce; celui sur les subsistances est, après l'ouvra|][e de Greuzé-la-Touche , ce qu'il y a de meilleur en ce genre. Mais il auroit à travailler pour devenir orateur.

Barbaroux, affectueux -et vif, s'est attaché à Buzot, sensible et délicat ; je les appelois Nysus et Euryale : puissent-ils avoir un meilleur sort que ces deux amis! Louvet, plus fin que le premier, plus gai que le second, aussi bon que l'un et l'autre, s'est lié avec tous deux, mais plus particulièrement avec Buzot , qui lui sert de nœud avec l'autre , dont sa gravité naturelle le rend un peu le Mentor.

Page 1