‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 80 sur 90 · ESPRIT PUBLIC · texte numérisé non relu

ESPRIT PUBLIC

QuVst-ce donc que ce Sameux bureau d'eàprit public dont on a (ait un si g^rand crime à Roland? — Je suis tentée de répéter aussi cette question à ceux-là même qui la font ; je ne conçois pas de chimère comparable à cdle de ce oom.

Roland, redevenu ministre après le 10 août, n^ imagina rien de plus pressant que de répandre un même esprit dans les administrations, afin de leur feire prendre une marche uniforme et d'assurer les succès de la révolution; il adressa aux corps administratif» une circulaire tendante à ce but, et rpi produisit un bon effet. L'Asseml^lée lé{][islaftive sentit le besoin de l'étendre, et, à défaut de l'instruction publique, non encore organisée, elle voulut que cent mille livres fussent mises à la disposition du ministre de l'intérieur, pour répandre des écrits utiles dont elle lui abandooiia le choix.

Roland, économe et sévère, s'occupa d'un emploi l»ien entendu de ces fonds; il profita des papiers publics alors en crédit, et les fit expédier gratis aux sociétés |M>|HiIaires, aux curés et aux particuUers zélés qui s'annonçoient pour désirer de concourir au bien de TEtat. (Juelques-unes de ces sociétés, plusieurs de ces |>articuliers , voyant le gouvernement s'inti^ resser à leur instruction, prirent confiance et s'adressèrent quelquefois au ministre pour lui fiire des demandes de tels écrits ou pièces dont l'impression a voit été ordonnée par la Convention, et qui ne leurétoient pas par^'enues. Lie ministre, empressé de les satisfaire, affecta à Fini de ses bureaux le soin de répondre à ces sortes de lettres , et de faire les e5L(M> ditions en consécpience. Voilà à quoi se réduit tout ce terrible échafaudage dont on a fait tant de bruit, et qui n'est que la simple e.vécution des devoirs imposés par un décret. Roland a été si réserve, qu'au bout de six mois il n'avoit dépensé sur les cent mille francs mis à sa disposition, qu'environ trente- <|uatre mille livres; et il en a donné le compte rigoureux, avec l'énoncé des ouvrîi{jes répandus ou acquis. Mais comme

se(:o:nd min^teke de rolamj. :»»

Roland , par sa place et dans les circonstances où il se trouvoit, faisoit quelquefois lui-même des instructions qu'il répandoit par cette voie, comme ses écrits respiroient, en général, une philosophie douce et une véritable philantlu'opie, on crai- (^nit que la coasidératioB qui en réf^teroit pour sa personne ne le rendit trop puissant.

Il s'ensuiroit seulement qu il inspiroit une grande confiance , laquelle ÊEK^toit beaucoup les opérations administratives et produisoit un grand bien; mais en supposant qu'il Milùt empêcher qu il n' acquit trop d' estime ou trop d'asceodant, il n'y avoit autre chose k faire <inà rapporter le décret, et â lui interdire tout envoi qui ne tiendroit pas nécessairement à la correspondance avec les corps administratifs. C'est cpie ce n étoit pas l'amour de la chose , mais la jalousie contre Findividu, qui faisoit fermenter les esprits; aussi l'on commença de crier, de l'accuser, de le dénoncer vaguement, et sans RKNitrer le but, car s'il l'eût jugé, il eût été le preuiier à apporter remède au mal redouté. Il ne songea qu à se défendre, <l'alx>rd en oontmuant de bien faire, ensuite en expliquant quelquefois sa cooduite, en réfutant ses calomniateors. Ses réponses victorieuses aigrirent encore Tenvie, on ne parla phis de lui «pie comme d'un ennemi public ; il s'établit une véritable lutte entre le fonctionnaire courageux qui restoit au gouvernail malgré la tempête, et les jaloux trompeurs ou trompés qui soulevoient les flots pour l'engloutir. Il tint ferme tant qu'il espéra que ce seroit utilement ; mais la fbiblesse et l'insuffisance du parti des sages ayant été démontrées dans une grande circonstance, A se retira.

Ses comptes firent frémir ses ennemis; ils empêchèrent, non qu'on les examinât, mais qu'on en fît le rapport à FAssemhlée; les calomniateurs en campagne ne songèrent plus qu'à justifier leurs mensonges par la perte de celui qui eu élott l'objet; de là leurs efforts redoublés, la persécution ouverte, dirigée jusque sur moi; et au défaut de raisons valables, Faccusation tant répétée de la corruption de Fesprit public, de la formation d'un bureau à cet effet, ma prétendue complicité à cet égard, le tout sans citer un fait, un écrit, une phrase répréhensible. — £t la gloire de Roland,

dans la postérité, sera attachée, en partie, aux écrits sortis de sa plume '.

De riiiKrmcrie de Saiiite-Péla^pe , 23, an «econd*.

Entre ces murs solitaires , où depuis tantôt cinq mois Pinnocence opprimée se résigne en silence, un étranger paroit. — C'est un médecin que mes gardiens amènent pour leur tranquillité ; car je ne sais et ne veux opposer aux maux de la nature, comme à Tinjustice des hommes, qu'un tranquille courage. En apprenant mon nom , il se dit l'ami d'un homme que peut-être je n'aime point. — « Qu'en savez-vous, et qui est-ce? — Robespierre. — Robespierre ! je Tai beaucoup connu et beaucoup estimé ; je l'ai cru un sincère et ardent ami de la Uberté. — Eh! ne l' est-il plus? — Je crains qu'il n'aime aussi la domination , peut-être dans l'idée qu'il sait faire le bien ou le veut comme personne : je crains qu'il n*aime beaucoup la vengeance, et surtout à T exercer contre ceux dont il croit n'être pas admiré ; je pense qu'il est très-susceptible de préventions, facile à se passionner en conséquence, jugeant trop vite comme coupable quiconque ne partage pas en tout ses opinions. — Vous ne l'avez pas vu deux fois ! — Je l'ai vu bien davantage! Demandez-lui; qu il mette la main sur sa conscience, et vous verrez s'il pourra vous dire du mal de moi. »

Robespierre , si je me trompe , je vous mets à même de

1 Nous eiiipriititoii.H la note suivante à l'édition des Mémoires de madame Roland publiée dans la rolicetion des Mémoires relatifs à la RéTolution fran(;aise, \v\r MM. Berville et Barrii-re. — Sur l'enveloppe qui renfermait le manuscrit de cette ]Kirtie des Mémoires se trouvait la noie «tnivanlr« de la main de madame Roland. « Le 31 août, je ferme ce travail fait à Li hàt(*, comme matériaux, sous le titre de Portraits et anecdotes y coniaiencé le 8 de ce mois, |M)ur réparer ce qui fut perdu. Je ferme également le* trois premiers caliiers de mes Mémoires^ commencé* le 9, et je nuis fort étonnée d'avoir écrit envinin trois cents [Niges en vingt-deux jour», dan* mes instants de lilierté d'esprit, lorsque je consacrais eni*ore tant de momeiis au n!|Mis, à la rêverie, au clavecin et ù la société, à cause du itéjour de mad.iuie Petion, arrivée ici la nuit du 9 au 10; que ne fait-on |M>int ni allant toujours ! «

2 Ce l»illet jMirtc pour date : le -23 du premier mois de Tan second. C*e«t bien le 23 septembre 1793 (2 vendémiaire an II.)

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