‹ Mémoires. Éd. conforme au MS. transmis à la Bibliothèque impériale [and first publ. as Appel à lChapitre 83 sur 90 · PAR AMAR · texte numérisé non relu

PAR AMAR

Qu'il ait existé une conspiration contre Funité et Findivisibilité de la République, contre la liberté et la sûreté du peuple français, il est évident qu'elle ne peut avoir été formée que par des fauteurs, du despotisme , des ambitieux , qui vouloient s'arroger le pouvoir ou acquérir des richesses , des ennemis de l'humanité.

On nomme pour tels, Brissot, Gensonné, Vergniaux, Guadet, Gorsas, Pétion, Buzot, etc. Ces gens-là doivent donc ayoir montré , dans plus d'une circonstance , leur haine pour la liberté , leur avidité pour le gain , leur empressement pour obtenir des places, enfin les vices et la corruption qui sont propres à de tels êtres? En supposant même qu'ils se fassent revêtus d'un masque hypocrite , il n'est pas possible que leur but soit demeuré caché ; leur conduite doit le désigner, et leur intérêt doit s'y montrer avec évidence. Examinons ce qu'ils étoient , voyons comment ils ont agi , et nous pourrons juger ce qu'on leur attribue ; ce sera le cas ensuite d'en Tenir à la recherche de la conspiration même, qui pourroit bien ressembler à l'histoire de la Dent d'or, ou se réduire aux efforts connus des aristocrates et royalistes, manifestés dès la naissance de la révolution , et dont la cause se he aux entreprises des puissances étrangères.

Prenons plusieurs de ces hommes dans leuc vie privée avant 1 789 , époque où ils parurent sur la scène c|ui s'ouvrit alors, et suivons les premiers pas (|u'ils y firent. Avocats pour la plupart, les uns avoient suivi le barreau avec distinction, d'autres s' et oient fait connoftre dans la répubUque des lettres : plusieurs, honorés seulement par l'intégrité qu'ils i&ootroient dans leurs professions, furent portés, par l'estime qa'dle s^attire, à la place de députés aux Etats généraux; qodqQes autres enfin se dévouèrent aux pénibles, mais

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honorables fonctions de journalistes , en luttant avec coura{;e contre le despotisme attaqué.

Pëtion, simple dans ses mœurs, modeste dans ses besoins, marié à une femme raisonnable, vivoit à Chartres, estimé de ses concitoyens qui l'avoient vu nattre, déjà connu par cette philosophie qui caractérise de bonne heure une âme saine; ou crut le mettre à sa place en le députant aux Etats.

Buzot, distin{p]é à Kvreux par une probité sévère et une prudence prématurée, inspiroit de la confiance et méritoit de la considération à un âge où tant d'autres ne connoissent que le plaisir. Le goût de l'étude, les habitudes solitaires d'un esprit méditatif remplissoient les momens qu'il ne donnoit point au barreau, et des mœurs é{j^lement douces et pures le rendoient cher à ses amis. La chaleur du sentiment, la facilité de l'élocution, l'austérité des principes, le firent juger digne de porter aux Etats les plaintes et les demandes de son pays.

Gorsas, père d'une famille nombreuse, entreprend, dés les premiers jours de la révolution, une feuille périodique, où il combat la cour encore puissante , et se voue à la défense des droits du peuple, en cherchant à les établir, et ne négligeant jamais de les réclamer.

Brissot , écrivain dés son jeune âge , avoit prêché la liberté sous le despotisme, l'humanité sous la tyraïuiie, appelé la révolution par ses vœux , et préparé ses mouvemens par des réclamations contre les abus du jour. Il avoit essuyé la captivité pour punition de sa franchise , et plus occupé des vérités morales ou politiques (|ue du soin de sa propre fortune, il avoit fait quelques entreprises malheureuses, d'où il étoit sorti intart^et plus pauvre qu'il n'y étoit entré. La révolution fut le signal de sa vie politique; il s'élança dans la carrière, au milieu des orages, discutant les principes, n'épargnant pas les personnes qui lui paroissoient les blesser, et travaillant sans relâche pour la chose publique.

Je m'arrête pour un instant à ces quatre personnages : les deux premiers ont figuré dans l'Assemblée constituante; Hrissot fut nommé à l'Assemblée législative; tous sont devenus membres de la Convention. Est-il une seule circonstance

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OÙ ils se soient montrés contraires à eux-niénics? se sont-ils arrogé quelque pouvoir? ont-ils fait quelque profit? visoientils à la suprême puissance pour eux et leurs amis?

Pétion et Buzot servirent la liberté , dans l'Assemblée constituante, avec un zèle et une constance qui leur valurent la haine de Paristocratie et la faveur populaire ; mais cette hiveur est inconstante; la haine ne s'éteint jamais, et bientôt elle se renforce de l'aide de tous les jaloux, dont les tentatives suivent immédiatement un éclat quelconque. Buzot,' à Évreux , placé au tribunal criminel , qui en préféra les devoirs dans son pays, aux mêmes fonctions à Paris, dont le séjour eût séduit un ambitieux , soutint son caractère sous les yeux de ses concitoyens et des ennemis que son civisme lui a voit faits parmi eux ; il mérita d'être député de nouveau à la Convention, après avoir formé dans sa ville une société po[)ulalre, le rempart indispensable contre les efforts du despotisme enchaîné , mais non abattu. On ne peut pas dire qu'il eût eu en vue ni cette réélection , ni d'être employé d'aucune manière au sortir de l'Assemblée constituante, non plus que Pétion ; car ce furent ces deux hommes qui firent rendre le décret qui interdisoit toute place ou réélection aux députés de cette assemblée, durant quatre ans. Us avoient demandé on intervalle de six; et lors de la révision, ce décret fut rapporté , malgré leurs efforts pour le maintenir. Voilà donc Buzot revenu à la Convention aussi pur qu'il étoit sorti de F Assemblée constituante : laissons-le là ; nous verrons par la suite comment il s'y est comporté ; et si un homme qui bravoit toutes les clameurs et tous les outrages pour soutenir ses opinions, en supposant même qu'il y eût erreur dans quelques-unes de celles-ci, pouvoit être un hypocrite, un ambitieux et un conspirateur.

• Pétion avoit été porté à la mairie par la faveur populaire ; il la conserva jusqu'après le 10 août, en même temps que la haine de la cour qui se manifesta dans toutes les circonstances jusqu'à la dernière. Ce n'est que depuis peu qu'on a imaginé de dire qu'il étoit au château pour le défendre , tandis qu'on savoit qu'il y étoit exposé ; ce n'est que depuis peu qu'on a inventé la calomnie qu'il avoit donné ordre à Mandat de tirer

«or le fieupie. Je demande à quoi Imhi Pëtion, détesté de h eotir et chéri da peuple, aoroît trahi cdoî-ci et âenri la première quand elle ëtoit près de « chote, loi qui Taroit comliattae dan» m puiiitance , et qui arok aeqws de la popolarité; aroftHl quelque raison de perdre cette dernière lorsque le people avoit plus beau jeu? Je laisse là le philosophe et le citOTen zélé, je ne prends que F homme; et Foo roit que sous le rapport même de Fambition ou de Fintërêt, la conduite attribuée à Pétion n'auroit pas le sens commun; et s*Q n'eût été trop homme de bien, il n'étoit pas du moins assez sot pour la tenir. H ne pouToit pas, par sa place, marcher à la tête de Finsurrection : il 6£lUoit qu'il fut consigné et qu^on lui liât les bras , afin qu*il n'agft point contre elle. Les étourdis de la commune oublioient de le fiamre, et je me souTÎeos cpe Lantlienas alla deux fois de la mairie à Fh6tel de Tille, pour dire que Fon mit donc à son hôtel une force imposante. Le rapporteur n'a pas dit le plus petit mot des massacres du 2 septembre ; il a évité Fécueil d'adopter une version quelconque , car les contraires ont été soutenus par les monta- {;nards. Lorsque Roland dénonçoit ces massacres, les jacolâiis disoient qu'ils étoient l'ouvra(jc du peuple et de sa ven- {^eance; ils faisoieiit un crime de ne pas les applaudir; et <|uaiid le c<')té droit, Pétiou et les autres, obtinrent un décret pour en poursuivre les auteurs , on appela Pétion et le côti* (iix>it ennemi du |)eaple et de la lil>erté. Mais depuis que (^e décret fut tombé en désuétude, depuis que les jacobins trioniplieiit et que les viu(jt-deux sont proscrits, les jacobins eux-mêmes, lliiiiert tout le premier, dirent effrontément que ces massacres furent riiidi(>[ne ouvrage de Pétion!

(ruadet, Vcr(piiaux, Gensonné, recommandables par leurs talcMis, roiinus à Bordeaux par leur amour pour la révolution, vinrent à T Assemblée législative; ils y furent les pre-» niiers vu Udens, et ce genre d'aristocratie leur a fait plus d'ennemis, ou des eraieniis plus dangereux (|ue Fincivlsme ne leur en eut donné. Ils tinrent le fauteuil le 10 août, lorsque les foibles eussent tremblé de représenter dans ce moment critique , et il faut être bien fouii>e pour tenter de leur faire un tort de la modération et de la mesure qu'ils mirent dan?»

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leur conduite à cette époque intéressante. Cependant Brissot se lia naturellement avec eux, parce qu'il y avoit plus de parité qu'avec nul autre; comme dans l'Assemblée constituante , dont il n'étoit pas , il étoit lié par rapport de principes avec leurs défenseurs; compatriote et ami de Pétion, il vit ceux de ses collé{jues qui soutenoieat la même cause, pour le triomphe de laquelle il écrivoit son journal.

Il avoit pai'tagé l'erreur de beaucoup de gens sur le compte de Lafayette, ou plutôt il parott que Lafayette, d'abord entraîné par des principes que son esprit adoptoit, n'eut pas la force de caractère nécessaire pour les soutenir quand la lutte devint difficile, ou que peut-être, effrayé des suites d'un trop grand ascendant du peuple, il jugea prudent d'établir une sorte de balance. Le fait est que, professant même le républicanisme dans le particulier, Brissot Ait longtemps encore à ne pas le croire coupable, lorsqu'il étoit devenu tel aux yeux des plus ardens. Mais il F avoit hautement blâmé et déclaré publiquement sa rupture avec lui dés avant l'affaire du Champ de Mars. Ici le rapporteur se pique si peu d'exactitude qu'il confond les époques; il fiait venir Brissot aux jacobins en mars 91, pour préparer l'affaire du Champ de Mars, qui eut lieu en juillet, et qui ne fut occasionnée que par la fuite et le retour du roi , qui s'étoient faits en juin. II n'est pas plus exact pour son autre apparition aux jacobins, où il fait sentir la nécessité de déclarer la guerre; il la place en janvier de 92; j'y étois présente ; il y avoit quelque temps que j'étois à Paris ' . On sait bien, d'ailleurs, que Brissot n'alloit pas aux jacobins pour exciter à faire la pétition, mais qu'il y vint parce qu'il fiit nonuné commissaire pour la rédi^^er. Je me souviens de lui avoir entendu raconter le lendemain que Laclos , commissaire avec lui, s' étoit plaint d'un si grand mal de tête qu'il ne pouvoit prendre la plume, et qu'il pria Brissot de la tenir ; que ce même Laclos proposa d'insérer un article qu'il annonçait d'un air sans conséquence, mais qui eût été favorable à d'Orléans; que Brissot le rejeta avec indignation, en mettant à la place celui qui invitoit à la république, pour

' Ce paMage a été raturé.

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laquelle ce moment étoit le véritable et eût été Lieu précieux. On sait aussi que FAssemblée s' étant prononcée en faveur du roi, les jacobins, au lieu d'envoyer la pétition au Champ de Mars, y firent dire, par des députés de leur société, qu'il n'y avoit pas lieti à la dresser, puisque la loi étoit portée.

Ceci se passa le samedi. J'ai vu venir ces députés au Champ de Mars, où j'étois à midi, avec trois ou quatre cents personnes, pas davantage, et où déclamoient, sur l'autel de la patrie, le cordelier, petit bossu. Verrières, et d'autres. Ce fut le lendemain, dimanche, qu'il y eut, au matin, deux hommes pendus, lorsqu'il n'y avait pas trente personnes de rassemblées, ce que j'ai entendu attribuer alors, avec vraisemblance, à la coalition des Lameth et autres , pour avoir une occasion de déployer la force et d'en imposer par la terreur. En effet, le dimanche fit assembler beaucoup de gens que le bruit vague d'une pétition avoit attirés, tandis que celui de la pendaison n' étoit point encore répandu. Robert se mit réellement en devoir d'en rédiger une. Il l' avoit finie; il la figdsoit signer, lorsque l'appareil de la force fut déployé par suite de la dénonciation faite à l'Assemblée et de la lettre violente écrite eu conséquence par Charles Lameth, alors président, à la commune de Paris, sur la nécessité de réprimer d'affreux désordres dont deux hommes avoient été victimes. Ainsi, l'assassinat matinal fait, pour ainsi dire, à la dérobée, servit de prétexte pour fusiller le peuple réuni après le dîner; le drapeau rouge fut arboré à la maison commune, la frayeur et les arrestations s'établirent et préparèrent le triomphe des réviseurs qui vouloient fortifier la cour. Certes il ne faut que lire le Patriote d'alors pour juger s'il est possible que Brissot , qui dénonça l'affaire du Champ de Mars , soutint le peuple et fit la guerre aux réviseurs, fût en même temps leur complice. Cette accusation est révoltante, mais tout est ainsi d'un bout à l'autre dans cet ouvrage d'iniquité. Je ne traiterai pas ici la question de la gueire ; elle fiit l'époque de la grande division entre les patriotes : Robespierre, ardent, jaloux, avide de popularité, envieux des succès d' autrui, dominateur |>ar

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caractère et par prévention pour lui-même , se fit le chef du parti de l'opposition à la déclaration de guerre. Il faut voir les discours sur ce sujet; il m'a paru en général, que la masse des gens éclairés étoit pour l'affirmative et de l'avis de Brissot ; il est certain que la cour y répugnoit beaucoup , et que le roi fut, en quelque sorte, violenté par son conseil. II a voit tout à gagner d'attendre ; les ennemis se préparoient à l'aise, et notre inaction nous eût livrés à eux sans défense. RobespieiTC ne pardonna pas ce triomphe à Brissot. La glace fut rompue dés lors ; il ne s'attacha plus qu'à tous les malheurs inévitables ou autres qui survinrent pour en faire des crimes aux partisans de la guerre; l'exagération de la passion devint par degré un système raffiné de calomnie » profondément calculé, opiniâtrement suivi. Il ne fut plus permis à Brissot de faire l'éloge d'un homme que ce ne devint une perfidie , si cet homme s'écartoit ensuite du droit chemin. Brissot avoit alors dans le ministère des personnes qu'il voyoit et dont il étoit estimé ; autre sujet de défiance et de jalousie : ces ministres , honorablement disgraciés par la COUT, furent rappelés après sa chute. Brissot étoit du petit nombre des hommes à talent de l'Assemblée dans cet instant, et qui avoient sur elle quelque ascendant ; Brissot parut un personnage puissant à Robespierre, qui jura de le perdre, et qui put y travailler à loisir, car Brissot, confiant, n'a pas cessé de compter sur la pureté de ses intentions , comme si le public ne pouvoit être abusé à cet égard, et il ne put se résoudre à aller batailler aux* jacobins contre un étemel harangueur qui l'ennuyoit à périr. Il méprisa son adversaire, il en fut renversé. Mais qui auroit pu croire à la foiblesse de la Convention et à la stupidité du peuple? ceux qui, ne se laissant pas enti*atner par les événements du jour, prennent le temps de relire souvent l'histoire et de méditer sur elle en faisant des rapprochemens. Je n'ai pas vu un homme en place dans la révolution qui fit ainsi ; c'est que véritablement à peine a-ton le temps de vivre et de suffire à tout ce que chaque jour impose , à moins d'une sévérité excessive , difficile et rare dans la distribution de ses heures.

La lettre de Gensonné et consorts à Louis XYI ne peut

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être traduite en trahison que par la malveillance la plu!» insigne. Assurément personne alors n'étoit sur d'une heo* reuse révolution ; les sages désiroicàit donc que le roi sentit la nécessité de flairé marcher la Constitution, et se décidât à reprendre, pour les conserver, des ministres qui vooloient sincèrement la faire exécuter. Ils a voient fait leurs preuves, et la demande de leur rappd n'étoit point une démarche d'intérêt particulier, mais F expression du vœu général. Roland, pour sa part, a ignoré cette lettre des députés jusqu'à ces derniers temps, et n'en auroit probablement jamais entendu parler, s'il n'en eût été instruit avec le public. Mais arrêtons-nous sur les inculpations faites à Roland dans cet acte d'accusation, qui sera la honte du siècle et du peuple qui a pu. ou l'applaudir ou ne pas hautement Fimprouver.

« Dès le lendemain du 10 août, y est-il dit, Gensonné et sp faction affichèrent des diatribes contre ceux qui avoient contribué à la chute du trône, contre les jacobins, le conseil général de la commune, le peuple de Paris; la plume de Louvet et celles de Brissot, de Ghampagneux, furent mises en activité ; on a vu chez Roland des paquets énormes de ces libelles ; on a vu toute sa maison occupée à les distribuer. »

J'ai relu cette tirade deux fois; je ne pouvois comprendre comment on avoit osé l'écrire. (îensonné n'a jamais, que je sache, rien fait aflBcher; Louvet rédigeoit la Sentinelle; cette collection existe ; elle a beaucoup servi la révolution ; elle est un démenti per|)étuel de toutes ces assertions , rien ne respire davantage la liberté, les grands et sages principes, la haine de toutes les tyrannies , l'amour de l'égalité. Roland a contribué autant, plus que personne peut-être, à réunir tous les esprits à la révolution; ses circulaires existent aussi; qu'on les lise donc, et que l'on cite ce qui n'est pas même excellent. Ghampagneux n'expédioit que les |)ièces nr)êmes imprimées par ordre de l'Assemblée; jamais la moindre altération n'y fut commise ; la supposition contraire est aussi sotte qu'abominable; d'abord, c'étoit impossible, ce n'étoit |>as Roland qui faisoit imprimer, mais les auteurs, chez

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Baudouin, auquel le ministre faisoit demander un nombre d'exemplaires; en second lieu, c'étoit inutile; car, en supposant qu'il y mit du choix, il étoit libre d'expédier un moindre nombre de ce qui lui sembloit moins bon ; enfin , s'il y avoit eu la moindre infidélité, les intéressés n'auroient pas attendu plus d'un an à s'en plaindre et k le démontrer. Que si(jnifie donc cette ridicule tirade? — Je l'ai pourtant deviné : ceci demande quelques développemens.

Dans les mouvemens révolutionnaires, les gens les plus actifs ne ^ont pas toujours les plus purs. Combien d'êtres ne se mettent en avant que pour devenir quelque chose? Il faut laisser faire ceux-là avec les autres ; mais l'objet du mouvement rempli, il faut se dépêcher d'étaUir l'ordre pour éviter la dissolution. La commune formée le 10 août avoit seni la chute du tyran , c'étoit bien fut ; mais plusieurs de ses membres a voient commis divers excès ; il y avoit eu aux Tuileries et ailleurs beaucoup de vols et de pillages ; il y avoit eu depuis des fonds donnés à cette commune pour les subsistances; c'étoit au ministre de F intérieur à demander des comptes pour les transmettre au Corps législatif. Roland pressa donc la commune de lui en donner; la commune ne vouloit guère, et pouvoit moins encore en rendre; Roland dut le dire à l'Assemblée pour faire justice et pour n'être pas inculpé. Si l'Assemblée eût eu de la force, elle n auroit pas même attendu cette époque, ou du moins elle l'eût saisie pour renouveler la commune ; c'étoit une opération politique, équital)le et nécessaire. Mais Danton, qui se ser\'oit de la commune, étoit ministre; il avoit des partisans dans l'Assemblée ; il fit conserver son instrument. Roland demeura donc dans une position difficile ; accusable s'il ne demandoit pas des comptes, haï s'il eontinuoit de les demander; son caractère probe ne pouvoit hésiter, son rigorisme y mit peutêtre encore plus de solennité , et lorsqu'il fut chargé de présenter à l'Assemblée l'état de Paris, il n'eut pas d'indulgence pour les erreurs, les sottises et les torts de la commune. Ils étoient nombreux; elle devint son ennemie. Le voilà donc avec la haine de gens actifi» qui avoient auprès du peuple , la réputation de patriotes du 10, destructeurs de la tyrannie.

Joignez-leur ceux que Danton , déprédateur, suscîtoit à un <:ollègue dont l'austérité le géooit, qui d'ailleurs aToit dénoncé les attentats de septembre, autre ou\Tage d'une partie de la commune, de Santerre, etc. Joignéz-y encore ceux que le jaloux Robespierre préparoit contre tontes les relations de Brissot, et vous trouverez une foule considérable , ou de gens coupables qui avoient besoin de renverser leur sui*veillant et leur dénonciateur, ou d'hommes exagérés qui se prévenoient pour les patriotes du 10, sans voir le fond du sac, ou d'intéressés à les soutenir, ou d'ignorans gagnés par eux, et de quelques conducteurs envieux, habiles à saisir le moyen de renverser un homme en crédit. Voilà l'origine d'un parti qui s'est grossi de tous les débarqoans à la Convention, trop étrangers à Paris ou aux affaires pour bien juger des choses, et de tous ceux dont l'amour-propre s'est irrité contre les députés marquans qui étoient naturellement liés avec Roland, parce que des hommes de la même étofFe doivent se voir avec plaisir. Avec plus de temps, je suivrois ce parti dans toutes ses ramifications , et je mettrois le doigt sur ses entreprises , mais c'en est assez pour conduire sur la voie de rechercher et de s'éclairer.

Maintenant il est clair que ce parti, aujourd'hui dominant, et dont Amar est Torgane, appelle libelles les écrits où Roland rendoit compte de l'état de Paris, demandoit des comptes à la commune, dénonçait à l'indignation publique les attentats de septembre, et préchoit l'ordre à établir pour gagner tous les cœurs à la révolution, ce qui est plus difficile que de tuer les gens comme le font ces messieurs. On n'indique pas ces prétendus libelles, car ce seroit se brûler les doigts, mais on déclame contre la distribution de libelles quelconques, et le public croit qu'il faut être fondé à pareille accusation pour la faire aussi hautement ; il applaudit à la force de la déclamation, et se croit vengé quand on assassine ses défenseurs.

L'intelligence avec les Prussiens est une extravagance qu'on ne sait comment caractériser, et Brunswick doit bien rire de voir accuser d'être ses amis des gens qui lui faisoient si bonne guerre. Il n'y a qu'à lire la lettre où l'on prétend

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