PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE IV
le nom de Francueil ; il a fallu que je dise tout ce dont nous étions convenues.
Madame de Roncherolles a appris, je ne sais comment, que madame d'Epinay étoit à Paris; elle lui a fait dire, ce soir, qu'elle la viendroit voir demain. Nous n'avons rien fait savoir à madame de Maupeou. Il est certain qu'il n'est pas possible de recevoir des visites dans l'état où est Emilie : et quoi répondre à des amis qui ont le droit de questionner? De plus, son désespoir la trahiroit. Vous pouvez venir me voir un moment, dans ma chambre, demain matin. Bonjour, bonsoir, mon cher chevalier; à demain.
P. S. A propos, j'allois passer sous silence le sermon qui se trouve tout à travers votre lettre. Vous ne l'avez pas fait sérieusement, sans doute. J'admire que ce soit précisément ceux à qui on prend intérêt et qu'on aime qu'on juge presque toujours mal, et envers qui l'on soit le plus injuste. Si j'ai fait des questions sur la fortune et sur la générosité de ceux qui viennent chez Emilie, je n'en sais rien ; mais il est très-faux de dire que c'est !oujours mon premier soin. J'ignore qui vous a fait faire cette belle remarque, mais elle est très plate; car elle ne prouveroit autre chose, si elle étoit fondée, que l'envie que j'ai d'apprécier ces merveilleuses réputations si vantées, et dont je rabats toujours la moitié, quand celui que l'on prône est riche et généreux : c'est ma pierre de louche, à moi; entendez-vous, chevalier?
Il est aisé de voir que madame d'Epinay, en dévoilant à ses parents la conduite de son mari, cherchoit, peutêtre même à son insu, des motifs d'excuse pour une loi-
m MEMOIRES DE MADAME D'EPINAY.
blesse qu'elle avoit bien de la peine à se pardonner. Mais où mademoisello d'Ette croit rcconnoîlre le caractère (l'une mauvaise tète, moi j'y vois celui de la droiture et de l'équité; et rien ne me prouve mieux, au contraire, l'honncteté de madame d'Épinay. Quant au chevalier de Valéry, je l'ai connu assez particulièrement pour lui rendre la justice de dire que l'on feroit tort a son caractère, si l'on en jugeoit d'après le ton leste que mademoiselle d'Ette mcttoit dans les confidences les plus graves. J'ai cru qu'il étoit bon, pour toutes sortes de raisons, de donner connoissance des lettres de cette demoiselle au chevalier ; je dirai plus tard comment elles sont tombées entre mes mains.
Madame d'Épinay resta à Paris pendant trois semaines. Mademoiselle d'Ette s'établit auprès d'elle; M. de Bellegarde et madame dEsclaveiies retournèrent à la campagne avec le petit d'Epinay, et venoient de temps en temps voir ma pupille. Comme elle m'avoit fait dire qu'elle étoit malade, je lui rcndois visite presque tous les jours. Les personnes que je rencontrois le plus souvent chez elle étoient madame de RoncheroUes, madame de Maupeou et M. de Gauffecourt. Personne ne soupçonna la véritable cause de la maladie de madame d'Epinay. Au bout de huit à dix jours, M. de Francueil revint aussi la voir.
Je fis quelques reproches à ma pupille sur l'oubli qu'elle avoit fait de moi ; elle s'en défendit assez mal, quoique avec le ton de l'intérêt et de l'amitié. Je ne fus pas longtemps à m' apercevoir de ses intelligences avec M. de Francueil ; mais j'avoue que je n'en fus pas fâché, connoissant à celui-ci la réputation d'un homme sensé.
Au bout > -> mois, ils retournèrent à Epinay. Ma pu-