PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE IV
moi de si tendres et de si vives émotions. Les cruels qui me causent tant de peine ne sauroient concevoir cet état. Jamais ils n'ont rien perdu de si précieux et de si nécessaire que l'est à mon existence celle dont ils m'ont privé. Il n'est rien pour moi loin de vous, mon adorable amie. Tout ce que l'univers renferme ne sauroit offrir le moindre soulagement à la douleur que me cause notre séparation.
Adieu, je pars ; mon premier soin sera de répondre à tes lettres; car j'espère en trouver en arrivant. Adieu, adieu, mille fois. Viens, viens dans mes bras; viens me voir expirer de tendresse sur cette bouche où mon âme enivrée respire le souffle qui l'anime. Vous, que l'amour le plus pur, le plus vif et le plus tendre a fait l'arbitre de mon sort, pardonnez les plaintes d'un ami pour qui le monde entier n'est plus rien que vous. Qu'on me laisse jouir en liberté du bonheur d'adorer mon Emilie; je renonce à tout le reste. Sa tendresse est le souverain bien, le seul que j'ambitionne.
SUITE DU JOURNAL
Nous avons fait aujourd'hui une promenade délicieuse, à laquelle il ne mauquoit que la présence de mon tendre ami, pour remplir mon âme de la plus douce satisfaction. C'est, par-dessus tout, une conversation que j'ai -eue avec M. Rousseau à cette promenade, qui m'a enchantée. J'ai encore l'âme attendrie de la manière sinq)le et originale en môme temps dont il raconte ses malheurs. 11 est de retour à Paris depuis trois
18fi MÉMOIRES DE MADAME D'ÉPLNAY.
ans, et c'est la nécessité d'essuyer une injustice, et la perspective d'y être pendu, qui l'y a ramenée