LETTBE DE MADAME D'ÉPINAY A M. DE FP.ANCUEIL
Mon ami, nous sommes perdus! Je suis désolée; que devenir? Une exécrable créature, une créature infernale a tout mandé à M. d'Kpinay ; il sait tout. Je viens de recevoir une lettre de lui. Cela est affreux; mais il ne peut y avoir que mademoiselle d'Ette qui sache... Ne la soupçonnez pas cependant; ce n'est sûrement pas elle; je ne me pardonnerois pas d'en avoir l'idée, et je vais tout à l'heure, en toute confiance, lui porter ma lettre. Peutêtre a-t-elle commis quelque indiscrétion? Non, cela ne se peut pas non plus ; elle m'aime trop. Je reconnoîtrois plutôt à celte infamie la plus sotte et la plus impertinente des parentes*. Mais comment auroit-elle su?
M. d'Epinay me raille sur les ressources de ma solitude; il me fait des reproches sur mon silence. Lui, des reproches! Cela lui va bien. Il en sait, dit-il, la cause. Il voit avec peine que son retour fera mon malheur et le sien. Il me conseille de bien ménager mes dupes; elles ne le seront pas toujours. Il dit encore que, si je n'y prends garde, les veilles cachées dérangeront ma santé,
* Il y avait plus de quatre ans qu'il avait quitté son poste de secrétnire de l'ambassadeur de Venise. (V. le livre YII des Confessions et, dans la Correspondance, les lettres à M. du Theil, écrites au mois d'août, de septembre et d'octobre 1744.)
* Madame d'Epinay veut très-probablement parler de sa belle-sœur, madame Pineau de Lucé, la lemme tie l'intendant, nommé à Tours en 174"), ù Valenciennes en 1745, et qui, en 1752, allait devenir intendant d'Alsace. Cette belle-sœur, fille aînée de M. de BcUegarde, l'avait effectivement rendue très-malbeureuse qumd elles vivaient ensemble.