‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 110 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV

et qu'il espère bien qu'alors je ne m'en prendrai plus à lui. Les veilles cachées? Qui peut avoir dit cela, par fxemple? Il est vrai que mademoiselle d'Ette ne met pas toujours la même importance que moi... Ces doutes me fadguent et m'importunent ; je vais la trouver et m'expliquer avec elle. 0 Dieu ! si j'allois n'être pas satisfaite de ses réponses! Je le serai : j'en suis sûre.

te soir.

Mon ami, mon amour suffit à peine pour me soutenir; mademoiselle d'Ette a pense me perdre. Quelle femme ! Que vais-je devenir? Il faudra donc... Je n'ai pas le courage de poursuivre; elle vous mandera tout. Je ne sais encore où j'en suis. Que je redoute de me trouver seule avec ma mère! J'ignore ce qui résultera de tout ceci; mais je sais que je t'adore, que je t'adorerai toujours. Je ne veux voir que cela dans l'avenir.

SUITE DE LA MÊME LETTF.E PAR MADEMOISELLE d'eTTE.

Tranquillisez-vous, notre bon ami; il falloit jouer à quitte ou double, et j'ctois presque sûre du succès. Je me trouvois déjà dans le salon lorsque madame d'Epinav, d'un air troublé et d'une voix éteinte, vint me prier de passer un moment avec elle dans mon appartement. « Bon Dieu! lui dis-je, qu'est-il donc arrivé? — Une chose effroyable, me répondit-elle; je suis perdue , mais avant tout, dites-moi, n'avez-vous aucune indiscrétion à vous reprocher sur ce qui me concerne? — Moi? fi donc! mais de quoi est-il question? — Mon mari sait tout * voilà une lettre, des détails. Je viens de la recevoir. »

Lorsque j'eus lu la lettre de M. d'Epinay à sa femme,

je ne inîs pas un instant en doute que les avis qu'il avoit reçus ne vinssent de notre bonne parente. « Eh bien! dis-je à madame d'Épinay, que comptez-vous faire? — Je n'en sais rien, me dit-elle, je suis au désespoir. Je ne saurois relever avec hauteur des accusations qu'au fond je mérite, et que je suis bien sûre de mériter encore. J'ai tort; je suis coupable, et je n'ai pas le front de me croire innocente : je me juslifierois mal, hélas! Je suis perdue sans ressource; je crois que tout cela finira peut-être par le couvent, et c'est ce qui pourra m'arriver de plus heureux. » J'eus beau lui représenter qu'il n'y avoit nulle preuve contre elle; qu'elle n'avoit qu'à faire bonne contenance, crier plus haut que son mari, ne lui pas répondre, ou lui répondre quatre mots bien secs qui le fissent souvenir qu'il n'avoit nullement le droit de l'injurier : jamais je ne pus lui donner du courage, elle ne me répondit que par ses larmes. « Je serai malheureuse, disoit-elle, mais je ne serai point fausse. » Le dîner sonna, et nous fûmes obligées de descendre sans avoir rien déterminé. Elle ne mangea point. Tout le monde s'aperçut de l'altération répandue sur son vitage. M. de Éellegardé fut le seul qui n'en vit rien, parce qu'il ne voit jamais rien. Malgré cela, je pris mon parti sur-le-champ, et au sortir du dîner, j'emmenai notre papa dans son cabinet. «Votre intention, lui dis-je, monsieur, n'est pas que la plus malheureuse de toutes les femmes soit encore traitée de la manière la plus outrageante; et cependant M. d'Épinay, sans aucun souvenir de sa conduite passée, sans aucun remords de celle qu'il tient depuis son départ, sans respect enfin pour la douleur profonde qu'occasionne à sa femme la situation où il la laisse, lui écrit cette lettre que voici.

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