PREMIERE PARTIE. - CHAPITRE V
sa très-bonne amie; elle ne cesse de m'en parler comme d'une l'emme d'un esprit et d'un mérite rares; elle m'a même proposé de me mener chez elle. C'est là, assuret-elle, oîi l'on peut vraiment apprendre à connoitre le monde, parce que tout ce qu'il y a à Paris de bonnf compagnie s'y rassemble. Je serois bien aise d'avoir votn avis avant de m'engager. Madame de JuUy s'en retourne demain à Paris ; elle est au moment d'accouchei". Je lui ai promis d'aller la voir pendant ses couches. J'attends ce suir M. de Francueil qui vient passer trois jours avec nous, ftiademoiselle d'Ette ne viendra pas de tout le mois.
diner étaient le chevalier d'Orléans, grand prieur, Voltaire, Destouches, Fagan, Duclos, Collé, Moncrif, Crébillon le fils, Pont de Veyle, Yoisenon. Maurcpas y venait souvent, et aussi le marquis d'Argenson. Les Élrennes de la Saint- Jean et le Recueil de ces Messieurs, qui ont été imprimé» dans les Œuvres du comte de Caylus, sont l'œuvre collective de la société du Bout du Banc.
A la fin de sa vie el lorsque niademoiselle de Lespinasse fut morte, mademoiselle Quinault devint la meilleure amie de d'Aleinbert.
J. J. Rousseau se loue des attentions qu'il trouva chez elle quand Duclos l'y eût mené. 11 laisse entendre que ce n est qu'en 1755 qu'il la connut.
Grinim n'est pas de ceux qui ont vanté la société de mademoiselle Quinault :
« Les deux sœurs, écrit-il en 1707, ont joué une espèce de rôle à Paris. L'une et l'autre ont cherché à se donner une existence en attirant chez elles la bonne compagnie. L'aînée, entretenue jadis par feu M. le duc d'Orléans avant sa dévotion, et depuis par le vieux duc de devers, père de M. le duc de Nivernais, passe aujouid'hui pour être mariée en secret avec ce vieux seigneur. Celle-là a toujuuis vécu dans le grand monde. La soubrette a toujours voulu avoir pour elle el les gens du monde el les gens de lettres, et l'on a fait ce qu'on a pu pour lui faire une icputalion d'esprit, tlle rn'a toujours paru avoir plus do prétention que de fond, et surtout point de naturel. Llle a eu pendant quelque temps ua diner. Rien n'était plus fatigant el plus maussade que ces bureaux d'esprit, mais heureusement cela a passé de mode, et le régne de la saubri.llo û eu moins de durée que celui de la sœur ainéc. »
LETTRE DE M. DE LISIEUX A MADAME D'fiPKNAY.
Piiissiez-vous, ma clière pn])ille, conserver toujours la possibilité de continuer le genre de \'ie que vous menez préscntf'ment. Ce n'est pas d'anjourd'hui que je suis persuadé que c'est le seul qui convienne à votre caractère, et qui puisse insensiblement vons donner la supériorité que vous devriez avoir dans votre maison. Vous avez tout ce qu'il faut pour cela ; mais les circonstances se sont perpétuellement opposées à nos projets, et la nécessité de varier sans cesse votre manière de vivre vous a donné un air de légèreté que vous ne méritez pas. Si vous m'en croyez, vous prendiez une ferme résolution de renoncer à la grande dissipation. J'avoue que, par d'autres motifs que ceux de madame votre mère, je ne me soiicicrois pas trop que, dans votre situation présente, on vous vît jouer la comédie. J'ignore si vous avez sur cela quelques projets; mais il vous est si important de vous occuper de vos affaires, des intérêts de vos enfants, de leur éducation; de montrer à votre beau-père une façon de penser solide et détachée de toutes ces fi ivolités, qu'il me semble qu'il n'y a sorte de sacrifices que vous ne deviez faire pour y réussir : je suis même persuadé qu'ils ne vous coûteront pas. Savez-vous qu'il pourroit en résulter qu'on vous laissât maîtresse de l'éducation de vos enfants.
Je connois beaucoup de réputation mademoiselle Quinault, j'ai même été quelquefois chez elle ; elle voit, en effet, la meilleure compagnie ; vous ne pouvez mieux faire que d'y aller de temps en temps, mais je n'oserois vous conseiller de vous lier intimement avec «lie. Celte