‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 136 sur 260 · PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE V

malgré cela son engouement pourceDuclos est étonnant. Tout ce qu'il dit est impayable. Rien n'est bien que ce qu'il approuve ; on ne jure que par lui. C'est un esprit 1 c'est une âme ! Le père Gauffecourt lui a déjà dit, comme moi, de s'en défier. Bon ! nous sommes d'une injustice, d'une prévention ! On lui a cité madame deRochefort^ qui a été obligée de le cbasser de chez elle, et qu'il a perdue de réputation. « Cela est fort différent, répond-elle ; quel empire voulez-vous qu'il prenne chez moi? — Il en a déjà sur votre esprit. — Eh bien! s'il vient à me manquer d'égards, je pourrai rompre avec lui sans inconvénient. — Je n'en sais rien, répond Gauffecourt. — Oh ! je le sais bien, moi, reprend Emilie avec humeur; car que voulez-vous qu'il dise? — Vrai ou faux, il dira. — Fort bien, courage, mon père; voilà un coquin à vous entendre. En vérité... — Eh bien ! quoi, ma fille? » répond le basset en lui prenant les mains, car c'est un vrai basset que ce Gauffecourt ; je ne sais, il a certainement du mérite, mais je ne puis me faire à respecter un homme de son état, qui joue la comédie et qui n'a que quatre pieds de haut. « Quoi qu'il en soit, cela vous fait mal, dit-il à Emilie, qu'on vous rende suspect quelqu'un que vous aimez. Je vous dis qu'il n'est pas nécessaire de se compromettre avec lui pour qu'il cause bien du désordre. Madame Desfontaines" l'a mis à la porte au bout de dix ans de liaison, pour avoir bouleversé toute sa maison et avoir brouillé tous ses parents. — Don! cela est-il vrai?

* Duclos déclarail un jour à iiicsilinics de Uotliofort et de Miropoix qu6 les courtisanes dovenaicnl plus d(';lic;Ucs que les femmes lionncles. Et là-dessus il commence un coule 'i»i, puis un conte libertin, puis un conte scimdaleux : « Prenez garde. I uclos, lui dit madame de Rochefort en Ttirrêlaiit, vous nous croyez par trop honnêtes femmes, s

* Ce nom est sans doute un wnu suppoé.

Je n'en crois rien. Tenez, il y a du plus ou du moins à tout cela. Comment voulez-vous que je croie qu'elle l'a mis à la porte, tandis qu'elle l'accable d'amitiés quand <;lle le rencontre? Je vous dis que c'est le plus honnête homme du monde; j'en suis sûre. Allons, allons, la répétition; mon frère, ma sœm\ Francueil, M. le comte, M. le marquis, la répétition, la répétition! » Et voilà €omme tout se place dans cette tète. J'oubliois bien le meilleur. Au milieu de tout cela, elle s'enferme tous les matins deux heures dans sa chambre, pour donner ellemême à ses enfants leur leçon de musique, de lecture, et leur apprendre leur catéchisme. Y comprenez -vous quelque chose?

Madame de P*** ^ vient de nous arriver. C'est une grosse petite femme toute ronde, toute gaie. J'ai demandé à Emilie ce qu'elle en comptoit faire, elle m'a répondu dans la naïveté de son cœur qu'elle la destinoit aux rôles de commère. Dans une autre bouche que la sienne, ce seroit une épigramme. Je me flattois que cette lettre })artiroit ce soir ; mais j'apprends qu'il n'y aura d'occasion que le lendemain de la comédie. J'aurai le temps, mon cher chevalier, de vous rendre compte de cette lameusc journée.

SUITE DE LA IIEME LETTP.E.

Il est certain qu'on ne tient pas aux variations de cette maison-ci. Émihe me dédommageoit de tout, parce

* Ni le texte imprimé ni le manuscrit ne donnent aucune indication qui permette de deviner qui est celte recrue de la troupe. Il est vrai qu'il n'est pas urgent de le savoir. C'est une marquise, à ce qu'on voit plus loin; maintenant est-ce une marquise noble, ou une dame de la linance possédant un marquisat par droil,d'acliat?

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