PREMIEUE PARTIE. — CHAPITRE VI
mède. II faut donc que je la lui dise. J'attendrai que je sois à la campagne, alin d'être plus à portée de lui faire proniptement oublier cette faute ou de l'en consoler.
LETTRE DE M. DE LISIEUX A M.4DAME D'ÉPINAf.
On ne fuit pas sa destinée. De toutes les démarches inconsidérées que vous avez pu faire dans votre vie, celle-ci est la plus dangereuse, et celle qui m'afflige davantage ; mais le mal est fait. Que voulez-vous que je vous dise, ma chère pupille? Je respecte et révère votre belle àme, sa candeur, sa sécurité; et je tremble que vous n'en soyez la victime. Vous vous en laissez imposer par l'affiche de l'honnêteté et de la bonhomie. Je n'ai aucune raison pour regarder Duclos comme un malhonnête homme : au contraire ; mais il veut dominer. H est tyran par orgueil, cl je sais très-précisément qu'on ne se soustrait pas facilement à son pouvoir, quand on lui a laissé prendre de l'empire. Quand il n'y auroit que l'inconvénient d'une rupture avec un homme célèbre, à qui le ()ublic, sans trop savoir pourquoi, ne se permet pas de supposer des torts, ce seroitun grand inconvénient. C'en est un tout aussi grand que d'avoir été obligée d'entendre sa ridicule déclaration ; vous l'auriez trouvée telle de la' part de tout autre, et moins piévenue de l'intérêt prétendu qu'il prend à vous.
Je voudrois bien savoir ce que madame votre mère en pense; vous ne m'en avez rien dit. 11 me paroit assez difiicile de réparer votre imprudence : tâchez, cependant, ma chère Emilie, je vous en conjure, d'y remédier autant
qu'il sera possible. Je suis persuadé, par exemple, que vous ne souffrirez jamais qu'il vous parle de M. de Francueil, ni qu'il rappelle la confidence que vous n'auriez Jamais dû faire. Je suis plus affligé de tout cela que je ne puis vous dire. Sentez-vous tout ce que suppose le courage d'an pareil aveu fait à un inconnu ou à une si nouvelle connoissance, et qu'est-ce que c'est que le rôle que vous avez joué avec lui? Que de tournure et de manège! Est-ce que votre considération doit tenir à tous ces vains propos? Je n'ai garde de vous juger avec rigueur, moi qui vous connois; mais quelle opinion Duclos, luimême, peut-il prendre de vous?
Adieu, ma chère pupille ;j'aurois voulu avoir des choses plus consolantes à vous dire ; mais ce n'est pas d'un homme qui se comioît en véritable franchise, et qui, toute sa vie, ne fera profession que de celle qui pourra contribuer à votre bonheur, que vous pouviez les attendre.
SUITE DU JOURNAL
Nos fêtes sont enfin terminées, et nous allons rentrer dans la tranquillité dont je commence à avoir besoin. Je suis lasse de ce brouhaha, et plus j'y pense, plus je préfère la solitude.
M. de Bellegarde a reçu une lettre de mon mari, dans laquelle je vois, par quelques mots équivoques et jetés adroitement, qu'il accuse toujours ma mère et moi d'être les auteurs de son éloignement; c'est cependant une opinion fâcheuse. M. de Belleiïarde l'a senti et m'a dit, d<