PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE I
de le croire sincère. Malheureusement, il n'a été depuis que trop constant dans ses désordres, et les scènes indécentes et injustes qu'il a faites à sa femme en différents temps ont toujours été la preuve assurée qu'il redoutoit alors l'éclat d'une nouvelle sottise. Lorsque je fus prié par madame d'Epinay de parler à son mari, je le fis d'un ton plus sévère, et je lui donnai des preuves qu'il ne put pas nier. 11 convint de tout; mais il mêla cet aveu de tant de bassesses et de faussetés, que, dès ce moment, je n'en espérai rien. J'engageai cependant madame d'Épinay à l'indulgence et à la douceur, et j'exhortai madame d'Esclavelles à se prêter davantage aux goûts de sa fille. Je lui fis sentir, autant qu'il fut en moi, les inconvénients de ne jamais lui montrer qu'un visage triste et sévère : en effet, la tendresse que ma pupille avoit pour sa mère cédoit à l'ennui de son entretien et de ses fréquents sermons, et la tenoit sur la réserve. Mon exhortation ne servit qu'à faire garder à madame d'Esclavelles une conduite inégale, tantôt suivant l'impulsion de son caractère et de ses principes, et tantôt en se rappelant mes avis, surtout lorsqu'elle voyoit le mauvais succès des siens.