PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE VI
pourquoi. — Oh! non, je vous en prie. Tenez, j'y ai songé depuis, cet intérêt me nuiroit plus que vous ne pensez. Vous ne pouvez pas juger cela comme moi. Et puis, vous êtes étranger pour mon mari. — Belle raison! eh parbleu ! je commencerai par lui fan^e toucher au doigt et à l'œil que je suis votre ami intime. — Ne voyezvous pas qu'il n'en sera que moins disposé à vous écouter? — Suis-je un sot, à votre avis? Vous figurez-vous que de prime abord j'aille lui reprocher, comme un gouverneur, ses fredaines? C'est de vous que je lui parlerai. Laissez-moi faire; je vous donnerai, avant qu'il soit peu, une valeur très-différente de celle que vous ont acquise vos en tours. — Quoi donc? vous imaginez... — Je n'imagine rien. Je vois tout, et je dis qu'on vous gouverne et que vous n'en valez pas mieux. Quand on prend le ton de tout le monde, on détonne, je vous en avertis. — Avant de discuter cette thèse, revenons à mon mari, s'il vous plaît. — Tout est dit à ce sujet. Je lui dirai des vérités; il s'en fâchera, ou ne s'en fâchera pas; mais, à coup sûr, il me craindra et vous en respectera davantage. Ah! quand je prends intérêt à quelqu'un, il peut dormir tranquille. — Non, je vous demande en grâce... Je suis, en vérité, bien touchée de votre zèle; mais je vous assure qu'il est très-important pour moi de ne rien faire. Laissons agir M. de Bellegarde. Lorsque tous les projet.s d'actes seront exécutés, que les précautions seront prises pourlavenir, il seratenjps d'opposer les secours de l'amitié au ressentiment de M. d Épinay. Je vous promets de rechercher alors avec confiance les preuves de celle que vous me marquez aujourd'hui. — Oui, j'entends. Vous me consulterez quand tout sera fait. Ce propos sent le détour. Cela ne me convient pas. Je vois que vous avez
de l'incerlilude dans l'esprit. Pauvre femme! on vous fera donc toujours peur quand on voudra? — C'est la connoissance des caractères à qui j'ai affaire qui exige les ménagements que vous condamnez. La vivacité, croyez-moi, gateroit tout. — Eh ! mais, qui diable vous parle de vivacité? C'est l'activité que je vous prêche. Certes, ils n'en sont pas pourvus. Votre mère est une digne et brave femme, à sa façon, qui n'ose vous soutenir; M. de Bellegarde un bon diable, mais foible; vos beaux-frères et vos belles-sœurs une troupe de hannetons. — Monsieur! — Eh bien! quoi, monsieur? Vous riez; mais cela est sûr. La d'Ette vous paroît une aigle par comparaison ; elle vous a empaumée. Croyez qu'elle y trouve plus son compte que le vôtre. — Elle? Ah! je vous proteste... — Je ne proteste ni ne jure; mais j'ai de bons yeux. Ah! demandez, demandez; j'ai vu des choses en ma vie. Je vois qu'elle vous conseille, et vous conseille mal, et je le lui dirois au moins, sans nulle difficulté, comme je vous le dis. — Je crois que vous vous trompez ; j'en suis même très-sûre. — Je ne vois dans vos alentours que Francueil qui ait le sens commun, et qui auroit pu vous donner quelques conseils sages; mais on ne peut être juge et partie dans sa propre cause. — Je vous assure, monsieur, que vous faites injure à mademoiselle d'Ette. — Diable! vous m'en dites bien plus que vous ne croyez. — Comment? — Oui, oui. Quoi qu'il en soit, j'ai à vous reprocher le mauvais usage que vous faites de mon amitié. Ah! si vous me prenez pour une marionnette! — Je ne sais en vérité pas... — Si l'on croit faire de moi un toton, on se trompe. Je leur ferai voir, parbleu! — Mais qu'est-ce que vous voulez dire? — J'entends, j'entends de reste. Vous avez jugé d'abord que je méritois votre confiance.