PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI
bien. Que diable, vous ne m'avez pas dit... Une circonstance de plus ou de moins change bien la thèse. Restez comme vous êtes avec la d'Ette; mais de la prudence. Elle plaît à vos parents; elle e?t utile à madame votre mère. C'est différent. Je suis juste, vous voyez. »
Mes parents l'ont reçu à merveille. En partant il m'a dit : « Je m'en vais, je ne reviendrai pas de quelques jours. S'il vous arrive quelque chose de nouveau, mandez-lc-moi. Je ne ferai rien sans en raisonner avecFrancueil. Il a du sens et des vues droites. C'est un honnête homme, ce qui s'appelle ; je suis bien aise d'avoir causé avec lui . »
Francueil va demain à Paris; il y restera huit jours, après lesquels il fera le voyage de Chenonceaux avec son père^ Malgré le chagrin que me cause celte absence^
* M. Dupin est mort le 25 février 1769. Son acte de décès est ain?r conçu ( Registres de Saint-Eustache] : « 26 février — le dit jour 2G, mcssire Claude Dupin , écuyer , avocat au parlement, ancien capilainc d'iiilanlcrie au régiment de Noailles, ancien receveur général des finances de Melz et Alsace, ancien fermier général et secrétaire du roy, maison et couronne de France et de ses finances honoraire, âgé de qualrevingl-lroisans, demeurant rue Piâlrière, décédé dujourd'hui,a été inhumé dans notre église, en présence de messire Claude Dupin de Francueil, écuyer, receveur génér.d des finances de Metz et Alsace, son fils, et de messire Pierre-Armand Vallet de Villeneuve, écuyer, receveur général des finances, son pelit-fils el neveu, — Signé Dupin de Francueil, de Villeneuve, et Dupin de Rochefort. »
M. Dupin est donc né en 168i. Il était fils du rcccTeur des tailles de l'élcclion de Châteauroux et quilla le service après avoir eu quelipies affaires pour une scène de tapage. 11 avait repris la charge de son père et l'exerçait lorsque vint à passer à Cliâlcauroux et y tomba subitement malade mademoiselle de Barbançois, l'aînée des filles de Samuel Bernard et de la dame de Fontaine. Sans savoir qui elle est, il l'installe chez lui, la soigne avec le plus grand zèle, la plus grande délicatesse et la reconduit à Paris. La mère en instruit Samuel P>ernard qui veut le vuir, lui trouve df. ''esprit, et enfin lui donne sa fille avec la charge de rercveur
qui ne doit être que de trois semaines, et qui vont me paroitre trois siècles, je n'ai pas le courage de m'en plaindre. M. Gauffecourt vient dîner ici, et l'emmène,
des finances des Uois évèchés. M. Dupin était veuf et déjà père d'un garçon, qui devait être M. de Francueil,
En 1726, Samuel Bernard obtint pour son gendre^ du ministre Le Pellelier Desforts, une des places du nouveau bail des fermes et en (Il les fonds. On raconte qu'un jour, chez sa mère, madame Dupin, en fouillant une toilette, y vit dans un pot à l'eau l'obligation de cinq cent mille livres que son mari avait souscrite, et qu'elle l'avala. Samuel Bernard ne voulut plus les voir, mais bientôt la bonne conduite de sa fille et l'inno cence de son gendre le déterminèrent à oublier la faute et même à annuler l'obligation. Jusqu'en 1737, M. Dupin posséda à la fois la recette générale des finances de Metz et sa place de fermier général ; en 1738 il donna la recette à son fds Francueil, qui avait vingt-deux ou vingt-trois ans, et qui s'appelait Francueil, du nom d'une petite terre voisine de Chcnonceaux.
L'opulence de sa maison était grande ; il habitait alors le splendide hôtel Lambert. M. de Villeneuve, parent de madame Sand et sénateur, qui vient de mourir cette semaine (février 1865), écrivait à sa cousine au sujet de celte habitation : a L'hôtel Lamberi était habité par notre famille et par l'amie intime de madame Dupin de Chenonceaux, la belle et charmante princesse de Roban-Chabot. C'était un vrai palais. En une nuit M. de Chenonceaux, marié depuis peu de temps à mademoiselle de Rochechouart, perdit au jeu sept cent mille livres. Le lendemain il fallut payer celte dette d'honneur. L'hôiel Lambert fut engagé, d'autres biens vendus. De ces splendeurs, de ces peintures célèbres, il ne me reste qu'un très-beau tableau de Lesueur, rejirésentant trois muses, dont une oue de la basse. 11 l'avait peint deux fois ; l'autre exemplaire est au Musée. M. de Chenonceaux, noire grand-oncle, et noire grand- père Francueil ont mangé sept ou huit millions d'alors. Mon père (M. Yallet de Villeneuve), marié à la sœur de ton p?re (une liUe de Francueil i!e son premier mariage avec Suzanne Bollioud), élail en même temps pn pre neveu de madame Dupin (par sa mère, madame Yallet de la Touche »
Samuel Bernard vit longtemps prospérer cette partie de sa famille, car il n'est mort qu'au mois de janvier 1739 à quatre-vingt-huit ou qua. tre-vingt-neufans. On n'avait pas encore vu faire d'aussi grande fortune que la sienne. Il laissa en mourant trente-trois millions de valeurs ou de biens liquidés et dix millions d'argent prêté. C'était le fils d'un petit peintre graveur. Il avait fait trois fois faillite, mais son opulence définitive faisait oublier tout, et l'on sait que Louis XIV lui-même, pour avoir son argent, consentit à le flaller un jour à Marly. Son sang s'est mêlé à celui