PREMIERE PARTIE.— CHAPITRE VI
géra au gré de nos désirs. Cette promesse de ne plus TOUS voir ne signifie rien, et se rompra le lendemain des signatures. Je voulois vous dire encore que le comte d'Houdetot fait des questions à perte de vue, qui toutes tendent à annoncer des p'^ocès, si les dispositions du bonhomme ne lui conviennent pas. Comme jusqu'ici, notre bon ami, vous êtes censé tout ignorer, il me semble qu'à votre retour rien ne vous peut empêcher de nous venir voir.
Si madame d'Épinay parut consentir à ne plus voir M. de Francueil, ce ne fut que par intérêt pour ses enfants qu'elle se prêta à cette feinte, et (ju'cUe proféra ce blasphème, comme elle me l'a dit elle-même.
Elle promit donc de ne plus recevoir chez elle M. de Francueil, au moins pendant l'absence de son mari; mais il fut convenu que mademoiselle d'Elte se chargeroi t de leur correspondance ; peut-être étoit-ce-là oiî cette demoiselle en vouloit venir. Mais, quoi qu'il en soit, ftl. de Francueil ayant conçu des inquiétudes sur son esprit d'intrigue et ses vues intéressées, prit le parti de garder, à tout événement, copie des lettres qu'il lui éc: 1voit. Quoiqu'elles soient en petit nombre, elles justiHeront la conduite qu'on lui verra tenir.
SUITE DU JOURNAL
Dix jours tie Jislancc.
M. d'Épinay vient d'arriver; comme il avoii été plus longtemps dans cette tournée que dans les précédentes,
son fils a eu de la peine à le reconnoîtie; pour s'en venger, i'. lui a trouvé l'air d'un polisson mal élevé. Il caressa sa fille qui lui tendoit les bras en riant, comme elle fait à tout le monde, et il en fut touché jusqu'aux larmes. Il demanda ensuite si l'on ne renvoyoit pas bientôt son fds au collège : « la semaine prochaine, ai-je répondu, nous allons même songer à lui donner un gouverneur. — Il en a grand besoin, » dit M. d'Epinay ; et passant tout de suite à une autre chose : « Jouez-vous toujours la comédie? di(-il. — Nous l'avons jouée quelquefois depuis votre départ. — Qui étoient les acteurs? — Toute notre société,» répondis-je. Comme cela ne satisfaisoit pas sa curiosité, il fut obhgé d'y revenir plus gauchement. Je laissai répondre madame de Jully, qui nomma, par hasard, Francueil le dernier. « Comment .se porte-t-il? reprit M. d Épinay. — Très-bien. — Y a-t-il longtemps que vous ne l'avez vu? — Huit jours, » répondis-je. Et là finit cette conversation, pendant laquelle mademoiselle d'Ette prétend que j'avois l'air insolent à s'y méprendre, et que, si je voulois toujours en user ainsi, M. d'Épinay n'oseroit souffler devant moi. Je ne me suis pas aperçue de ce ton, et je crois que si je m'en fusse doutée, je l'aurois peut-être réprimé; d'oîi je conclus que je ne le conserverai pas.
A Paris.
Comme j'allois sortir ce matin, madame Darty^, que je n'avois pas vue depuis un siècle, est venue me dire
• Madame Darti ou plutôt d'Arty, car i. J. Rousseau a employé l'orthographe exacte, avait épousé JI. Pjiieau d'Arly, directeur général des aides qui habita longtemps, dans l'ilc Notre-Dame ou Saint-Louis, l'hôtel de Bretonvilliers, à côté de son beau-frère, M. Dupin. Il est étrange qu'on ne trouve, pour ainsi dire, rien dans les Mémoires et les journaui