‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 160 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE VI

adieu; elle retourne, pour six mois, à la campagne, d'où elle arrive. Croyez-vous, ra'a-t-elle dit, que vous ayez beaucoup gagné à la solitude où vos parents vous ont tenue, et au vœu authentique que vous avez fait de ne plus me voir. On vous donne un botte d'amants, ma chère; d'abord Francueil, Duclos, Gauffecourt, et je ne fais que d'arriver. Cela me fit rire d'abord, mais je compris que j'ctois redevable de ces propos à mon mari.

D'Epinay, trois jours de dislance.

Un des amis de M. d'Épinav lui a procuré un précepteur pour son fils. Il me paroit fort doux, parle peu, et ses réponses sont sensées; c'est un jeune homme qui se nomme Linant; il porte le petit collet, mais il n'est pas prêtre. Il a plu beaucoup à mes parents. Quant à moi, je ne sais qu'en dire, car à tout cela je ne vois aucun

lilléraires du temps sur une femme qui était remarquable par sa beauté et son esprit.

L'ablié Darti pour qui Jean- Jacques a composé une oraison funôlire du duc d'Orléans, en 1752, élait son lils. Cet abbé a eu un honneur uniquci car il a disposé à la fois de la plume de Jean-Jacques et de celle de Voltaire. Celui-ci, en effet, compo>a pour lui, en une matinée, le panégyrique de saint Louis qu'il débita en 1749, le 25 aoiit, devant r.\cadéniie française. Il s'appelait .\lexis-.4rinand et fijj'ure avec les titres de « messire. conseiller au Grand Conseil, prévôt de Favicres, doyen de Ponlois, » sur l'acte de mariage de son cousin- germain Picrre-.\rniand Vallet de Villeneuve, qui, le 9 février 1768, épousa une fille de Francueil. Madelaine-Suzanne, âgée alors de seize ans et demi et née pir conséquent en juillet ou en août 1751.

M. de Villeneuve avait trenle-six ans; il élait donc né en 1752. Son père s'appelait me^sire Nicjlas Vallet de la Touciie, écuyer, conseillorspcrélairc du roi, maison, couronne de France et de ses finances ; et sa mère, Françoise-Thérèse Guillaume de Fontaine. Elle resta longtemps belle comme ses sœurs. On raconte que lorsqu'elle eut passé en Angleterre pour y faire ses folies, et les eut filles, elle vécut sous un autre nom que le sien dans un village. L'n voya;;ciir s'arrête un jour chez elle par hasard, s'en éprend et lui di'clare jun amour. C était son fds, qui voulait renouveler le drame anliquc d'Œdipe et de Jocaste.

caractère décide. Une cliose me prévient même un peu contre lui, c'est qu'il vante beaucoup sa façon de penser et sa délicatesse. Est-ce qu'on en parle quand on en a? Si c'étoit une bête? J'en ai peur. 11 est si gracieux, si... Enfin il ne me revient pas trop. Toute réflexion Caite, je lui trouve la contenance d'une mie. Je suis bien trompée si ce n'est pas cet air bénignement béte qui a séduit ma mère ; elle meurt de peur qu'on ne soit trop sévère avec mon fils. M. de Bcllegarde dit qu'il sait bien le latin et qu'il a bien fait ses classes. C'est de quoi je m'embarrasserois assez peu, si j'étois maîtresse de décider; j'aurois peut-être tort, mais je voudrois tant d'autres choses auxquelles il me semble qu'on ne pense guère, et que je crois bien autrement importantes ^

Duclos, à qui j'ai écrit, pour le prier de s'informer de Linant, est arrivé hier au soir, et ne reste avec nous que jusqu'à demain ; il dit qu'il passe pour un fort honnête homme : « quant à l'esprit, je ne vous en suis pas caution, a-t-il ajouté, car c'est une béte qui m'a dit qu'il en a voit. »

Et moi aussi, depuis quelque temps, mon tuteur, je me suis faite écolière. De qui? devinez; de M. de Gautfecourt. 11 m'enseigne l'itahen; j'ai déjà traduit les trois premiers livres de la Jérusalem délivrée. Comme mon maître m'avoit fait les plus grands éloges de mon travail, j'ai hasardé de le montrer à Duclos ; mais il a bien rabattu mon amour-propre. « Cela n'est pas mal, m'a-

* 11 est question de deux Linant dans la correspondance de Voltaire; celuici est le dernier. Il avait de l'esprit et faisait des vers comme l'autre. Quand Voltaire le connut, lors du voyage de madame d'Epinay à Genève, il n'accueillit pas mal ses lettres et ses poésies; mais il n'en est rien resté »' f'Êst le sort de presque tout le monde.

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