LETTRE DE MADAMK D'EPINAY A M. DE FRANCUEIL
Je reçois voire billet de quatre lignes, au bout de huit jours de silence. Quoi, Francueil, c'est parce que vous avez été à la chasse, parce qu'on a fait de la musique, que vous ne m'avez pas écrit? Je vous cro\ ois malade; jug-?z de mes inquiétudes. Ah! si vous saviez dans quel chagrin me jette votre absence ! En vérité, c'est la moindre des consolations que vous puissiez me donner que celle de m'écrire réguhèrement : il y a de la dureté à me la refuser. Yotre voyage sera-t-il encore long? Ah! mon ami, quel besoin j'ai de vous! Que j'ai de choses à vous dire ! Il n'est pas possible de tout écrire : je n'en ai pas la force. N'allez pas vous inquiéter, cependant ; vous savez que je n'ai courage à rien quand vous êtes éloigné de moi. Toute ma ressource est de m'entretenir devons avec mademoiselle d'Ette, et de m'en occuper sans cesse quand je suis seule. Je vous parle ; vous me répondez selon mon cœur; mais je ne sais, depuis ce petit billet de quatre lignes, je crains que vous ne répondiez pas si bien. Il faut se résigner à son sort : le mien est bien dur! Mon aimable ami, il seroit au-dessus de mes forces de m'y soumettre, si vous m'abandonnez. Je suis peut-être injuste; oui, sûrement, je le suis. Vous n'avez pas pu m'écrire, puisque vous ne l'avez pas fait. Un mol cependant, un seul mot! Vous n'y manquerez plus, à chaque ordinaire, n'est-ce pas? il sufOra pour calmer mon inquiétude. Mon Francueil, mon bien, mon unique bien, ne me mets pas dans le cas de te défendre contre moi-même.
Plil-MIEUE PARTIE. — CHAPITRE VI. 281
J'ai reçu une Icltie de madame de Maupeou ' ; mais froide, courte, et telle, sûrement, que la lui aura dictée sou tyran. Qui eût jamais cru, du caractère dont r.Ue étûit, qu'elle auroit fini par être totalement subjuguée par cet homme? Je fais toujours parlir celte lettre, mon cher Francueil, pour ne pas manquer le courrier; et je ne tarde pas à en commencer une autre. Bonjour, bonjour mille fois.