LETTRE DE M. DE FRANCUEIL A MADAME D'EPLNAY
U n'a pas été en mon pouvoir de vous écrire, ma chère Jiiiie, puisque je ne l'ai pas fait. Si vous saviez tout ce
• Quelque mal que madame d'Epinay le Iraile, comme homme, el avec juclquc S''vérilé que doive aussi le juger l'histoire, conune ministre et homme d'Etat, M. de Maupeou n'était pas un homme sans esprit, ni surtout sans caractère. Pendant que l'air de dignité et de grandeur de son père en imposaient aux ytux, il se faisait ei-timer du parlement par son assiduité, son activité el son bon sens. Barbier n'en parle jamais sms le louer. U est vrai qu'alors on ne prévoyait pas le grand coup d'Étiit de 1770. que Voltaire a tant vanté, en haine des jansénistes du parlement el de l'e-prit de chicane.
Madame de Maupeou. qui n'aimait pas et ne pouvait aimer son mari, a donc bien pu subir à la fin l'influence de sa volonté el s'accommoder de son lô'e de pré:^idente de parlement, avec la perspective d'un grand avenir [iolili|ue. D'ailleurs elle é(ail mère, étant accouchée le ." décembre 1746 et le '22 lévrier 1'50, de deux fds dont l'aîné devint (n^^idcnt à mortier en 17Ci, quand son père fut devenu premier président.
M. de Maupeou (René-Nicolas-Charles-Augustin), né le 25 février 1714, n'avait qu'une dizaine d'années de plus que sa femme. Une fois son rôle joué et les parlements rétablis en France, il a vu s'écouler le règne entier de Louis XVI, il a vu venir et triompher la Piévoluliun, el, retiré à Thuil près dos Andelys, il y est mort le 29 juillet 1792. laissant à la France bientôt républicaine, par un leslamcnl révolulionnaire, un legs patriotique de huit cent mille livres.
Il était veul depuis le 21 avril 1752, caria pauvre présidante, qui éiril i madîme d'Eiiinay, une lettre si courte et si froide, i. »vait p'us longtemps ù vivre. Elle avait le même âge que sa cousine.
qu'il m'en coûte, quelle impatience j'aurois de vous rejoindre, si cela m'étoil permis, vous ne me feriez pas de reproches. Je suis effrayé en pensant à tout le pouvoir que vous avez sur moi. Je ne sais encore quand nous retournerons d Paris. Soyez sûre, ma chère amie, que si je ne consultois que mon cœur, je ne vous aurois pas quittée, et que je ne vous quittcrois jamais. Plus près de vous, je ne pourrois peut-être pas vous voir davantage, ou du moins votre intérêt e.xigeroit que je vous visse un peu moins que par le passé : nous en sommes convenus. Quel sacrifice! Je n'en regretterai aucun, s'ils peuvent vous procurer le bonheur, ou du moins le repos. Parlezmoi plus de vous que des autres. Que dit, que lait votre mari? comment se conduit-il avec vous? Ma tendre amie, dites-moi tout ce qui se passe... mais non, ne me dites rien ; je ne pourrois vous être utile ; et, si l'on vous tourmente encore, il faut que je fuie au bout du monde. Adieu, mille fois.
M. de Francucil revint enfin à Paris. Madame d'Épinay crut remarquer, dans la première visite qu'il lui fit, une froideur qui ne lui étoit pas ordinaire. Cependant, réfléchissant que ce pouvoit être l'effet de la contrainte qu'ils s'étoient imposée, et que, d'ailleurs, M. deFrancueil, qui vouloit son bonheur avant tout, n'avoit dû se permettre, dans celte entrevue, où ils avoient la crainte d'être surpris, rien qui pût faire revivre les anciens soupçons de leur liaison, elle se rassura un peu; et ils convinrent de se voir ailleurs. Madame d'Epinay auroit désiré que ce fût chez mademoiselle d'Ette; mais M. deFrancueil crut qu'à tout hasard, il valoit mieux choisir une autre maison.