‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 165 sur 260 · PREMIERE PARTIE. - CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. - CHAPITRE VI

Ils passèrent ainsi plusieurs mois ', se voyant assez rarement, mais s'écrivant régulièrement, jusqu'à l'instant où la mort de M. de Bellegarde apporta à tous les sentiments de madame d'Épinay la plus affligeante diversion. Quelque préparée que dût être ma pupille à cet événement, elle qui avoit été, ainsi que sa mère, la compagne la plus assidue de M. de Bellegarde pendant sa longue maladie, elle en fut frappée comme du coup le plus imprévu.

Plusieurs jours de (iislancc. (Juillet 1751.)

La mort de M. de Bellegarde a été cachée pendant quelques heures, afin d'éviter le premier scellé de la chambre des comptes^. Les créanciers de M. d'Epinay, tant homui.es que femmes, étoient déjà venus s'informer à la porte si M, de Bellegarde vivoit encore, et si Ton croyoit qu'il pût aller loin. Deux d'entre eux laissèrent une assignation.

Le lendemain eut lien le convoi. M. de Jully et le comte d'IIoudetot menoient le deuil ; et le corps fut trans; orté

• Tout l'hiver, et les six premiers mois de l'anuée suivante

* M. de Dcllep;arde est mort à Paris le 3 juillet 1751, comme le prouve l'acte suivant, transcrit des registres de sa paioissc ;

« L'an mil sept cent cinquante et un, le 5 juillet, Louis-Denis La Live de Dellegarde, écuyer, seigneur d'Épinay, La Chevrette et autres ieux, l'un des fermiers généraux du roi, veut" de dame Marie-Jo>èplie l'nniveur, décédé avonl-lii.'r, rue Saint-IIonoré, âgé de soixante et onze ans, a éld présenté en celte église, d'où il a été transporté en celle d'Épinay, prés Saint-Denis, pour y être inhumé, par Denis La Live d'Épinay, lernuer général du roi, son lils, .\ngc de La Live de Jully, écuyer, aussi, son lils, Alexis-Janvier La Live de lu Uriclie, son lîls. » Lesquels ont signé tous trois.

28i MÉMOIRES DE MADAME D'EPINAY.

à Éjjinay. Après quoi nous assistâmes à l'ouverture du testament. Pendant qu'on en faisoit lecture, mon mari se pressoit les yeux de son mouchoir, et il ne pleuroit pas; il tressailloit pour faire croire qu'il sanglotoit. Tous les legs de M. de Bellegarde sont sagement et simplement motivés; il laisse trente mille livres à ma mère. Indépendamment de l'égal partage qu'il fait à tous ses enfants, il substitue aux nôtres toute la portion de M, d'Épinay. En outre de la rente qu'il m'a faite lors de ma séparation, il me lègue cinq cents livres par année, par chaque enfant né et à naître, pour tenir Heu de la contribution que je serois obligée de payer pour ma part de leur dépense, comme étant séparée de biens de mon mari , et il entend que ladite somme soit employée, comme bon me semblera, à l'entretien et à l'éducation desdits enfants.

Mais comme je ne veux point qu'on puisse me soupçonner ni d'intérêt, ni de chercher à humilier mon mari, puisque madame de Jully m'a dit que cet article du testament paroissoit généralement injurieux pour lui , et que mille francs, dix mille francs même, ne me dédommageroient pas du mépris que mériteroit une pareille conduite, j'ai renoncé à ce legs.

Les jours suivants ont été employés à l'inventaire. On a commencé par l'argent comptant et les capitaux du défunt ; et ensuite on a procédé aux partages : rien n'est comparable à l'indécence avec laquelle s'est faite cette opération. Il se seroit agi d'un royaume, qu'on n'auroit pas fomenté plus d'intrigues et montré plus de déûance, que ne le fit le comte d'Houdetot^

* Madame d'Epinay continue à ne pas tenir compte de Icxisietic* de sa

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