‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 166 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI

M. d'Épinay avoit envie de la terre; mais le comte d'Houdetot pénétra son désir.^ et l'a fait porter au-dessus de sa valeur. Il en a été de même pour la maison de Paris que M. de Jully a voulu garder. Nous communiquâmes, madame de Jully et moi, nos craintes au notaire, qui nous assura que l'expert nommé étoit un homme incorruptible; mais on évalua très-haut, par exemple, un grand nombre de redevances dont j'ai toujours ouï dire à M. de Bellegarde que les débiteurs étoient insolvables. J'en avertis M. d'Épinay qui n'entend rien aux afiaires, et qui ne veut pas qu'on se mêle des siennes, à en juger par la manière dont il a reçu mon avis. « Ne vous embarrassez pas, m'a-t-il dit, je ne fais rien sans consulter d'Houdetot; il entend la chicane: soyez tranquiUe, on ne nous en fera pas accroire ; il m'a déjà donné d'excellents avis. »

Madame de Jully est tout aussi blessée que moi de ce scandale ; « mais il ne faut pas retarder la conclusion des affaires, m'a-t-elle dit, en augmentant l'aigreur et l'indisposition ; cela ne serviroit qu'à faire dire : Ce sont ces femmes qui se sont révoltées. Mais patience, ma sœur, ils n'y perdront rien ; je leur ménage un remercîment conforme à leur mérite. »

Quant à la comtesse d'Houdetot, elle a un maintien trèshonnclc; elle paroît souffrir de l'avidité affichée de son mari ; mais elle le tr.jte avec une douceur, un égard qu'il reçoit comme lui étant dû, et dont j'ai peur pour elle qu'il n'abuse. Lui, au contraire, la caresse d'une façon peu délicate, ou la gronde brusquement et sans méua-

bclle-sœur aînée, madame Pimau de l,iicc, l'intendante. Ln inlendant de province c'était comme qui dirait le prulel central de deux ou fr^is Je nos drpiulrinenls.

gemcnt; et toujours pour des misères, des dis! radions, des étourdcries, des enfances. Elle est vive, sensible, et même fort tendre; elle lui répond par des madrigaux qui deviennent, en vérité, des épigrammes pour l'un et pour l'autre.

Enfin M. et madame de Jully prirent le parti de s'en tenir à l'argent comptant, pour être sûrs de n'être pas trompés en prenant la maison de Paris qu'ils désiroient avoir. Et M. dEpinay, qui se crut plus fin que les autres, parce qu'il étoit parvenu à troquer le lot de tableaux qui lui étoit échu contre le lot de livres qu'il vouloit, on ne sait pourquoi, finit par prendre les terres et les maisons au-dessus de leur valeur, et on lui laissa toutes les charges de la succession, comme ayant sur ses frères l'avantage d'une place d'un revenu considérable, et il eut de plus encore, pour appoint de vingt mille francs, les créances sur les fermiers insolvables, dont la valeur réelle eût été de trente-cinq mille livres. Il consentit à tout, n'ignorant pas qu'il y avoit une décision de parents toute prête pour le forcer à acheter une terre à soixante lieues de Paris, afin d'assurer les fonds substitués, s'il prenoit son lot en argent comptant. Sa portion, comme aîné, se monta à dix-sept cent mille livres. Les autres eurent quatorze à quinze cent mille livres*.

* La fortune de M. de Belleganle n'était pas médiocre. Il avait cinq enfants, dotés chacun de trois cent mille livres, et il leur laissa à partager environ huit millions. Au prix de l'argent, c'est un total de près de vingt millions de nos francs.

La part spéciale de l'aîné, le préciput, n'est pas trop considérable dans ce partage ; mais les financiers n'étaient pas non plus gens de noblesse, tout en achetant des marquisats.

a Les prérogatives attachées à l'aînéage se divisaient en droits utiles et en droits honorables. Les droits utiles attribuaient à l'aîné une plus forte part dans la succession de ses auteurs, quant aux fiefs et aux alleux nobles;

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