PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE Yl
SUITE DU JOURNAL
Au lieu de voir Francucil, je fus interrompue hier par madame de Jully, qui me dit : « Je viens vous enlever pour vous mener passer l'après-dînée chez ma tante. Le vovniïe de Versailles a été remis à un autre jour; mon mari et le vôtre sont allés faire une course chez le notaire qui les a mandés pour affaire pressée ; et comme d'Épinay auroit pu déranger la visite de Francueil, je lui ai fait dire de se rendre chez ma tante. Nous irons tous ; alors on n'aura rien à dire. » Je l'embrassai les larmes aux yeux, n'osant lui parler clairement. Elle aime son
Zélisca — joué pour le mariage du Dauphin et a laissé beaucoup de jolies romances.
Il est mort en 1788, dans son pays, regretté de tout le monde, et ami même de son évoque. Dans son beau temps, il avait pour camarades de théâtre, applaudies comme lui, madame Leniaure et surtout mademoiselle Marie Fel, mauvaise comédienne, mais cantatrice accomplie pour les airs légers (ju'on chantait dans ce temps-là.
Marmontcl [Mémoires, liv. IV , a donné de Jelyolte un aimable crayon qui est ici bien à sa place.
a Uoui, riant, aiuisloux, pour me servir d'un mot de son pays, qui le peint de couleur natale, il portait sur son front la sérénité du bonheur, et, en le respirant lui-même, il l'inspirait En efiet, si Ion me demande quel e>l l'houime le plus complètement heureux que j'aie vu en ma vie, je répondrai : c'est Jelyolte.
a II n'était ni beau ni bien fait: mais pour s'embellir il n'avait qu'à chanter. Les jeunes femmes en étaient folles; on les voyait à demi-corps élani ée- hors de leurs lOoOs, donuer en spectacle elles-mêmes l'excès de leur éiiinljon.
a Chéri, considéré parmi ses camarades, avec lesquels il était sur le ton d'une politesse amicale, mais sani familiarité, il vivait en lionmie du monde, accueilli, désiré partout. D'abord c'était ^o^ chant que l'on voulait eut' ndre; et, pour en donner le plaisir, il était d'une complaisance dont on était charmé autant que de sa voix. Il s'était fait une étude de choisir et d'opp'-endv.» ijo'' plus jolies chansons, et il les chaulait sur sa
mari et peut blâmer ma conduite au fond de son âme, me disois-je. L'indulgence et l'intérêt qu'elle me montroil lui donnoient en même temps un air de supériorité et de pitié pour moi qui me déplaisoit. « Il y a longtemps, me dit-elle, que je vous désirois un attachement qui pût vous dédommager des procédés et de la conduite de votre mari. Si vous m'eussiez mise plus tôt dans votre confidence, vous vous seriez évité bien des peines. Je vous ai un peu soupçonnée d'aimer, mais votre conduite avec Francueil est si prudente et sa vie si dissipée, que je n avois pas trop arrêté mes idées. Le hasard nous a bien servies hier toutes deux; vous, parce que je vous éviterai des embarras, et moi, parce que mon plus grand plaisir est de vous être utile, » me dit-elle en me serrant dans ses bras. La reconnoissance lit taire mes réflexions et mon amour-propre. Nous nous en allâmes ensemble. Chemin faisant je me ressouvins que Duclos pourroit bien
guitare avec un goût délicieux; mais bientôt on oubliiiit en lui le chanteur, pour jouir des agréments de Thomme aimable; et son esprit, son caractère lui faisaient, dans ia société, autant d'amis qu'il avail eu d'admirateurs. Il en avait dans la bourgeoisie, il en avait dans le plus grand monde; et, partout simple, doux et modeste, il n'était jamais déplacé
« Il s'était l'ait, par son talent et par les grâces qui! lui avail obtenues, une petite fortune honnêie ; et le premier usage qu'il en avait fait, avait été de mettre sa famille à son aise II jouissait, dans les bureaux et les cabinets des ministres, d'un crédit très-considérable; car c'était le crédit que donne le plaisir, et il 1 eniployait à rendre dans la province oîi il était né des services essentiels. Aussi y était-il adoré.
« Homme à bonnes Ibrtunes, autant et plus qu'il n'aurait voulu l'être, il était renommé pour sa discrélion ; et, de ses nombreuses conquêtes, on n'a connu que celles qui ont voulu s'alficher. Enfin, parmi tant de prospérités, il n'a jamais excité l'envie, et je n'ai jamais ouï dire que Jelyotle eût un ennemi. »
Un autre chanteur du temps, qui avait aussi du mérite, Larivée, a joui en partie de la même faveur que Jelyutte auprès des dames. La princesse de Robecq. fille du maréchal de Luxembourg, et ennemie des philosophes, n'avait nullement caché, par exemple, le cas qu'elle en faisait.