PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI
et des égards, sinon... — Mais, mord eu! quand j'ai \u votre petit air aisé, et des plaisanteries! Ah! par Dieu, cela ne vous réussira pas avec moi. — Ah çà! ête.^-vous fou? Je vous ai laissé dire; mais, en vérité, je tombe de mon haut. Qu'e.^t-ce que c'est que cette ridicule sortie que vous me faites, tandis que c'est ir.oi qui ai vraiment à me plaindre de vous? Et quel ton! Quelle conduite indécente et affectée que celle que vous avez tenue ici ce soir? Je vous avertis que je ne puis, sans me manquer, la souffrir davantage, et que je ne la souffrirai pas. — Vous ne voyez pas que c'est votre air sec, je vous en demande pardon; mais je suis franc, moi. C'est la remarque qu il vous a plu d'en faire, qui l'a rendue ridicule. — Kon, monsieur, mais c'est le ménagement que j'ai eu pour vos caprices, et que je n'aurai plus, qui fait mon tort, et semble vous autoriser à prendre ce ton, à témoigner de l'iiumeur ; et tout cela, sur quoi fondé, je vous prie? — Sur quoi, madame? Etoij étiez-vous donc, je vous prie, hier au soir? — Comment, où j'élois? Et qu'est-ce que cela vous fait, je vous prie, pour me le demander ainsi? — Ah! je n'ai rien à dire. Je me suis cru \olre ami ; je me suis trompé apparemment. Mais si je ne suis que votre connoissance, votre procédé est bien plus impardonnable. Vous me dites que vous êtes tous les soirs chez vous, que je n'ai qu'à venir quand je voudrai : je m'arrange là-dossu^, e viens, et je ne trouve personne. Que diable ! Je vais chez madame de Jully, vous n'y êtes pas. Je m'informe où vous êtes, je questionne tous les valets, personne n'en sait rien. — Je ne prévoyois pas sortir : j'ai été engagée chez la tante de madame de Jully sans pouvoir refuser, et de plus, je ne vous atlcndois pas. Je vous en ai témoigné c( i»eudant
du regret, en entrant, — Mais au moins falloit-il m'écrire un mot, ce matin; mais point. — Monsieur, je n'entends rien à toutes ces misères-là. Je suis sortir, ou je ne suis pas sortie; je n'ai de compte à en rendre à personne, J'aurois pourtant envoyé chez vous, ce matin, si vous ne m'eussiez prévenue en me mandant que vous viendriez aujourd'hui. Mais, avec l'exigence que vous y mettez, de ma vie je ne vous ferai rien dire. Arrangezvous pour ne jamais compter sur moi, cela est plus simple. Quand j'y serai, vous me trouverez, et je vous recevrai bien, à condition, toutefois, que vous aurez un maintien décent. — Par Dieu ! croiriez-vous m'a [prendre à vivre? — Non, je prétends ne vous rien apprendre que ce qui me convient, et que vous n'avez pas encore deviné. »
Il se mit à rire. « Yoilà, mordieu, ce qui s'appelle, ditil, avoir la réponse à la main; cela me plaît. J'ai cru, je m'en vais vous le dire, moi, tout franchement; j'ai cru que vous aviez quelques parties folles, dont vous ne vouliez pas que je fusse. — Vous avez une foible idée de la douleur que j'ai d'avoir perdu mon beau-père, si vous croyez que je puisse déjà me prêter à des parties de plaisir. — Allons, me dit-il en me prenant la main, n'y pensons plus. Promettez-moi d'être plus exacte avec moi. »
Je retirai ma main, et lui dis : «Ah! pardonnez-moi, il faut y penser encore, et me promettre de changer de fon, car, en vérité, celui là n'est pas tolérable. — Qu'estce que cela vous fait? vous savez bien qu'au fond je vous aime comme mon enfant; vous n'avez qu'à ne pas prendre garde au reste. — Cela n'est pas possible, monsieur; ce ton me choque et pour moi et pour les autres. — Diable!