‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 180 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII. 5H · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII. 5H

ne m'en avez pas donné le tem])s. ^on, monsieur, non, je ne vais pas redisant les choses auxquelles je ne veux point m'arrêter, et je vous ai déclaré que je ne voulois point suivre ces conseils; ainsi soyez en paix. »

Je rompis promptement sur ce sujet qui m'embarrassoit; je revins à ce qui concernoit mon fils, et nous arrivâmes au collège ainsi'. Nous trouvâmes l'enfant vis-àvis d'une table, un cahier de papier devant lui, sur lequel il faisoit des croix et des pàfés, faute de rien trouver dans sa tête de ce qu'il devoit écrire. M. Linant étoit en robe de chambre, nu-tête, lisant, couché sur un fauteuil et les jambes allongées sur un autre. Cette contenance ne me plut pas infiniment. J'entrai avec un air plus affligé que sévère. Je voulois par là inspirer à mon fils la crainte de me faire de la peine une autre fois, plutôt que celle d'être puni ; il vint à moi pour m'embrasser, je me retirai. « Je ne le peux pas, lui dis-je. Si M. Linant a jugé que vous n'étiez pas digne de notre présence, mon ami, à plus forte raison ne l'étes-vous pas de m'embrasser. » L'enfant fut honteux et restoit interdit près de moi. Duclos dit tout de suite : « Eh bien! voyons, de quoi s'agit-il? d'un thème mal fait? Il le va bien faire, j'en suis sur. » Mon fils courut le chercher en lui disant : « Ah! monsieur, c'est qu'il est bien difficile! vous allez voir. — Si ce n'étoit que cela, reprit M. Linant qui venoit de remettre sa perruque, cela seroit, sans doute, très-répréhensilde; mais c'est le troisième jour que monsieur le recommence, parce qu'il s'est mis dans la tête de ne le pas faire; et ce

• Sans doute au collège du Plessis, où était ulcvé le jouno La Live de la Briche. Le coUi'ge du Ple5^is élail dans la rue S:!i!it-Jacqiic?, iiiimédiatemcnl avant le collège de Louis-le-lîrand. Ses kUinieuls, qui subsistent, ont longtemps servi d'asile à l'École normale.

ne sont pas là les seuls griefs que nous ayons contre lui. — Voyons donc les autres, dit Duclos, — Mais, monsieur, que diriez-vous d'un enfant qui a parlé à son laquais comme je. ne parlcrois pas à un décrotteur? — Il n'y a qu'à le lui ôter; qu'il se serve tout seul, il verra qu'il ne peut s'en passer ; cela lui apprendra comme il faut se comporter avec ceux dont on a besoin. — Oui, oui, cela e<t vrai, monsieur, j'y ai bien pensé; mais ce n'est pas tout. De quinze vers latins qu'il avoit à apprendre hier en classe, il n'en savoit pas dix, et quand on gronde monsieur, il a de l'humeur ^ — Diable! reprit Duclos, allons, allons, je vais lui donner un thème qui en vaudra bien un autre; il passera dans ce cabinet pendant que nous causerons, et avant que nous nous en allions, il sera fait et parfait. »

Duclos écrivit huit ou dix lignes à la portée de l'enfant sur l'emploi du temps dont la perte ne se répare pas comme celle de la fortune, des mœurs, etc. Il fut installé dans le cabinet, et nous restâmes tous trois. « Monsieur, dit Duclos à Linant en rentrant, ce thème étoit trop dif- , ficile; c'est, ma foi, tout ce que je pourrois faire, moi qui n'ai fait autre métier pendant sept ans, sans en être plus avancé. » Vous imaginez bien que Linant défendit son thème et son latin tant qu'il put. « Que diable! lui dit Duclos, c'est bien là ce dont il doit être question dans une éducation. Ne diroit-on pas qu'on élève tous les hommes pour en faire des moines? Monsieur, voyons, s'il vous plaît : tenez, M. et madame d'Épinay ont quel-

* Bien évidemment madame d'Epinay met trop tôt son fils au collège dans ses Mémoires. Il n'a encore que six ans. et, quoiqu'on fit ses classes un peu plus vite dans les coUéiies de l'ancienne Université, ce n'est pas à cet âge que l'on faisait des thèmes et qu'on apprenait par cœur des vers latins.

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