‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 186 sur 260 · PREMIERE PARTIE — CHAPITKt VU · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE — CHAPITKt VU

quand ils y ont satisfait bien régulièrement, ils croyent que tout est dit. Il faut bien vouloir ce qu'ils veulent. Mais, vous n'écoutez pas. Je crois que vous pleurez? — Il est vrai, ma sœur, je suis étonnée, affligée, et je ne sais précisément pourquoi. — Mais encore qu'est-ce qui vous chagrine à présent? — Je n'en sais rien; des soupçons vagues, des inquiétudes qui, dans de certains moments, me paroissent fondés, mais qui se détruisent le moment d'après; des faits qui se contredisent. — Vous saunez, ma sœur... — Sauriez-vous quelque chose? Ah I ne me le dites pas. Vous m'avez appelée, l'autre jour, pauvre sotte; sûremeni vous aviez vos raisons. — Ah! l'on ne peut vous rien dire ; vous faites tout d'un coup des crimes de billevesées. Il faut prendre Francueil comme il est. — Si je l'aimois moins, à la bonne heure! Mais... sûrement, vous connoissez la raison de cette conduite. Tenez, je le crois amoureux de madame de Verscl. Vous ne répondez point. L'est-il? Que pensez-vous? — Je ne crois pas; mais si cela étoit? voyons. — Si cela étoit? Ah! je vois bien que je suis perdue. Vous riez; comment pouvez-vous rire? — Fort bien, en vérité, ma sœur, vous êtes folle. Je vous assure que je n'en sais pas un mot; je n'en rirois pas, si je le savois; cette certitude, que vous donnez à un mot jeté en l'air, est la seule chose qui m'ait l'ait rire, je vous le jure. Mais vous vous tuerez avec cet amour-là. Aimez Francueil, je le veux bien ; mais traitez-le comme il vous traite, et que sait-on si Ion ne le ierait pas tout à fait revenir par un autre moyen? Que ne prenez-vous un autre amant pour vous consoler, et l'éclairer sur ses légèretés! — Fi donc, ma sœur. Pouvezvous? — Et pourquoi pas? Aimez-vous mieux crever? — Au moins mourrois-je fidèle. Il verra ce qu'il a perdu. I. l'J

— Oui, mais auparavant vous deviendrez laide, maussade. ■ — Je deviendrai tout ce que je pourrai. Ma sœur, il n'est j)as])Ossiblcquejene vous importune; laissons cela. Notre façon de penser est trop opposée ; votre ton est singulier. Je ne vous ai jamais vue si... Nous ne pouvons nous entendre. — Avec quel ton sec vous me dites cela. Je ne vous en aime ni vous en estime pas moins pour avoir des opinions différentes des miennes; et si cela vous fait changer sur mon compte, tant pis pour vous. Quant à l'importunité, à charge de revanche, mon enfant, j'aime aussi, moi : il faut que j'aie la liberté d'en parler avec vous, et de faire dire, par votre moyen, tout ce qu'il me plaira à mon amant, de le voir chez vous... — Votre amant? — Eh bien! vous voilà pétrifiée... Parce que vous avez épousé l'aîné, vous croyez avoir toute seule des privilèges dans la famille. — Ma sœur, en vérité, je ne puis m' empêcher... — De rire, car vous en avez envie; et c'est ce que nous avons de mieux à faire. Laissez là votre pruderie, nous sommes seules, nous avons confiance l'une dans l'autre : sera-ce pour nous contraindre? — Je croyois que vous aimiez votre mari. Il vous aime tant ! Je ne croyois pas que vous eussiez à vous plaindre de lui. Voilà d'où vient mon étonnement. — Cela mérite explication. Je n'ai point à me plaindre de JuUy. J'ai beaucoup d'estime et d'amitié pour lui, mais je n'ai jamais eu que cela. — J'ai cru que vous l'aviez épousé par amour, et que vous l'aimiez passionnément. — Il l'a bien voulu croire, mais il n'en a jamais rien été. Voici le vrai. De B*** étoit éperdûment amoureux de moi, et vouloit m'épouser; j'y aurois consenti, car je l'aimois assez, mais j'ai découvert en lui une humeur si violente, une jalousie, une injustice, car la ialousie chez les hommes n'est

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