‹ Mémoires, Éd. nouv. et complète avec des additions, des notes et des éclaircissements inéditsChapitre 191 sur 260 · PREMIÈRE PARTIE. - CIIAl'lTRE VII. o · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CIIAl'lTRE VII. o

M. de Maurepaire^ dans une autre à trois heures du malin. Cet arrangement se fait ainsi, dit-on, pour ne pas manquer de chevaux de poste. Il y a trente-cinq lieues. L'habitation de la comtesse d'Houdetot- est sur le bord de la mer, et voilà le but ostensible de ce voyage.

Je quittai ma mère pour aller dire adieu à madame de Jully. J'arrivai vers les huit heures chez elle. M. de Jully, M. de Yersel et les femmes venoient de partir. Madame de Jully s'étendit sur un canapé au fond du salon. Jelyotte étoit à ses pieds ; je me mis dans un grand fauteuil à côté d'elle; Francueil auroit pu s'asseoir près de moi, mais il se promenoit dans l'appartement avec Gauffecourl et M. de Maurepaire. Celui-ci chaiitonnoit dans ses dents, et dit : « Ils partent à huit heures, ils arriveront de bonne heure à Rouen.

FiLMNCOEiL. — Et nous aussi, si nous parlons à trois heures.

Madame de Jully. — A trois heures? 11 faut être en voiture à deux.

Malulpaiiie. — Il en sera bien trois. — Vous verrez que madame de Ver.-cl vous fera attendre.

Madame de Jllly. — Ah I jamais assez pour retarder le départ; elle doit être ici à neuf heures pour souper.

Frakcieil. — Il les est; elle n'est pas venue.

Moi, brusquement. — Il n'est seulement pas les trois quarts : Jelyolte, du tabac, je vous prie.

' Pour le nom de Maurepaire, il est possible qu'il désigne un des parents de madame d'Epinay. Dans la branche des Tardicu, marquis de Malcyssie, il y avait un seigneur de Mauganiy. Comme madame d'Epinay a souvent Tibriqué les noms de son roman par analogie, il n'y aurait rien de surprenant à ce qu'elle ail l'ail de Mauaarnï Maurcijaire; mais ceci est une simple supposition.

* La terre de la Wailleraye.

356 MEMOIRES DE MADAME DEl'INAY.

Jelyotte, bas. — J'espère que vous me permettrez de vous en donner quelquefois. On vous écrira pour moi. Ce sera toute ma consolation. »

Je disois en moi-même: « Il est trop heureux, il se croit encore aimé; mais, s'il l'étoit, pourroit-on se résoudre à le quitter? » Il fut se rasseoir aux pieds de madame de Jully ; je présume qu'il les lui serroit quelquefois dans ses mains : elle le regardoit avec son air gracieux d languissant. Francueil enfin vint s'appuyer sur le dos de ma chaise, et Gauffecourt, voyant cela, emmena M. de Maurepaire causer à la fenêtre. Francueil me dit peu de chose ; il me parla d'un air plus embarrassé que touché du regret de me quitter, et prélendit que cette partie s'étoit engagée sans savoir comment. Il étoit malheureux, disoit-il, de n'avoir pu se rendre au désir que je lui ai marqué qu'il ne fit pas ce voyage. « Je crois rêver, lui dis-je; je ne suis pas accoutumée à des refus de votre part; ceux-ci me coûteront peut-être cher et à vous aussi.

Francueil. — Cela vous prouve qu'il n'a pas été en mon pouvoir de vous obéir. De grâce, n'en parlons plus; mon voyage ne sera pas long. J'ai mille prétextes pour l'abréger. Mes affaires, la santé de mon père...

Moi. — Auroient pu vous servir pour le rompre bien plus que pour l'abréger. Et si vous vouliez encore. Ah! j'en mourrai!

Frakcl'eil. — En vérité, cela est déraisonnable... Yous pleurez; allez-vous faire une scène? Tenez, ma chère amie, en vérité, votre peine me tue. Je suis assez à plaindre, je vous jure. Au nom de Dieu, finissez. Parlons d'autre chose. Écrivez-moi, je vous en prie. Donnez-moi de vos nouvelles après-demain à Rouen ; nous y serons trois jours... Répondez-moi donc.

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