PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII
Mor. — Oai, sûrement. Peut-être cependant! je n'en suis pas sûro.
FraNCLEIL, en me pressant et souriant. — Ah! VOUS SCFCZ
plus ijénéreuse que vous ne le dites. Vous m'écrirez.
Gauffecourt, de la fenêtre. — Voilà un laquais de madame de Versel. Je parie qu'elle vous mande qu'elle est malade, et qu'elle ne peut pas partir.
Tous. — Bon !
Moi. — Ah ! si cela pou voit être !
Jelyotte. — Je n'en serois pas étonné. 11 n'y a pas sixsemaines qu'elle est accouchée : il n'est pas trop sage...
Francueil. — Bon! Qu'est-ce que cela fait? Elle se porte SI bien! Il n'y a rien de tel que de courir la poste pour l'aire passer le lait.
Moi. — Il y a de quoi la faire crever. Eh bien! ce laquais, où est-il donc?
Maurepaire. — Je parie, moi, que sa mère, qui est une femme d'ordre, comme tout le monde sait, n'a pas trouvé notre arrangement orthodoxe. C'est pourtant dommage, n est-ce pas, Francueil?
Jelyotte. — Mais... cela se pourroit bien.
Madame de Jully. — Cela seroit fort impertinent.
Gauffecourt. — Eh bien ! il n'y a qu'à faire courir après les maris, et prendre qu'il n'y a rien de ' .1.
Maurepaire. — Oui, messieurs, remettez vous; ce n'est pas encore pour cette fois-ci. »
On fit de grands éclats de rire, pendant lesquels ce Ijquais arriva enfin pour dire que madame de Versel ne viendroit pas souper, et qu'elle se rciidroit à minuit précis. On se mit à table. Je ne mangeai point. Tout le monde fut fort gai, excepté Jelyotte et moi. On y resta jusqu'à onze heures. Je fus très-étonnée d'entendre Fran-
358 MÉMUIKES DE MADAME D'ÉPIiNAY.
cufiil, au sortir de la table, dire qu'il avoit affaire chez lui' pour une heure, et qu'il seroit de retour avant minuit. Je ne vis ni n'entendis rien jusqu'à son retour. Cette affaire subite parut étrange à tout le monde. 11 me vint dans la tête qu'il étoit allé retrouver madame de Versel. •Jj vis que chacun avoit eu la même idée; mais M. de Maurepaire fut le seul qui la communiqua hautement. On garda le silence, sans doute par ménagement pour moi. Je ne pus pas y tenir. J'étois dans un état violent; jo passai dans le cabinet de ma sœur; je me jetai à ses genoux. « Ma sœur, ma sœur, je mourrai, si ce voyage a lieu. Que vous êtes cruelle! Est-ce là l'amitié que vous disiez avoir pour moi? Vous nous faites mourir, Jelyotte et moi. Il ne tenoit qu'à vous... vous le pouvez encore; ne partez pas. » Les sanglots me coupèrent la voix. « Calmez-vous, me dit madame de Jully. Si j'eusse pu prévoir l'état où vous êtes, certainement je n'aurois pas laissé engager cette partie; mais il est trop tard pour la rompre...
3Ioi. — Ah ! ma sœur, ils s'adorent, cela est clair. Ils sont ensemble actuellement. Comment Francueil oserat-il reparoître devant moi?
Madame de Jully. — S'ils étoient d'accord, mon enfant, tu ne gagnerois rien à rompre ce voyage ; au contraire, ils se trouveroient toujours bien. Mais je vous promets de ne les pas perdre de vue un instant; de vous rendre compte de tout. Madame de Versel et moi nous coucherons dans la même chambre...
Moi. — Ma sœur, faites encore une chose... Dans la voiture... ayez Francueil devant vous.
* Il deniomait alors sur la Chaussée d'Aiitin, près du i'oulevjrd.